Art de la guerre monétaire et économique

La semaine du Métallo : la saignée du 10 octobre

La semaine du Métallo : la saignée du 10 octobre 

Les prix des métaux de base échangés au London Metal Exchange (LME) ont poursuivi cette semaine leur ascension, toujours soutenus par l’affaiblissement du dollar, l’étain bondissant même à un niveau sans précédent grâce à une réduction de l’offre sur le marché.

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 Les cours des métaux de base continuaient d’être portés par la faiblesse croissante du billet vert alors que des indicateurs mitigés aux États-Unis nourrissent les spéculations sur des mesures supplémentaires de la banque centrale américaine (Fed) pour aider l’économie, notaient les analystes. 

Une dépréciation de la monnaie américaine rend plus attractifs les achats de matières premières libellés en dollars pour les investisseurs munis d’autres devises. 

«L’impact pour la croissance économique de ce regain d’assouplissement monétaire (par la Fed) devrait être positif mais limité. En revanche, cela devrait pleinement soutenir les cours et permettre aux métaux de base de remonter à leurs plus hauts prix de 2005-2008», avant la crise financière, soulignait Robin Bahr, de Crédit Agricole. 

La progression du marché «ne semble pas rencontrer de résistance. Tant que le dollar continuera de s’affaiblir, les prix resteront bien orientés», renchérissait Willam Adams, de BaseMetals.com. 

Les prix des métaux de base ont cependant interrompu leur hausse jeudi pour entamer un léger repli, un brusque et bref rebond du dollar entraînant un mouvement de prises de bénéfices, donnant l’occasion au marché de reprendre son souffle. 

«L’envolée des cours des métaux est intervenue en très peu de temps à un rythme accéléré, et s’explique par des investissements spéculatifs à court terme. Un mouvement de correction à la baisse peut être envisagé, d’autant plus sûrement que les prix atteignent des sommets», avertissaient les experts de Commerzbank. 

L’ÉTAIN a atteint cette semaine des prix historiques, montant jusqu’à 26 790 dollars la tonne mercredi, un niveau sans précédent. 

Pour Gayle Berry, de Barclays Capital, «un cocktail de facteurs positifs favorisent l’étain, et avant tout une diminution de l’offre disponible, avec des interruptions de la production», notamment en Chine – où nombre de fonderies ont été arrêtées dans le cadre d’un plan d’économies d’énergie, et en Indonésie, premier exportateur mondial affecté par des pluies diluviennes. 

«Le marché de l’étain pourrait connaître (cette année) le plus important déficit de production de tous les métaux de base», a ajouté Mme Berry. 

Le CUIVRE, baromètre du marché, est monté mercredi à 8326 dollars la tonne, son niveau le plus haut depuis mi-juillet 2008, lui aussi porté par des tensions persistantes sur l’équilibre du marché, face à une demande croissante. 

L’ALUMINIUM est monté jusqu’à 2400 dollars la tonne mercredi, son plus haut niveau depuis fin avril. Un des principaux producteurs mondiaux, l’américain Alcoa, a relevé cette semaine ses prévisions de consommation mondiale pour 2010, anticipant une hausse de 13% par rapport à 2009. 

Par ailleurs, «une erreur de saisie» d’un opérateur portant sur quelque 200 lots (soit un peu plus de 12 millions de dollars) a animé le marché mardi, faisant chuter très brièvement les cours de 3% avant que le LME ne rétablisse la situation et annule les transactions incriminées, selon des analystes. 

Le PLOMB, le NICKEL et le ZINC ont touché leurs plus hauts niveaux depuis avril, à respectivement 2359$, 25 200$ et 2352$ la tonne, avant de limiter ou d’effacer leurs gains en fin de semaine.

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : La demande d’acier en 2010 pourrait dépasser celle, record, de 2008

Après une année 2009 bien morne, la demande d’acier connaît une croissance accélérée, y compris hors d’Asie. Cela réjouit l’industrie sidérurgiste et les fournisseurs de minerai de fer. 

Le dirigeant de l’Association mondiale de l’acier ne cachait pas sa joie à Tokyo lors de la conférence mondiale du secteur. Selon ses chiffres, la demande mondiale d’acier toutes qualités confondues devrait connaître une hausse spectaculaire en 2010 : plus de 13%, alors qu’on ne prévoyait guère plus de 10% de croissance au printemps dernier. Le consultant britannique spécialiste de l’acier, Mep, anticipe la même tendance : d’ici la fin de l’année la production mondiale d’acier aura atteint 1,39 millions de tonnes, c’est-à-dire plus qu’en 2008, l’année record ! 

