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Pourquoi sont-ils si pauvres? Par Beat Kappeler

Pourquoi sont-ils si pauvres? Par Beat Kappeler

Au lieu d’empoigner leurs difficultés et de chercher un consensus, les politiciens grecs, portugais, espagnols et français cultivent une mentalité économique arriérée. Ils sont pauvres, et pas seulement financièrement.

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La pauvreté peut revêtir des formes très différentes, la pauvreté en comportements sociaux en est une. Le manque de consensus entre les partis politiques en Grèce, au Portugal et en Espagne en témoigne, ces jours-ci. Il y va de la survie ou presque de ces pays, mais le chef de l’opposition grecque signale qu’il est opposé aux mesures d’austérité qui ont été prises. Le chef du Parti communiste ne s’est même pas présenté aux négociations récentes à ce sujet. Même absence de consensus au Portugal entre le chef de l’opposition qui a de bonnes chances de gagner les élections du 5 juin et le premier ministre sortant. Les deux font croire à des variations possibles à apporter aux plans d’économie. En Espagne, les nouveaux gouvernements provinciaux, élus en opposition au parti au pouvoir, revendiqueront «le droit à l’inventaire», ils exhi­beront ces prochaines semaines les dettes mal connues, mais énormes, des provinces qui s’ajoutent à celles de la nation. L’Espagne risque de ce fait de faire un pas dramatique vers l’abîme qu’ont franchi le Portugal et la Grèce.

 On peut excuser ces comportements par le jeu de la démagogie usuelle entre les partis politiques. Mais la situation ne s’y prête guère. Et il y a des exemples lumineux de consensus dans des cas pareils. Le Canada se trouvait, au début des années 90, dans un endettement horrible. Le nouveau premier ministre, Jean Chrétien, a réuni en 1994 les groupes d’intérêt opposés devant des caméras de télévision pour négocier les concessions à faire. Ils ne pouvaient pas mener un double langage, en «off» et en «on» devant la presse. Le budget du Canada rentra dans l’équilibre, et peu après dans des excédents fracassants. En Suède, au milieu des années 90 également, le budget était en désarroi, les banques en faillite, le capital fuyait le pays. Les conservateurs gagnaient les élections, mais le Parti socialiste vaincu signait une promesse écrite selon laquelle il mènerait à bien toutes les mesures si jamais il retournait au pouvoir. Suite à cela les capitaux sont pratiquement rentrés le lendemain, la crise était maîtrisée, et aujourd’hui la Suède pratique des excédents budgétaires importants, son économie croît vite et elle dépasse la Suisse dans les palmarès de compétitivité. Et d’autant plus le Portugal et la Grèce.

 La pauvreté réside donc non pas dans une pénurie d’argent, mais dans les comportements et dans les rituels du pouvoir. Elle réside aussi dans les têtes.

Le discours des syndicats et d’une partie importante de la gauche dans les pays de l’Europe du Sud, dont la France, est empreint des dichotomies «capital-travail», «riches-pauvres», «coupables-victimes». Une grille de lecture qui ne permet pas d’entrer dans des nuances et des voies d’issue. Economiquement parlant, ces mentalités empêchent d’utiliser des «effets externes», de créer des «biens publics». Exemples: les syndicats devraient admettre des salaires très bas afin que les entreprises forment des apprentis ou des stagiaires, et les entreprises doivent voir qu’en formant des jeunes elles se créent mutuellement le fonds de compétences dans lequel elles puisent ensuite. Tous ces acteurs créent alors des externalités positives. Ou bien: si l’on admet des licenciements faciles, les entreprises embauchent sans hésitation. Et encore un contresens apparent: si celui-là travaille longuement, il semble enlever du travail à l’autre. Mais en abaissant les horaires et en interdisant les heures supplémentaires, on tue à la fois le pouvoir d’achat et les bénéfices des firmes, et au final le pays s’appauvrit. Si au contraire tout le monde travaille beaucoup, tout le monde a du pouvoir d’achat et les places de travail fleurissent. Comme en Suisse, où elles ont encore augmenté de 1,6% en une seule année. Les Suisses travaillent, tous habitants confondus, 1000 heures par an, les Français 538 heures. Le marché du travail flexible est un bien public que les acteurs en présence font ou défont. 

La pauvreté économique est donc dans les têtes. Les Européens du Sud souffrent d’institutions, de mentalités, de rituels arriérés. Ils sont pauvres.

 source le temps mai11

1 réponse »

  1. Analyse intéressante. La démagogie des politiques est un problème grave pour les pays en proie à la crise de la dette. La situation est grave et nécessiterait une union sacrée autour de la rigueur budgétaire et de la baisse du poids de l’Etat dans l’économie.

    Il n’y a pas de plan B, on paie toujours tôt ou tard ses dettes.

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