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Trappe à Dettes /Viva Espagna : En Ir(s)lande du Sud les Conquistadors ont aussi du plomb non transformé en or dans l’aile

Trappe à Dettes /Viva Espagna : En Ir(s)lande  du Sud les Conquistadors ont aussi du plomb (non transformé en or) dans l’aile

Pour les Nouveaux Alchimistes :  Rien ne se créer tout se transforme $$$$$$ 

Points faibles : Comme en Irlande, les conséquences de l’explosion de la bulle immobilière espagnole ont été terribles. Les banques régionales sont en grande difficulté. Le marché immobilier et le secteur de la construction sont sinistrés. Pour longtemps.

Points forts : Le malade s’inflige un traitement de choc et la dette publique devrait (pour l’heure) rester bien en deçà des niveaux observés dans les autres pays périphériques (A temperer compte tenu d’un endettement privé considérable). D’autre part, «l’assainissement de l’économie se poursuit comme le montrent (…) la forte augmentation de l’épargne des ménages(et pour cause !!!) et la réorientation de l’activité vers l’industrie», notent les économistes de BNP Paribas.

Reste que l’activité a été tirée, durant ces dernières années, par le boom immobilier. Aujourd’hui l’Espagne doit trouver un autre moteur. Dans les prochaines années, «l’enjeu pour l’Espagne sera de trouver un nouveau modèle économique, en investissant dans la formation notamment», analyse Jésus Castillo, économiste chez Natixis. Une métamorphose qui devrait prendre du temps. En attendant, le pays peut toujours compter sur le tourisme pour Germains fortunés…et Français technocratisés… à IBIZA il fait si bon de danser…

PLUS DE SPANISH BOMBS EN SUIVANT :

Espagne: le taux de créances douteuses des banques au plus haut depuis 1996 

 Le taux de créances douteuses des banques espagnoles a atteint en octobre son plus haut niveau depuis janvier 1996, d’après les données diffusées vendredi par la Banque d’Espagne.

Les créances douteuses des établissements bancaires du pays ont totalisé 103,685 milliards d’euros en octobre, soit 5,66% du total des créances, contre 5,49% en septembre, d’après les statistiques diffusées par la Banque d’Espagne. Ce taux qui n’était que de 4,98% en octobre 2009 est le plus élevé depuis janvier 1996, selon les calculs effectués par plusieurs médias espagnols.

Déjà en août, le taux de créances douteuses avait connu une forte détérioration, s’affichant avec 5,61% au plus haut depuis février 1996. La situation des banques espagnoles continue d’inquiéter en raison des conséquences de l’éclatement de la bulle immobilière, de la récession traversée par le pays et du fort renchérissement du coût du crédit espagnol. Plus précisément le ratio de créances douteuses des Caisses d’épargne s’établit à 5,5% contre 5,34% en septembre, tandis que celui des banques cotées est passé à 5,8% contre 5,58% un mois plus tôt.

Les prêts non remboursés augmentent  depuis l’explosion de la bulle immobilière en Espagne qui a laissé sans emploi un Espagnol sur cinq.

Property Boom leads to employment growth and influx of workers.

 And now unemployment is at 20.8%.
  Les investisseurs redoutent que d’éventuelles créances douteuses latentes débouchent sur un renforcement obligé par l’Etat et poussent le pays dans une crise de la dette comparable à celle de l’Irlande

 Les problèmes de dette ont pris de l’importance depuis que les investisseurs imposent à l’Espagne des coûts d’emprunt plus élevés.

Les banques espagnoles sont fortement exposées au secteur immobilier qui s’est effonfré et font face à une concurrence croissante pour trouver des fonds.

Property Boom: Spain experienced a property boom larger than the US and UK

Moody’s a maintenu lundi la perspective négative sur les banques espagnoles, estimant que leurs pertes pour dépréciations d’actifs et  provisions pourraient atteindre à terme « 176 milliards d’euros, somme dont les banques n’ont jusqu’à présent reconnu que la moitié (88 milliards) ». 

