Art de la guerre monétaire et économique

Pénuries futures : Europe s’inquiète de l’accès aux métaux rares

Pénuries futures : Europe s’inquiète de l’accès aux métaux rares

Bruxelles tire le signal d’alarme. Téléphones portables, fibre optique, batteries au lithium, panneaux solaires, tous ces produits de haute technologie dépendent, pour leur fabrication, de métaux rares comme le gallium ou le germanium. Problème : la quasi-totalité de ces matières premières devenues stratégiques sont entre les mains d’une poignée de pays. Au premier rang desquels la Chine.

Energie : « les Terres rares  » comme thème d’investissement…. (cliquez sur le lien)

PLUS/MOINS DE METAUX RARES EN SUIVANT :

La Commission européenne a publié en juin  un rapport qui s’inquiète de pénuries à venir pour quatorze de ces éléments, qualifiés de «critiques » (*).

Hasard de la géologie, la Chine, devenue elle-même gros consommateur de ces métaux rares, en concentre dans son sous-sol la plus grande partie. Pékin contrôle ainsi 95 % de la production mondiale de terres rares (une famille de métaux employés dans les moteurs hybrides, les lampes LED ou les nanotechnologies), 87 % de l’antimoine (semi-conducteurs), ou encore 84 % du tungstène (superalliages, électrodes).

 L’Union européenne (UE) importe la totalité de ses approvisionnements en antimoine, cobalt molybdène, niobium, platine, terres rares ou encore tantale. Faiblesse supplémentaire : sur les dix premières entreprises minières mondiales, pas une seule n’est européenne.

« Un meilleur prix»

La situation est d’autant plus préoccupante que début juin, Pékin a annoncé la reprise en main par l’État de la production des métaux stratégiques. Les autorités chinoises affirment que les terres rares sont en partie exportées en fraude. Pékin veut réserver l’extraction à quelques compagnies publiques, notamment pour en retirer «un meilleur prix», affirmait récemment dans le New York Times un responsable de la Société chinoise des terres rares. «Plusieurs économies émergentes poursuivent des stratégies de développement industriel (…) dans le but de réserver ces ressources à leur usage exclusif», souligne le rapport européen. Outre la Chine, la Russie, la République démocratique du Congo ou encore le Brésil détiennent les réserves majeures de métaux «critiques».

Le gouvernement français surveille ce risque de pénurie des matières premières vitales pour les technologies vertes. Le ministre de l’Écologie, Jean-Louis Borloo, a ainsi présenté, le 27 avril dernier, un plan d’actions pour sécuriser l’approvisionnement de l’Hexagone. Aux États-Unis aussi, le dossier est considéré comme stratégique. Un rapport officiel de 2008 avait identifié cinq minerais «hautement critiques». Le Pentagone conserve même un stock stratégique de métaux rares pour les besoins de l’industrie de défense.

La pénurie pourrait intervenir dans les vingt ans. Un exemple : en 2006, 152 tonnes de gallium (employé pour les panneaux solaires) ont été produites dans le monde (dont 83 % en Chine). Les nouvelles technologies en ont consommé cette année-là 28 tonnes. Mais en 2030, la demande s’élèvera à 603 tonnes, quatre fois la production actuelle. Dépourvus de solution miracle, les experts européens recommandent notamment d’intensifier l’effort sur le recyclage.

(*) Antimoine, béryllium, cobalt, fluorine, gallium, germanium, graphite, indium, magnésium, niobium, platine, terres rares, tantale et tungstène.

Par Fabrice Nodé-Langlois lefigaro.fr juin10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE ET RAPPEL LEXCELLENT COMMENTAIRE D’OLIVIA, fidele lectrice et contributrice de ce blog: Va-t-on manquer de gallium, de lithium ou encore de néodyme, des métaux utilisés notamment pour les cellules photovoltaïques et les batteries des véhicules électriques ?

Un rapport du groupe d’experts des Nations Unies pour la gestion durable des ressources tire la sonnette d’alarme : ces métaux indispensables pour le développement des cleantech ont un taux de recyclage beaucoup trop bas, estimé à environ 1%.

Déjà rares et chers, ces métaux sont également utilisés par l’industrie électronique (fabrication des téléphones portables, ordinateurs…). Si rien n’est fait pour améliorer leur taux de recyclage, ils pourraient cruellement manquer d’ici deux à trois décennies et freiner alors le boom des technologies propres.

Les experts de l’ONU estiment qu’il faut absolument récupérer ces métaux plutôt qu’extraire de nouveaux minerais : cela permet à la fois de préserver les ressources, mais aussi de faire baisser les prix de ces métaux et également de créer des emplois pour leur valorisation, observent-ils.

