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L’heure est il encore à l’or ?

L’heure est il encore à l’or ?

Les investisseurs financiers allègent leurs positions en or. ETF et ETP ont vendu plus de 60 tonnes en janvier. Depuis son record historique à 1 430 dollars l’once, début décembre, le cours de l’or a chuté de 7 % à la bourse de Londres et à  la clôture du Comex vendredi dernier à New York, l’once d’or valait 1348.80 USD (échéance février 2011)(Après un sommet historique de 1424.70 USD l’once en décembre 2010). Aux yeux des investisseurs, l’or a moins d’attrait que le pétrole et le cuivre en ce moment, d’autant plus que l’économie américaine semble s’améliorer plus vite que prévu : le lingot perd alors son intérêt de valeur refuge et la demande de l’Inde et de la Chine pourrait ne pas suffire à compenser ces ventes en 2011

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Correction technique ou repli durable ? L’or a bouclé janvier 2011 sur une baisse de plus de 6% du prix de l’once. C’est le premier recul mensuel depuis juillet dernier. «L’attrait des investisseurs, à la fois à court terme et long terme, pour l’or et l’argent, commence à devenir négatif», relève la recherche métaux précieux de Barclays Capital.

Le changement d’humeur des investisseurs non commerciaux se reflète notamment à travers les stocks détenus par les fonds ETF (exchange traded funds).

Acheteurs de 236 tonnes de métal jaune l’an dernier, ils en ont cédé plus de 60 tonnes sur le mois. A 2.033 tonnes selon le dernier relevé de Bloomberg, les ETF et ETP détiennent toujours des réserves d’or supérieures à celles des banques centrales. Pour BarCap, c’est le signe que la demande des intervenants financiers reste soutenue. A contrario, comme en janvier, «les investisseurs pourraient devenir une source d’offre supplémentaire» sur le marché, souligne la recherche économique de Natixis, qui évoque, elle, une bulle de l’or.

L’amélioration du sentiment économique courant janvier – avec des indicateurs plutôt meilleurs qu’attendu sur l’économie et les perspectives de résolution de la crise de la dette souveraine en zone euro – explique la récente désaffection pour le métal jaune, un actif qui n’offre pas de rendement. «En Europe, alors que le marché des CDS indique une amélioration sur le front de la dette souveraine, il apparaît clairement que certains investisseurs débouclent les couvertures mises en place en raison de leur aversion pour le risque», note Natixis.

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Reste à savoir si la demande de l’Inde et de la Chine pourra compenser cette offre. En 2010, les investissements chinois et indiens ont fortement augmenté. Mais, rappelle Natixis, le métal jaune fait surtout office de valeur refuge pour ces pays lorsqu’une forte inflation s’accompagne d’une dépréciation de la devise locale. Or, si la première condition est réunie, les politiques suivies (hausse des taux…) devraient plutôt entraîner une appréciation des devises. «Il semble de plus en plus improbable que les rachats effectués par les Chinois et les Indiens compensent l’impact des désinvestissements des investisseurs occidentaux en 2011», conclut Natixis.

Le nouvel an chinois est pourtant  de plus en plus faste pour les achats d’or

 

 Aux yeux des Chinois  l’or continue de briller de mille feux !

La demande de métal physique n’a jamais été aussi forte, en prévision du nouvel an. Le rituel de l’enveloppe de billets qu’on offre à ses proches, à cette occasion, a cédé la place à l’objet en or, plus résistant à l’inflation, qui préoccupe gravement les Chinois en ce moment. Tout est bon, du bijou au lingot de 3 kilos. Cette année, bien entendu, les statuettes et les médailles en forme de lapin ou gravées des idéogrammes représentant le rongeur ont fait un tabac. Elles seront, en plus, porte-bonheur !

Au cours des trois derniers mois, la Chine aurait importé 200 tonnes d’or, selon les estimations d’un banquier. Les quelque 300 tonnes que le pays produit par an sont aujourd’hui bien loin de suffire aux besoins. L’an dernier, déjà, la période du nouvel an aurait concentré un tiers de la consommation de métal précieux. Cette année, les festivités seront un pic de consommation plus grand encore. Le nouvel an chinois est désormais plus gourmand en or que Diwali, le festival religieux indien, qui a toujours été considéré comme le moment faste pour acheter du métal précieux par les Indiens. L’Inde, qui consacre également encore beaucoup de métal précieux aux dots des filles à marier, était encore le premier consommateur d’or de la planète en 2010. Mais en 2011, année du Lapin, ce sera, prédisent les négociants, la Chine.

La baisse une opportunité d’achat ?

PourDominique Casaï  le spécialiste suisse aurifère nous rentrons dans des  Zones d’achat attractives sur le marché de l’or et il  recommande en particulier d’investir dans les actions aurifères ( malgré la baisse du prix de l’or.) Pour le gestionnaire spécialiste des matières premières des fonds URAM lors d’une conférence à Genève : «La chute du prix de l’once du mois dernier s’explique avant tout par l’explosion des positions short indiquant une spéculation à la baisse, . Et non le reflet des transactions sur le marché de l’or physique, ajoute-t-il. En Asie, la demande reste très soutenue mais au demeurant moins forte que les pressions baissières.» Même si cette tendance déploiera ses effets à court terme, «les mouvements spéculatifs ne sont pas durables», précise Dominique Casaï qui invite donc les investisseurs à s’intéresser aux fondamentaux du marché de l’or.

