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Affaire Goldman Sachs : La SEC divisée sur le cas Goldman Sachs

 Le moment choisi par la Securities and Exchange Commission (SEC) pour lancer les hordes judiciaires sur Goldman Sachs à propos de cette transaction est pour le moins troublant. Les faits ont plus de trois ans. Et leur caractère douteux est sur la place publique depuis six mois. Au début du mois de novembre 2009, un journaliste du Wall Street Journal avait déjà révélé toute l’affaire dans un livre nommé « The Greatest Trade Ever ». En outre, une même transaction est sous la loupe de la justice depuis près d’un an, autour cette fois de Merrill Lynch, l’une des autres banques d’affaires de Wall Street, aujourd’hui rachetée par Bank of America.

PLUS DE STRATEGIE EN SUIVANT :

L’attaque contre Goldman obéirait-elle à un autre agenda?

L’affaire tombe en tout cas à point nommé. L’administration  Zorrobama se bat corps et âme pour empêcher le camp républicain de bloquer une fois de plus l’une de ses réformes, celle des règles encadrant les banques de Wall Street. En bonne démocrate, la présidente de la SEC, Mary Schapiro, se devait de donner un petit coup de pouce à ceux qui l’ont placée à ce poste. En outre, la SEC doit redorer son blason après ses errements dans les affaires Madoff et Stanford. Le coup porté à Goldman a fusé quelques heures avant la publication d’un rapport accablant sur le gendarme boursier américain. Une sortie opportunément occultée

Affaire Goldman Sachs : Face au populisme calculé de Zorrobama, Goldman affûte sa défense… (cliquez sur le lien)

Selon l’agence Bloomberg, seuls trois des cinq membres de la SEC ont voté pour la décision de poursuivre la banque Goldman Sachs pour fraude.  L’agence Bloomberg rapporte que, selon deux sources proches du dossier, le président de la SEC Mary Schapiro a voté en faveur de la décision, avec les démocrates Luis Aguilar et Elisse Walter. En revanche, les deux commissaires républicains Kathleen Casey et Troy Paredes ont voté contre.

Les régulateurs européens en Allemagne et au Royaume-Uni, attirés par la bonne aubaine , envisagent également d’engager des poursuites contre GS. Mais, l’analyste de Rochdale Securities, Dick Bove a déclaré que le cas de la Sec contre Goldman Sachs est faible, mais peut quand même mettre en péril la stabilité de l’industrie financière. En effet, l’enquête sera longue et il sera compliqué de prouver que Goldman Sachs a vraiment fait perdre de l’argent aux investisseurs. Par ailleurs, le Président du Comité Bancaire de la Chambre des Représentants, Barney Frank, a dit que cette enquête augmente les chances que la réforme financière soit votée.

On peut donc affirmer  que ce n’est vraiment pas par hasard que la SEC a annoncé l’ouverture de l’enquête vers la fin des discussions de réforme financière…

EN COMPLEMENTS :

Goldman Sachs, Fabrice Tourre et les CDO sur RMBS

Goldman Sachs et Fabrice Tourre sont poursuivis par la SEC pour avoir « trompé » leurs clients lors de la vente des CDO ABACUS…  

Qui est Fabrice Tourre ?

Passé par Louis-le Grand et Henri IV, diplômé de l’Ecole Centrale Paris et de Stanford, Fabrice Tourre a débuté en 2001 chez Goldman Sachs à New York comme « Exotic Credit Derivatives Trader ». Il obtient le titre de Vice-Président de l’activité « Structured Product Correlation Trading ». A ce titre, il était chargé de la structuration et du marketing des CDO sur RMBS ABACUS 2007-AC1. Aujourd’hui, Fabrice Tourre est directeur exécutif de Goldman Sachs, et est basé à Londres.

Que reproche la SEC à Goldman Sachs et Fabrice Tourre ? Quel a été le rôle de Paulson & Co ?

En 2005, sollicité par le fonds Paulson qui cherche à parier sur la chute du marché immobilier américain, Fabrice Tourre structure et lance alors des CDO « taillés » sur mesure pour le fonds : les CDO ABACUS, adossés à des CDS sur RMBS de type subprimes. Le fonds Paulson particpe à la sélection de certains sous-jacents des CDO. Alors que les investisseurs sont structurellement vendeurs de CDS via le CDO, Paulson lui, sera acheteur.

Ces CDO sont vendus à des investisseurs institutionnels en 25 deals pour un total de 10,9 milliards de dollars. Seulement, Goldman Sachs et Tourre présentent ces CDO comme des constructions du cabinet ACA, et oublie de notifier à ses clients que le fonds Paulson y a participé et surtout, que celui-ci souhaite prendre des positions inverses via l’achat de CDS sur les loans.

La banque propose notamment avec succès la version 2007-AC1 « originée » par fonds Paulson à ses clients IKB et ABN Amro jusqu’à la mi-2007 alors qu’elle vend ceux qu’elle détient en compte propre à partir de décembre 2006 ; Abacus perd par la suite 99% de sa valeur, ce qui provoque fin 2009 l’ouverture d’une enquête de la SEC.

Le 16 avril 2010, la SEC annonce une plainte pour fraude contre Goldman Sachs et Fabrice Tourre, s’appuyant en particulier sur un email de ce dernier du 23 janvier 2007, en pleine crise, où il prédit : « Le bâtiment tout entier est sur le point de s’effondrer à n’importe quel moment maintenant. Seul survivant potentiel, le fabuleux Fab, debout au milieu de toutes ces transactions complexes, à fort effet de levier, exotiques, qu’il a créées sans forcément comprendre toutes les implications de ces monstruosités ! ».

La SEC détient également un document écrit par Tourre, le 26 février, détaillant une vente d’un milliard de dollars du CDO ABACUS. Selon la plainte de la SEC, il a agi sous l’influence de John Paulson, patron du fonds Paulson & Co mais celui-ci ne sera pas inquiété.

Le document relatant la plainte de la SEC contre Goldman Sachs

 Steve Tui, NF le 19 avril 2010  

Le document relatant la plainte de la SEC contre Goldman Sachs (cliquez sur le lien)

Affaire Goldman Sachs : Du pain béni pour le Régulateur inquisiteur, Zorrobama et le Sénat US… (cliquez sur le lien)

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