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Gym monétaire acrobatique : Nouvel assouplissement massif par le professeur Bernanke

Gym monétaire acrobatique :   Nouvel assouplissement massif par le professeur Bernanke 

La Réserve fédérale ouvre encore plus grand le robinet du crédit. Alors que le chômage, qui culmine à près de 10% et que la croissance (2% au deuxième trimestre) reste trop faible pour créer des emplois, la banque centrale américaine a décidé d’investir 600 milliards de dollars pour soutenir la croissance et limiter les risques de déflation. Une décision qui intervient au lendemain d’un revers électoral du président Obama, qui a perdu la majorité à la Chambre des représentants. Défaite notamment due à une économie qui peine à redémarrer.

PLUS DE QE2 EN SUIVANT :

Cette injection de liquidité prendra la forme de rachat de titres du Trésor américain à long terme, qui s’étaleront jusqu’à la fin du premier semestre de 2011. Elle investira 75 milliards par mois, tout en précisant «examiner régulièrement le rythme de ses achats de titres et la taille globale du programme d’achats d’actifs à la lumière des renseignements qui lui parviendront et ajuster le programme autant que nécessaire pour favoriser le niveau maximal d’emploi et la stabilité des prix», ont expliqué les membres du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) dans un communiqué. L’institution continuera par ailleurs de réinvestir les montants des titres qu’elle détient et qui sont arrivés à échéance.

Justifiant ces mesures, la banque centrale a noté que «le rythme de la reprise de l’activité et de l’emploi continue d’être lent». En parallèle, elle a gardé son taux d’intérêt directeur inchangé (entre 0% et 0,25%).

Déjà 1700 milliards investis

Ce deuxième tour d’«assouplissement quantitatif» ou QE2 (pour quantitative easing) était largement attendu. Depuis plusieurs semaines, les discours de certains gouverneurs de la Fed avaient laissé entendre que de nouvelles mesures allaient être annoncées. Le marché avait d’abord tablé sur une enveloppe de mille milliards avant de revoir ses anticipations à un peu plus de 500 milliards.

Décidée à la fin 2008, la première vague de ces mesures l’avait conduit à injecter 1700 milliards de dollars (QE1) dans l’économie, via le rachat d’emprunts d’Etat ou d’emprunts immobiliers titrisés. Elle a ainsi déjà acquis pour près de 300 milliards de dollars de dette souveraine.

«La Fed ne voulait pas décevoir les attentes des marchés», explique Jan Poser, chef économiste à la banque Sarasin. Ce d’autant que l’hypothèse même d’un «QE2» avait déjà fait grimper les marchés actions de 15%.

«La Fed a voulu montrer son engagement à prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter le risque déflationniste», explique Jan Poser. Car, depuis que bruit l’idée d’un nouveau plan d’assouplissement quantitatif, les données macroéconomiques ont montré un léger mieux. Egalement publié hier, l’indice ISM des directeurs d’achats dans les services a augmenté de manière inattendue. De même, la crainte d’un nouveau plongeon dans la récession, largement débattue il y a encore quelques semaines, semble avoir disparu. Dans ce contexte, «la Fed aurait peut-être pu attendre», explique Fabrizio Quirighetti, chef économiste chez Syz & Co.

L’imminence d’un nouveau programme de rachat d’actifs par la Fed a suscité de nombreuses critiques. Certains économistes, comme Martin Feldstein, professeur d’économie à Harvard, ont parlé d’un «pari dangereux» que prend la Fed en faisant tourner encore plus vite la planche à billets.

Menaces sur le redressement économique américain par Martin Feldstein

Avec cette politique, la banque centrale américaine prend le risque de provoquer une inflation incontrôlée, voire de financer la prochaine bulle. Pire, on ne connaît pas encore tous les dangers que comporte cette politique puisqu’elle n’a jamais été utilisée à une telle échelle.

Risque asymétrique

En ce qui concerne le renchérissement, il reste pour l’instant faible, affirme de son côté la Fed.

Fabrizio Quirighetti souligne cependant que le risque est asymétrique car il est plus facile de sortir de l’inflation que de la déflation. Dans ce contexte, la Fed s’achète une «assurance», dont elle n’aura pas forcément besoin. Quant au risque de bulle, il est réel: «La Fed est peut-être en train de planter les graines de la prochaine crise», explique-t-il. Mais dans la pesée des intérêts, la balance de la banque centrale semble pencher vers le risque de déflation. Quoi qu’il en soit, il existe une limite à cette politique. «Actuellement, la Fed ne peut pas trop en faire. Mais si ce nouveau programme s’avère inefficace, la crédibilité de l’institution en sera affectée et les attentes de déflation risquent de grimper», prévient Jan Poser

Ben Bernanke vient de répondre aux attentes, tel que «mandaté».