Cette année, cette demande n’est pas uniquement dopée par l’Asie. Même si l’Inde s’attend à plus de 8% de croissance de sa consommation en 2010, à 13,5% l’an prochain, ce qui devrait en faire le troisième plus gros consommateur d’acier au monde derrière la Chine et les Etats-Unis, le dragon chinois, lui, sera à la diète, cette année, avec une demande en hausse de seulement 6,7% cette année et 3,5% l’an prochain, contre plus de 25% en 2009. Le plus gros sidérurgiste de la planète, ArcelorMittal, très dépendant de la Chine, a d’ailleurs annoncé un ralentissement de ses ventes à la Chine au troisième trimestre, avec le ralentissement du programme d’infrastructures lié au plan de relance de Pékin. 

La plus forte progression de la demande a lieu cette année en Amérique latine, en Turquie, mais aussi en Europe, au Japon et dans les pays de l’ex-Union soviétique, des régions qui avaient marqué brutalement le pas en 2009. « En ce moment, nous produisons à pleines capacités, confirme le directeur exécutif de Thyssen Krupp, le leader allemand de la sidérurgie. L’appétit pour l’acier est tel qu’il va dépasser le volume d’acier disponible, et cela devrait se prolonger dans le courant de l’année prochaine… ». L’aciériste allemand confie même qu’il n’a pas souffert tant que ça du passage, en avril, de prix annuels à des prix trimestriels pour le minerai de fer, l’un des matériaux principaux de l’acier. « Nous avons pu passer nos augmentations de coûts dans nos prix de l’acier dès le mois de juillet », explique-t-il. 

Il faut peut-être se méfier de l’effet dopant du restockage d’acier auquel s’emploient les industriels de l’automobile, de l’électronique et de l’électroménager, après une année 2009 de faible activité et d’achats modérés d’acier. Mais cela ne modère pas l’optimisme du plus gros fournisseur mondial de minerai de fer : le brésilien Vale anticipe des prix aussi élevés de la tonne de fer l’an prochain.

Le cuivre au plus haut depuis l’été 2008

L’industrie manufacturière chinoise s’est encore mieux portée au mois de septembre qu’au mois d’août, ce qui a propulsé les cours du cuivre à leur plus haut depuis 26 mois, vendredi 1er octobre. 

L’indice des achats des entreprises chinoises a grimpé de deux points en septembre, et les marchés ne s’attendaient pas à un résultat aussi bon. Du coup, le contrat de cuivre livrable en décembre a atteint 8 178 dollars en séance, un sommet qu’on n’avait plus atteint depuis le record historique de l’été 2008 ! 

Le prix du cuivre est généralement le reflet de la conjoncture économique : la bonne nouvelle chinoise a fait oublier les mauvaises en provenance des Etats-Unis et de la zone euro. Elle est aussi venue contredire les craintes de ralentissement de la construction en Chine ; Pékin avait effectivement pris des mesures pour diminuer la bulle spéculative dans l’immobilier, mais les chantiers se sont poursuivis dans le secteur social ou moyen de gamme. Après avoir calmé ses achats au printemps, la Chine est rentrée à nouveau dans une phase active de restockage pour contenter une demande importante de cuivre pour la plomberie et l’électricité dans le bâtiment, mais aussi pour les appareils électroménagers, de plus en plus prisés par les Chinois. 

Il faut aussi tenir compte du facteur monétaire : le dollar est retombé à son plus bas niveau depuis janvier, ce qui rend plus intéressants les achats de matières premières libellées dans cette monnaie.

Ne pas oublier non plus le poids des fonds d’investissement, qui sont revenus massivement sur le London Metal Exchange ce 1er octobre, marquant dans la durée leur intérêt pour les métaux de base et en particulier le cuivre. Ils ont en tête, comme tous les opérateurs, la faiblesse à venir de l’offre. S’il y a un surplus de 200 000 tonnes de cuivre cette année, l’an prochain on prévoit un déficit de 400 000 tonnes. La production stagne, voire régresse dans beaucoup de pays miniers, la teneur en cuivre est de plus en plus faible, moins d’1%, par exemple, dans la mine chilienne d’Escondida, la plus importante au monde. Ce n’est pas un hasard si la Chine a encore tout récemment annoncé un investissement de 3 milliards de dollars dans le cuivre en Equateur

En attendant, la belle envolée des cours, 35% depuis le mois de juin, a entraîné une nouvelle recrudescence des vols sur les chantiers ou le long des voies de chemin de fer. Au point qu’en France, le patron de la SNCF imagine de marquer les câbles de cuivre par GSM pour pouvoir les localiser, voire faire survoler le réseau par des drones !

Claire Fages rfi oct10

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