Art de la guerre monétaire et économique

WSJ : Pékin, premier employeur privé à Saginaw, Michigan

Pékin, premier employeur privé à Saginaw, Michigan

 

 Nul besoin d’être expert en taux de change ou en guerre des monnaies pour mesurer l’importance de ce qui se passe à Saginaw, dans le Michigan: la ville de Pékin y sera bientôt le premier employeur privé.

 

Ces prochaines semaines, Nexteer, une filiale centenaire de General Motors (GM), doit en effet être vendue à Pacific Century Motors, une entreprise créée par les services d’investissement de la ville de Pékin et Tempo Group, un fabricant pékinois de pièces automobiles. Autrefois connue sous le nom de Saginaw Steering Gear, Nexteer produit du matériel de direction et emploie 8.300 personnes à travers le monde.

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Cette transaction, qui s’élève à 450 millions de dollars, est historique. C’est la première fois que des investisseurs chinois achètent une entité industrielle américaine aussi ancienne et aussi conséquente: 22 usines réparties sur tout le globe, six centres d’ingénierie et 14 centres de service à la clientèle, qui seront tous gérés depuis Saginaw.

Cette opération sera bien sûr l’occasion de voir la Chine à l’ oeuvre dans les domaines de l’investissement et de la gestion d’entreprise à l’étranger, où elle fait ses armes; elle constituera aussi un test pour les États-Unis, où l’attitude envers les Chinois continue à se dégrader à cause du chômage et des discours peu amènes de certains hommes politiques envers Pékin.

À l’extérieur comme au sein de Nexteer, la nouvelle du rachat par Pacific Century semble accueillie avec circonspection. En effet, ces dernières années ont été difficiles pour l’entreprise, à court de capital, ses clients – d’autres constructeurs automobiles – préférant la voir indépendante de General Motors.

D’après une source proche de la transaction, une fois Nexteer mise en vente, les investisseurs chinois se sont montrés étonnement consciencieux, même si certains d’entre eux ne parlaient pas anglais. La totalité de l’achat a été payée comptant, sans aucun emprunt souscrit. Toujours d’après cette source, General Motors a vu l’opportunité pour Nexteer de pénétrer le marché automobile chinois, qui sera bientôt le premier au monde, comme un argument de vente.

Bien sûr, les syndicats craignent ce qu’ils considèrent comme une incursion chinoise dans l’économie des États-Unis. En effet, les pièces automobiles sont restées un des piliers de l’exportation américaine, et selon Jack Chen, banquier d’investissement chez Transworld Capital Group qui a participé à la négociation de la transaction, les nouveaux propriétaires de Nexteer convoitaient la société pour le millier de brevets qu’elle possède. « Cela réduit fortement le fossé technologique qui sépare la Chine du reste du monde », déclare-t-il.

Difficile de savoir comment ces technologies seront transférées en Chine dans les années à venir, ou si les conséquences de ce phénomène seront positives ou négatives, pour les travailleurs du Michigan comme pour les administrés de la municipalité de Pékin.

D’une manière plus générale, les investissements directs chinois aux Etats-Unis devraient aider à améliorer les relations commerciales tendues entre les deux pays, comme l’avait fait la vague d’implantation d’usines automobiles japonaises dans les années 1980 et 1990.

Ces investissements supplémentaires devraient également conférer aux États-Unis davantage de légitimité pour encourager la Chine à ouvrir ses frontières aux entreprises américaines.

Comme le rappelle Alan Wolff, avocat chez Dewey & LeBoeuf et ancien négociateur commercial, les États-Unis ont été bâtis grâce à des investissements étrangers, « et nous devrions encourager toutes les initiatives qui soutiennent l’industrie américaine, y compris celles qui viennent de la Chine. Autant nous implanter ici que là-bas.

Dennis K. Berman, The Wall Street Journal oct10

EN COMPLEMENT : Gary Becker : «L’écart entre Etats-Unis et Chine ne sera pas réduit avant trente ans »

Le Prix Nobel d’économie 1992, professeur de microéconomie à l’université de Chicago, revient sur les origines de la crise aux Etats-Unis et évoque l’avenir du pays face à la Chine

Les Etats-Unis ont-ils pris la mesure du fait qu’ils ne sont plus seuls au monde ?

Gary Becker -On peut leur reprocher deux choses. La première concerne la politique de la Fed. Après l’effondrement des valeurs internet, elle a baissé ses taux trop bas, trop longtemps. Alan Greenspan et Ben Bernanke n’ont pas vu venir les problèmes qui en découleraient.

La seconde est que le niveau de fonds propres des grandes institutions financières étaient insuffisants et qu’on les a laissées trop grandir.

La crise remet-elle en cause le modèle capitalistique américain ?

G. B. -Si l’on avait subi une dépression aussi dure que dans les années 30, les réactions anti marché auraient sans doute été plus vives. Mais à 9,6% de chômage, cela passe. Ce n’est pas bon, mais c’est sans commune mesure avec les 25% atteints dans les années 30. Cela dit, je reviens de Chine et il ne me semble pas que la crise ait modifié sensiblement sa trajectoire : le secteur public est encore très prégnant mais sur le déclin. C’est pareil au Brésil, en Afrique, etc. La dérégulation a donc eu du bon. Il fallait le faire, notamment pour lutter contre les cartels dans le transport routier et l’aérien. On est sans doute allé trop loin dans la finance.

