Behaviorisme et Finance Comportementale

En route vers la stagflation par Nicolas Baverez

En route vers la stagflation par Nicolas Baverez

Le terme de stagflation désigne le cumul d’une croissance faible, d’un chômage structurel et d’une accélération de l’inflation. Elle a caractérisé la crise des années 1970, née de la politique monétaire expansionniste des Etats-Unis à la fin des années 1960, de l’épuisement de la régulation keynésienne et des chocs pétroliers. La Réserve fédérale américaine (FED) y a mis un terme en 1979 au prix d’une forte hausse des taux et de la récession. Se sont alors ouvertes trois décennies de désinflation, placées sous le signe d’une mondialisation, facteur de baisse des prix industriels.

PLUS DE BAVEREZ EN SUIVANT :

Ce cycle s’est achevé en 2010. Confrontée à la gigantesque déflation par la dette provoquée par l’éclatement de bulles spéculatives en cascade et à la menace d’un chômage persistant, la FED de Ben Bernanke a choisi de baisser les taux longs et de financer l’extension des baisses d’impôts de l’ère Bush par une émission illimitée de monnaie, tout en s’engageant dans une dévaluation compétitive du dollar.

Comme à la fin des années 1960 face aux déficits engendrés par la guerre du Vietnam et la hausse des coûts sociaux, les Etats-Unis ont fait le choix de l’inflation pour solder les comptes des guerres d’Irak et d’Afghanistan (plus de 1 000 milliards de dollars), relancer la croissance et l’emploi, et payer les réformes de Barack Obama.

Image: Mish’s Global Economic Trend Analysis

L’inflation opère donc son grand retour. Aux Etats-Unis, l’apparente stabilité des prix masque un net redressement des salaires. Dans les pays émergents, la hausse des prix atteint 4,8 % en Chine, 10 % en Inde, 5 % au Brésil, 9 % en Turquie. Dans le monde, le coût des matières premières, de l’énergie et des produits alimentaires s’envole – le baril de pétrole se rapproche des 100 dollars – tandis que les bulles spéculatives se reconstituent, surtout dans l’immobilier.

La mondialisation, qui a longtemps encouragé la désinflation, joue désormais en faveur de l’inflation via trois canaux.

Les liquidités émises par la FED alimentent les bulles dans les pays émergents, notamment sur leur dette ;

la baisse du dollar pousse les producteurs de matières premières à augmenter leurs prix ;

le développement des pays émergents conforte la hausse des matières premières et de l’énergie. La réorientation de leur croissance vers la consommation intérieure – en raison du surendettement des ménages du monde développé – se traduit par une accélération de la hausse des salaires (18 % en Chine en 2010) et des prix, qui gagne l’alimentation, les biens et les services.

Le salaire minimum dans la capitale chinoise augmentera de 21% l’année prochaine, a annoncé lundi l’agence officielle Chine nouvelle, signe que les coûts du travail dans la deuxième économie mondiale croîtront à nouveau fortement en 2011.Pékin va relever le plancher des salaires de 200 yuans, à 1.160 yuans par mois (environ 133 euros) à compter du 1er janvier, après une hausse de 20% six mois plus tôt, a indiqué l’agence de presse. 

Les villes et les provinces à travers le pays ont régulièrement relevé les salaires minimum au cours de la dernière décennie, mais ces augmentations ont fortement augmenté depuis un an.L’essor économique de la Chine s’étend davantage à l’arrière-pays et les différentes régions sont entrées en compétition pour attirer une main-d’oeuvre qui se fait de plus en plus rare. 

La capitale chinoise va également augmenter le montant des pensions pour les ouvriers retraités de 10,2%, à 2.268 yuans (260 euros) par mois, selon Chine nouvelle.Les principaux dirigeants du pays ont plusieurs fois promis qu’ils augmenteraient la part du travail dans les revenus nationaux afin de stimuler la consommation intérieure. La hausse des salaires contribue à la pression inflationniste, mais la productivité a augmenté plus vite dans la plupart des secteurs et les coûts du travail restent beaucoup plus faibles que dans les économies développées. 

Les pays développés vont donc débuter les années 2010 avec une croissance faible et un chômage de masse, liés au désendettement et à la rigueur budgétaire, ainsi qu’une inflation importée par la hausse des matières premières et des actifs support de la spéculation. Soit… la stagflation.

En l’absence d’indexation, cette inflation ne débouchera pas tout de suite sur la hausse des salaires.

