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Matières Premières agricoles : Les mouvements de prix injustifiés par Jeannette Williner

Matières Premières agricoles : Les mouvements de prix injustifiés par Jeannette Williner

Les intervenants se plaisent à attiser les doutes et insistent sur la possible mise en place de mesures protectionnistes.

LES LIQUIDITÉS TROP BON MARCHÉ ACTUELLEMENT NE SERVENT À RIEN POUR L’ÉCONOMIE RÉELLE. PAR CONTRE  ELLES AGGRAVENT LES TRAVERS FINANCIERS CONTEMPORAINS.

On aime les crises apparemment! Contrairement à 2008, la demande en biocarburants n’est pas à accuser, l’impossibilité de reconstituer les stocks pas davantage et le désinvestissement de l’agriculture n’est pas plus vrai.

Par contre la spéculation n’a pas laissé échapper l’opportunité offerte par une sécheresse tardive.

PLUS/MOINS DE BLE EN SUIVANT :

Le 10 juin, le boisseau était dans ses plus bas récents (430 dollars) et les spécialistes soulignaient queles stocks mondiaux étaient pleins à craquer. De ce fait, les cours du blé étaient plombés pour plus d’une année. Aujourd’hui, le boisseau est aux environs de 726 après avoir testé les 800 (786). La canicule est l’accident climatique redouté.

La canicule et les incendies vont certainement réduire d’un tiers la production russe mais l’énormité des stocks devrait faire son travail.

Les intervenants sur les marchés se plaisent à attiser les doutes et insistent sur lamise en place de mesures protectionnistes afin de protéger la consommation intérieure. Ces arguments sont excellents pour renforcer la spéculation.

 En 2008, les stocks mondiaux étaient à peine supérieurs à 110 millions de tonnes.

Aujourd’hui, ils sont proches de 200 millions et des émeutes de la faim sont peu probables dans les pays en développement. Certes la hausse récente a été vive: 52% en cinq semaines ce qui prouve surtout que les traders ont de la peine à se mettre quelque chose sous la dent et tentent de créer la confusion en rapprochant la situation actuelle avec celle de 1972-73 ou celle de 2007-2008.

La récente opération faite sur le cacao n’est pas étrangère à la situation actuelle.

Tentative de putsch et opa sur le marché du cacao (cliquez sur le lien)

Fermer les frontières du blé permettrait au moins de limiter le profit des traders.

Russie, Ukraine et Kazakhstan ramasseraient quelque argent supplémentaire au lieu de le laisser à des intermédiaires comme Cargill (ou autre). Cargill, qui n’étant pas cotée ne publie pas de comptes officiels, mais précise tout de même que son secteur trading a vu ses bénéfices progresser sensiblement suite à la reprise des produits pétroliers dont on ne manque pourtant pas.  Les fortes tensions observées sur le marché du plastique sont probablement la cause de cet amalgame. Si les grands fournisseurs de polypropylène livrent avec un trimestre de retard et des hausses de prix de l’ordre du tiers du prix c’est simplement pour compenser l’absence de visibilité sur les commandes de leurs clients, PME pour la plupart. Il faut bien les «punir» d’avoir déstocker l’année dernière.

Etonnamment le pourcentage de gains sur le blé équivaut à celui du cacao qui a pris plus longtemps à se construire car il s’agit d’une marchandise moins sensible (de 1723 à 2695 dollars en onze mois). Depuis son plus haut du 14 juillet, le cacao a cependant reculé de 19% au 6 août. Le fonds qui a créé l’émotion sur le marché a pris le temps d’accumuler ses 240.100 tonnes tranquillement et de les vendre à des producteurs de chocolat.

D’un côté, les agriculteurs n’ont pas touché un centime de plus pour leur production. De l’autre, les derniers chocolatiers à avoir acheté ont d’ores et déjà perdu de l’argent. Ce sont eux, les producteurs et les consommateurs de produits chocolatés qui paieront l’argent gagné par le fonds concerné. Cette affaire de spéculation cacaotée permet un jeu de nombreuses prévisions sur le futur des fèves. On comprend mieux pourquoi les producteurs veulent avoir leurs plantations. Au moinsils ne quémanderaient pas la marchandise et ne seraient pas des provocateurs de spéculation.

On ne peut oublier que les consommateurs s’appauvrissent chaque jour davantage. Le chocolat noir a déjà subi une baisse des ventes. Plus cher que le chocolat au lait, il est normal qu’il ait été pénalisé davantage. Il est clair que si l’économie américaine s’améliore, les consommateurs d’Outre Atlantique achèteront des chocolats de meilleure qualité et le creux enregistré sera gommé. Les fabricants de chocolat (pâte de chocolat et autres couvertures) estiment que naturellement les fèves de cacao sont orientées à la hausse, mais qu’effectivement l’intervention des financiers est assez détestable. Non seulement les mouvements de prix sont exacerbés, sans rapport avec la demande réelle et de ce fait engendrent une volatilité des prix difficile à gérer par les vrais utilisateurs. Ce raisonnement peut être tenu par toutes les industries utilisant des matières premières. L’affolement est plus sensible lorsque des denrées sensibles, blé ou minerai de fer, sont concernées. Il s’agit d’une façon ou d’une autre de réglementer les transactions de ce style.

 Par ailleurs, il est clair que ces opérations sont financées à crédit. Bien que représentant des montants engagés largement inférieurs à l’addition finale, les taux d’intérêt au niveau où ils sont les favorisent. Il est clair que cet argent trop bon marché ne sert plus à rien pour l’économie réelle mais par contre aggrave les travers de la finance contemporaine. Parallèlement, l’épargne privée souffre et les taux actuels coûtent cher aux affaires des assureurs qui ne gagnent pas assez sur leurs investissements pour honorer leurspaiements. Cette conséquence parallèle  n’était pas souhaitée mais est une réalité. Faire face à celleci modifierait la perception du risque et beaucoup d’opérations échevelées disparaîtraient d’ellesmêmes. _

Jeannette Williner analyste indépendant aout10

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