Behaviorisme et Finance Comportementale

Qui ose critiquer la pensée dominante? Par Andreas Höfert

Qui ose critiquer la pensée dominante? Par Andreas Höfert

Les experts débattent-ils vraiment? Si l’on cherche vraiment une pensée originale et critique à l’égard des politiques menées par les banques centrales, les gouvernements et les institutions internationales, il faut se rabattre sur des penseurs hétérodoxes

L’élection française est derrière nous avec son lot de débats étranges (viande halal, permis de conduire, droit des policiers à l’autodéfense). L’élection américaine est devant nous et nous aurons sans doute droit à d’autres débats tout aussi bizarres. N’y aurait-il donc plus de débat réellement important? Et qui pour débattre de questions telles que: l’austérité ou la croissance, les conséquences à long terme d’une expansion monétaire sans précédent en temps de paix, la forme du système de change post-crise.

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Ces débats sont, à quelques rares exceptions près, laissés aux seuls experts, ou à ceux qui se prétendent tels. En France, seul François Bayrou a essayé tant bien que mal de soulever le problème de l’immense dette publique. Aux Etats-Unis, seul Ron Paul – le candidat républicain «libertarien» et, pour cette raison, souvent caricaturé – discute ouvertement du rôle de la Réserve fédérale.

Mais les experts débattent-ils vraiment? Il y a évidemment l’opposant «officiel» à la pensée dominante, le keynésien Paul Krugman. Ce Prix Nobel d’économie s’efforce, à coup d’éditoriaux dans le New York Times , de convaincre la Fed de créer encore plus de monnaie et les Européens de creuser encore plus leurs déficits. De son côté, George Soros a créé l’Institute for New Economic Thinking, dont une conférence récemment tenue à Berlin est arrivée à la conclusion que «le vieux paradigme de l’économie néoclassique est brisé». Pour le reste, le monde académique est bien silencieux.

Si l’on cherche vraiment une pensée originale et critique à l’égard des politiques menées par les banques centrales, les gouvernements et les institutions internationales, il faut se rabattre sur des penseurs hétérodoxes et hors université. Ainsi, récemment, deux personnalités fort connues dans le monde de la finance, James Grant et Robert Wenzel, ont attaqué de front la Fed.

Leur critique principale vient d’une conclusion de l’école autrichienne d’économie: à la différence des sciences dures, il n’y a pas de constante dans les sciences économiques. En conséquence, les modèles utilisés par les banques centrales et les gouvernements pour estimer les conséquences de leurs actions sont fondamentalement faux, car ils sont basés sur des constantes.

Il suffit, pour s’en convaincre, de se souvenir de ce que Ben Bernanke, le chef de la Fed et patron de plus de 700 économistes, affirmait en juin 2008: «Le risque que l’économie soit entrée dans une phase récessive s’est réduit depuis le dernier mois.» Il est toujours chef de la Fed, mais a entre-temps triplé la masse monétaire états-unienne et prétend que tout est sous contrôle.

Je n’irai pas aussi loin qu’un investisseur américain qui s’exclamait récemment sur CNBC: «Ils [les représentants de la Fed] ne savent rien, ce sont des idiots.» Mais plus de critiques et plus de débats sur ce sujet seraient bienvenus.

Andreas Höfert  Economiste en chef, UBS/le Temps mai12

4 réponses »

  1. « il faut se rabattre sur des penseurs hétérodoxes et hors université » … autrement dit sur des fondamentalistes qui prennent la peine de rejalonner le parcours avec leurs propres cailloux blancs en dehors des sentiers battus , des orniérages mimétiques tant répandus dans le monde académique …

    Pour reprendre l’excellente expression synthétique d’ A. Orléan et M. Aglietta, le « mimétisme autovalidant » a aussi trusté la réflexion académique ; qui se trouve bien en peine , exception faite de quelques « libres penseurs intra muros », de procéder au management de ses propres erreurs …

    B. Mandelbrot nous a appris que le « toit » de la déifiée courbe de Gauss était percé à quantité d’endroits ..Et que par conséquent la paisible promenade, sur des sentiers censés bien balisés par des pondérations millimétrées du risque, pouvait se révéler très rapidement une glissade irréversible vers le précipice ..

    Où trouver un ouvreur de pîste de solution structurelle dans ces circonstances diaboliques ?

    Comment récupérer la sauce infernale ?

    Bien évidemment, « plus de critiques et plus de débats sur ce sujet seraient bienvenus » .

    Mais il faut structurer solidement et « sécuriser » chaque pas de cette pensée novatrice .

    Nous baignons dans une sophistication au sens premier et au sens dérivé du terme .

    Au sens premier : ce que l’économie dénomme « équilibre » est en réalité une vue de l’esprit, un point de fuite en raison du sophisme issu de la non-homogénéité du temps monétaire (la « bulle du temps » monétaire et son univers en expansion, menant à une exponentielle de la relativisation de la valeur).

    Au sens dérivé : puisque ce premier sophisme n’est pas pris en compte (vaste chantier s’il en est), notamment dans les modèles auxquels A. Hofert fait référence, les discours complémentaires qui s’y raccrochent deviennent des élucubrations « fantaisistes ».(le terme est faible vu les drames qui en dérivent).

    Pouvons-nous nous extraire de ces sophismes dans les circonstances présentes ?

    Ce n’est sans doute pas vraiment impossible …

    Mais la scène décisionnelle paraît bien vide au regard des exigences analytiques que présuppose une réelle solution structurelle… Or, il y a urgence, extrême urgence …

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    • Très bon commentaire, je remarque la référence à André Orléan et à Michel Aglietta qui travaillent sur « l’économie réelle » depuis des années avec des méthodes fort intéressantes et innovantes (économie des conventions, régulation).

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  2. Effectivement une critique solide, argumentée et largement appuyée sur des considérations qui ne font pas litière de l’action humaine (individualisme méthodologique), qui ne se fait pas sur l’instant mais se développe depuis plus de deux siècles (on peut même y trouver une origine dans l’école de salamanque, soit quatre siècles), qui tient compte de l’expérience est possible. Non seulement elle est possible mais elle existe: pour l’économie c’est l’école autrichienne. Il est vrai que cette critique n’est pas répercutée par les médias ce qui peut laisser croire qu’il existe une pensée unique en matière d’économie, la raison en est qu’aucun grand argentier dans le monde, qu’aucun politique, qu’aucun universitaire médiatisé (ne parlons pas des journalistes prétendument économiques, qui n’économisent que la pensée et la documentation), ne connait ou ne veut connaitre cette alternative: elle va trop en sens contraire des politiques qui ont été menées depuis la fin de la seconde guerre mondiale (ou peut être même depuis la fin de la première).

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