En revanche, elle générera une forte augmentation des taux d’intérêt qui pénalisera l’activité et l’emploi dans les pays surendettés. Déjà les taux longs américains se tendent, tandis que l’Allemagne, meilleure signature d’Europe, voit la rémunération du Bund (bons du Trésor) décoller pour dépasser 3 %.

Les pays émergents verront leur croissance amputée par l’inflation mais bénéficieront d’un important transfert de richesses. Contrairement aux années 1970, ils ne le dilapideront pas dans des actifs de prestige, mais investiront dans leur développement ainsi que dans des entreprises et des technologies stratégiques. Les Etats-Unis, au prix de l’inflation exportée par le dollar, soutiendront une croissance molle. A l’inverse, l’Europe et le Japon sont menacés de stagnation en raison de leur vieillissement, du surendettement, de la sous-compétitivité et de la surévaluation de leurs monnaies.

Le pari d’une inflation masquée qui atténuerait les dettes sans déclencher une hausse générale des prix est perdu d’avance. La politique monétaire américaine l’a déjà inoculée au monde via les matières premières et les bulles financières et immobilières, même si elle reste peu visible dans les prix à la consommation. Les mesures de correction nationales, à l’image du contrôle des prix et du relèvement des réserves obligatoires et des taux décidés par la Chine ou du prévisible et calamiteux durcissement monétaire de la BCE, resteront d’une efficacité limitée face à une inflation pour l’essentiel importée.

L’inflation de demain, comme la déflation de 2008, est mondiale. Elle ne peut être enrayée que par une action coordonnée des banques centrales des grands pôles de la mondialisation, à l’opposé des stratégies non coopératives qui ont triomphé en 2010 et qui aggravent les déséquilibres du capitalisme mondial.

source : LE MONDE ECONOMIE | 20.12.10

EN COMPLEMENT : L’inflation est de retour par Marc Fiorentino, Allofinance.com

  DR J’ai un scoop ! L’inflation est de retour. Pour l’instant, elle n’est visible que dans les pays émergents. En Chine avec la flambée des prix alimentaires, en Inde du fait d’une croissance encore à 9 % au troisième trimestre, au Brésil du fait de flux ininterrompus de capitaux et dans tous les autres pays émergents. C’est un problème majeur pour ces pays qui n’ont pas d’autre voie que de monter les taux d’intérêt et d’imposer des taxes sur les investissements étrangers. Sans réel succès pour l’instant.

 

 Elle va arriver aux États-Unis. En effet, les États-Unis impriment, sous l’oeil bienveillant de Ben Bernanke, jour et nuit des billets verts. Des vrais, pas des faux. Mais les vrais auront bientôt autant de valeur que les faux. Car la Fed a choisi son camp. Pour résoudre et le problème de la dette et le risque de déflation, elle a opté pour la solution de la planche à billets. Sans état d’âme et sans crainte des conséquences pour le reste du monde et même pour les États-Unis. Or, aujourd’hui, l’économie américaine a non seulement échappé au double « dip » mais elle semble même croître à un rythme largement supérieur aux anticipations. La consommation, la production, les investissements repartent. Et l’emploi semble sortir de la torpeur. Ce n’est pas une sortie définitive de crise. Loin de là. Mais c’est une nette amélioration. Et une reprise économique conjuguée à une injection massive de liquidités ne peut que produire de l’inflation. 

Reste l’Europe. Dernier rempart du dogme de la lutte contre l’inflation. Jean-Claude Trichet, formé à l’école allemande, a résisté. Il a arrêté, malgré la faiblesse de la reprise en Europe, le « quantitative easing ». Mais les marchés, en continuant à s’attaquer aux dettes européennes et en s’approchant dangereusement de l’Espagne et de l’Italie, l’ont obligé à revoir sa copie. Lui aussi a rebranché son imprimante et sort des plaques d’euros pour sauver la monnaie européenne. L’inflation mettra plus de temps à être perceptible en Europe mais si la BCE continue à arroser le marché d’euros et si l’Europe, entraînée par la formidable croissance de l’Europe du Nord et de l’Allemagne, rebondit, l’inflation sera obligatoirement aux rendez-vous. 