De son côté, l’agence de notation financière Fitch a abaissé mercredi d’un cran la note d’ensemble attribuée aux caisses d’épargne espagnoles, de « AA- » à  « A+ » avec une « perspective négative », malgré les efforts de restructuration de ce secteur. Cette agence s’inquiète notamment des difficulté futures à trouver des « liquidités externes » pour ces établissements non cotés en Bourse. Elle estime que leurs activités commerciales « seront affectées par le mouvement de consolidation en cours ». 

Dans un rapport sur l’Espagne et le Portugal, publié vendredi 10 décembre, UBS rappelle de son côté que la Banque d’Espagne chiffre à près de 181 milliards d’euros les crédits « potentiellement problématiques » liés à la construction et à l’immobilier. Ainsi donc le taux de crédits compromis avoisine plutôt 10% du total des prêts.

 « Sur la base de notre expérience dans les marchés immobiliers turbulents (Irlande, Etats-Unis, etc.), nous croyons qu’un ratio de couverture [des créances douteuses] substantiellement plus élevé pourrait aider les banques à recouvrer la confiance des marchés », soulignent les analystes de la banque suisse. UBS calcule ainsi que porter le taux de couverture des crédits douteux à 50 %, 60 % ou 70 % nécessiterait des provisions supplémentaires de respectivement 60 milliards d’euros, 89 milliards d’euros et 118 milliards d’euros. 

Pour ce qui est de leur capitalisation, Moody’s estime que les entités financières espagnoles vont avoir besoin de 17 milliards d’euros supplémentaires sur la base d’un ratio de « core capital » de 8%. « Dans un scénario théorique où les marchés pousseraient les banques espagnoles à augmenter leurs ratios de core capital, atteindre 10% nécessiterait 26 milliards d’euros », calculent de leur côté les analystes d’UBS. 

«Les capacités de génération de revenus des banques ne vont probablement pas suffire pour ce besoin de capital, ce qui forcera certaines banques à chercher du capital additionnel en externe, peut-être par des injections supplémentaires de la part du programme gouvernemental Frob», créé pour soutenir les banques espagnoles pendant la crise, selon Moody’s.

Globalement, «les bilans (des banques) doivent être nettoyés des actifs problématiques» tandis que «les banques ont besoin de ratios de capital plus élevés pour retrouver la confiance des marchés», selon l’agence.

Le FROB sollicité à hauteur de 11 milliards d’euros

Le Fonds de restructuration bancaire (FROB) « offre encore de la marge pour que les banques renforcent leurs fonds propres au-delà des niveaux utilisés lors des « stress tests » », reconnaît toutefois Moody’s. Potentiellement amplifiable jusqu’à 99 milliards d’euros, ce fonds a pour l’instant été sollicité à hauteur de près de 11 milliards d’euros dans le cadre des fusions entre caisses d’épargne, les entités les plus fragiles du système bancaire espagnol. 

Tout ceci intervient dans un contexte où les banques espagnoles rencontrent de nouveau des difficultés pour se financer sur les marchés. Après les « stress tests » de juillet, les entités financières avaient pu émettre environ 16 milliards d’euros de dette à moyen et à long terme entre août et mi-novembre, ce qui leur a notamment permis de diminuer leur dépendance envers la Banque centrale européenne. Le montant total de l’emprunt à la BCE a ainsi chuté à 61 milliards d’euros en novembre .Mais la dernière émission sur les marchés a été réalisée par Caja Madrid le 19 novembre. Or, le secteur devra refinancer 94,3 milliards d’euros de dettes qui arrive.

