Bloomberg

Affaire Goldman Sachs : G.S. n’a-t-il fait que son métier ?

La SEC, sévèrement critiquée pour n’avoir pas su prévenir de nombreuses fraudes ces dernières années, se débat pour se refaire une virginité. Mais en s’attaquant à Goldman Sachs, le gendarme des marchés américains choisit un champ de bataille difficile et risque gros.

PLUS DE GS EN SUIVANT : 

 

Rappel des faits

En 2006-2007, le hedge fund Paulson & Co. souhaite parier sur la chute de l’immobilier résidentiel aux Etats-Unis. Goldman a donc structuré un produit de dette complexe adossé à des prêts immobiliers résidentiels, via lequel Paulson & Co. profiterait d’une telle baisse.

De l’autre côté de la table, la banque allemande IKB et ACA Capital Management prennent le pari inverse. ACA a une longue expérience sur ce segment, avec pas moins de 26 transactions à son actif sur ce type de produits.

En qualité d’expert sur ce marché, Paulson participe à la sélection les 90 RMBS (produits financiers adossés à des crédits immobiliers résidentiels) qui composent le produit. Mais en tant qu’investisseurs principaux, ce sont ACA et IKB qui donnent leur accord final, de manière autonome et indépendante.

La plainte de la SEC pour « fraude »

La SEC a porté plainte pour « fraude » contre Goldman, sur la base que la banque n’a pas divulgué les intentions de Paulson à ACA et IKB.

Goldman Sachs se défend de cette version des faits. La star de Wall Street estime n’avoir rien fait de mal. La banque n’a fait que jouer son rôle, à savoir mettre en relation deux contreparties avec des vues opposées, et organiser la transaction.

En défense de Goldman Sachs

De plus, Goldman Sachs n’a pas profité de cette prétendue fraude. La banque a perdu près de 75 millions de dollars (contre 15 millions de commissions pour avoir arrangé le deal).

En outre, les parties prenantes étaient des investisseurs avertis, experts dans le domaine, parfaitement conscientes des risques pris. Elles savaient aussi que toute transaction de ce type requiert deux parties : une qui achète et une autre qui vend.

Le contenu du produit a été choisi par ACA, un investisseur averti et expérimenté, après des discussions avec des experts. La participation de Paulson à ces discussions n’est pas un fait inhabituel dans ce genre de transaction. Au final, ACA a refusé 68 titres sur les 123 initialement proposés par Paulson.

Goldman Sachs se défend aussi contre les accusations de mis-représentation. La banque n’est qu’un intermédiaire et, en tant que tel, elle n’est pas obligée de divulguer l’identité des parties prenantes.

Aujourd’hui la SEC doit prouver que Goldman a volontairement gardé secrètes des informations jugées utiles à ses clients. Sur la base des informations diffusées à ce jour, l’affaire n’est pas gagnée d’avance!

Laurent Curau afp avril 10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :

Au coeur des montages spéculatifs de Magnetar

Quatre jours après la plainte de la SEC dans l’affaire Goldman-Paulson, les montages de ce discret fonds spéculatifd hedge fund éclatent au grand jour. En 2007, de nombreuses banques d’affaires – dont Deutsche Bank et UBS – lui aurait permis de spéculer contre les «subprime». Au détriment d’autres établissements

Tandem avec Citi ou UBS

Dans une enquête publiée début avril, le site d’information Pro Publica, montre que des firmes comme JP Morgan, Merrill Lynch, Citigroup, Deutsche Bank ou UBS ont conçu de tels CDO peu avant l’éclatement de la bulle, sans préciser qu’un hedge fund – Magnetar – avait son mot à dire dans leur composition. En 2006 et 2007, ces banques auraient ainsi créé 40 milliards de dollars de montages de ce genre avec Magneta. Fin 2008, la quasi-totalité de ces CDO s’étaient écroulés.

Des actifs toxiques en or

La stratégie d’Alec Litowitz, fondateur de Magnetar – et ancien du hedge fund Citadel – visait tout d’abord à investir dans la portion des CDO rapportant le plus: celle regroupant les prêts hypothécaires ayant le moins de chance d’être remboursés. Ceci non pas pour spéculer sur le redressement de l’immobilier américain, qui tournait déjà de l’œil. Mais pour obtenir l’argent finançant la partie immergée de leur stratégie: les paris sur l’écroulement de ces CDO, réalisés via des produits d’assurance – les CDS – permettant de toucher le jackpot en cas de faillite. «Pour Magnetar, ces produits toxiques étaient devenus une chance», écrit Pro Publica.

Selon les banquiers interrogés par le site, le hedge fund aurait en outre incité les banques à charger ces CDO de prêts plus risqués. Afin de les rendre plus fragiles, quitte à piéger le reste des clients à qui étaient vendus ces produits. Trouver preneur pour la partie toxique de leurs CDO «était devenu si important pour les banques, qu’elles acceptaient que ceux la rachetant aient leur mot à dire sur la conception» des produits, écrit Pro Publica.