C’est ainsi que c’est présenté dans le communiqué de la Fed et par les économistes chez Citigroup.

Il y a maintenant deux grandes incertitudes de moins qui pèsent sur les marchés: les élections américaines et le communiqué de la Fed.Mais il encore incertain que les républicains et la Fed seront les sauveurs espérés.

«Il n’y a simplement plus beaucoup de marge de manœuvre et il ne reste plus beaucoup de temps avant qu’une spirale déflationniste se fasse sentir. Ayant étudié la Grande Dépression des années 30 et la décennie perdue au Japon, le prof Bernanke ne laissera pas une telle situation se produire», commente Michael Gregory, de la BMO.

«La Fed a dit qu’elle va réviser régulièrement le rythme de ses rachats et l’ampleur de son programme en fonction de l’information qui sera disponible et le programme sera ajusté au besoin afin de maximiser son efficacité pour l’emploi et la stabilité des prix. Le seul dissident du groupe (Tom Hoenig) sera remplacé en janvier par un trio de présidents régionaux qui pensent comme lui, ce qui fait qu’il existe une véritable chance de voir la Fed ne pas se rendre à 600 milliards de dollars. Dans ce sens, ceux qui s’attendent à ce que le dollar américain s’enfonce ont de quoi être déçus», souligne Steven Englander, chez Citigroup.

Tom Hoenig est le seul membre de la Fed qui a voté contre cette seconde phase de détente monétaire. On peut lire dans le communiqué de la Fed qu’il estime que les risques associés à l’initiative sont plus grands que les bénéfices. Il croit que la décision prise par le comité augmente les risques de voir éventuellement des débalancements au plan financier, ce qui pourrait causer à long terme une inflation qui déstabiliserait l’économie.

Il est impossible de savoir si l’économie serait dans un meilleur (ou pire) état aujourd’hui sans la première phase de détente monétaire et si cette première intervention a pu éviter à l’économie de sombrer en dépression. Il ne reste maintenant plus qu’une seule rencontre cette année du comité de la Fed chargé de réviser la politique monétaire. Elle est prévue le 14 décembre. Les minutes de la rencontre de cette semaine seront publiées le 24 novembre 

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Le vrai défi, la sortie de crise

Après avoir injecté des milliards de dollars dans l’économie américaine paraît, la Fed va affronter une question plus délicate: quand couper le robinet de l’argent gratuit

Qui peut vraiment dire si la Fed prend plus de risques en agissant comme elle le fait, ou en optant pour le statu quo? Les mesures non conventionnelles qu’elle a mises en place n’ont certes pas fait leurs preuves pour relancer l’économie réelle, et pas seulement Wall Street.

Les données macroéconomiques semblent néanmoins indiquer une amélioration. La croissance est molle, mais elle n’est pas négative. La Fed aurait donc pu attendre avant de lancer un nouveau programme de mesures.

La croissance n’est cependant pas assez rapide pour créer suffisamment d’emplois. Un point crucial dans un pays où la protection sociale est bien plus limitée qu’en Europe. Un point crucial également, alors que le PIB dépend pour ses deux tiers de la consommation des ménages. Sans oublier que politiquement, l’électorat est tenté par un repli réactionnaire.

Difficile dans ce contexte de blâmer l’institution qui fait tout pour éviter la déflation, considérée comme le mal économique absolu. La question n’est donc plus vraiment de savoir si les mesures non conventionnelles ont leur raison d’être. Mais plutôt de déterminer le bon moment pour couper le robinet et éviter un dérapage incontrôlé de l’inflation et la formation de bulles qui mettraient à nouveau le système en danger: c’est là le défi que va affronter la Fed.

 Par Mathilde Farine/ le temps nov10 

EN COMPLEMENT :Pas de reprise avant en 2012

L’Organisation de coopération et de développement économiques estime que la croissance de l’économie américaine va décélérer en 2011

L’économie américaine ne devrait pas redémarrer durablement avant deux ans, a estimé mercredi l’Organisation de coopération et de développement économiques. La croissance des Etats-Unis est attendue à 3% au mieux cette année, puis 2,25% en 2011 avant de rebondir jusqu’à 3,25% en 2012. Si «les entreprises ont retrouvé le chemin des bénéfices», les ménages «poursuivent la reconstitution de leur richesse et le chômage ne diminue que faiblement», observe l’OCDE. L’organisation appelle Washington à élaborer un plan «détaillé» d’assainissement des finances publiques.