En Espagne, la dépendance des banques vis-à-vis de la BCE est encore très forte en valeur absolue. Le secteur bancaire espagnol a encore utilisé 71,9 milliards d’euros en octobre, contre 106 milliards en septembre dernier. Entre mars et avril 2011, les banques auront besoin de refinancer 35 milliards d’euros de dettes, sachant que l’Etat espagnol devra aussi lever environ 15 milliards d’euros sur les marchés au même moment. Les banques espagnoles verront 30 % de leurs dettes à moyen et long terme arriver à échéance en décembre 2012. Ces échéances nourrissent la défiance des marchés vis-à-vis des dettes périphériques et bancaires, un cercle vicieux s’instaurant entre les deux compartiments. Dans ce contexte, l’évolution de la capacité des banques espagnoles et portugaises à trouver des sources de financement alternatives sera déterminante, sachant que la BCE a poussé l’Irlande à demander une aide internationale afin de réduire la dépendance de ses banques au guichet européen.

From Societe Generale: 

 Chart

En un mois, les actions des deux principaux établissements du pays, Banco Santander et Banco Bilbao Vizcaya Argentaria (BBVA), ont plongé de plus de 20% alors que l’Ibex, l’indice principal de la bourse de Madrid, limitait son recul à 14%. Depuis le début de l’année, le plongeon des deux banques a été près de deux fois plus rapide que celui des autres valeurs

Les craintes qu’inspirent les banques à leurs créanciers se sont même exacerbées ces deux dernières semaines. Les CDS (credit-default swaps), des primes d’assurance contre le risque de ne pas être remboursé, ont dépassé les sommets atteints lors de la crise grecque en avril et mai derniers. Celui de Banco Popular, troisième banque, a pratiquement doublé en novembre, passant de 380 points à 680.

Les marchés s’alarment du risque posé par la hausse rapide de la dette publique sur la stabilité du système financier. Sous la pression d’un déficit budgétaire prévu cette année à 9,3% du PIB, les engagements devraient exploser, passant d’un très sage 53% en 2009 à 71% l’an prochain.

La dette publique espagnole au plus haut depuis 2000, à 57,7% du PIB   

 L’administration centrale concentre la majorité de la dette, avec 467,4 milliards d’euros ou 44,1% du PIB, en hausse de 15% par rapport au troisième trimestre 2009.Le gouvernement espagnol avait indiqué récemment qu’il prévoyait pour la fin de l’année une dette à 62,8% du PIB, soit encore 20 points en-dessous de la moyenne européenne, contre 53,2% en 2009 (et 74,7% en moyenne en UE). 

Chart
  
Ce chiffre représente une hausse de 16,3% sur un an et de 1,9% par rapport au trimestre précedent. La dette publique espagnole est en hausse continue (en proportion du PIB) depuis le 1er trimestre 2008, après plus d’une décennie de baisse, quand la croissance du pays était portée par sa bulle immobilière. 
  
Les 17 régions autonomes cumulent quant à elles une dette de 107,6 milliards d’euros, soit 10,2% du PIB, en progression de 27,4% sur un an.  

Mais la situation financière de l’Espagne continue d’inquiéter les marchés. L’agence Moody’s, qui a annoncé mercredi qu’elle envisageait d’abaisser la note « Aa1 » de l’Espagne, s’était à cette occasion inquiétée que le gouvernement central, malgré les mesures d’austérité qu’il a mises en place, n’ait qu’un contrôle « limité » sur les finances régionales, dans un pays très décentralisé.

Moody’s disait aussi craindre « une hausse du ratio de dette publique si le coût de la recapitalisation des banques devait être plus élevé que prévu ».

La dette des administrations publiques espagnoles a atteint au troisième trimestre 611,19 milliards d’euros, soit 57,7% du PIB, la proportion la plus forte depuis 2000, selon les chiffres publiés vendredi par la Banque d’Espagne
  
 Huit régions hors des clous 

Huit des 17 régions autonomes espagnoles ne respecteront pas l’objectif de réduction du déficit public fixé par le gouvernement central pour 2011, affirme vendredi le journal El Pais, alors que les finances régionales du pays sont une source d’inquiétude pour les marchés. Le quotidien se fonde sur les projets de budgets que 15 des 17 régions ont d’ores et déjà présenté, parmi lesquels huit indiquent qu’elles n’arriveront pas à réduire leur déficit à 1,3% du PIB en 2011, comme le souhaite Madrid. L’Extremadure (ouest) prévoit notamment d’être à 2,30%, l’Andalousie (sud) à 1,55% et la Navarre (nord) à 1,53%. «Cet élément sème l’incertitude sur l’amélioration nécessaire des déséquilibres fiscaux», estime le journal de centre-gauche

