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Commentaire du Wolf : Et si on jouait au « Put Bernanke »

Commentaire du Wolf : Et si on jouait au « Put Bernanke »   

Les signaux abondent dans les médias au bénéfice des «fuites « de la Fed. Si aucune décision formelle n’a été prise à ce jour, le message transmis aux investisseurs est explicite. La banque centrale américaine envisage très sérieusement de lancer une nouvelle campagne d’assouplissement quantitatif. Le précédent programme, achevé à fin mars, impliquait des achats massifs d’obligations adossées à des hypothèques et d’emprunts du Trésor durant une période déterminée (1700 milliards de dollars d’actifs acquis en moins d’une année)…. 

Pour désigner la politique d’assouplissement quantitatif, qui est un achat d’actifs, on utilise parfois l’expression « planche à billets ». La banque centrale augmente la masse monétaire afin d’acheter des obligations gouvernementales et d’autres actifs auprès des institutions financières. Ces dernières utilisent ensuite l’excédent de capital pour accroître leurs activités de prêts. Il peut arriver que, au lieu de prêter davantage, les banques empochent les liquidités afin d’accroître leurs propres réserves de capital. C’est ce qui s’est produit lors de la première série de mesures quantitatives lancée par la Fed au début de 2009.

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Les mesures désormais envisagées devraient prendre une forme différente: le FOMC pourrait annoncer prochainement – vraisemblablement dès le 3 novembre – des achats d’actifs réguliers pour une période indéterminée, mais conditionnée par l’évolution de la situation économique. La banque centrale pourrait ainsi s’engager à acquérir 100 milliards d’emprunts du Trésor chaque mois aussi longtemps que nécessaire pour ramener le couple ‘inflation – chômage’ vers des niveaux plus «acceptables».

La Fed ne s’en cache pas: l’inflation est trop faible à son goût, tandis que le chômage est trop élevé. A défaut d’objectif officiel, on sait que la banque centrale américaine préférerait observer un renchérissement annuel proche de 2%. Elle n’en est d’ailleurs pas bien loin, comme en témoigne la progression de 1.5 % (1.4 % hors énergie et alimentation) du déflateur des dépenses de consommation – longtemps la jauge préférée de la Fed d’Alan Greenspan quand il s’agissait de minimiser le dérapage de l’inflation. Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui, la Fed de Ben Bernanke se réfère à l’indice des prix à la consommation (1.1 % en glissement annuel, 0.9 % hors énergie et alimentation), ce qui permet de souligner les risques de déflation et de justifier les mesures d’assouplissement les plus audacieuses.

Quant au taux de chômage, la Fed vise un objectif de «plein emploi», caractérisé par un taux de 5 % à 6 %. Même en se montrant optimiste, cet objectif ne sera pas atteint avant plusieurs années. De là à dire que la Fed s’apprête à «monétiser» durablement le déficit public américain, il n’y a qu’un pas. A l’instar de la Banque du Japon, le Fed devrait poursuivre ses achats de dettes publiques aussi longtemps que l’inflation ne constituera pas une menace sérieuse… ce qui ne sera probablement pas le cas avant fin 2011, en dépit de la dépréciation du dollar et du rebond assez net des prix des matières premières.

 Normalement la faiblesse à venir de la conjoncture ,en témoigne les derniers chiffres calamiteux de l’emploi US ,devrait rendre les investisseurs prudents. Mais en même temps et paradoxe incroyable , la faiblesse de l’économie US renforce les anticipations de politique monétaire très expansives (« QE »), très favorables pour les actifs financiers. Comme le rappelle l’éminenent stratège de chez Bordier Michel Juvet , le « Bernanke put » fonctionne donc à plein : si l’économie se stabilise c’est bon pour la croissance, et si elle ralentit, c’est bon pour l’expansion des valorisations grâce à « QE ». Autrement dit face tu gagnes et pile tu gagnes aussi !!!

 Surle front des devises, la situation est plus complexe, car des aspects régionaux viennent se greffer au débat « QE ». Que ferait le dollar en cas de « QE » américain et de nouvelle déstabilisation des dettes souveraines européennes ?

Réponse de Michel Juvet voilà de quoi alimenter le cours de l’or… Car il est quasi certain qu’ une nouvelle série de mesures d’assouplissement quantitatif aurait directement pour effet  d’affaiblir le billet vert et in fine de soutenir les exportateurs américains ce qui en pleine guerre des « dévaluations compétitives » n’offre pas pour l’Oncle Sam que des désavantages….

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Pourquoi une nouvelle vague d’assouplissement quantitatif (AQ) porterait-elle ses fruits sachant que les programmes antérieurs n’ont pas permis de doper la croissance de la masse monétaire ?