Leur rareté est déjà un facteur de hausse des prix

La rareté de ces métaux a déjà fait augmenter les prix de certains composants des cleantech, comme les turbines éoliennes ou les piles à combustible.

La rapport, dont la version finale doit être publiée dans quelques mois, estime également essentiel d’améliorer le recyclage de métaux plus communs comme le fer, le cuivre ou l’aluminium : cela pourrait permettre d’éviter des millions, voire des milliards, d’émissions de gaz à effet de serre car le bilan en termes d’efficacité énergétique du recyclage est entre deux à dix fois supérieur à celui de l’extraction de nouveaux minerais.

Il y a d’autant plus urgence que la consommation de ces métaux grimpe en flèche, selon l’ONU. La demande globale pour l’aluminium et le cuivre, par exemple, a doublé dans les vingt dernières années. Aux Etats-Unis, le volume de cuivre utilisé par personne est passé de 73 kilos au début des années 30 à près de 240 kilos aujourd’hui !

L’industrie électronique a encore de gros progrès à faire en matière de recyclage : la durée de vie du cuivre dans les bâtiments est ainsi de 25 à 40 ans, alors que celle du cuivre incorporé dans les ordinateurs ou les téléphones mobiles est de moins de cinq ans.

http://www.latribune.fr/green-business/l-actualite/414936/la-penurie-de-metaux-pourrait-freiner-le-developpement-des-technologies-propres.html

EN COMPLEMENT : Les Etats-Unis ont chiffré la valeur de l’Afghanistan

 Par Frédéric Koller le temps juin10

On considérait l’Afghanistan comme l’un des pays les plus pauvres de la planète, on découvre qu’il est richissime. 

C’est un mémo du Pentagone opportunément rendu public par le New York Times lundi qui l’affirme: ses montagnes regorgent de fer, de cuivre, de cobalt, d’or et de bien d’autres métaux rares. Le pays de l’opium pourrait se transformer en «Arabie saoudite du lithium» et sa fortune s’élever à «mille milliards de dollars». 

En quelques heures, l’information a fait le tour de la planète. Une opération de communication rondement menée. Seul problème: il n’y a rien de nouveau. Les Soviétiques avaient cartographié ces richesses dès les années 1980, et leurs études avaient été publiées dans les revues géologiques occidentales en 2007. Il y a six mois, le président Hamid Karzaï évoquait déjà ce chiffre de «mille milliards». 

D’où cette question: pourquoi cet effet d’annonce? Deux hypothèses se dégagent. Alors que l’OTAN piétine et que les talibans ne cessent de gagner du terrain, les Américains, à la suite des Européens, s’interrogent sur leur présence dans l’Hindu Kuch. Il faut redonner du sens à cette «guerre choisie», comme la qualifie Barack Obama, dont l’objectif initial, rappelons-le, était de punir Al-Qaida et chasser ses protecteurs de Kaboul. Au risque de brouiller le message comme ce fut le cas avec le pétrole en Irak. 

Seconde piste: la course au trésor a déjà commencé et les Chinois ont pris une longueur d’avance. Ils ont aligné 4 milliards de dollars pour une mine de cuivre, le plus gros investissement jamais vu à Kaboul, mais ne déboursent pas un sou pour sécuriser le pays, une tâche qui commence à coûter cher aux Américains. Il s’agirait donc pour le Pentagone de faire monter les enchères et de contrer cette influence. Et nous voilà replongés dans le «Grand Jeu», comme au XIXe siècle, lorsque la Grande-Bretagne et la Russie se disputaient la domination de l’Afghanistan. Les joueurs ont changé, mais leur convoitise est immuable. Tant pis pour la paix afghane, car ce pauvre pays riche, dont la valeur marchande est désormais connue, semble condamné à rester un terrain d’affrontement pour les grandes puissances du moment.

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«Les richesses du sol ne changeront rien» Par Propos recueillis par Nathalie Versieux le temps

Le chercheur Conrad Schetter, de l’université de Bonn, revient sur les révélations du «New York Times» de lundi et dit craindre une nouvelle déstabilisation du pays entouré de puissances toujours en quête de vaste ressources

Conrad Schetter, chercheur au Centre de Bonn sur l’Asie (Bonner Asienzentrum) revient sur les révélations lundi du New York Times sur l’existence de considérables ressources en minerais rares, enfouies sous le sol afghan. Leur valeur est estimée à 1000 milliards de dollars.

Le Temps: Comment expliquer que l’information du NYT, que détenaient semble-t-il déjà les Russes du temps où ils occupaient l’Afghanistan, sorte aujourd’hui au grand jour?

