Europe

Henri Schwamm : Le double écueil qui menace la zone euro

 Le double écueil qui menace la zone euro par Henri Schwamm

L’assainissement des finances publiques est une nécessité. Il faudra beaucoup de temps pour corriger le tir alors que le défi démographique pèse sur l’avenir de la zone euro.

ON PEUT LÉGITIMEMENT S’INQUIÉTER DU POIDS CUMULÉ DES CONTRAINTES QUE LE COUPLE ENDETTEMENT/ VIEILLISSEMENT FAIT ET FERA PESER SUR LES PAYS DE L’UE DANS LES ANNÉES À VENIR.

PLUS DE DECLIN EN SUIVANT :

 Au-delà du cas grec, la zone euro est confrontée à une double crise: endettement colossal de la plupart de ses Etats membres et vieillissement de sa population induisant des charges de plus en plus lourdes, tant publiques que privées. On peut légitimement s’inquiéter du poids cumulé des contraintes que ce couple endettement/vieillissement fait et fera peser sur elle dans les années à venir.

En raison des mesures anti-crise prises en 2008-2009 (les fameux « plans de relance «), les ratios de dette publique ont augmenté dans l’ensemble des pays de la zone.

Compte tenu du ralentissement de la croissance économique potentielle, la charge de ce surcroît de dette augmentera, entraînant une hausse des taux d’intérêt et une pression accrue sur la fiscalité. À moins d’un rapide redressement, au demeurant très peu probable, de l’économie après la crise, les conditions sont réunies pour qu’une période prolongée de faible croissance entraîne une stagnation du revenu par habitant susceptible d’accroître les écarts de revenu et les inégalités. Les gouvernements tiennent à conserver le contrôle de leur budget national et la discrétion sur leur politiquefiscale.

Si demain l’Allemagne, dont le déficit public était de 3,2% en 2009, et la France, où il était de 8,2%, divergeaient sérieusement dans leur gestion du processus de désendettement, une crise économique, voire une crise politique, ne serait pas à exclure.

La deuxième menace qui pèse sur la santé des finances publiques de la zone euro est démographique.

Une population plus âgée induira des charges plus importantes pour les systèmes de protection sociale (en particulier la santé et les retraites).

Ces dépenses devront être financées soit par un alourdissement de la fiscalité, soit en réduisant les dépenses dans d’autres secteurs, sauf si le rythme de croissance économique s’accélérait. On ne voit pas bien comment tel pourrait être le cas, compte tenu précisément du vieillissement de la population et de l’alourdissement de la charge de la dette et de la charge fiscale.

Le seul moyen d’assurer un développement économique soutenu est de relever l’âge de la retraite. Ce ne sera pas facile, les réformes des retraites sont politiquement difficiles à imposer et peuvent même être remises en cause. Mais plus on tardera à adopter ces réformes, plus la charge sera lourde et plus les ressources disponibles pour d’autres investissements indispensables (formation et éducation notamment) seront restreintes.

Dans la zone euro, les systèmes de santé et de retraite restent purement nationaux. La charge de la réforme des systèmes de protection sociale et des marchés du travail incombe donc aux autorités nationales. Elles fixeront l’âge de la retraite en fonction du degré souhaité de couverture sociale et de redistribution.

L’Union européenne peut certes inciter ses pays membres à mettre rapidement en oeuvre des réformes efficaces mais, en dernier ressort, ce sont les Etats qui doivent prendre la décision.

En résumé, la situation économique de la zone euro s’est considérablement dégradée depuis 2008.

La crise a entraîné des déséquilibres budgétaires exceptionnels. Certains pays ont profité de l’euro pour mener des politiques d’endettement déraisonnables. L’assainissement des finances publiques est donc une absolue nécessité. Il faudra beaucoup de temps pour corriger le tir, alors que le défi démographique pèse sur l’avenir de la zone. Son niveau d’endettement pourrait du reste devenir inacceptable, notamment en raison des conséquences du vieillissement.

HENRI SCHWAMM Université de Genève MAI10

 EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Jean Pierre Petit : Le déclin économique de l’UE (I) (cliquez sur le lien)

 BILLET PRECEDENT : Formation Financière : La liquidité est un mécanisme mal connu (cliquez sur le lien)

4 réponses »

  1. Mercredi 5 mai 2010 :

    Il existe une menace de contagion des problèmes financiers de la Grèce à d’autres pays membres de la zone euro, estime Axel Weber, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE).

    « Il existe une menace de contagion sérieuse pour les autres pays de la zone euro et de réactions négatives sur les marchés financiers », a déclaré Axel Weber dans une déclaration au parlement allemand.

    « Un défaut de la Grèce dans la situation actuelle très fragile constituerait un risque important pour la stabilité de l’union monétaire et le système financier », a-t-il ajouté.

    http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE6440AX20100505

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  2. Une question se pose : quelle est l’incidence de l’augmentation de l’âge de la retraite sur le taux de chômage ?
    Question subsidiaire : qu’est-ce qui coûte le plus cher à la nation : un retraité ou un chômeur ?

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