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Gaz de schiste: ange et démon

D’ici à 2050, le gaz naturel sera la principale énergie de transition

 La bonne nouvelle: il est abondant et les nouvelles techniques d’exploration permettent de valoriser d’importantes quantités piégées dans les roches (gaz de schiste), y compris sous les pieds des Helvètes. Les gaz non conventionnels, qui bénéficient de rabais fiscaux promotionnels et de décrets environnementaux permissifs aux Etats-Unis, modifient profondément la donne énergétique. Ainsi, en 2010, les Etats-Unis sont redevenus le premier producteur mondial de gaz. En Europe, le potentiel est comparable, énorme même si l’on en croit les études géologiques qui se multiplient et l’enthousiasme de la Pologne et de l’Ukraine qui rêvent depuis si longtemps de pouvoir s’affranchir de la dépendance russe.

La mauvaise nouvelle: l’exploitation de ces gaz diffus est polluante, nécessite d’énormes quantités d’eau et de solvants chimiques dont on mesure encore mal les effets à très long terme.

PLUS/MOINS DE GAZ DE SCHISTE EN SUIVANT :

Combinée aux émissions de gaz à effet de serre, la logique productiviste repousse des limites physiques que l’on sait dangereuses pour l’environnement et le climat. Les gaz de schiste et leur extraction sont les anges et les démons modernes d’une exploration d’hydrocarbures qui souille les mers profondes, saccage les forêts vierges et détruit la toundra du Grand Nord dans un silence si assourdissant qui nous rend tous, à des degrés divers, complices.

Inverser la logique qui nous pousse à extraire les derniers barils de pétrole n’a rien d’une utopie. Les solutions existent. La première d’entre elles consiste à investir dans les économies d’énergie et à mettre fin aux subventions massives qui encouragent le gaspillage. La plus rentable des énergies est celle que l’on ne consomme pas, comme viennent de le rappeler l’Agence internationale de l’énergie et les experts mandatés par le GIEC. Selon ces études, l’humanité peut réduire sa consommation d’énergie fossile de moitié d’ici au milieu du siècle, sans mettre en péril le développement, à condition de récompenser la frugalité et d’opérer un virage résolu vers les énergies vertes dont le potentiel de production peut être considéré comme illimité aux dires des scientifiques. La seule limitation est économique et temporelle: le gaz peut assurer une transition raisonnable mais elle n’est pas la solution miracle. Au mieux, elle nous donne un peu de temps pour réagir et repousser le spectre de la pénurie 

Par  Pierre Veya/le temps mai11

EN COMPLEMENT : Ruée sur les gaz de schiste par Pierre-Alexandre Sallier

Marginales il y a six ans, ces zones rocheuses génèrent le quart du gaz américain. Ces forages nécessitent l’injection de milliards de litres d’additifs chimiques. Vague de contestation de l’Ardèche au Québec

«Il y a deux mois, le bruit a couru que des foreuses remontaient de Sète; un soir, deux camions sont arrivés pour enfoncer des micropieux… Au matin, des centaines d’habitants entouraient leurs chauffeurs, menaçants», se souvient Guillaume Vermorel, enseignant à l’origine de la mobilisation de Villeneuve-de-Berg, un village d’Ardèche méridionale. Ces camions ne venaient finalement que pour une ligne téléphonique. Mais l’opposition de toute la région aux forages de la société texane Schuepbach – prête à sonder la «roche gazeuse» située 2500 mètres sous le village – n’en a pas moins conduit les parlementaires français à interdire, la semaine dernière, les méthodes de forage permettant l’exploitation de ce gaz. Une volte-face – les permis d’exploration avaient été accordés il y a un an – qui fait écho au moratoire décrété en Afrique du Sud. Ou à une condamnation par les autorités environnementales québécoises qui pourrait déboucher sur une décision similaire. «Not in my backyard» disent les Anglo-Saxons. Ne suscitant guère de mobilisation lorsqu’elle fait du delta du Niger un cloaque, l’extraction d’hydrocarbures devient hérétique lorsqu’elle est envisagée dans les jardins de l’Occident.

Cette opposition symbolise le paradoxe auquel est soumise une planète peinant à satisfaire sa boulimie énergétique; et qui, après Fukushima, voudrait pourtant sortir du nucléaire. Mais hésite sur une source de gaz non conventionnel qui, en six ans seulement, a bouleversé la donne aux Etats-Unis. Les schistes y assurent désormais 23% de la production gazière annuelle. D’ici à 2035, ces mêmes «shale gas» pourraient représenter «46% de la production», espère l’administration américaine; les volumes identifiés dans ces formations s’étendant sur des centaines de kilomètres ayant encore doublé en un an.

Ce qui est vrai pour l’Amérique le serait pour la planète: fin avril, une étude du Département de l’énergie portant sur quarante-huit bassins de schiste a identifié des ressources gazières permettant d’accroître de 40% celles jusqu’ici identifiées. En Europe, les richesses de la Pologne – obnubilé par sa dépendance envers la Russie, le pays entame les forages – étaient connues. La richesse du sous-sol français surprend: si le quart des ressources sous le Bassin parisien ou les Cévennes s’avéraient exploitables, celles-ci permettraient d’approvisionner durant vingt-cinq ans un pays qui importe 98% de son gaz.