Le déclin des Etats-Unis relatif à la Chine est-il irréversible ?

G. B. –La Chine est encore un pays pauvre quoi qu’on en dise. Certes, elle va vite, mais elle revient de loin. Le vrai test, ce sera quand l’écart avec les Etats-Unis se sera réduit. Mais ce ne sera pas avant trente ou cinquante ans.

Cela dit, nous perdons pied en termes d’investissement éducatif. Nous étions numéro un, nous ne sommes plus que 12e ou 13e.

Le vrai sujet c’est bien de trouver les ressorts de la croissance à long terme et de sortir de là sans étouffer l’esprit entrepreneurial. Ce que l’actuel gouvernement est peut-être en train de faire. Les déséquilibres commerciaux ne sont pas si nouveaux. On en a connu de semblables avec le Japon. Ce n’est pas un problème en soi. Mais nous devons apprendre à vivre avec moins de déficit. En part de PIB, entre Bush et Obama, on n’a jamais vu ça en temps de paix. Réduire les dépenses de l’Etat, ce n’est pas facile ; augmenter les impôts sans casser la dynamique des entreprises ça ne l’est pas non plus. Il faut donc croître plus rapidement, encourager la création d’entreprise -ce qui reste encore plus facile aux Etats-Unis qu’ailleurs, garder un impôt faible sur les bénéfices, aller vers un impôt proportionnel sur les revenus. Ce n’est pas la lune, il s’agirait juste de passer de 2,5 à 3% voire 3,5% de croissance par an.

Ecrit par Pascale-Marie DESCHAMPS les echos nov10

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The Economist, dans un article intitulé « The indispensable economy? » (L’indispensable économie?) jette un pavé dans la mare : la Chine ne pèse pas autant qu’on le dit dans l’économie mondiale.

Certes, les chiffres sont impressionnants. En 2009, la Chine a consommé 46% du charbon dans le monde, environ la même quantité d’aluminium et de zinc, deux fois plus d’acier que les pays de l’Union européenne, des États-Unis et du Japons combinés.

L’an dernier, la Chine a acheté plus d’autos que les États-Unis. Cette année, elle va probablement consommer plus de téléphones cellulaires que tous les autres pays du mondes combinés.

Avec une croissance de 9,6% au troisième trimestre, la Chine représente le cinquième de la croissance mondiale, malgré que ce soit un ralentissement pour l’Empire du Milieu. Selon la parité du pouvoir d’achat, la Chine représente un peu plus du quart de la croissance mondiale.

La sinodépendance

The Economist a créé un indice de la sinodépendance.

Celui-ci comprend 22 sociétés faisant partie de l’indice S&P 500 dont une grande partie des revenus dépend de la Chine. L’indice compte Intel, Qualcomm, Yum! Brands (qui possède PFK), Boeing et Corning. Il a battu le S&P500 de 10% en 2009, quand l’économie chinoise connaissait une croissance 11 fois supérieure à celle des États-Unis. L’écart s’est depuis rétréci, notamment parce que la Chine a combattu une surchauffe de son secteur immobilier.

La Chine pèse donc lourd dans l’économie mondiale du point de vue de la croissance. Elle constitue d’ailleurs le marché le plus important pour les exportations du Brésil (12,5% des exportations brésiliennes), de l’Afrique du Sud (10,3%), du Japon (18,9%) et de l’Australie (21,8%).

Cela dit, les exportations ne représentent qu’une partie du PIB. L’économie intérieure pèse habituellement plus lourd. Ainsi, les exportations vers la Chine ne représentent que 3,4% du PIB de l’Australie, 2,2% de celui du japon, 2% de celui de l’Afrique du Sud et 1,2% de celui du Brésil.

Les pays qui bénéficient réellement de leurs exportations sont les voisins immédiats ou très proches de la Chine, comme la Corée du Sud (10% du PIB est relié aux exportations vers la Chine) ou la Thaïlande (14%).

L’effet de la Chine se fait sentir autrement que sur le plan des exportations. Son appétit pour les devises étrangères permet de maintenir les taux d’intérêts au plancher. La Chine est aussi affamée de matières premières, ce qui maintient leurs prix à des sommets.

Cela dit, même si la Chine a connu une croissance élevée alors que celle de son client principal, les États-Unis, faisait pitié, cela ne signifie pas qu’elle peut se substituer à l’économie américaine pour jouer le rôle de locomotive économique mondiale.

Ainsi, la firme montréalaise Bank Credit Analyst (BCA Reserach) a réalisé une simulation illustrant les réactions de l’économie mondiale à une économie chinoise qui connaîtrait une fin abrupte de croissance. BCA a conclu que l’effet serait bénin.

BCA ajoute que, au début des années 1990, le poids du Japon dans l’économie mondiale était plus élevé que celui de la Chine de 2010. La croissance nippone est passée de 5% à 1% aujourd’hui, sans que l’économie planétaire n’en soit affectée.

source the economist/f&i nov10

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