Conrad Schetter: Le NYT a, semble-t-il, des relations privilégiées avec la Maison-Blanche. Le quotidien est parvenu à plusieurs reprises ces derniers temps à publier des informations confidentielles. En l’occurrence, il est bien sûr difficile de juger dans quelle mesure la Maison-Blanche avait intérêt à ce que ces informations soient publiées maintenant. Ce qui est sûr, c’est qu’on assiste depuis six mois à un regain d’activité diplomatique autour de l’Afghanistan: rencontres du président Karzaï avec le président chinois [Hu Jintao], avec [Mahmoud] Ahmadinejad, visite de [secrétaire d’Etat Robert] Gates à Kaboul… Pourquoi les Américains sont-ils tout à coup nerveux de voir Karzaï rencontrer les dirigeants chinois ou iraniens? Et pourquoi tout à coup cette assurance tranquille du président afghan, qui semble très sûr de lui? Avec l’existence de telles ressources, Karzaï se trouve bien sûr dans un autre rapport de forces. Il n’est plus le président d’un pays pauvre, ce qu’il était encore au début de l’année.

– Hamid Karzaï lui-même viendrait de découvrir l’ampleur de ces richesses?

– En Afghanistan, de telles rumeurs existent depuis le début de la guerre. Mais on ne connaissait aucun détail. Je pense que le président lui-même a appris très tard l’existence et l’ampleur de ces richesses.

– Hamid Karzaï estime que c’est «la meilleure nouvelle qu’ait apprise» son pays depuis des années? Une bonne nouvelle pour l’Afghanistan?

– Pour Karzaï lui-même, c’est certainement une bonne nouvelle. En jouant les alliances avec les grandes puissances les unes contre les autres, il peut renforcer son pouvoir. Il pourra utiliser ces ressources pour lier davantage à lui sa clientèle, pour s’enrichir, enrichir son clan. Il ne faut pas oublier que le gouvernement afghan est l’un des plus corrompus du monde! L’an passé, le ministre des Mines a dû démissionner après qu’on eut appris que la Chine lui avait promis 30 millions d’euros s’il cédait aux Chinois les droits d’exploitation d’une mine de cuivre à proximité de Kaboul! L’exploitation de ces richesses ne changera en revanche rien pour l’essentiel de la population. Même l’effet sur l’emploi risque d’être minime. Lorsque les Chinois construisent une route en Afghanistan, ils amènent leurs ouvriers avec eux! L’exploitation des ressources minières créera peut-être 10 000 à 30 000 emplois. Alors que le taux de chômage est proche de 50%!

Je crains plutôt une nouvelle déstabilisation. Pour un pays entouré comme l’Afghanistan de grandes puissances, dont beaucoup comme la Chine ou l’Inde possèdent l’arme nucléaire, les conditions de départ sont défavorables. Regardez des pays tels que la République démocratique du Congo, l’Angola, la Sierra Leone ou le Liberia: l’existence ou la découverte de vastes ressources sont devenues la source de conflits supplémentaires. Il est intéressant de voir que, alors que les infrastructures dans le pays sont catastrophiques, l’Iran et la Chine ont construit ces derniers temps des voies de chemin de fer et des routes vers l’Afghanistan. Le pays n’est même pas prêt à exploiter ses ressources. Ses voisins le seront bientôt.

Il serait naïf de croire que l’Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, puisse devenir une sorte de Suisse d’Asie centrale. Je m’attends plutôt à une course contre la montre entre grandes puissances et entreprises internationales pour s’assurer l’accès à ces richesses. Ce sont eux qui ont le know how pour exploiter ces ressources.

– Quelles seront les conséquences de ces ressources sur les talibans?

– Une grande partie de ces ressources serait située dans le sud-est du pays, là où les talibans sont le plus fort. Cela risque de les renforcer. Les talibans possèdent en Afghanistan un pouvoir géostratégique. Le Pakistan les utilise pour agir dans la région. Les Pakistanais chercheront à utiliser les talibans pour renforcer leur possibilité d’accéder à ces nouvelles ressources.

– Le président Horst Köhler a démissionné fin mai après des déclarations maladroites pouvant laisser entendre que la Bundeswehr était engagée en Afghanistan pour des raisons économiques. L’article du NYT jette un regard nouveau sur cette démission?

– Je ne crois pas. Il est vrai que l’Allemagne s’intéresse depuis plusieurs années à la région, mais plus particulièrement à l’Asie centrale (Turkménistan, Ouzbékistan et Kazakhstan), pour ses réserves en gaz et en pétrole. A Berlin, on a toujours pensé qu’en Afghanistan il n’y avait rien à aller chercher. Je n’ai jamais eu un seul instant, au cours de mes conversations avec des politiciens allemands, le sentiment que l’engagement militaire en Afghanistan pouvait être motivé par des raisons économiques. Je pense que Horst Köhler a été maladroit.

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