Cycle Economique et Financier

Subventions et destruction créatrice par Vincent Marzin

Subventions et destruction créatrice par Vincent Marzin

Tout d’abord un bref rappel de la théorie de Joseph Schumpeter, la destruction créatrice. Pour faire simple, lorsqu’une entreprise ou un groupe d’entreprises se développent et dominent le marché, des concurrents émergent avec de nouveaux produits, de nouvelles idées et font peu à peu disparaître les produits dominants, frappés d’obsolescence. En clair, les nouveaux acteurs se voient contraints d’innover pour gagner des parts de marché et s’imposer rendant ainsi obsolètes les produits, outils de production voire compétences humaines existants. Les exemples ne manquent pas : l’avènement d’internet a fait disparaître le minitel, la photo numérique a enterré un géant comme Kodak … A chaque fois des produits, des usines, des postes ont disparu au profit de nouveaux produits, nouvelles usines, nouveaux emplois. Ce cycle peut entraîner une récession dans certains secteurs d’activité (suppressions des « anciennes » capacités) mais créent des booms dans les nouveaux secteurs.

PLUS DE SUBVENTIONS ET MOINS DE SCHUMPETER :

Que se passe-t-il quand un secteur est subventionné ? La subvention va à l’encontre de ce cycle naturel. En protégeant l’existant, on freine l’innovation et l’apparition de nouveaux produits (concurrence faussée), on empêche tout un secteur d’effectuer les restructurations et efforts nécessaires à sa viabilité à long terme. Pour reprendre l’exemple du minitel, plus les subventions auront été importantes et plus la France aurait accusé un retard important dans les services et le commerce sur Internet. Ces subventions peuvent être directes (versement d’indemnités pour maintenir les usines et l’emploi) ou indirectes (taxes sur les nouvelles technologies, barrières à l’entrée).

Malheureusement la logique politique et la vision court-termiste des dirigeants l’emportent sur la logique économique et sur les cycles de destruction-création plus longs.

Subventionner des pans entiers de l’économie n’est pas l’apanage des pays d’Europe de l’Ouest. Les pays asiatiques en particulier, subventionnent en grande partie l’essence et d’autres matières premières nécessaires à leur développement.

 Par ces actions, les pays comme la Chine ou l’Indonésie tentent de favoriser à la fois leur industrie et la croissance de la demande interne en maintenant les prix artificiellement bas.

Ces mesures, même si elles contribuent à la formidable croissance de cette région, se révèlera contre-productive à terme et pourra déboucher sur des impasses :

–          La croissance de la demande et la hausse des prix de marché deviendront difficilement tenables pour les Etats en termes de coût (par exemple, 10% des recettes fiscales indonésiennes sont consacrées à la subvention de l’essence, mesure qui sera abandonnée progressivement d’ici 4 ans),

–          La réduction ou l’annulation de ces subventions risque d’entraîner un effet récessif ou des troubles sociaux.

Enfin, ces subventions contribuent à maintenir un réseau industriel peu économe en énergie. Le faible coût artificiel de l’énergie couplé à celui de la main d’œuvre n’a pas amené ces pays à s’interroger sur leur potentiel en gains de productivité et d’économies d’énergie. Les pays développés, au contraire, modernisent leur outil de production pour faire face à la concurrence des émergents et recherchent des sources d’énergie renouvelables. Le secteur des transports n’échappe pas à la règle. Alors qu’en Europe où les prix à la pompe sont élevés, la réflexion porte sur des véhicules plus économes, moins polluants, les pays asiatiques sont à la traîne.

Si on applique les théories de Schumpeter, la raréfaction des ressources et la disparition (ou tout au moins la baisse) des subventions dans les prochaines années aboutiront au constat de la destruction d’une partie du tissu industriel des pays émergents, frappés d’obsolescence. Les entreprises des pays développés, mieux armées du fait des efforts déjà consentis redeviendront compétitives. 

ELEMENTS D’APPRECIATION QUANT A LA COMSOMMATION D’ENERGIE MONDIALE (cliquez sur le lien)

Cette tendance, peu visible aujourd’hui, devrait donc apparaître malgré la volonté politique des principaux pays émergents de développer les énergies renouvelables et de généraliser les transferts de technologie en provenance des pays développés.

Pour finir, quelques statistiques parlantes : la plus forte consommation de pétrole par habitant est à mettre au crédit de … l’Arabie Saoudite, dont l’accès à cette ressource ne coûte presque rien. Les Etats-Unis, réputés gros consommateurs, ont réduit leur consommation de 26 à 22 barils par habitant par an en dix ans, comme tous les autres pays développés. La Chine est encore loin (2.5 barils) mais pèsera de plus en plus sur les prix de par sa démographie (1.3 Md d’habitants) et la croissance soutenue de ses importations (doublement en 10 ans de la consommation de pétrole par an).

Vincent Marzin Consultant dec10

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