La croissance mondiale devrait se situer cette année sous les 3%, et encore plus bas en 2011.

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Chargée de mettre en oeuvre les décisions du FOMC sur les marchés, la branche new-yorkaise de la Fed a publié un communiqué indiquant que le volume total des rachats de titres de dette publique américaine pourraient atteindre 850 à 900 milliards de dollars d’ici à fin juin.

La maturité moyenne des obligations du Trésor rachetées devrait être de cinq ou six ans, ajoute la Fed de New York.

Sans surprise, le FOMC a indiqué que le taux directeur de la Fed restait à quasi-zéro, comme depuis la mi-décembre 2008, et qu’il devrait le rester encore longtemps.

En décidant d’injecter de nouveau des liquidités en masse, la Fed renoue avec des mesures exceptionnelles dites «d’assouplissement quantitatif».

En 2008-2009, période correspondant à l’après pic de la crise et au début de la reprise, la Fed avait en effet racheté pour 1750 milliards de dollars de titres financiers sur les marchés.

Sur ce total 1450 milliards sont partis en titres émis par les organismes de refinancement hypothécaires parapublics Freddie Mac et Fannie Mae. Seuls, 300 milliards avaient été alloués initialement à des rachats de bons du Trésor.

En triplant la mise mercredi, le FOMC veut abaisser encore un peu plus des taux d’intérêts déjà très bas pour stimuler l’investissement et la consommation. Il prend cependant un grand risque en s’aventurant dans «des eaux inexplorées», de l’aveu même de plusieurs partisans de ce programme.

Comme à l’issue de chacune des réunions du Comité depuis le début de l’année, un de ses membres, Thomas Hoenig, a voté contre les décisions prises par ses collègues, craignant qu’elles puissent «déstabiliser l’économie» à long terme.

Le communiqué intégral de la Réserve fédérale

«Les renseignements reçus depuis que le FOMC s’est réuni en septembre confirment que le rythme de la reprise de l’activité et de l’emploi continue d’être lent. Les dépenses des ménages augmentent graduellement, mais restent entravées par un chômage élevé, une croissance modeste des revenus, une baisse de la valeur du patrimoine immobilier et la difficulté à obtenir des crédits. Les dépenses des entreprises en équipements et en logiciels augmentent, quoique moins rapidement que plus tôt dans l’année, tandis que l’investissement dans les structures non résidentielles continue d’être faible. Les employeurs restent réticents à augmenter leur masse salariale. Les mises en chantier de logements se maintiennent à des niveaux extrêmement bas. Les attentes d’inflation à plus long terme sont restées stables, mais les mesures de l’inflation sous-jacente ont eu tendance à décliner lors des derniers trimestres.

Conformément à sa mission statutaire, le Comité cherche à favoriser le niveau maximal d’emploi et la stabilité des prix. Actuellement, le taux de chômage est élevé, et les mesures de l’inflation sous-jacente sont plutôt basses, comparées aux niveaux que le Comité juge conformes, à long terme, à sa double mission. Même si le Comité anticipe un retour progressif à des niveaux plus élevés d’utilisation des ressources dans un contexte de stabilité des prix, les progrès vers ses objectifs ont été décevants par leur lenteur.

Afin de favoriser un rythme plus rapide de reprise économique et pour contribuer à faire en sorte que l’inflation, au fil du temps, soit à des niveaux compatibles avec sa mission, le Comité a décidé aujourd’hui d’accroître le montant des titres qu’il détient. Le Comité maintiendra sa politique actuelle de réinvestir les remboursements du principal des titres de dette qu’il détient. De surcroît, le Comité a l’intention d’acheter des obligations du Trésor à moyen et long terme pour un montant supplémentaire de 600 milliards de dollars d’ici à la fin du deuxième trimestre de 2011, à un rythme d’environ 75 milliards de dollars par mois. Le Comité examinera régulièrement le rythme de ses achats de titres et la taille globale du programme d’achats d’actifs à la lumière des renseignements qui lui parviendront et ajustera le programme autant que nécessaire pour favoriser le niveau maximal d’emploi et la stabilité des prix.

