B.R.I. (Banque des Règlements Internationaux)

Le secteur financier victime des effets de levier trop faciles par Henri Schwamm

Le secteur financier victime des effets de levier trop faciles par Henri Schwamm

La BRI estime dans son 80e rapport annuel que les établissements financiers ont mal géré l’effet de levier.

En finance, on entend par effet de levier (ratio actifs/fonds propres) l’effet de la structure d’endettement d’un établissement financier sur la rentabilité de ses fonds propres – c’est-à-dire les fonds assurés par ses propriétaires. Cet effet est favorable à l’établissement financier, donc positif, lorsque le taux de profit de celui-ci, résultat de son activité, est supérieur au taux d’intérêt versé sur les sommes empruntées. Il est négatif dans le cas contraire.

PLUS/MOINS DE LEVERAGE EN SUIVANT :

Fondamentalement, il s’agit de jouer sur deux facteurs: d’abord sur un écart de rémunération, ensuite sur un écart dans la structure de financement.

Ecart de rémunération : d’un côté se trouve le profit (anticipé), c’est-à-dire ce qu’espère obtenir l’établissement financier en réalisant telle ou telle opération (acquisition d’actions, d’obligations, de produits financiers complexes, par exemple), de l’autre côté, le coût connu d’emprunt des capitaux (taux d’intérêt qui est fonction des conditions de crédit prévalentes).

Ecart dans la structure de financement : la combinaison de financement peut aller du tout autofinancé au tout emprunté. Dans le premier cas, l’établissement financier perçoit l’intégralité du profit; dans le second, il perçoit le solde entre profit et intérêt versé sur la totalité des fonds. Le plus souvent, la situation est intermédiaire.

L’effet de levier est d’autant plus puissant qu’est élevé l’écart entre profit et intérêt d’un côté et important le recours relatif à l’emprunt de l’autre.

La logique de l’effet de levier est à la base de l’activité de banque et de financement.

Au début, tout le monde trouve son compte à la mise en oeuvre de ses bienfaits.L’effet de levier est vécu sans danger, autrement dit l’actif est jugé liquide (vendable sans perte de capital). Mais cela n’est vrai que si, côté acheteur, se trouve une source de financement qui pense de même… et ainsi de suite, avec des prêteurs qui acceptent de « jouer le jeu «. Donc attention aux renversements brutaux, à la prise de risque excessive. De toute façon, l’effet de levier ne peut seconcevoir que dans un contexte d’incertitude, avec asymétrie d’information.

Dans son 80e rapport annuel, qui vient de paraître, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) estime que les établissements financiers ont mal géré l’effet de levier.

Ils ont obtenu les résultats à l’aide d’un levier cinq fois supérieur à celui des autres secteurs. Cet effet de levier important leur a assuré un retour sur fonds propres compétitif

– c’est ce qui importe aux actionnaires

– en dépit d’un faiblerendement des actifs.

Le jugement que la BRI porte sur le secteur financier à ce sujet est sévère: «La crise a révélé les déficiences structurelles de son modèle opérationnel.

Pendant plusieurs décennies, les établissements financiers ont joué sur l’effet de levier pour dynamiser leur rentabilité à court terme, au prix d’une forte volatilité de leurs résultats. Le faible niveau de fonds propres, la détention d’actifs illiquides et le recours au financement à court terme ont engendré des vulnérabilités qui ont conduit, ces dernières années, à des pertes et à des désordres systémiques importants (…) Vu l’ampleur de l’effet de levier, la dépendance des établissements financiers visà- vis des ressources à court terme, conjuguée à l’opacité et à l’illiquiditéde leurs expositions au risque, a rendu le secteur plus vulnérable aux renversements de conjoncture ».

Depuis la crise, les investisseurs se montrent plus sélectifs et privilégient les établissements financiers qui s’appuient sur des modèles plus prudents et plus résistants.

Parmi les ajustements nécessaires que le marché lui-même impose pour améliorer la résilience du secteur financier, la limitation de l’effet de levier, à côté notamment de l’amélioration de la qualité des fonds propres, s’avère indispensable.

HENRI SCHWAMM Université de Genève juil10

BILLET PRECEDENT : USA et Chine sont condamnés à coopérer par Henri Schwamm (cliquez sur le lien)

 

EN COMPLEMENT : Restructurer les grandes banques serait supportable

Les efforts de réforme financière mettent l’accent sur les problèmes des banques «too big to fail», particulièrement pertinent pour la Suisse. Réduire la taille des établissements n’impliquerait-il toutefois pas des conséquences néfastes, notamment sur le marché de l’emploi?

L’édition 2009 des statistiques annuelles de la BNS sur les banques suisse apporte un éclairage sur la question. Tout d’abord, la cure d’amaigrissement est bien avancée. Le bilan des banques a diminué de près d’un quart depuis sont sommet de 2007. Ceci est le fait des deux grandes banques (-38 pourcent) et en particulier de l’UBS dont le bilan est réduit de près de moitié.

Cette cure d’amaigrissement s’est avant tout produite au niveau du bilan hors Suisse qui a chuté de près de moitié pour les deux grandes banques. La réduction est nettement moindre pour les activités domestiques. Un aspect intéressant est que les passifs en Suisse ont plus fortement reculé (-23 pourcent) que les actifs (-10 pourcent) reflétant sans doute la nervosité des déposants envers les grandes banques. Le marché domestique reste cependant une source nette de fonds, les passifs en Suisse étant plus élevés que les actifs à raison de 42 milliards de francs.

La réduction drastique du bilan ne s’est pas accompagnée de coupes d’emplois similaires. Si les grandes banques ont coupés 8600 postes, cela ne représente «que» 13 pourcent de leurs effectifs, et demeure donc bien en deçà de la réduction du bilan. En outre ces coupes se sont faites principalement à l’étranger, avec une réduction de «seulement» 3700 postes en Suisse.

Les deux établissements ont donc absorbé leur redimensionnement dans leur productivité, le ratio du bilan aux employés passant de 35 millions par employé à 25. Si cela représente une chute substantielle, ce ratio est maintenant similaire à celui des banques cantonales.

Malgré son redimensionnement, le secteur bancaire suisse demeure très large. Le bilan des banques représente 5 fois le PIB (contre 6,5 fois en 2007), dont 2,7 pour les deux grandes banques à elles seules.

Peut-on encore réduire la taille du secteur?

Rappelons tout d’abord qu’une telle taille un phénomène relativement récent : jusqu’au milieu des années nonante le secteur bancaire ne représentait en effet que 3-3,5 fois le PIB. Considérons un scénario où la taille des grandes banques est ramenée à 2 fois le PIB, ce qui correspond à leur niveau de 1995. Ceci impliquerait des pertes d’emplois, car sinon le ratio bilan – employé descendrait à 18 ce qui n’est pas réaliste. Maintenir le ratio à 24 demanderait une réduction de 13.500 postes. Ceci est considérable, mais ne représente pas une catastrophe. Tout d’abord, cela correspond à 0.34 pourcent de la population active, et ne constitue donc pas une explosion du chômage. En outre, vu le niveau de qualification élevé dans le secteur ces personnes retrouveraient un emploi, même si ce ne serait pas forcément dans la finance. Enfin, ces pertes de postes se produiraient de manière substantielle hors Suisse. En conclusion, un tel ajustement serait certes bien douloureux, mais pas insurmontable.

CÉDRIC TILLE Graduate Institute for International and Development Studies juil10

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