Art de la guerre monétaire et économique

Energie/Cleantechs : Voyage dans les rêves californiens

Voyage dans les rêves californiens

La Californie mise sur le développement des cleantech

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La Californie rêve en vert. C’est une obsession qui occupe tout l’espace économique. Pour beaucoup, les «cleantech»* sont le nouveau carburant de la Silicon Valley. Le consultant Cleantech Group constate que les fonds de capital-risque mobilisés dans les cleantech ont largement dépassé ceux investis dans les biotech, les logiciels ou les technologies médicales (voir graphique).

 Dans ses splendides bureaux de Menlo Park où l’art moderne adoucit avec bonheur l’ambiance des salles de conférence, Donald F. Wood, directeur chez Draper Fisher Jurvetson résume d’un chiffre l’enjeu: «30%». Soit un tiers des fonds sont investis dans les cleantech et cette proportion montera prochainement à 45%. «Les cleantech prennent le relais de la vague Internet mais pour un volume d’affaires dix fois supérieur!», précise celui qui a notamment mis en bourse le fabricant du bolide électrique Tesla.

Premier constat: les acteurs que nous avons pu rencontrer en Californie, comme invités d’un voyage d’étude organisé par la Banque Cantonale Vaudoise (BCV), semblent convaincus que la tendance se poursuivra, quelle que soit l’issue de la crise économique. Mais ces mêmes industriels de la Silicon Valley, comme ceux visités à San Diego, la ville qui abrite un grand nombre de centres de recherche militaire et civile, savent que la concurrence chinoise devient de plus en plus féroce. «Les avantages techniques et scientifiques de l’Europe ou des Etats-Unis ne dureront pas éternellement. D’autant qu’en Chine le capital est gratuit et le développement programmé. Ici, tout dépend de décisions politiques qui peuvent changer ou s’interrompre brutalement», explique David Andresen, directeur d’Oracle Capital, responsable du secteur des cleantech. Ce jeune venture-capitalist, astrophysicien de formation, proche du Parti démocrate, met en garde les plus enthousiastes au terme d’une présentation des atouts de San Diego: «Les sociétés qui dépendent des subventions publiques sont fragiles. Il faut viser des technologies de rupture, qui permettent à l’investisseur et aux consommateurs d’obtenir des gains réels.» Car nul n’est dupe. En Californie comme en Europe, les technologies propres sont toujours en sursis: elles reposent beaucoup sur des plans d’aide et de soutien qui sont menacés par les coupes budgétaires. Ainsi, le conseiller du maire de San Diego Jacques Chirazi avouera qu’il n’a en réalité plus un sou pour promouvoir le secteur des énergies propres alors même que la ville se vante d’être la première cité des cleantech aux Etats-Unis.

Toute autre ambiance dans les bureaux de Google avec Bill Weihl, le «Tsar de l’énergie verte» comme l’ont baptisé les fondateurs de la compagnie. Le Tsar ne manque pas de moyens. Il s’excuse presque d’être encore et toujours l’exception. Car Google fonce dans les technologies vertes, investit massivement dans le courant éolien, le solaire thermique (les grandes centrales installées dans les déserts), la géothermie profonde, construit un réseau de voitures électriques pour ses collaborateurs, etc. Et dans un seul et unique but: améliorer l’état de la planète… et gagner de l’argent. Beaucoup d’argent. Selon Bill Weihl, Google serait parvenu à diminuer de moitié la consommation d’énergie de ses propres serveurs. Et s’il refuse d’avancer le moindre chiffre sur le gain économique réalisé, Bill Weihl professe sa foi avec ce brio incomparable d’un Californien rompu au monde de la communication. «Dans 30 ans, nos investissements dans les énergies renouvelables nous permettront de défendre nos positions concurrentielles; elles seront moins chères que les sources fossiles Ce n’est pas un choix motivé uniquement par la volonté de contribuer à l’amélioration du climat. C’est une décision économique.» Précision du Tsar de Google: la compagnie n’investira pas dans le nucléaire, non pas par principe, mais tant que les coûts seront élevés, le problème des déchets et de la prolifération non résolus.

A mille lieux de la puissance du géant Google, Roy Johnson est le patron d’une jeune société, Calisolar qui tente de se faire une place au soleil dans l’industrie photovoltaïque en exploitant un brevet lui permettant d’abaisser le coût du raffinage du silicium et de résister à la concurrence de la Chine. Une telle usine, active dans des technologies matures et finalement low-tech, à quelques kilomètres du géant Google, au centre de laboratoires high-tech de la Silicon Valley, relève de l’anomalie industrielle. Son patron en convient presque lorsqu’il affirme: «La préférence pour des produits solaires fabriqués localement joue encore son rôle, mais c’est vrai, la compétition est terrible.»

C’est cela aussi la Californie, un mélange d’industrie low et high-tech qui cherche les nouvelles opportunités, en particulier celles qui se développent en ce moment dans le «smart grid», les réseaux électriques intelligents. Les sociétés de logiciels s’y engouffrent, attirés par les fonds fédéraux et la promesse de gains substantiels pour les consommateurs.

Mais à l’évidence, le vrai pilier séculaire de la Californie, ce sont encore et toujours les grands laboratoires de recherches publics et privés. Ainsi, au laboratoire du Joint BioEnergy Institute, en plein cœur du complexe universitaire de Berkeley, les chercheurs se sont fixé un objectif précis, qu’ils disent être réalistes: mettre au point des biocarburants de 3e génération capables de remplacer d’ici à 2030 la totalité de l’essence consommée aux Etats-Unis, sans diminuer les surfaces allouées à l’alimentation humaine! Alors que l’Europe hésite à se lancer plus avant dans les biocarburants, les Etats-Unis, eux, forcent l’allure et inventent les premières plantes transgéniques permettant d’accéder plus facilement aux sucres, le carburant vert que l’on extrait encore très difficilement de la cellulose. Le même laboratoire explore les nouveaux matériaux qui permettront de produire demain des cellules solaires beaucoup plus performantes.

Bluff ou réalité? Christian Simm, le directeur de Swissnex à San Francisco est un fin observateur du microcosme californien: «C’est un écosystème. C’est un terreau unique où l’on a l’habitude des crises, qui vit frénétiquement de vagues successives d’innovations et rêve toujours de succès.» En 2010, dans un climat économique que l’on devine morose, la Californie rêve encore. Mais en vert.

* Technologies propres permettant d’assainir l’environnement et de produire de l’énergie ou des biens de manière durable.

source le temps sep10

Infographie. Les cleantech en tête des investissements

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