Une chose est sûre. À l’heure actuelle, la balance penche plus vers l’inflation que vers la déflation. Tant mieux ? Probablement. La déflation est une spirale destructrice, l’inflation, à petite dose, est une bonne nouvelle. Le problème, c’est que personne ne sait comment contrôler l’inflation une fois qu’elle est installée. Si elle dérape, les conséquences seront tout aussi dévastatrices que la déflation

Attendez-vous donc à une année 2011 d’inflation, plus ou moins forte selon les zones économiques. Avec, comme conséquence immédiate, le krach obligataire souvent annoncé. Un krach obligataire qui a déjà touché les pays faibles de l’Europe mais qui pourrait s’étendre à tous les pays développés et aux pays émergents en surchauffe. Ne vous ruez plus sur les emprunts d’État même si on vous les présente comme des valeurs refuges. La pierre déjà en ébullition en France va continuer, dans un scénario de retour de l’inflation, à attirer les capitaux des ménages. L’or risque aussi de continuer à s’envoler poussé par la spéculation et par les particuliers qui stockent des lingots (ou des lingotins) sous leur lit. 

Les banques centrales ont utilisé l’arme massive de la liquidité pour résoudre la crise. Elles ont donc choisi de prendre le risque de faire ressurgir le spectre de l’inflation. Reste à savoir si le génie de l’inflation qui sort de la lampe se transformera en ange ou en démon.

 Source : La Tribune.fr – 10/12/2010 

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Les montagnes russes de l’inflation ! par Bruno Colmant

Les soudaines hausses de taux d’intérêt correspondent à des perceptions de risques-pays. Mais il y a peut-être chose. Depuis l’alerte bancaire ce 2008, l’économie est entrée en territoire inconnu. Il n’y a plus, aujourd’hui, de repères suffisamment robustes ou de théories éprouvées pour guider l’action de nos gouvernants, tant politiques que monétaires. Face à la récession, les États ont mis en œuvre une politique contre-cyclique classique. Ils ont vidé leurs ballasts budgétaires, c’est-à-dire les stabilisateurs économiques qui consistent à augmenter les dépenses et à constater de moindres recettes.

Le problème, c’est que les déficits budgétaires ne s’inscrivent pas dans le cadre optimal de la théorie keynésienne. Cette derrière préconise les déficits budgétaire que comme des solutions à des turbulences conjoncturelles, alors que nous traversons un choc structurel. De plus, les déficits issus de la crise se greffent sur des endettements public insolubles, tant en termes de dettes existantes que de dettes futures, issues du coût du vieillissement de la population. Une des prochaines bulles est celle des pensions. Son éclatement sera sonore.

Chart

Image: Mish’s Global Economic Trend Analysis

A notre estime, l’inflation sera une des variables d’ajustement aux déséquilibres que nous traverserons. Elle aura des conséquences défavorables pour les rentiers mais permettra aux États de diminuer la valeur de leur endettement. Les banques, qui constituent l’interface entre les créanciers et les débiteurs, devront identifier leur rentabilité, mais les marges seront étroites. L’inflation suscitera aussi des rééquilibrages générationnels.

Kenneth Rogoff, professeur à Harvard et co-auteur du remarquable ouvrage « This Time Is Different: Eight Centuries of Financial Folly » continue d’ailleurs à recommander deux ou trois années d’inflation élevée pour dégonfler l’ensemble des dettes, surtout si les systèmes politiques, juridiques et régulateurs sont trop paralysés. Le prix Nobel Stiglitz ne dit rien d’autre en préconisant la poursuite des politiques monétaires accommodantes.

Une poussée d’inflation sera donc une des probables solutions, avec l’inconnue de savoir quelle en sera le phénomène déclencheur et les correctifs sociaux. Cette inflation naîtra probablement aux États-Unis, dont la politique monétaire inédite consiste désormais à faire tourner la planche à billets.

L’inflation est préférable à la déflation et à tout scénario à la japonaise.

Et, finalement, l’inflation est l’avertissement que le bien-être futur sera plus onéreux

Un parfum de stagflation ?

 Mais, pour être complet, c’est plutôt un scénario de stagflation que nous envisageons, c’est-à-dire une combinaison de stagnation économique, affectée d’un chômage persistant, et d’inflation, que nous anticipons forte.

En ce qui concerne l’effet de stagnation, il sera essentiellement décelable par un chômage structurel, déjà bien établi dans certaines régions européennes. Au-delà de l’effet d’optique du départ à la retraite d’une partie importante des baby-boomers (ce qui ne fait que reporter le problème de leur coût sur les pouvoirs publics), le chômage est lié à différents phénomènes : désindustrialisation, inadéquation de l’enseignement, épuisement du modèle de croissance par endettement, manque de flexibilité du marché du travail et surtout atonie des mentalités qui n’ont pas encore bien intégré la mutation des foyers de croissance.