Le Comité maintient l’objectif du taux pour l’argent au jour le jour entre 0 et 0,25% et continue de prévoir que les conditions économiques, y compris les faibles taux d’utilisation des ressources, les tendances de l’inflation à la modération et des attentes d’inflation stables, sont susceptibles de justifier un niveau exceptionnellement bas pour le taux de l’argent au jour le jour pendant une longue période.

Le Comité continuera à surveiller les perspectives économiques et les événements dans la finance et emploiera ses outils de politique monétaire autant que nécessaire pour soutenir la reprise économique et faire en sorte que l’inflation, au fil du temps, soit à des niveaux conformes à sa mission.

Ont voté en faveur des mesures de politique monétaire du FOMC: Ben Bernanke, président, William Dudley, vice-président, James Bullard, Elizabeth Duke, Sandra Pianalto, Sarah Bloom Raskin, Eric Rosengren, Daniel Tarullo, Kevin Warsh et Janet Yellen.

A voté contre la décision Thomas Hoenig. M. Hoenig a estimé que les risques induits par des achats supplémentaires de titres dépassaient les bénéfices. M. Hoenig s’est également inquiété du fait que le maintien de ce niveau élevé de souplesse dans la politique monétaire accroissait les risques de déséquilibres financiers futurs et, au fil du temps, provoquerait une hausse des attentes d’inflation à long terme qui pourrait déstabiliser l’économie.»

ACTION Versus OBLIGATION

COTE COUR /   Assouplissement quantitatif: un impact incertain

 Le premier assouplissement quantitatif s’est révélé un bon filon pour les détenteurs d’obligations. Le deuxième  ne devrait pas être aussi porteur. Il pourrait même faire perdre aux obligations d’entreprises la position très avantageuse dont elles bénéficiaient depuis les premiers achats de bons du Trésor par la Fed il y a 18 mois.

Les premières mesures d’assouplissement avaient eu un impact immédiat car les marchés du crédit fonctionnaient mal. D’après les données de Bank of America Merrill Lynch, le rendement des obligations américaines de catégorie spéculative dépassait de 18 points celui des bons du Trésor, contre 6 pour les titres classés en catégorie d’investissement.

Mais à présent, les marchés ronronnent et des entreprises comme Wal-Mart et Microsoft  ont levé des fonds d’échéance trois ans à un taux record de moins de 1%. Selon la Société Générale, l’émission d’obligations européennes à haut risque atteint de son côté un niveau record de 37 milliards d’euros, alors qu’il reste encore deux mois avant la fin de l’année.

S’il est difficile de dire en quoi un nouvel assouplissement quantitatif pourrait aider les marchés du crédit, on peut en revanche en entrevoir les dégâts potentiels. Les émetteurs ont maintenant l’avantage sur les investisseurs. Selon Moody’s, les sociétés non financières américaines disposent de 1.000 milliards de dollars en liquidités, qu’elles pourraient consacrer à des fusions-acquisitions ou à des rachats d’actions, ce qui pourrait nuire aux porteurs d’obligations. En outre, les opérations de LBO pourraient se multiplier compte tenu de la grande accessibilité des financements à rendement élevé.

La performance des obligations d’entreprises a quant à elle été largement portée par celle des bons du Trésor sous-jacents; si l’ampleur du deuxième assouplissement quantitatif devait décevoir, ou s’il se traduisait par un relèvement des anticipations d’inflation, les rendements des bons du Trésor augmenteraient, et les obligations d’entreprises en pâtiraient aussi.

S’il est vrai que les dirigeants d’entreprises restent dans l’ensemble prudents et veillent à la qualité du crédit, l’objectif d’un assouplissement quantitatif est tout de même de libérer les énergies. Les sociétés disposant de liquidités ne pourront pas temporiser éternellement face à des actionnaires avides d’action. Pour les porteurs d’obligations, mieux vaut rester sur ses gardes.

Richard Barley, The Wall Street Journal nov10

COTE JARDIN :  C’est plutôt rare que le patron de la Fed tienne à justifier ses décisions à ce point. Et c’est encore plus rare de le voir parler du bienfait de ses décisions pour les indices boursiers.

C’est pourtant ce qu’il fait jeudi dans un éditorial publié dans le Washington Post.

Il se trouvera certainement des gens pour se demander si c’est approprié ou si c’était vraiment nécessaire de parler de la valeur des actions en Bourse quand on est président de la Réserve fédérale américaine.

