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La monnaie et la Réforme Par Bruno Colmant

La monnaie et la Réforme Par Bruno Colmant

Il est un facteur qui, au cours des siècles passés, semble avoir été corrélé avec l’évolution de nos communautés.

Ce facteur, intimement lié au phénomène monétaire, est la transformation de l’empreinte ecclésiastique dans nos communautés ou, plus exactement, une meilleure délimitation de son influence sur les choses temporelles et spirituelles.

Parmi les nombreux facteurs qui affectent nos modèles économiques, le facteur religieux, issu de la rupture confessionnelle du XVIe siècle entre les catholiques et les protestants, a pu exercer un rôle en arrière-plan des vecteurs de développement.

Un filigrane religieux, ou plutôt une prédisposition mentale découlant de l’organisation cléricale et de la pratique religieuse, relayée dans l’organisation économique, aurait agi comme un facteur discriminant des communautés anglo-saxonnes et latines (ou romaines).

Alors que l’économie de marché fut, dans un premier temps, réfutée par le clergé catholique, les communautés anglo-saxonnes et protestantes intégrèrent le facteur religieux au modèle économique en lui permettant d’épouser les faits de commerce.

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Les communautés protestantes – et surtout calvinistes -, débarrassées du blâme moral associé au commerce, auraient contribué à féconder l’économie de marché. On décèle que la capacité d’adaptation économique des communautés protestantes est, entre autres, liée à leur polycentrisme organisationnel, leur éparpillement clérical et leur congrégationalisme, particulièrement présent dans les communautés baptistes américaines. Même si la Réforme poursuivait essentiellement des buts spirituels, son rigorisme moral aurait donc responsabilisé l’individu et favorisé une logique de réinvestissement des richesses accumulées. Les communautés protestantes se seraient ainsi dégagées de la culpabilité de l’accroissement du capital.

Pendant longtemps, on a d’ailleurs tracé une ligne de démarcation économique entre le niveau de développement économique des communautés réformées et celui des communautés d’influence catholique.

C’est dans cette perspective qu’il faut replacer la position dogmatique défendue, des siècles durant, par le magistère de l’Eglise contre le prêt à intérêt, c’est-à-dire l’enrichissement au fil du temps : nul n’est maître du temps, excepté Dieu.

Or, c’est précisément le rapport à la monnaie, donc au temps qui discrimine les modèles économiques. Le temps, c’est de la monnaie, et l’intérêt n’est rien d’autre que le fruit du temps appliqué à la monnaie. Le modèle commerçant anglo-saxon, correspondant essentiellement aux communautés protestantes, procède de l’actualisation des bénéfices futurs, tandis que le modèle d’inspiration catholique d’Europe continentale s’est toujours montré hésitant par rapport à la capitalisation des rendements.

Dans cette perspective, la Réforme a désacralisé le temps en autorisant le prêt à intérêt. Elle a, en d’autres termes, replacé le prix de la monnaie dans une sphère « a-spirituelle ». En effet, dans les communautés anglo-saxonnes, la valeur n’est pas historique mais elle est variable puisqu’elle procède de l’actualisation des valeurs futures espérées.

L’actualisation exige la formulation d’une distribution de probabilités des valeurs associées aux différents états de la nature, dans le futur. Cette entrée dans le futur est nécessaire pour quantifier les valeurs espérées avant de rentrer dans le présent par un phénomène d’actualisation.

Au regard de la doctrine catholique, le fondement temporel de l’actualisation des sommes posa donc problème, puisque cette dernière exige une prospective des états de la nature. Le vecteur temporel fut différent dans les deux cultes : du passé attesté vers le présent dans les communautés catholiques et latines, du futur espéré et instable vers le présent dans les communautés réformées et anglo-saxonnes.

Au-delà de ses aspects théologiques ou confessionnels, ce qui divisa les catholiques et les protestants fut, en fin de compte, le rapport à l’avenir et l’esprit de confiance en l’homme. Les protestants contestèrent l’immobilisme économique (d’où la promotion de la thésaurisation), utilisé comme instrument de tutelle par le clergé catholique.

Posté le 25 décembre 2012 par Bcolmant

SOURCE ET REMERCIEMENTS LE BLOG DE BRUNO COLMANT

http://blogs.lecho.be/colmant/2012/12/la-monnaie-et-la-r%C3%A9forme.html/ 

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