Mais pourquoi une intuition d’inflation alors que de nombreux économistes agitent le spectre de la déflation ? Parce que la création de monnaie ex-nihilo (avec des billets qui ne deviennent que des créances sur d’autres billets), telle que mise en œuvre par les banques centrales, est une traite sur l’avenir dont le remboursement deviendra incertain. Il est incontestable que les Etats et les banques centrales procèdent actuellement à une monétisation de la dette publique avec son corollaire de création de surliquidités et d’inflation différée.

Les récentes mesures prises par les banques centrales masquent donc une importante inflation différée, mais dont un des symptômes est la dilatation des injections monétaires et des bilans des banques centrales.

 

Comment d’ailleurs imaginer que la différence entre les injections monétaires et les réalités de l’économie de la production ne conduisent pas à une inflation qui risque d’être autant subite qu’elle sera forte ? Cette inflation sera un facteur de rééquilibrage des dettes et donc des dissonances financières entre générations.

Certains économistes prophétisent que de nouvelles bulles, sans doute bien plus volumineuses que celles de 2001 et 2008, sont ainsi en formation.  Le système  financier est d’ailleurs plus à risque qu’au début de la crise, mais sans moyens de défense.

Peut-être faut-il voir l’inflation comme la meilleure sortie de crise et la préparer, dans ses modalités connexes (telles que la révision des indexations des salaires qu’il faudra inéluctablement aménager) et dans sa proportion. Une inflation devrait être prévue et gérée afin d’éviter qu’elle ne dérape en hyperinflation, qui est elle-même créée par l’emballement des anticipations. Le pire serait, en effet, une perte de confiance dans la monnaie.

http://blogs.lecho.be/colmant/2010/12/un-parfum-de-stagflation-.html#

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Révolution dans la mesure de l’indice des prix

Deux économistes américains, Roberto Rigobon et Alberto Cavallo, ont lancé pour 70 pays un indice quotidien basé sur le Web

Le public a souvent le sentiment que l’indice des prix à la consommation sous-estime le coût de la vie. C’est un débat particulièrement vif également au sein des économistes. Il sera encore plus animé après la présentation de Roberto Rigobon et Alberto Cavallo. Ces deux professeurs d’économie appliquée du MIT, à Boston, ont lancé un projet baptisé «Billion Prices Project» (BPP), qui mesure quotidiennement les prix de 5 millions de produits vendus auprès de 300 fournisseurs online au sein de 70 pays.

BPP and seasonally unadjusted consumer price indexes for the United States. Source: Billion Prices Project.
bpp_us_nov_10.jpg

Aujourd’hui, les indices de prix ne sont publiés qu’une fois par mois à partir d’une méthodologie particulièrement fastidieuse. Aux Etats-Unis, selon le magazine Slate, Washington dépense 324 mil­lions de dollars (311 millions de francs) par an pour récolter les données, les contrôler, et les transformer en indice des prix. En outre, de la quête des données à sa publication, une semaine passe. Le monde du Net semble avoir échappé aux statistiques.

Rigobon et Cavallo ont commencé à récolter les prix avec leur propre méthodologie en 2007. Mais le projet vient seulement d’être dévoilé au public (http://bpp.mit.edu/). Il est très avancé aux Etats-Unis puisque l’indice y a été calculé depuis mars 2008 sur 550 000 produits. En Suisse, il en est au stade de la récolte de données.

L’évolution entre l’indice des prix officiels (CPI) et l’indice BPP est visiblement très proche, mais dans avec des différences selon les pays. L’indice BPP a l’énorme avantage d’être quotidien. Il livre une indication plus précise et actuelle de la tendance des prix. Les chercheurs ont par exemple pu montrer que le premier jour des ventes de Noël, aux Etats-Unis, a exercé un plus faible impact sur les prix qu’en 2009. Contrairement aux indications des médias, les rabais ont donc été moindres. Sous l’angle de la recherche, les auteurs ont déjà pu montrer que les distributeurs changeaient les prix moins souvent, mais dans une plus grande ampleur qu’on ne le pensait précédemment.

Un autre projet

Il peut paraître surprenant que la corrélation avec l’indice des prix à la consommation soit aussi forte, car les deux professeurs n’appliquent aucune pondération aux produits, même s’ils représentent une part différente du budget des ménages. Ils enregistrent des descriptifs des marchandises, la taille des emballages, les marques, des caractéristiques spéciales et s’ils sont soumis à un contrôle des prix ou non. Il en résulte des indices quotidien, mensuel et annuel.

Un autre projet, dévoilé par le Financial Times, a été lancé par Google, sous l’égide de son chef économiste, Hal Varian. Cet indice n’a toutefois pas encore été présenté, et sa méthodologie reste mystérieuse.

