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Risque Nucléaire/Japon : L’illisibité écologique et économique du Japon

Risque Nucléaire/Japon : L’illisibité écologique et économique  du Japon

AU FIL DU TEMPS

Tepco révèle que le contenu du cœur du réacteur du bâtiment 1 aurait fondu immédiatement après le tsunami du 11 mars. Le processus a commencé seulement 4h30 après l’arrêt du système de refroidissement, poussant la température à plus de 2800 degrés. Un jour plus tard, presque tout le combustible nucléaire avait fondu et s’est retrouvé au fond de la cuve. Cette information arrive plus de deux mois après le début de cette catastrophe.

PLUS DE RISQUE EN SUIVANT :

Tepco va proposer une nouvelle alternative afin de refroidir ce réacteur. Tepco va également vérifier les réacteurs 2 et 3 qui pourraient avoir subi le même sort. De son côté le bâtiment du réacteur 4 s’enfonce de plus en plus et penche dangereusement, à cause des quantités énormes d’eau qui sont injectées dans ce bâtiment. Tepco désire réduire cette masse d’eau injectée tout en maintenant une température adéquate pour les crayons nucléaires qui reposent au fond de la piscine.

Le niveau de la radioactivité autour des réacteurs 2 et 3 ainsi que dans le Pacifique est en forte augmentation, tant au niveau du césium que de l’Iode.

La quantité d’eau hautement radioactive ne cesse d’augmenter et de s’accumuler dans le sous-sol du réacteur 3. A la différence des 5 autres réacteurs de Fukushima, le numéro 3 utilise du combustible MOX qui contient du plutonium. A ce titre, ce bâtiment doit être considéré avec une grande attention, tout comme son eau qui s’échappe directement dans le Pacifique. On comprend pourquoi Tepco cherche un moyen pour pomper et stocker les 4 millions de litres de ce liquide potentiellement mortel. Mais l’historique de ces dernières semaines montre que l’eau hautement irradiée termine très souvent sa course dans la mer, faute de savoir comment traiter cette montagne de déchets.

Les deux avantages pour Tepco? A) Celal permet de diluer cette pollution dans l’étendue du Pacifique et donc de minimiser la pollution. B) Tout ce qui est dans la mer sort de sa responsabilité et passe dans l’escarcelle du gouvernement.

 Puisque nous parlons d’espace de stockage, Tepco a fait venir sur le site une énorme barge-citerne d’une capacité de 10 millions de litres afin de récolter l’eau hautement radioactive des réacteurs 1 et 3. Cette méga-barge devrait être remplie en seulement quelques jours. Le lieu du déversement de cette eau n’est pas connu, mais il ne fera pas bon être dans les parages. 

A grand renfort de communication, Greenpeace prend des mesures de la contamination de la mer dans la région de Fukushima. Bien que Greenpeace annonce des taux élevés, l’association n’a toujours pas dévoilé la moindre mesure et le moindre chiffre. Nous voulons bien tirer les oreilles de Tepco quand la blague est trop grande. Nous faisons la même chose avec Greenpeace aujourd’hui. Nous leur avons demandé des chiffres. A suivre…

Tepco annonce qu’en plus du réacteur 1, les coeurs des réacteurs 2 et 3 ont également fondu. Du coup, l’opérateur de la centrale doit réviser ses plans pour reprendre le contrôle de la centrale de Fukushima. La stratégie originelle était de refroidir les réacteurs en les arrosant continuellement avec le l’eau. 

Afin de diminuer la quantité d’eau qui est relâchée dans l’océan, Tepco va tenter de refroidir les réacteurs en pompant l’eau de la partie inférieure des enceintes de confinement. Cette eau sera refroidie par des échangeurs de chaleur, puis réinjectée dans les réacteurs. Une sorte de circuit fermé. En dépit de la révision de ses plans, Tepco espère s’en tenir à son calendrier et parvenir à un refroidissement stable d’ici juillet 2011 et à une mise à l’arrêt à froid des réacteurs entre octobre 2011 et janvier 2012

La télévision japonaise a diffusé un clip de 13 minutes d’une vidéo prise de l’intérieur de la centrale de Fukushima. Nous pouvons y voir les dégâts dans les bâtiments ainsi que le travail des liquidateurs: saisissant et effrayant à la fois.