Le gouvernement socialiste espagnol s’est engagé à réduire fortement ses déficits publics, qui ont grimpé à 11,1% du PIB en 2009: il vise 9,3% en 2010,6% en 2011 puis 3% en 2013. Le déficit cumulé des régions a représenté 1,92% du PIB en 2009. Madrid veut qu’il ne dépasse pas 2,4% en 2010 et baisse à 1,3% en 2011. La ministre de l’Economie, Elena Salgado, a réuni mercredi les responsables des 17 régions autonomes pour leur rappeler ces objectifs et leur demander de publier désormais leurs chiffres chaque trimestre

D’où les alarmes des investisseurs, qui ont élevé le rendement de l’emprunt espagnol à dix ans à 5,42% et exigent un écart de rendement par rapport aux taux allemands au niveau historique de 2,75%.

EuroBond Yields 1217

Madrid emprunte à un taux similaire à celui exigé de Manille

Lors de sa dernière émission obligataire, jeudi, l’Espagne s’est vu imposer des intérêts de 5,4%. L’agence Moody’s menace de revoir son appréciation des emprunts espagnols à la baisse

En émettant son dernier emprunt obligataire de l’année, l’Etat espagnol n’a obtenu que 2,4 milliards d’euros, moins que le montant maximal de 3 milliards visé. Cet objectif avait déjà été réduit par rapport aux montants recherchés par le passé, en raison du niveau des intérêts imposés à l’Espagne. Et effectivement, les taux exigés pour souscrire à la tranche à dix ans du prêt obtenu hier par Madrid ont encore été accrus pour atteindre 5,4%. Un niveau bien supérieur aux 4,8% exigés lors d’une opération analogue, il y a un mois. Et similaire maintenant aux conditions imposées à l’Etat philippin.

Pour l’émission à 10 ans, le Trésor a émis 1,782 milliard à un taux moyen de 5,446%, en forte hausse par rapport à celui de la dernière émission de ce type, le 18 novembre (4,615%), mais dans la lignée de la clôture mercredi (5,452%). Pour les obligations à 15 ans, il a émis 619 millions d’euros à un taux moyen de 5,953%, là aussi très supérieur à celui de la dernière émission (4,541%, le 21 octobre) et similaire la clôture mercredi (5,984%).

Ces conditions reflètent la menace d’un abaissement de l’évaluation de sa capacité de remboursement par Moody’s, en raison de la situation de ses banques.

 Exposition internationale

Le risque de contagion ne peut pas être écarté.

Chart
 
(cliquez sur l’image pour aggrandir)

Image: Mish’s Global Economic Trend Analysis

Barclays, Deutsche Bank, and BNP has large estimated exposures to Spanish sovereign debt as of May.

Image: Evolution Securities

With the amount of funding Spain requires, there's no way the current eurozone bailout could meet Spain's needs if things got worse.

Image: Voxeu.org

Selon la Banque des règlements internationaux (BRI), les banques européennes avaient prêté 317,4 milliards d’euros à leurs consœurs espagnoles à la fin mars. En première ligne, on retrouve les banques allemandes avec une exposition de 95 milliards d’euro, soit plus du double de leurs expositions aux banques irlandaises. Juste derrière, on retrouve les banques françaises qui sont, elles, exposées à hauteur de 69,7 milliards d’euros.

Pourtant, les banques espagnoles ont commencé à réduire leurs risques. Les prix de l’immobilier ont ralenti leur chute depuis la fin 2009. L’octroi de nouvelles hypothèques s’est aussi amoindri. Le total des crédits hypothécaires compromis reste stable depuis deux ans, à 1067 milliards d’euros, selon les derniers chiffres de la Banque d’Espagne. Enfin, les petites caisses d’épargne régionales, beaucoup plus exposées aux risques immobiliers, sont en pleine phase de consolidation, pour passer de plus de 60 à 17.