Dans une lettre à ses clients, obtenue par l’agence Bloomberg, Magnetar indiquait hier ne pas avoir demandé la création de produits «voués à la faillite». Et rappelait que ses investissements – qualifiés de «market neutral» – ne visaient alors pas à parier sur une crise immobilière. En 2007 pourtant, l’un de ses responsables indiquait à Bloomberg que Magnetar s’inquiétait «des excès sur le marché des «subprime» depuis 2006». Et précisait que ses «portefeuilles» étaient orientés «afin de profiter de [la] récente volatilité».

Le fonds spéculatif a pris soin de tout verrouiller au niveau juridique: il ne participait ainsi pas directement à la conception des CDO, passant par les services de sociétés intermédiaires. Magnetar n’a pas été inquiété par la justice.

source le temps avril10

EN COMPLEMENT :

Rajat Gupta, l’un des administrateurs de Goldman Sachs, aurait averti le patron du fond Galleon d’un investissement de 5 milliards de dollars de l’investisseur Warren Buffett dans la banque américaine avant qu’il ne soit rendu public, selon le Wall Street Journal de vendredi.

 Berkshire Hathaway, holding de tête du milliardaire américain Warren Buffett, avait investi, fin septembre 2008 au plus fort de la crise financière, 5 milliards de dollars dans Goldman Sachs.

D’après le Wall Street Journal, qui cite des sources proches du dossier, M. Gupta aurait prévenu le patron de Galleon, le milliardaire d’origine sri-lankaise Raj Rajaratnam, de cette transaction avant qu’elle ne soit rendue publique.

La justice américaine a récemment élargi son enquête de délit d’initié sur Galleon à M. Gupta, cherchant à savoir s’il a fourni des informations confidentielles sur la banque d’affaires au fonds d’investissement, affirmait mi-avril le Wall Street Journal. 

Selon le quotidien, M. Gupta a annoncé en mars qu’il ne se représentait pas au conseil d’administration de Goldman Sachs car il se savait impliqué dans l’enquête sur le délit d’initié de Galleon.

M. Gupta ne fait pour l’instant l’objet d’aucune inculpation pénale ou d’accusation, et « il n’y a pas non plus d’indications que les enquêteurs étudient ses propres transactions boursières », précisait le quotidien.

Le nom de Goldman Sachs a émergé dans l’affaire Galleon à travers une lettre gouvernementale datée du 22 mars listant les entreprises incluses dans l’enquête pour délit d’initié. L’affaire Galleon a éclaté fin 2009. M. Rajaratnam a été inculpé en décembre dans le cadre de l’enquête sur de multiples délits d’initié. Il est accusé d’avoir profité d’informations confidentielles obtenues auprès de dirigeants d’entreprise pour réaliser environ 20 millions de dollars de profits en Bourse.

Le milliardaire Warren Buffett est à l’aise quant à lui avec l’investissement qu’a réalisé sa compagnie dans Goldman Sachs en 2008.

  Thomas Murphy, directeur de Berkshire Hathaway (BRK.A), a affirmé dans une entrevue télévisée que M. Buffett n’était «aucunement inquiet» avec l’investissement, après que la Commission américaine des valeurs mobilières eut intenté une poursuite civile contre Goldman pour fraude.

«Il reste à voir ce qui va arriver, mais je pense qu’il a une grande confiance dans Goldman», a dit M. Murphy, selon une dépêche de l’agence Bloomberg.

Le milliardaire d’Omaha au Nebraska a accepté à la fin de septembre 2008, soit au milieu de la crise financière, d’acquérir pour 5G$ US d’actions privilégiées versant un dividende de 10% de Goldman, de même que des bons de souscription destinés à acquérir des actions pour un même montant.

Cet investissement a été considéré comme étant un vote de confiance dans Goldman, et en quelque sorte comme une surprise, étant donné les critiques qu’a adressées M. Buffett pendant des années aux cadres de Wall Street.

L’assemblée générale annuelle de Berkshire Hathaway se tiendra le 1er mai prochain, à Omaha. On s’attend à ce que M. Buffett soit interrogé sur l’investissement de la compagnie dans Goldman

Source afp avril10

3 réponses »

  1. Organiser une transaction à somme nulle entre très peu d’investisseurs, ce n’est pas sérieux.
    Tant que l’immobilier montait, Paulson pouvait supporter les pertes car la vitesse de la hausse était assez faible.
    Mais tout renversement de tendance impliquait une augmentation notable de la volatilité. Les acheteurs le savaient, mais savaient ils que la partie short était réduite à très très peu d’intérêts?
    Il s’agit là vraiment d’un très mauvais travail de broker, et je suppose condamnable car il a bien fallu trouver des arguments pour faire croire que le produit était exempt de risque sistémique.

    • Il me semble que le vrai noeud de toute cette affaire ne se situe pas là ou pointent tous les médias en général mais plutot du coté d’AIG ou avec les mèmes interlocuteurs et ingrédients l’Etat US serait de la revue sur plusieurs milliards de dollars..d’ou les attaques de la SEC contre GS tout azimut…

Laisser un commentaire