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Alternative énergétique :La balle est dans le camp politique

Alternative énergétique : La balle est dans le camp politique

Après une longue sous-performance des énergies renouvelables, l’automne sera chaud en décisions cruciales

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Le niveau insoutenable des ­déficits publics se répercute inévitablement sur les marchés de l’énergie. L’incertitude sur les subventions aux énergies renouvelables a en effet pénalisé les actions liées aux énergies renouvelables cette année. Leur performance a été plus faible que l’indice général des actions.

Le nouveau ralentissement de la conjoncture freine non seulement le cours du pétrole, lequel est retombé à 74 dollars, mais l’ensemble de l’énergie. Dès lors, «la volonté politique et les subventions demeurent les principaux facteurs de croissance à moyen et long terme des énergies renouvelables», selon une étude de Nomura. Le débat qui entoure un éventuel renouveau nucléaire constitue un handicap supplémentaire.

Bien sûr, les discours politiques continuent de soutenir les énergies propres dans une optique à long terme. Mais, à court terme, d’importants rendez-vous vont créer ce que les boursiers appellent de la volatilité. Les regards sont avant tout portés sur l’Allemagne, marché de référence par maints aspects. Le gouvernement d’Angela Merkel présentera sa nouvelle stratégie énergétique en octobre. Entre-temps, les différents lobbies font entendre leur voix. L’«Energiereise» de quatre jours effectué par Angela Merkel la semaine dernière en a fourni la preuve.

Les propositions de nette baisse des subventions au solaire ne se limitent pas aux milieux conservateurs et au FDP. Elles sont soutenues également par certaines associations de consommateurs. En effet, ces derniers devraient probablement doubler leur contribution au solaire. Pour un ménage moyen, la facture passerait de 1,2 euro par kWh en 2009 à 2,4 euros. Leurs représentants se font d’autant plus entendre que ce soutien encourage de plus en plus les producteurs chinois. Ces derniers gagnent des parts de marché. Pourquoi le consommateur allemand devrait-il soutenir la main-d’œuvre chinoise?

En effet, le marché est également de plus en plus concurrentiel et les prix sont orientés à la baisse. Q-Cells, leader mondial il y a deux ans, a plongé dans les chiffres rouges en 2009. Faute d’avoir adapté son modèle d’affaires, il a dû délocaliser une grande partie de sa production en Malaisie.

Au total, la part de marché des producteurs chinois est passée de 21% à 32%, celle des Américains de 9% à 21% et celle des Allemands de 53% à 31%. La crise a donc renforcé les tendances.

L’augmentation des installations photovoltaïques en Allemagne est toutefois indiscutable. La production au premier semestre est presque égale à celle de toute l’année dernière. Solarworld a par exemple doublé ses ventes au deuxième trimestre. Mais la ruée de cette année devrait faire place à une croissance plus modeste si l’encouragement au solaire était effectivement réduit de moitié d’ici à 2012. La Frankfurter Allgemeine parle de «Schlussverkauf» (soldes finales) pour décrire le pic de 2010.

 Le tableau est moins noir qu’il n’y paraît. Les restrictions budgétaires ne devraient toucher les énergies renouvelables que dans un petit nombre de pays. Car généralement, en Europe, les ­subventions sont financées directement par le marché de l’électricité, c’est-à-dire par le consommateur, et non pas par le budget des Etats. Les Etats-Unis, l’Espagne et l’Italie font exception à la règle. Aux Etats-Unis, c’est la déception devant l’absence de loi sur l’énergie qui pénalise le secteur. Mais on aurait tort d’oublier les engagements politiques pris à long terme.

Par Emmanuel Garessus/le temps sep10

EN COMPLEMENTS : Billet Invité : Part croissante des énergies renouvelables dans le monde par Olivia

Energie : Le solaire devient autoporteur

Jeannette Williner : Le dilemme énergétique des gouvernements

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Fort potentiel du photovoltaïque 

Si une partie de ces panneaux étaient produite et installée en Suisse, le cercle vertueux industrialisation/installations assurerait à coup sûr la création de plusieurs milliers d’emplois additionnels

La dernière décennie a connu un essor spectaculaire du photovoltaïque (PV). Les capacités mondiales de production de modules ont été multipliées par 50 et les coûts de production divisés par 5. Le temps nécessaire à restituer l’énergie utilisée pour la fabrication n’est plus que de 1 à 3 ans selon les technologies et les régions. L’Agence internationale de l’énergie, plutôt conservatrice, estime dans un rapport récent que, d’ici à 40 ans, 22% de l’électricité mondiale sera produite par le solaire (à parts égales entre le PV et les centrales thermiques). 

L’histoire récente du PV est le paradigme de la puissance d’un système capitaliste intelligent.