Le vice-président de Tepco, M. Sakae Muto, a annoncé qu’actuellement il était impossible pour des hommes d’entrer dans les bâtiments des réacteurs 2 et 3 à cause du niveau élevé de radiation. L’entreprise ne peut donc pas évaluer les dégâts et la situation exactes des réacteurs

Quand ce n’est pas un, c’est l’autre. Aujourd’hui, c’est le réacteur 3 qui cause des maux de tête aux dirigeants de Tepco. Le niveau des radiations est en forte hausse et les quantités de césium 134 dépassent de 32’000 fois les limites légales. Cependant, nous pouvons voir dans cette annonce une évolution intéressante. Il y a un mois, l’opérateur aurait souligné que malgré ce degré de contamination, les risques sur la santé étaient négligeables. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. C’est merveilleux de voir la rapidité des progrès de la médecine

Dans les bonnes nouvelles, Tepco va tenter d’installer un nouveau système de refroidissement. C’est le réacteur 2 qui a été choisi pour débuter ce test. Mais le chemin est encore long. Hier, 4 employés avaient pénétré pour la première fois dans ce bâtiment. A cause du niveau de radiations, ils avaient pu y rester 14 minutes. Le niveau d’humidité à l’intérieur du bâtiment dépasse les 90%, ce qui ne facilite pas les opérations.

Dans la préfecture de Miyagi, voisine de Fukushima, des quantités élevées de contaminations ont été mesurées dans l’herbe. Le gouvernement a demandé aux 6000 paysans de ne plus nourrir leurs bétails avec du fourrage de la région.

Nous entrons dans la 11e semaine de cette catastrophe. Des traces, 100 fois supérieures à la moyenne, de césium 134 et 137 ainsi que de l’ iode radioactif ont été relevés dans la ville d’Osaka.

Pour la première fois, 2 employés sont entrés dans le bâtiment numéro 3. En dix minutes, ces deux compagnons d’infortune ont atteint leur niveau annuel de contamination. En effet, le niveau de radiation est de 1,5 million de millisieverts par an. L’opérateur va devoir faire baisser ce niveau s’il entend pouvoir y faire travailler des hommes.

Dans le réacteur 2, la visite effectuée mercredi par 4 employés montre un taux de 500’000 millisieverts par an, de quoi obtenir votre dose annuelle en moins de 15 minutes. Le taux d’humidité y est également très élevé (90%). Ces deux facteurs empêchent tout travail dans ce réacteur. Tepco va devoir aérer ce réacteur pour permettre à des humains d’y pénétrer. Des trois réacteurs, celui-ci semble le plus accueillant et un bon point de départ.

Tepco a annoncé une perte de 14,7 milliards de dollars pour son dernier exercice comptable et le président Masataka Shimizu a annoncé sa démission. L’entreprise va également changer son management qui montre jour après jour son incapacité à gérer cette catastrophe. Ce n’est pas étonnant car Tepco a une longue tradition de copinage et de promotions politiques. Ne vous en offusquez pas, c’est pareil en Suisse ou en France. Le domaine de l’énergie électrique est une grande famille

 Les liens

EN COMPLEMENT : L’illisibité économique du Japon

catastrophes. L’économie ne devrait se redresser qu’après les mois d’octobre à décembre Grâce notamment au secteur de la construction.

Plusieurs géants de l’industrie japonaise se disent aujourd’hui incapables d’établir des prévisions pour les mois à venir, après le séisme et le tsunami du 11 mars qui ont donné un brutal coup d’arrêt au dynamisme économique.

