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Risque Nucléaire : Le très lourd passé nucléaire de Fukushima

Risque Nucléaire : Le très lourd passé nucléaire de Fukushima

Les problèmes de la centrale atomique japonaise étaient déjà connus

 

Après les accusations, les faits. Publiés depuis le début de la semaine par la presse japonaise, plusieurs rapports officiels démontrent que la centrale de Fukushima Daiichi (n° 1) a connu dans le passé une longue liste d’avaries

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La direction de Tepco – la compagnie propriétaire du site – y a notamment procédé à des manipulations problématiques d’uranium, vidant par exemple le réacteur 4 (en maintenance lors du séisme) pour déplacer l’ensemble du «carburant» nucléaire dans les piscines d’ordinaire réservées au stockage des déchets. Des piscines que le tremblement de terre puis le tsunami du 11 mars ont soudainement privées d’alimentation, en raison de la destruction des batteries de secours installées en bord de mer et emportées par les flots. 

Preuves accablantes

 «La preuve est faite que cette centrale était l’une des plus dangereuses de l’Archipel», a admis mercredi dans les médias le porte-parole de l’Organisation japonaise pour la sûreté nucléaire, un bureau d’études gouvernemental chargé de coordonner les inspections dans les centrales. Ces révélations accablantes interviennent alors que la journée d’hier a été dominée par la découverte de traces de radioactivité dans l’eau à Tokyo – conduisant à l’interdiction de l’utiliser pour les bébés – et par l’apparition d’une nouvelle fumée noire au-dessus du réacteur 3 de Fukushima Daiichi. Des taux de radioactivité anormalement élevés ont en outre conduit les autorités à interdire la consommation de légumes et de lait en provenance des préfectures de Fukushima ou d’Ibaraki, faisant planer le spectre d’une contamination de la chaîne alimentaire. 

Presque toutes ces révélations convergent sur un point: la responsabilité de Tepco qui, depuis des années, a tout fait pour maintenir en vie les réacteurs de Fukushima Daiichi, opérationnels depuis les années 1970. «Nous avons multiplié les réparations afin d’améliorer les performances de cette centrale. Mais, en réalité, cela s’est avéré assez délicat», a reconnu Takeshi Makigami, responsable de la supervision des équipements nucléaires à Tepco. Les documents déclassifiés montrent que l’installation accidentée a connu plus d’une quinzaine de problèmes depuis 2005, soit le record de toutes les centrales de l’Archipel. Une forte pression dans le réacteur 1, à la suite d’un problème de valve, avait déjà entraîné une dangereuse émission de vapeur en février 2009. 

Ces incidents à répétition ne sont pas la cause de la panne du système de refroidissement qui plonge depuis deux semaines le Japon dans l’angoisse. Mais ils confortent l’opinion japonaise dans la conviction que Tepco devra subir une restructuration radicale, une fois que Fukushima 1 sera sous contrôle. L’une des options évoquées est l’éclatement de ce géant électrique, en charge d’approvisionner la capitale et le nord de l’île de Honshu, en plusieurs entités, afin de responsabiliser celles-ci et d’impliquer davantage les autorités locales. Tepco risque aussi de faire face, une fois tournée la page de Fukushima, à des problèmes sérieux de ressources humaines. Selon les rapports, ses employés ont été, de très loin, les plus exposés aux radiations durant cette dernière décennie.

Par Richard Werly, de retour de Tokyo/le temps

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