Pour paraphraser Thomas Friedman et son livre Hot, Flat, and Crowded, quand les politiciens mettent en place un cadre légal qui assure un débouché aux acteurs industriels, ces derniers investissent massivement dans l’innovation et dans la mise au point de techniques de production plus efficaces. La créativité de milliers d’ingénieurs permet alors des progrès spectaculaires. 

C’est exactement ce qui se passe avec le PV: les lois de soutien mises en place en Allemagne, puis dans des dizaines d’autres pays, ont eu pour effet de créer un marché technologique dynamique et compétitif. La recherche combinée aux milliards de francs investis aussi bien dans des start-up que dans des groupes établis (Bosch, Sharp, Samsung…) a entraîné un abaissement continu des coûts de production des composants. A tel point que, d’ici quelques années, le courant propre pourra être produit, localement, à un prix raisonnable (15 à 30 centimes le kWh). Et, dans dix ans, les centrales dans les régions ensoleillées fourniront le kWh à 5 ou 7 centimes, un prix comparable à celui des sources traditionnelles. A terme, le PV volera de ses propres ailes. Une étude récente montre que, dans certaines régions, il pourrait déjà être compétitif avec le nucléaire si ce dernier ne bénéficiait pas d’un soutien étatique. 

D’ici là, les programmes d’accompagnement demeurent toutefois nécessaires. Les surcoûts indirects qu’ils impliquent (quelques centimes par kWh) sont néanmoins compensés par les bénéfices à moyen et long terme: création de places de travail et de nouveaux secteurs économiques, réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la dépendance aux énergies non renouvelables. 

En Suisse, plusieurs compagnies ont su profiter de cette explosion du marché PV, que cela soit pour l’exportation d’équipements de production (Meyer Burger, Oerlikon Solar…), d’onduleurs (Sputnik) ou pour la fabrication directe de modules (Flexcell, Pramac ou 3S). En particulier, la région des Trois-Lacs, avec son pôle solaire, accueille de nombreuses PME et laboratoires industriels. En Suisse, le secteur solaire occupe plus de 2000 personnes et génère des exportations de plusieurs milliards de francs. 

Les exportations d’équipements se font actuellement majoritairement vers l’Asie et la Chine. Dans ce pays, l’Etat et les banques soutiennent en effet massivement la construction d’usines de modules solaires, notamment au travers de prêts avantageux. Cette politique met les entreprises européennes sous forte pression pour réduire leurs coûts de production. Mais elle stimule aussi tous les acteurs de la chaîne et fait chuter les prix des modules

En Suisse, 1 m2 de panneau typique produit 130 à 170 kWh par an. Si elles en étaient recouvertes, les toitures bien orientées (130 km2) pourraient ainsi générer le tiers de l’électricité consommée dans le pays. De fait, si la Suisse se dotait d’une loi semblable à celle de l’Allemagne, il suffirait d’une dizaine d’années pour que le PV couvre entre 5 et 10% de nos besoins électriques. 

Néanmoins, si 5% d’électricité solaire peut être intégrée assez aisément dans les réseaux existants, une part plus conséquente nécessitera une régulation des variations journalières et saisonnières propres au PV. Cela se fera en complémentarité avec d’autres sources ou par stockage local. De fait, les premières batteries destinées à déplacer l’utilisation locale du courant solaire ou sa réinjection dans le réseau à des moments choisis ont fait leur apparition sur le marché. Si les technologies de stockage d’énergie électrique suivent la même évolution en termes de coût de production que le PV, l’autarcie électrique deviendra bientôt possible dans de nombreuses régions du globe. 

L’idée que des consommateurs d’électricité deviennent autonomes sur une partie ou l’ensemble de l’année explique aussi partiellement les blocages actuels. Une telle perspective ne représente en effet rien de moins que la perte des monopoles des grands groupes liés à la production et à la distribution d’énergie

Et, dans ce contexte, la Suisse peine à réagir. Le soutien à l’installation de panneaux est très limité. Le marché restreint ne permet ni les économies d’échelle ni l’apprentissage nécessaires à cette technologie d’avenir. 

Pourtant, grâce au savoir-faire internationalement reconnu de son industrie et de ses laboratoires, la Suisse a un rôle important à jouer. La preuve: Oerlikon Solar, qui commercialise des lignes de production utilisant des procédés issus de notre laboratoire, a annoncé cette année que ses clients pourraient produire des modules pour 70 dollars le m2. Etant donné que ces modules produiront entre 2500 et 5000 kWh au cours de leur existence (d’au minimum 25 ans), la part du module dans le prix du kWh s’abaisserait à quelques centimes. 

Dès lors, si une partie de ces panneaux étaient produits et installés en Suisse, le cercle vertueux industrialisation/installations assurerait à coup sûr la création de plusieurs milliers d’emplois additionnels. 

Par Christophe Ballif  Directeur du laboratoire  de photovoltaïque, IMT, EPFL à Neuchâtel.

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