Cycle Economique et Financier

L’Américain nouveau: moins cigale, plus fourmi

L’Américain nouveau: moins cigale, plus fourmi

 L’économie est en panne aux États-Unis. L’un des problèmes: le consommateur américain, naguère boulimique, a perdu son appétit, préférant rembourser ses dettes et/ou épargner. Une nouvelle habitude qui est en train de s’enraciner, disent des experts.

PLUS /MOINS DE CONSOMMATION EN SUIVANT :

Lors du dernier Sommet du G20 à Toronto, en juin, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a prévenu les autres pays riches qu’ils ne doivent plus compter sur la consommation des Américains pour soutenir leur reprise.

Du même souffle, il exhortait ses partenaires à soutenir leur consommation domestique, notamment au Japon, en Allemagne et en Chine. Un message sans équivoque, que viennent appuyer de nouvelles données montrant que les Américains sont en train de changer radicalement leur mode de vie.

Selon un rapport publié la3ème semaine de aout, on apprend par exemple que les dettes accumulées par le biais des cartes de crédit aux États-Unis ont chuté à un creux de huit ans, au deuxième trimestre.

La «dette de plastique» à la charge des Américains a ainsi diminué de 4,1% pour atteindre 4591$ US en moyenne, selon la firme de crédit TransUnion. Cela marque un cinquième recul en autant de mois, et c’est la première fois depuis 2002 que le solde sur les cartes de crédit passe sous la barre des 5000$ US.

Le taux de délinquance, qui tient compte des soldes impayés avec 90 jours de retard ou plus, est également en forte baisse, à seulement 0,92%. C’est une chute spectaculaire par rapport au taux de 21,3% enregistré un an plus tôt.

Les riches sont chiches

Plusieurs statistiques livrent le même message: le consommateur américain n’est plus aussi boulimique qu’avant.

Récemment, Washington confirmait que les dépenses de consommation sont restées stables en juin, après une hausse de 0,1% en mai. De plus, le taux d’épargne des ménages, rapporté à leur revenu disponible, s’est hissé à son plus haut niveau en un an, à 6,4%, contre un taux presque nul avant la crise financière, il y a trois ans.

Même les riches se serrent la ceinture. Selon un sondage récent de la firme Deloitte KnowledgeCo, 55% des consommateurs qui n’ont pas souffert d’une chute de leur revenu après la crise financière – donc les mieux nantis – «ont tout simplement senti qu’il était souhaitable qu’ils réduisent leurs dépenses».

Un sentiment confirmé par le MasterCard Advisors’ SpendingPulse, un indicateur montrant que les achats de produits de luxe ont diminué en juin pour la première fois depuis novembre.

Le penchant à la modération des riches n’est pas sans conséquence, car la tranche de 5% des Américains les plus aisés représente un tiers de la consommation du pays. Un puissant moteur, donc, qui tourne au neutre.

Avec le chômage à un sommet de 20 ans et la débâcle immobilière, qui ne permet plus une accumulation d’épargne systématique, les ménages doivent donc adopter un comportement plus prudent, des réflexes d’épargnant.

Pour longtemps?

La question qui vient alors à l’esprit est celle de savoir combien de temps cela va durer.

Certes, les Américains ne sont pas tous devenus des disciples de Gandhi, mais ils font tous face à des réalités incontournables: entre autres, l’économie se porte mal, les baby-boomers vieillissent et leur bas de laine rétrécit.

Ainsi, l’actif net moyen des Américains – qui inclut l’immobilier, les caisses de retraite et les placements – a chuté de 18% depuis la fin 2007, à 171 000$ US, selon un chercheur de l’Employee Benefit Research Institute, cité par le Wall Street Journal.

En même temps, les rendements offerts par la Bourse et le marché obligataire sont en chute libre, laissant les retraités actuels et futurs avec un trou énorme dans leur budget.

Dans ce contexte, même avec une reprise bien ancrée de l’économie, les Américains n’ont d’autres choix que d’être plus frugaux.

Et il faudra s’y faire: la consommation aux États-Unis est appelée, à long terme, à croître moins rapidement qu’avant, soit de 2 à 2,5% par an au lieu de 3,6% en moyenne durant les 10 années qui ont précédé la récession, affirme dans une étude Richard Berner, économiste principal chez Morgan Stanley.

L’Amérique des «trois ou quatre chars à la porte» ou des «monster houses» appartient au passé. M. Geithner a raison: le réservoir de la grosse machine américaine est à sec, ou presque. D’autres pays devront prendre le relais et traîner l’économie mondiale, du moins pour un bon bout de chemin.

Richard Dupaul La Presse aout10

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