 Nettoyage bancaire

«Depuis trois ans, les établissements espagnols nettoient leur bilan, tâche à laquelle ils consacrent, en moyenne, les deux tiers de leurs profits», rétorque Patrick Barbe, responsable des investissements obligataires chez BNP Paribas AM. Sur 200 milliards d’euros de crédits bancaires difficilement recouvrables accordés par le passé, la moitié a déjà été provisionnée. Et si l’Etat ibérique devait éponger le reste, cela devrait coûter quelques pour cent du PIB, selon Patrick Barbe; sa dette ne dépassant pas, «dans le pire des cas», 85% du PIB du pays. «C’est un vrai problème mais pas systémique, contrairement à l’Irlande», tempère le spécialiste.

Reste un endettement privé considérable ce qui  augure au global de perspectives peu réjouissantes

But total debt to GDP remains incredibly high.

Image: Evolution Securities

And private sector debt is a massive part of that.

Image: Evolution Securities

source Agences/Le Temps/Le Figaro/Agefi dec10

EN COMPLEMENT : Banques espagnoles : le syndrome irlandais

Championnes d’hier, l’Espagne et l’Irlande ont été rattrapées par leur frénésie immobilière. Des similarités qui font craindre que les banques espagnoles ne subissent le même sort que leurs homologues irlandaises.

La comparaison avec le tigre celtique pouvait, hier, être flatteuse. Aujourd’hui, elle n’est plus la bienvenue. « L’Espagne n’est pas l’Irlande. » Cette phrase, le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero l’a martelée à l’envi ces dernières semaines, pour convaincre les marchés que Madrid n’avait rien de commun avec Dublin. Et que l’Espagne, malgré les difficultés économiques et financières qu’elle traverse, ne sera pas le prochain Etat à solliciter un plan de sauvetage européen… Pour l’heure, la fièvre semble quelque peu retombée. Mais les Espagnols le savent bien : l’accalmie pourrait être de courte durée, et pour qui chercherait au sud des Pyrénées les signes du syndrome irlandais, les statistiques ne manquent pas…

Dopés par une demande insatiable, en partie spéculative, et par un accès aisé au crédit, les secteurs de la construction et de l’immobilier en sont par exemple venus, dans les deux pays, à représenter un pourcentage anormalement élevé du PIB, atteignant jusqu’à 18 % en Espagne et 23 % en Irlande.

« De 2003 à 2008, le crédit au secteur privé a augmenté d’environ 27 % chaque année en Irlande, pendant qu’il s’accroissait d’environ 22 % par an en Espagne. Ce sont les plus fortes progressions du crédit dans la zone euro pendant cette période », rappelle Joaquín Maudos, professeur à l’université de Valence.

« En 2007, près de 800.000 logements ont été construits en Espagne, pour une demande de seulement 500.000 », renchérit Fernando Vizoso, analyste chez KPMG en Espagne. Huit cent mille logements, cela veut dire autant de mises en chantier qu’en France, en Angleterre et en Allemagne réunies ! De son côté, l’Irlande a construit, entre le début des années 2000 et l’effondrement du secteur, autant de maisons qu’au Royaume-Uni, pourtant douze fois plus peuplé.

En Espagne comme en Irlande, les premiers signes de dégonflement de la bulle immobilière étaient perceptibles dès 2007. Les prix y ont baissé, mais pas dans les mêmes proportions : « Dans le secteur résidentiel irlandais, les prix se sont ajustés de l’ordre de 35 % à 50 %, selon les régions. A Dublin, la baisse a atteint 45 % à 50 % », rapporte Ronan Lyons, un économiste travaillant pour le site irlandais d’annonces immobilières Daft.ie. Et en Espagne ? Si l’on en croit les chiffres du ministère du Logement, les prix n’auraient baissé que de 9,5 % depuis le maximum atteint en avril 2007. Mais, « d’après les agents immobiliers ou les départements des banques chargés de commercialiser les logements qu’elles récupèrent, la baisse réelle serait plutôt de l’ordre de 30 % par rapport au pic », souligne un professionnel du secteur. Malgré le manque de statistiques fiables, José Luis Suarez, professeur à l’Iese Business School, fait à peu près la même estimation, avec, selon lui, « une baisse encore plus importante dans le neuf ».