«Bien que le tremblement de terre soit survenu à la fin du trimestre de janvier à mars, la contraction de l’activité après le séisme sera suffisamment forte pour rejaillir sur l’évolution du produit intérieur brut (PIB) de cette période», estime Ryutaro Kono, chef économiste pour le Japon chez BNP Paribas.

Au dernier trimestre 2010, le PIB de la troisième puissance économique mondiale avait déjà reculé de 1,3%, en raison notamment de la hausse du yen et de l’arrêt d’une subvention à l’achat de véhicules écologiques qui avait dopé les affaires dans les mois précédents.

En mars, la production industrielle et la consommation se sont effondrées après la catastrophe qui a dévasté le nord-est de l’archipel, désorganisé l’activité économique et plongé la population dans l’angoisse, comme l’a montré la chute record de l’indice de confiance des consommateurs dans les semaines suivantes.

Les pertes exceptionnelles essuyées par les entreprises en raison du tremblement de terre et du raz de marée sont estimées à 2000 milliards de yens (17,26 milliards d’euros), selon le grand quotidien économique japonais Nikkei.

L’impact sera durable et se fera sentir jusqu’au troisième trimestre au moins, selon les économistes.

«Les résultats des entreprises pâtiront (de la catastrophe) jusqu’à la période de juillet à septembre», estime Hiroshi Watanabe, économiste à l’Institut de recherche Daiwa.

Selon lui, «l’économie ne se redressera qu’après les mois d’octobre à décembre, grâce au secteur de la construction» et à un retour à la normale des livraisons de pièces détachées».

Plusieurs fabricants de composants et matériaux essentiels possèdent des installations dans le nord-est du pays, la région dévastée par le tremblement de terre de magnitude 9 et la vague géante qui l’a suivi.

Les dégâts directs, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, le rationnement de l’essence ou encore les problèmes d’électricité ont obligé nombre d’entreprises, telles que Sony ou Toyota, à fermer temporairement leurs usines ou à ralentir leurs lignes de production.

La situation n’est pas encore rétablie et les autorités vont imposer aux firmes comme aux particuliers de réduire leur consommation électrique de 15% cet été à cause d’une capacité électrique mise à mal, un frein aux conséquences difficiles à évaluer.

Tokyo Electric Power (Tepco), qui distribue l’électricité du Kanto, le poumon économique de l’archipel comprenant la mégapole de Tokyo et ses 35 millions d’habitants, s’efforce de venir à bout de l’accident nucléaire dans sa centrale de Fuskushima.

Au total, 14 réacteurs alimentant habituellement Tepco sont arrêtés, sans compte ceux de la compagnie qui dessert le nord. Qui plus est, le Premier ministre Naoto Kan a également exigé l’arrêt d’une autre centrale, celle de Hamaoka, dans le centre du pays.

A cause de ces perturbations, plusieurs grands groupes ont renoncé à donner des prévisions pour les prochains mois.

Toyota a indiqué la semaine dernière que sa production, entravée par le séisme, augmenterait peu à peu à partir de juin. Le retour des cadences à 100% ne se fera qu’en novembre ou décembre.

L’incertitude planant sur ses affaires l’empêche d’établir toute prévision financière, a-t-il ajouté. Même son de cloche chez Honda et Nissan, confrontés eux aussi à une pénurie de pièces détachées, ou chez les groupes d’électronique.

«Les constructeurs automobiles japonais vont peut-être plonger dans le rouge au premier trimestre» de l’année budgétaire en cours (avril-juin), «mais ils devraient se redresser nettement d’ici la fin de l’exercice», prévoit cependant l’analyste Mamoru Kato.

Tokyo n’abandonnera pas le nucléaire

Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a assuré que son pays continuera d’utiliser l’énergie nucléaire, malgré la catastrophe au sein de la centrale de Fukushima, plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl il y a 25 ans.