Non seulement le contexte économique et monétaire européen et américain sont favorables à la demande d’investissements en métal jaune, mais du côté de l’offre aussi, le gestionnaire d’URAM souligne l’attrait des actions aurifères. «A l’heure actuelle, l’évaluation relative des mines d’or est très basse et les marges n’ont jamais été aussi importantes», insiste Dominique Casaï. Pour évaluer un groupe de sociétés minières, URAM calcule le prix de l’or implicite induit par la production future de ces sociétés. Selon leurs cours en bourse, ce prix s’élèverait en moyenne à 1000 USD l’once. «Afin d’obtenir une performance supérieure à celle de l’or, il faut saisir les opportunités d’arbitrage entre l’or et les mines d’or ou encore profiter de l’alpha disponible dans la gestion active en actions aurifères», conclut-il. (MM)

source  Claire Fages/rfi   Alexandre Garabedian / agefi fev 2011

EN COMPLEMENT : L’or et le secret des templiers…par Bruno Colmant

En quelques semaines, le cours de l’or a atteint des sommets stratosphériques. Rien d’étonnant à cela : depuis l’antiquité, ce métal est le refuge des crises financières. La thésaurisation répond à un réflexe millénaire, à savoir le manque de confiance à l’égard du système financier. 

Les raisons de cet engouement métallique sont nombreuses. L’or possède des qualités intrinsèques, telle son inaltérabilité dans le temps et son volume réduit. De plus, les lingots étant désormais estampillés, les quantités d’or sont standardisées, tant en termes de pureté que de poids. 

Un élément caractérise cependant le récent phénomène de thésaurisation. Dans le passé, l’or répondait à la défiance par rapport à la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire la monnaie-papier, émise par les États. Aujourd’hui, le repli vers l’or consacre des craintes par rapport à la monnaie électronique, c’est-à-dire aux risques bancaires systémiques, et à l’inflation. Des pressions inflationnistes pourraient, en effet, être entraînées par les liquidités injectées dans le système bancaire et les déficits publics créés par les plans de relance. Dans cette perspective, l’or constitue un refuge naturel contre l’érosion monétaire

Ce fut le cas au cours des grandes crises monétaires, telles celle des assignats français de la Révolution française et de l’hyperinflation qui a traversé l’Allemagne de l’entre-deux guerres. Au reste, les systèmes monétaires les plus stables et pérennes furent, pendant très longtemps, les monnaies convertissables en or, tel le franc-or (ou franc germinal), créé en 1803 et qui subsista jusqu’en 1928. Le système de Bretton Woods, imaginé en 1944, postulait également la convertibilité des principales devises en or jusqu’à son abandon par le Président américain Nixon en 1971. En 1976, les accords de Kingston, à la Jamaïque, confirmèrent l’abandon du rôle légal international de l’or. 

Faut-il regretter ces temps anciens de la monnaie métallique et des références aurifères de nos monnaies ? Probablement pas, encore que quelques théoriciens associent le dérapage financier de nos économies à l’émergence d’une bulle de monnaie électronique. 

En vérité, la référence à l’étalon or constitue un frein à la croissance, puisque la masse monétaire est bornée par les ressources minières. Celles-ci limitent les volumes de commerce aux capacités d’extraction. Progressivement, le crédit fut d’ailleurs dissocié d’un stock métallique et la monnaie crée sur base d’inscriptions en compte. Désormais, ce sont les banques qui injectent des liquidités et l’or est devenu ce que Keynes appelait une « relique barbare ». 

Mais, ce qui est troublant, c’est qu’au cours de l’histoire, l’or fut un refuge métallique autant pour les épargnants que pour les institutions chargées d’assurer la confiance monétaire. En d’autres termes, les États tirèrent parfois eux-mêmes grand profit de l’étalon or, et ceci au détriment de leurs propres citoyens

L’histoire de la finance abonde d’illustrations d’États faux-monnayeurs, raison pour laquelle le privilège de battre monnaie était réservé aux Rois. A Athènes, par exemple, la valeur faciale des pièces de monnaie était supérieure à leur coût de production. Le Roi de Lydie (territoire situé à l’ouest de la Turquie), Crésus (596 à 547 AC), avait mis en circulation des pièces de monnaie contenant seulement 54 % d’or et non les 70 % promis. Plus tard, au Moyen-âge, Philippe le Bel (1268-1314) fut sans doute un des plus célèbres escrocs de la famille capétienne. Traité de faux-monnayeur par le Pape Boniface VIII, il changeait les parités monétaires au gré de ses besoins personnels. Le Roi modifia même la composition des pièces d’argent, remplaçant le précieux métal par du billon (ou argent noir), un mélange d’argent, de cuivre et de plomb. Le souverain dut d’ailleurs faire face à de sévères rebellions qu’il réprima férocement. Acculé financièrement, Philippe le Bel obtint l’accord du Pape Clément V pour déclarer hérétiques les Templiers afin de s’emparer de leurs biens. 

Huit siècles plus tard, on cherche toujours le trésor des Templiers. Par contre, toutes les communautés gardent les mêmes réflexes en cas de perte de confiance, se précipitant vers les repères métalliques lorsque les jalons monétaires deviennent flous. A l’aune des leçons de l’histoire, le sauvetage bancaire, tel qu’effectué par les pouvoirs publics, s’avère être une démarche optimale. Mais les injections de liquidité, plans de relance et déficit budgétaire auront un prix, un jour. C’est sans doute ce qui explique le réflexe aurifère.

source et remerciements : Le Blog de Bruno Colmant 

 

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