Répondant à l’obsession de sécurité énergétique des pays industrialisés, cette richesse est cependant ­remise en question depuis les révélations du documentaire Gasland sur les dangers de la «fracturation hydraulique». Cette technique consiste à injecter – par plusieurs kilomètres de fond et à la pression d’un nettoyeur Kärcher – de l’eau mélangée à du sable et des produits chimiques. Afin de faire exploser les formations de schiste. Et d’en libérer le gaz.

Premier problème, ce «fracking» nécessite énormément d’eau: 10 000 à 15 000 mètres cubes par forage, selon l’Institut français du pétrole. Les 35 000 puits de gaz de schiste en activité aux Etats-Unis auraient donc avalé en eau l’équivalent de ce que la Suisse consomme en un an. Deuxième producteur américain de gaz, la société Chesapeake relativise ces besoins, expliquant que l’eau aspirée par chacun de ses puits texans correspond «à la culture de trois hectares de blé».

Autre problème, cette eau est coupée avec un cocktail relevant du secret industriel. Le mois dernier une commission parlementaire américaine révélait que l’équivalent d’un millier de piscines olympiques de produits chimiques a été déversé dans le sous-sol américain entre 2005 et 2009. Les plus utilisés? L’isopropanol, un puissant dissolvant. Le glycol, un antigel. Ou un solvant bon marché, normalement intégré aux peintures: le butoxyethanol, dont l’équivalent d’un an de production par la chimie européenne a été injecté. Cette utilisation a été facilitée par un amendement apporté en 2005 aux textes régissant la protection des aquifères, connu sous le nom d’«exception Halliburton» en référence à la société spécialisée dans ces forages, proche du vice-président de l’époque, Dick Cheney.

La récente fuite de dizaines de milliers de litres d’un forage sur l’immense zone de Marcellus, en Pennsylvanie, a rappelé que le principal défi reste le retraitement de ces boues toxiques, dont le tiers remonte à la surface. Faisant écho aux images chocs de Gasland – de l’eau du robinet prenant feu – une étude de l’Université de Duke démontre «la contamination systématique en méthane» des puits d’eau potable situés à moins d’un kilomètre des sites d’«hydrofracturation» américains.

Ces risques environnementaux pèsent d’autant plus dans la balance que «les spécialistes n’arrivent pas à s’entendre sur la part des ressources emprisonnées dans les schistes qui pourra effectivement être exploitée», prévient Anne-Sophie Corbeau, experte au sein de l’Agence internationale de l’énergie. Marco Boeri, spécialiste de la banque BNP Paribas, rappelle qu’en Europe les schistes «n’arrêteront pas les importations de gaz russe de sitôt»: les 60 à 70 milliards de mètres cubes que produira – au mieux – la Pologne d’ici à une décennie, ne représenteront qu’un dixième des besoins européens.

Et cela fait des années que le géologue indépendant Arthur Berman assure qu’aux Etats-Unis, seulement le dixième du gaz piégé dans chaque bassin pourrait être récupérable: l’ensemble de ces ressources seraient, selon lui, épuisées en sept ans. Et non en un siècle comme l’espère l’administration Obama. Arthur Berman estime qu’une véritable bulle spéculative s’est formée dans un secteur menacé par l’effondrement de la valeur d’un gaz soudain surabondant. Inconnues il y a dix ans des compagnies comme Chesapeake, EOG ou SandRidge ont déjà revendu plusieurs champs gaziers pour réinvestir les milliards de dollars obtenus dans la chasse au… pétrole de schiste. La raison? En Californie, le prix du baril de mazout dépasse 130 dollars, cinq fois plus que le gaz. Retour à la case départ. Car la facture environnementale liée à la dissolution de ce pétrole poisseux, par 3 kilomètres de fond, apparaît encore plus élevée.

Une vieille conquête…

Connue depuis le XIXe siècle, la présence de butane, propane ou méthane piégés dans des dépôts sédimentaires argileux – par 1000 à 4000 mètres de fond – a suscité des tentatives d’exploitation commerciale par le gouvernement américain dès les années 70

 Mais c’est le milliardaire George Mitchell qui parviendra, à la fin des années 90, à combiner les techniques pétrolières les plus avancées – forages horizontaux, sismologie 3D, «fracturation hydraulique» – pour exploiter les schistes de Barnett. Ce champ texan fournit aujourd’hui 5% du gaz américain. Cette percée allait déclencher une ruée gazière en Oklahoma, puis en Arkansas et en Pennsylvanie. Fayetteville, Haynesville, Woodford, Eagle Ford et Marcellus devinrent le nom de la nouvelle richesse américaine

EN LIENS :

Le refus du nucléaire et les schistes bouleversent le marché du gaz

Le graphique du Jour : réserves estimées de gaz de schiste par pays et ordre de grandeur

Energie : Le gaz de schiste, une alternative à étudier ?

Risques Environnementaux et Sanitaires : La fièvre du gaz de schiste gagne la France… et les Risques aussi !!!

Billet invité : Le point sur le Gaz de schiste aux Etats-Unis et au Canada par Olivia

Energie : La révolution des gaz de schistes secoue les prix jusqu’en Suisse

1 réponse »

  1. Combinée aux émissions de gaz à effet de serre, la logique productiviste repousse des limites physiques que l’on sait dangereuses pour l’environnement et le climat.

    vous en êtes certain? voir le site pensée unique… doit être composé de dangereux comploteurs voulant la mort de Gaia qui a besoin d’être protégé de ses virus humains.
    Gasfrac ? utilise la fracturation hydraulique?
    curieux cet acharnement à laisser le monde entier nous damer le pion et à solliciter même Total

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