C’est que hors bilan des Banques Centrales fortement chargés en créances pourries de toutes sortes, la croissance de la monnaie au sens large du terme n’a guère évolué dans les pays développés, et ce malgré des épisodes antérieurs d’AQ au Royaume-Uni, au Japon et aux Etats-Unis et la mise en oeuvre d’une politique de crédit bon marché par pratiquement toutes les banques centrales. Les vendeurs d’actifs pourris et junk bonds (entendez par là les Banques commerciales) aux banques centrales lors des précédents programmes d’AQ préfèrent conserver les liquidités, ou acheter des actifs financiers sains , plutôt que de les prêter ou de les dépenser dans l’économie «réelle». Si une hausse du prix des actifs financiers par la reflation qu’elle génère contribue à désendetter l’économie, ce n’était pas l’objectif premier des programmes lorsqu’ils ont été lancés. Dans le même temps, les nouveaux ratios de fonds propres en vertu des règles de Bâle III pourraient retarder le moment où les banques commenceront à prêter les liquidités issues de l’AQ puisqu’elles privilégient l’accumulation de leurs actifs liquides. Moralité : Une poursuite de l’AQ devrait une fois encore davantage doper les actifs financiers que la croissance du crédit et l’économie réelle

Même si la Fed a seulement laissé entendre qu’elle pourrait prendre de telles mesures (elle n’a pas dit qu’elle le ferait), les marchés financiers ont réagi comme si l’argent destiné à acheter les obligations avait déjà été imprimé.

En attendant sur fond de paroles, paroles….the show must go on !!!

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EN COMPLEMENT : WSJ /L’inflation: la prochaine botte secrète de la Fed

La Réserve fédérale s’emploie depuis trente ans à contenir l’inflation et à la maintenir à un niveau faible. Mais, maintenant que l’économie des Etats-Unis est en difficulté et qu’une perspective de déflation plane sur le pays, deux représentants de la banque centrale ont évoqué la semaine dernière l’idée de viser explicitement pendant quelque temps une inflation supérieure à l’objectif informel de la Fed, situé entre 1,5% et 2%.

Selon cette proposition, laisser le taux d’inflation augmenter, même temporairement, permettrait de faire baisser les taux d’intérêt « réels » – les taux d’intérêt nominaux corrigés de l’inflation -, ce qui inciterait les ménages et les entreprises à moins épargner et à dépenser ou investir davantage.

Mais cette idée est controversée, aussi bien au sein de la Fed qu’à l’extérieur.

Certains économistes extérieurs à la Fed ont proposé d’utiliser une inflation plus forte pour faire baisser les taux d’intérêt réels. Cette année, l’économiste en chef du Fonds monétaire international, Olivier Blanchard, a ainsi suggéré qu’un doublement de l’objectif d’inflation des Etats, à 4%, ne comporterait pas de risque.

Mais d’autres observateurs jugent que cela pourrait saper la crédibilité que la banque centrale s’est construite il y a 30 ans en optant pour des taux d’intérêt à deux chiffres afin de lutter contre les hausses de prix des années 1970.

Certains avertissent également qu’un taux d’inflation supérieur à l’objectif de la banque centrale créérait une confusion générale et risquerait d’alimenter les bulles financières et l’instabilité du marché. Ils soulignent que la politique de la banque centrale affaiblit déjà le dollar et alimente en conséquence un boom de l’or et des matières premières. « La Fed avance sur un terrain miné qui n’a jamais été foulé auparavant dans ce pays », prévient Andrew Busch, stratégiste change chez BMO Capital Markets.

Certains économistes doutent par ailleurs que la Fed ait le pouvoir de faire augmenter l’inflation dans le contexte actuel. « Les anticipations d’inflation ne sortent pas de nulle part », rappelle William Poole, ancien président de la Fed de Saint Louis. « Le moment où la Fed aurait une bonne chance d’atteindre un objectif d’inflation plus élevé correspond exactement au moment où cela n’aurait aucun sens ».

Ethan Harris, économiste responsable de l’Amérique du Nord chez Bank of America-Merrill Lynch, suspecte que les dirigeants de la Fed avancent cette idée principalement pour rassurer l’opinion publique et les marchés, et leur montrer qu’ils ne sont pas à court de munitions pour protéger l’économie contre la déflation et contre une nouvelle récession.

Avec un objectif de la Fed pour le taux d’inflation à court terme déjà proche de zéro, une inflation trop faible – entre 1% et 1,5%, c’est-à-dire inférieure à l’objectif informel de 1,5% à 2% fixé par la Fed – et un taux de chômage trop élevé, à 9,6%, les représentants de la banque centrale vont probablement opter pour une nouvelle série d’achats d’actifs pour abaisser les taux d’intérêt à long terme.

Sudeep Reddy, The Wall Street Journal oct10


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3 réponses »

  1. j’ apprécie votre analyse
    elle confirme et clarifie
    ce que je pense
    cordialement

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