Ces mots exacts sont:

«Higher stock prices will boost consumer wealth and help increase confidence, which can also spur spending. Increased spending will lead to higher incomes and profits that, in a virtuous circle, will further support economic expansion.»

En extrapolant un peu, vous pouvez croire que Ben Bernanke nous donne le feu vert pour acheter des actions (si son plan fonctionne comme il le pense).

Le raisonnement de Bernanke est le suivant: si les gens ont plus d’argent suite à de bons coups en Bourse, ça leur donne confiance et ça peut les inciter à dépenser davantage et stimuler l’économie.

L’éditorial complet de Bernanke publié dans le Washington Post peut être lu en cliquant ici.

Développée voici la machine de guerre proposé par Bernanke : la Fed rachèterait des bons du Trésor aux banques, ce qui fournirait à ces dernières des liquidités à prêter aux consommateurs. Acquérir d’aussi grandes quantités de bons du Trésor fait baisser les taux d’intérêts car la demande en bons du Trésor fait monter les prix et baisser le rendement. Or, les taux d’intérêt sont liés au rendement. Des taux d’intérêt plus bas encouragent les gens à emprunter de l’argent pour un crédit immobilier, par exemple.

Parallèlement, des taux d’intérêt bas rendent des investissements relativement sûrs comme les bons moins attractifs, ce qui incite les entreprises et investisseurs à s’équiper ou acheter des actions cotées. La bourse grimpe et les Américains consomment. Le commerce tourne, l’emploi repart à la hausse et un cercle vertueux de dépense et d’embauche. 

Mais de nombreux analystes et même certains partisans du plan de la Fed estiment que la manoeuvre comporte aussi des dangers. Cela pourrait affaiblir davantage le dollar et déclencher des conflits commerciaux avec d’autres pays; les courtiers en bons pourraient être amenés à croire qu’une accélération de l’inflation se profile, ce qui ferait monter les taux d’intérêt, au grand dam de la Fed. 

Nombre d’investisseurs estiment que cela pourrait engendrer des bulles en permettant à des fonds d’investissement et autres spéculateurs d’emprunter à moindre coût et de parier encore plus gros sur les actions cotées, matières premières et marchés des pays en développement comme le Brésil. 

« C’est un geste désespéré », juge Jeremy Grantham, co-fondateur du cabinet d’investissement GMO, pour qui la Fed envoie ce message au reste du monde: « les Etats-Unis se moquent de ce que le dollar faiblisse ».

source Richard Dufour/pressaffaire et F&I oct10

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Consolidation nette et imminente sur le marché actions américain

Scott Glasser. Le retour des républicains et la rhétorique de la Fed ne justifient pas une hausse prolongée des indices d’ici la fin 2010.

Les marchés américains ont progressé d’environ 15% depuis la chute marquée de fin juin. Des données légèrement encourageantes publiées récemment ne sont pas en elles-mêmes suffisantes pour éliminer les préoccupations sur la situation conjoncturelle aux Etats-Unis.  Que ce soit les indications positives sur le marché immobilier résidentiel, le secteur manufacturier, le rebond de certains indices d’activités ou les indications positives pour les dépenses en capital impliquées dans les résultats du PIB du troisième trimestre. En dehors de ces annonces, deux facteurs importantes ont contribué à la hausse des marchés ces derniers mois: les attentes d’un retour au pouvoir législatif des républicains et la volonté évidente de la Réserve Fédérale de lancer un nouvel assouplissement quantitatif (QEII). Or, la mise en œuvre de ces deux changements ne soulagera guère les préoccupations sur les rendements atteignables dans les marchés des actions.

«Le retour des républicains, perçu comme positif pour le «business», est considéré par les investisseurs comme un changement qui élimine les pressions négatives sur les entreprises et non pas comme une solution qui crée des tendances positives», constate Scott Glasser, gérant d’un fonds actions américaines chez ClearBridge Advisors, une filiale de Legg Mason. Selon lui, les marchés américains s’attendent à une période de pause ou de recul d’ici la fin 2010.

Quel impact significatif voyez-vous pour les marchés américains à long terme à la suite du retour des républicains au pouvoir? Et quels secteurs favorisez-vous dans ce contexte?