But the boom resulted in a massive bust.

Image: Hedgeye

Dans les deux cas, un ajustement des prix des logements, donc, mais « plus important en Irlande qu’en Espagne », souligne Joaquín Maudos, ce qui a généré les énormes pertes des banques irlandaises et nécessité les mesures d’urgence que l’on sait… Rien de tel en Espagne, où « 75 % [des banques] ont passé la pire crise financière depuis la grande dépression sans aides publiques, ce dont ne peuvent se vanter ni les Allemands, ni les Américains, ni les Anglais », défendait récemment José Carlos Díez, économiste en chef chez Intermoney et professeur à l’université d’Alcalá, dans une tribune publiée dans le quotidien « El País ». Quant au quart restant, poursuit-il, elles « ont fait appel à des aides publiques représentant 1 % de notre PIB, contre 8 % au Royaume-Uni ou 3 % en Allemagne ».

Une prudence héritée du passé

Ne surtout pas en déduire que le secteur financier espagnol est hors de danger : d’après les dernières estimations, ses engagements auprès des constructeurs et promoteurs immobiliers s’élèvent à 439 milliards d’euros, dont 180,8 milliards d’euros sont jugés « potentiellement problématiques » par la Banque d’Espagne. A eux seuls, ces actifs douteux représenteraient aujourd’hui 12,3 % de la richesse nationale.

And the Spanish real estate sector is still a real mess.

Image: Banco de Espana

Par comparaison, les actifs immobiliers toxiques qui ont été ou seront transférés des banques irlandaises à l’agence nationale chargée de les gérer, la National Asset Management Agency (Nama) se montent à 80 milliards d’euros, soit un tiers du PIB irlandais. « Dans les deux pays, un pourcentage élevé du portefeuille de crédits des banques était lié au « ladrillo » [brique en espagnol, NDLR]  : 60 % en Espagne et 70 % pour les deux plus grandes banques irlandaises », explique Joaquín Maudos. Mais, relativise-t-il, « le poids du secteur bancaire est bien plus important en Irlande, où il en est venu à peser 10 fois le PIB, alors qu’il représente 3,3 fois le PIB en Espagne. »

Autre bon point, vu d’Espagne, pour les banques du cru : la qualité du système de supervision. Grâce à la Banque d’Espagne, les entités financières espagnoles ont dû constituer de solides provisions pendant les années fastes. Une prudence héritée du passé : « Franco a laissé un système bancaire en faillite, dont la restructuration a coûté 6 % du PIB lors de la crise de 1979. C’est à ce moment-là que la Banque d’Espagne a forgé sa légitimité et que s’est dessiné un système d’intervention bancaire très efficace […]. Trente ans après, Santander et BBVA sont deux leaders mondiaux en termes de bénéfices et dans la banque de détail », résume José Carlos Díez.

De fait, la Banque d’Espagne n’a pas failli à sa réputation dans la tourmente, renforçant notamment les règles prudentielles pour les actifs immobiliers. Une nouvelle circulaire entrée en vigueur fin septembre oblige ainsi les banques et les caisses d’épargne à provisionner 10 % de la valeur de ces actifs dès leur inscription au bilan, 20 % un an après et 30 % au bout de deux ans afin de les inciter à s’en débarrasser au plus vite. Cette année, toutes les banques ont donc prélevé une part de leurs profits pour se constituer le matelas de provisions exigé. Le mois dernier, la Banque d’Espagne a donné un nouveau tour de vis, cette fois-ci en matière de transparence. Dès l’année prochaine, les établissements financiers espagnols vont devoir présenter de façon bien plus détaillée leur exposition aux secteurs de la construction et de l’immobilier. Ces nouvelles mesures permettront d’y voir plus clair sur ces fameux actifs « potentiellement problématiques ».