«Nous continuerons d’utiliser l’énergie nucléaire», a déclaré le Premier ministre lors d’une conférence de presse, ajoutant que cet usage devait s’accompagner de mesures de sécurité renforcées.

«Tout d’abord, une révision exhaustive (de l’utilisation de l’énergie nucléaire) est nécessaire. Tout doit partir de là», a ajouté le chef du gouvernement.

Les réacteurs arrêtés pour révision pourront recommencer à fonctionner dès qu’ils seront déclarés sûrs, a-t-il précisé.

«Je pense que nous permettrons à ceux équipés de mesures de sécurité d’urgence de reprendre leurs opérations», a-t-il dit.

La question d’un éventuel abandon de l’énergie nucléaire n’est pas aujourd’hui ouvertement débattue sur la scène politique japonaise.

M. Kan a cependant précisé que le Japon devait désormais revoir les fondements de sa politique énergétique à long terme.

Situé au confluent de quatre plaques tectoniques, le Japon subit plus de 20% des secousses les plus violentes recensées sur Terre.

Le 11 mars, un séisme de magnitude 9 et un tsunami géant ont dévasté le nord-est de l’archipel et fait plus de 25.000 morts et disparus, drame le plus meurtrier depuis le tremblement de terre de Kobe (centre-ouest) qui a tué quelque 6.400 personnes en 1995.

L’archipel comptait une cinquantaine de réacteurs nucléaires opérationnels avant le désastre du 11 mars. L’énergie atomique fournit un peu moins de 30% de l’électricité consommée dans le pays.

source agefi mai11

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Risque Nucléaire /Japon : Nouveau tremblement de terre au large de Fukushima

1 réponse »

  1. « Le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a assuré que son pays continuera d’utiliser l’énergie nucléaire, malgré la catastrophe au sein de la centrale de Fukushima, plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl il y a 25 ans. »

    Je ne sais pas si ça a déjà été dit ici, mais il est bon de préciser que :

    http://cnic.jp/english/newsletter/nit113/nit113articles/nit113cost.html

    The government’s nuclear energy budget hovers around 500 billion yen ($4.5b). Private R&D investment (27 billion yen ($247m) in 2003) is well below 10% of government spending on nuclear energy, so clearly the government has provided huge subsidies to the nuclear industry. Without these subsidies, the industry wouldn’t have survived.

    http://www.no2nuclearpower.org.uk/reports/Nuclear_Subsidies.pdf

    “…EdF has accumulated over 80 tons of plutonium, and vast quantities of nuclear waste at the reprocessing plant at La Hague. So it is now confronted with huge liabilities, but insufficient funds to cover them.
    The Court of Accounts estimated France’s nuclear liabilities at Eur 71-billion, with Eur 48-billion of that belonging to EdF […] the cost of a potential deep disposal facility for nuclear waste could be between 40% and 230% higher than allowed for by EdF, according to radioactive waste management agency Andra. (35). It appears, therefore, that EdF currently plans to fund only around half of France’s nuclear liabilities.”

    “Before 1973, OECD governments spent over $150 billion (adjusted to current costs) in researching and developing nuclear energy, and practically nothing on renewable energy.
    Between 1974 and 1992, $168 billion was spent on nuclear energy and only $22 billion on renewables. The European Union’s extravagant nuclear promotion efforts are not even included in this calculation. French statistics are still being kept secret. The total state support amounts to at least a trillion dollars, with mammoth assistance provided to market creation and to incentives for non-OECD countries, above all the former Soviet block. Only $50 billion has been spent on renewable energy”.

    Il est clair que le gouvernement porte une responsabilité bien plus grande ici que le privé. Il est peu probable que le nucléaire passe le test du marché sans subventions. A quoi ressemblerait alors un vrai marché ? Je l’ignore, mais ça ne ressemblerait certainement pas à ça.
    Tokio ne souhaite pas abandonner le nucléaire. Est-ce la bonne décision ?

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