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Un an avant par Nicolas Baverez

Un an avant par Nicolas Baverez

L’élection de 2012 prend place à un moment décisif. Surle plan mondial, les révolutions du monde arabo-musulman et la mort d’Oussama ben Laden concluent le cycle historique ouvert par les attentats du 11 septembre, sans enrayer le recul de l’Occident né du grand basculement du capitalisme vers les pays émergents. L’Europe, enfermée dans la crise financière et minée par la divergence de ses économies, est menacée de relégation. Enfin, la France est confrontée à une heure de vérité. Soit elle parvient à libéraliser ses institutions autoritaires et sa régulation étatique, à convertir son modèle de développement tiré par une consommation financée par la dette publique, à briser la spirale du chômage de masse, à réunifier une nation éclatée. Soit elle deviendra une grosse Grèce, promise à un choc économique et financier majeur. De cet enjeu les Français ont clairement conscience. Leur pessimisme s’explique par la compréhension du déclassement du pays et de la profondeur d’une crise qui dure depuis les années 70, cumulée avec l’absence d’issue crédible en raison de la panne des moteurs du changement que furent l’Etat et l’Europe.

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Rarement élection présidentielle aura porté une telle charge historique. Rarement aussi campagne aura débuté aussi tôt et aussi bas. Il est affligeant que les partis dits de gouvernement fassent la campagne des populismes en rivalisant de démagogie. La décomposition de la vie politique accompagne celle de la nation, encourageant la multiplication anarchique des candidatures. Or les mauvais candidats chassent les bons débats, favorisant la floraison des attaques personnelles dont l’ultime avatar est à chercher dans la polémique entre la gauche Porsche et la gauche Scooter. Au lieu de défendre la mondialisation, l’Europe et la réforme, partis et candidats flattent les passions et les peurs collectives. La précaution et la protection sont mobilisées contre la société ouverte. Le marché est condamné et l’étatisme avec ses deux béquilles, les taxes et les réglementations, réhabilité comme vecteur du développement. L’Europe est vouée aux gémonies et les frontières font leur grand retour, la crise financière justifiant les attaques contre l’euro, le patriotisme économique la remise en question du grand marché, le contrôle de l’immigration la dénaturation de l’espace de Schengen. Enfin, la hantise de l’islam alimente les dérives sécuritaires, la dénonciation de l’immigration légale et la xénophobie, en parfaite contradiction tant avec les besoins économiques résultant du vieillissement démographique qu’avec le soutien de la politique étrangère aux révolutions du monde arabo-musulman.

L’inconséquence culmine avec le modèle économique et social que chacun sait insoutenable mais dont nul n’ose traiter les trois fléaux : la sous-compétitivité, le surendettement et le chômage de masse. La France est le seul des pays développés à n’avoir pas retrouvé son niveau de production d’avant la crise, tout en consommant 13 % de plus que la moyenne européenne. Or l’imagination débridée des propositions en matière de régulation et de redistribution va de pair avec un vide béant en matière de création de richesses.

Dans le domaine des finances publiques, la France devra réduire son déficit structurel de 6 à 2 % du PIB, soit 80 milliards d’euros, si elle veut échapper à une dégradation de sa dette. Or un consensus délétère s’établit autour du refus de la rigueur ou de l’austérité en vigueur partout ailleurs en Europe. La croissance reste une divine Providence censée combler les déficits et rembourser les dettes, alors qu’elle n’a cessé de diminuer depuis les années 60 pour se limiter à 1,2 % dans les années 2000. Face à un Etat promis au défaut s’il ne se réforme pas, la gauche préconise d’ajouter 25 milliards d’euros aux 56 % du PIB de dépenses publiques, tandis que la droite promet de ne pas augmenter les impôts, quand bien même la hausse de la TVA et celle de la CSG sont inéluctables. Tous mentent, les uns prétendant dépenser plus en faisant payer les riches, les autres réduire les déficits sans recourir à l’impôt. En matière de chômage, loin de faire avancer la flexisécurité qui lie la libéralisation du marché du travail à la résilience de l’emploi en cas de chocs, la gauche ressuscite les zombies de la fin du XXe siècle avec l’embauche de 100 000 fonctionnaires et la création de 300 000 emplois-jeunes, tandis que la droite invente avec la sanction des dividendes la prime contre l’emploi sur le territoire national.

Le déchaînement de la démagogie est un choix dévastateur pour le pays mais aussi un pari électoral risqué, tant les Français paraissent plus raisonnables que leurs dirigeants. Le vote extrémiste relève de l’ultime avertissement et s’accompagne d’un scepticisme salutaire sur la rupture avec le capitalisme ou la sortie de l’euro et de l’UE. Les Français attendent des solutions pour mettre fin aux échecs en chaîne de la réforme et repositionner la France dans le XXIe siècle en respectant son histoire et les valeurs de la République. Loin d’encourager la floraison des promesses et des dépenses non financées, ils demandent du sens – c’est-à-dire un projet -, du sérieux – c’est-à-dire la prise en compte de la situation réelle du pays et la définition de priorités -, enfin de la responsabilité – c’est-à-dire le respect du citoyen qui est au fondement de la démocratie. L’ascension aux extrêmes du mensonge entre une vieille gauche renouant avec l’antienne de la lutte des classes et une vieille droite autoritaire et étatiste n’a rien de fatal. Viser haut, c’est souvent viser juste. En politique aussi. En 2012 aussi.

 source le point 12 mai11

1 réponse »

  1. Certes, mais concrètement je vote pour qui ? pour vous ? vous vous présentez ? le dernier libéral est Alain Madelin, il avait fait 4% des voix ! Je ne peux même pas imprimer mon bulletin de vote « Alternative Libérale » comme dans les scrutins locaux, ils n’auront pas les 500 signatures. Tout est verrouillé.

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