Les résidences secondaires en berne

Le portefeuille immobilier en question comprend des logements, terminés ou en construction, et des terrains à bâtir que les banques et les caisses d’épargne espagnoles ont récupérés de promoteurs ou de particuliers dans l’incapacité de rembourser leurs dettes. D’après une estimation réalisée par l’agence Reuters, les habitations représentent 35 % de ces actifs à problèmes. Du coup, les institutions financières du pays se sont temporairement transformées en agents immobiliers. Avec succès : « Les banques font de la concurrence aux promoteurs qui ont résisté à la crise parce qu’elles offrent le même produit avec un rabais important et un financement très intéressant », observe Frédéric Mangeant, directeur général de Knight Frank en Espagne.

Dans ce contexte, le marché immobilier espagnol a repris des couleurs – les ventes ont progressé de 8,9 % par rapport à 2009 -, mais pas partout : « Pour les logements destinés aux primo-accédants et dans les villes d’une certaine taille, comme Madrid, Barcelone, Valence ou Séville, il y a des ventes et même, croyez-le ou non, une pénurie d’offres », explique Luis Martín, président de BNP Paribas Real Estate en Espagne. « Aujourd’hui, ça bouge à Madrid, il y a des transactions immobilières, pas comme à Dublin, où il n’y a rien », confirme Frédéric Mangeant. En revanche, des logements, notamment des maisons secondaires dans certaines zones du littoral espagnol, ne se vendront pas sans une baisse des prix supérieure à celle enregistrée jusqu’ici, soulignent plusieurs experts.

La situation est encore plus délicate dans le foncier, c’est-à-dire pour les 65 % restants du portefeuille immobilier détenu par les banques et les caisses d’épargne espagnoles. « Les actifs les plus problématiques sont les terrains qui sont tombés aux mains des entités financières : ils ont perdu beaucoup de leur valeur, car ils sont dans une phase de développement peu avancée et ne sont pas très recherchés à cause de leur emplacement », explique Fernando Vizoso. Il faut dire que « l’Espagne a développé du foncier pour 80 millions d’habitants, alors qu’elle n’en a que la moitié ! », s’emporte Frédéric Mangeant.

Les caisses d’épargne en ligne de mire

« C’est le grand défi de l’année 2011 », indiquait fin novembre Nicolás Llari, directeur du département résidentiel et entités financières de CB Richard Ellis en Espagne. D’après lui, une majorité de ces terrains ont maintenant une valeur presque nulle. Une bombe en puissance pour les caisses d’épargne, entre les mains desquelles a atterri une grande partie du foncier du pays. « Les banques espagnoles sont certes exposées au secteur immobilier, mais leurs produits sont de meilleure qualité que ceux des caisses d’épargne », relève Alberto Prieto, associé chez Knight Frank en Espagne. Ces dernières, qui représentent la moitié du secteur financier espagnol, ont été les plus touchées par l’explosion de la bulle immobilière. La plupart sont maintenant engagées dans un processus de fusion qui réduira leur nombre total de 45 à 17. Une restructuration indispensable pour la viabilité future du secteur bancaire, mais qui « paralyse toutes les autres décisions, notamment en matière de gestion de leur portefeuille immobilier », constate encore Alberto Prieto, qui résume à sa façon le sentiment général : « On commence à penser que la meilleure façon d’affronter ce problème serait de créer une sorte de banque publique pour gérer ces actifs immobiliers toxiques. » Une entité qui rappellerait étrangement une certaine Nama, la « bad bank » irlandaise.

JESSICA BERTHEREAU, CORRESPONDANTE À MADRID, Les Echos dec10

EN BANDE SON :  
  
 

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