Les économistes redoublent également d’efforts pour mesurer la tendance sous-jacente de l’in­flation. La littérature est particulièrement riche à ce propos. On y présente des indices sans alimentation ni énergie, ou des indices qui éliminent les changements ­relatifs les plus forts (les composants étant modifiés chaque mois).

Par Emmanuel Garessus, Zurich/le temps dec10

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Comment sauver votre argent par Beat Kappeler

Comment sauver mon argent? La question m’est posée souvent par les temps qui courent. Dans ces colonnes et ailleurs, j’ai souvent sonné l’alarme face à la création inconsidérée de monnaie par les banques centrales, y compris par la Suisse. Les obligations de nombreux Etats ne sont plus sûres, les banques vacillent un peu partout. Dans ces conditions, comment l’individu peut-il naviguer sans chavirer? Ayant souligné les dangers de l’ère à venir, je vais essayer de répondre à la question.

En tant qu’économiste, on regarde les grands ensembles. On n’a pas les contraintes des banquiers qui doivent mettre en pratique leurs conseils, c’est-à-dire investir en temps utile.

Eh bien, à la différence des banquiers, j’ai la liberté de dire: n’investissez pas. Pas maintenant. Suivez la boutade de Mark Twain, disant en substance que les mois très dangereux pour investir sont tous ceux ayant la consonne «r» dans leur nom ainsi que mai, juin, juillet et août. Par ailleurs, grâce au franc suisse, votre argent est déjà investi dans une des valeurs refuges les plus prisées. Du calme, donc.

Certes, une reprise économique se dessine, on assiste même à un véritable boom en Allemagne, et les pays émergents se portent comme un charme. Vous pouvez miser sur ces tendances. Il faut toutefois être prêt à quitter le navire au premier contrecoup.

Et ceux-ci ne manqueront pas: la situation de l’euro est désespérée sur les marchés, selon les confidences mêmes de certains ministres à nos conseillers fédéraux en visite. Les crises de confiance pourraient se répéter à propos du Portugal, de l’Espagne ou de la Belgique, ces deux derniers pays ayant reçu un coup de semonce de la part des agences de notation la semaine passée. Et puis, il y a l’Italie, en proie à l’instabilité gouvernementale, et la France qui n’a encore économisé aucun euro en pratique. Par effet de ricochet, les banques européennes, occidentales accuseraient le coup.

Les investisseurs font fi également des efforts de la banque centrale américaine pour faire mousser le cours des obligations d’Etat et les taux d’intérêt prennent l’ascenseur. Car les Etats-Unis n’ont pas non plus commencé à économiser, mais le paquet de compromis conclu entre Obama et les républicains enfonce encore davantage l’ancien empire dans les dettes.

Donc, vous ne perdez pas d’argent en attendant. Si les taux américains – et européens – atteignent un niveau qui reflète les risques encourus, on peut s’y aventurer. Si les Européens présentent un plan crédible de sauvetage ou de sortie de l’euro, on peut investir. Dans ce cas, l’investisseur averti observera bien sûr non pas les dires des politiciens, mais le jugement des marchés obligataires.

Si tout va bien, vous pourrez donc toujours monter dans le bateau du nouveau cycle conjoncturel, qui alors se consoliderait et se prolongerait. Vous auriez perdu les premiers 10% de la hausse, mais si les deux continents ne se ressaisissaient pas, vous n’aurez rien perdu!

Quant à la crainte de l’inflation, il ne faut pas se hâter maintenant dans des investissements dits «réels» comme l’immobilier, les matières premières ou l’or. Vous verrez le danger venir: si vraiment l’inflation devenait galopante, alors agissez. Bon, il est vrai qu’un petit pourcentage d’or sur la fortune totale n’a jamais porté malheur. Mais l’un des enseignements de la crise financière d’automne 2008 a été que les différents investissements ne contrebalancent pas les risques. Au contraire, dans une situation extrême, tous les investissements sont en corrélation. Les gens perdent de l’argent, du coup ils liquident tout. Concrètement, si une vraie crise de l’euro survenait, et que le franc montait au point de ruiner les exportations, la valeur d’un immeuble ne se porterait pas mieux que la conjoncture tout autour.

J’ai émis des constats mesurés. Au bout du compte, je deviens tout de même un banquier, en déclinant toute responsabilité, comme dans leurs publications! Devant ses comptes, tout le monde est très seul. Mais ils ne sont pas la seule chose qui compte avant une nouvelle et bonne année. Ce que je vous souhaite de tout mon cœur.

source le temps dec10

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