La valorisation des marchés reflète déjà les perspectives positives d’un retour au pouvoir législatif républicain. C’est certainement une des raisons qui explique le rebond des marchés depuis fin juin. Pour certains investisseurs, les républicains serviront de mécanisme de vérification – ils imposeront des limites sur les décisions prisent par un gouvernement perçu comme allant trop loin dans le sens opposé des intérêts des entreprises. L’agenda législatif jusqu’ici a provoqué une tendance de «wait and see», notamment pour les entreprises privées. Face aux incertitudes liées à la politique fiscale, la règlementation, les coûts de santé et l’accès au crédit, ces dernières ont choisi de ne pas prendre le risque d’investir dans leur croissance en attendant une meilleure visibilité. L’avantage de ce changement politique d’hier est une mise en évidence des préoccupations des entreprises. Ces derniers auront la confiance de réinvestir à nouveau. Le secteur qui bénéficiera le plus, à part les petites entreprises ou les sociétés avec de forts bilans qui seront encouragées d’augmenter leurs dépenses de capital, est celui de la santé. Ceci dépendra du succès des démarches républicaines pour atténuer le projet de loi de la santé proposé par l’administration Obama. Un objectif difficile à réaliser dans la pratique, étant donné les implications politiques de prendre une position publique sur ce sujet controversé.

Le retour des républicains au pouvoir de la Chambre des représentants et la nouvelle intervention de la Fed, provoqueront-t-ils une nouvelle vague d’influx d’actifs dans  les marchés des actions?

Je ne suis pas convaincu que ces changements suffiront pour inciter les investisseurs privés à réinvestir dans les actions. Il faut savoir que ces derniers ont subi une décennie difficile avec deux marchés baissiers importants et des performances peu significatifs (les performances du S&P500 ont affiché presque zéro, annualisés, au cours de cette période). Pour engendrer un véritable retour aux investissements en actions, malheureusement, il faudrait plutôt une nouvelle hausse des indices. Soit une hausse de 10 à 15% d’ici la fin de cette année et une performance comparable l’année prochaine, pour convaincre l’investisseur du potentiel de rendements de cette classe d’actifs. Or cette tendance semble peu probable.

Quelles sont vos perspectives pour la performance des indices américains à court terme et en 2011? Et quels titres favorisez-vous?

A court terme, les attentes se sont appréciées de manière significative et à mon avis, le marché bénéficierait d’une période de pause jusqu’à la fin 2010 ou même d’une petite baisse de 3 à 5%. Une consolidation serait positive pour la performance des marchés en 2011, en créant une base solide pour le potentiel pour une hausse l’année prochaine. Or je ne suis pas très inquiet du potentiel de performance en 2011. Les attentes pour le PIB indiquent une croissance de 2 à 3%, ce qui permettra aux entreprises bien capitalisées de poursuivre leur croissance. L’avantage est que cette croissance ne sera pas assez significative pour avoir un effet sur les taux d’intérêts. Le système économique guérit lentement et progressivement avec des taux d’intérêts bas et une croissance mesurée. Cependant je considère qu’à un certain point, en 2011, les marchés souffriront d’une incertitude sur le potentiel de croissance, comme celle qui a provoqué la correction en juin de cette année. Les attentes pour la croissance des bénéfices du S&P500 en 2011 sont toujours trop élevées et vont surement être corrigées à la baisse. Pour moi, les bénéfices seront suffisants en 2011 pour une bonne performance des indices mais les marges seront sous pression. Certaines entreprises qui ont sous-investi ces dernières années devront réinvestir en 2011 et par conséquent leurs dépenses seront en hausse. Je favorise les titres industriels de milieu à fin de cycle qui bénéficient de débouchés multinationaux, les titres qui offrent de forts rendements de dividendes comme les secteurs de l’énergie, de la consommation durable et de la santé et je surpondère les titres d’assurances mais sous-pondère les grandes banques.

interview: Harriet Robinson /agefi oct10

EN BANDE SON PARCE QUE DE CIRCONSTANCE :

2 réponses »

  1. Vous avez vu le Portugal ?

    Vous avez vu l’Irlande ?

    Vous avez vu la Grèce ?

    Vous avez vu les trois graphiques ?

    Tous les G20 n’ont servi à rien.

    Tous les plans de sauvetage n’ont servi à rien.

    Tous les plans de stabilisation n’ont servi à rien.

    Toutes ces centaines de milliards d’euros qui avaient soi-disant « rassuré les marchés » n’ont servi à rien.

    Si le Portugal lançait un emprunt à 10 ans, il devrait payer un taux d’intérêt de 6,607 % !

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Si l’Irlande lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 7,656 % !

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    Si la Grèce lançait un emprunt à 10 ans, elle devrait payer un taux d’intérêt de 11,212 % !

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

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