B.R.I. (Banque des Règlements Internationaux)

Or : une solution à la crise bancaire Par Eric Sprott et David Baker

Or : une solution à la crise bancaire Par  Eric Sprott et David Baker

Le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire est une entité unique en son genre et quelque peu mystérieuse qui est responsable d’émettre des lignes directrices bancaires à l’intention des plus importantes institutions financières du monde. Cet organisme fait partie de la Banque des règlements internationaux (BRI) et on l’appelle souvent la « Banque centrale » des banques centrales. Depuis l’effondrement du système financier il y a quatre ans, le Comité de Bâle travaille d’arrache-pied pour établir, à l’échelle internationale, de nouveaux règlements conçus pour minimiser le risque qu’un autre écroulement financier de taille se produise. Le plus récent « cadre » du Comité, comme il l’appelle, est l’Accord de Bâle III, qui impose des règles plus rigoureuses en matière de capital, lesquelles forceront toutes les banques à plus de tripler (soit de 2 % à 7 %) le montant de fonds propres de base qu’elles détiennent afin d’éviter d’avoir besoin de plans de sauvetage subventionnés par les contribuables à l’avenir. Cette hausse semble insignifiante et, selon une étude menée par le groupe de Bâle lui-même, les 100 plus importantes banques mondiales n’auront besoin que d’environ 370 milliards d’euros de réserves additionnelles pour satisfaire aux nouvelles règles d’ici 20191. Comme on estime que les banques espagnoles à elles seules ont aujourd’hui besoin de bien plus de 100 milliards d’euros simplement pour tenir leur ratio de capital en échec, il est difficile de croire qu’une somme de 370 milliards d’euros sera suffisante pour protéger les banques « trop imposantes pour faire faillite » contre d’autres crises éventuelles; toutefois, il s’agit là d’un pas dans la bonne direction2.

Les règles en matière de capital de l’Accord de Bâle III devaient initialement entrer en vigueur le 1er janvier 2013, mais les organismes de réglementation des banques américaines ont publié un communiqué de presse le 9 novembre dernier déclarant que celles-ci ne seraient pas en mesure de respecter cette échéance, citant comme raisons l’importante quantité de lettres (c’est-à-dire de plaintes) reçues des banques participantes et la « grande diversité d’opinions exprimées pendant la période de commentaires3 ». Il a aussi été question du fait que les banques régionales américaines hésitent à adopter la nouvelle réglementation, qu’elles perçoivent comme étant excessivement compliquée et susceptible d’avoir des effets dévastateurs sur leurs résultats. La Independant Community Bankers of America a demandé qu’on accorde une exemption à l’Accord de Bâle III à toutes les banques détenant un actif de moins de 50 milliards de dollars « afin d’éviter une forte concentration de banques de plus grande taille au sein de l’industrie, laquelle viendrait entraver l’octroi de crédits aux consommateurs et aux emprunteurs commerciaux, particulièrement dans les petites communautés4 ». Comme, à long terme, la période de mise en oeuvre de toutes les mesures de l’Accord de Bâle III s’étend jusqu’en 2019, les retards rencontrés ne sont peut-être pas dignes de mention, mais ils témoignent des divergences grandissantes entre le cartel des banques américaines et celui des banques européennes concernant le cadre de l’Accord de Bâle III.

PLUS DE SPROTT EN SUIVANT :

Rappelons-nous que M. Jamie Dimon, chef de la direction de JP Morgan, a déclaré que la réglementation de l’Accord de Bâle III était « antiaméricaine » en raison du traitement favorable accordé aux obligations sécurisées européennes par rapport aux titres américains adossés à des créances hypothécaires5. Nous pouvons aussi nous rappeler du moment où M. Dimon a été surpris à hurler lorsqu’il discutait du même sujet avec M. Mark Carney, gouverneur de la banque centrale du Canada (qui sera bientôt l’ancien) et président du Conseil de stabilité financière, lors d’une rencontre à Washington6. Plus récemment, M. Juergen Fitschen, codirecteur général de la Banque Deutsche, déclarait que les retards des organismes de réglementation aux États-Unis « nuisaient aux relations transatlantiques » et suscitaient la méfiance….estimant que « lorsque toute l’affaire est caractérisée comme étant antiaméricaine, il est impossible de croire que, de nos jours, il y a encore des règles purement européennes et américaines7 ». Nous nous contenterons de dire que la mise en oeuvre des exigences de l’Accord de Bâle III n’a pas été aussi harmonieuse que prévu.

L’une des facettes de l’Accord de Bâle III les plus pertinentes pour nos portefeuilles réside dans le fait que celui-ci considère l’or comme étant une catégorie d’actif. Les documents publiés par la BRI (dont le Comité de Bâle III fait partie) et par la FDIC des États-Unis considèrent l’or comme étant un « élément d’actif pondéré en fonction d’un risque nul » dans leurs cadres règlementaires proposés. Cette situation a donné naissance à des rumeurs animées au sein de la communauté aurifère voulant que l’Accord de Bâle III définisse l’or comme un actif de « catégorie I », au même titre que la trésorerie et les titres d’état notés « AAA »8,9. En analysant la question davantage, nous avons réalisé que le traitement de l’or en vertu de l’Accord de Bâle III est beaucoup plus complexe que ce que les rumeurs semblent suggérer, et demeure, en pratique, indéterminé. Sans ennuyer nos lecteurs outre mesure avec tous les détails, il semble que l’or considéré à titre « d’élément d’actif pondéré en fonction d’un risque nul » ne s’applique seulement qu’à son traitement dans certains règlements particuliers de l’Accord de Bâle III afférents aux liquidités des actifs d’une banque par rapport à ses passifs. (Pour une explication plus détaillée relative au traitement de l’or dans le cadre de l’Accord de Bâle III, veuillez consulter l’annexe). Cela dit, les propositions de l’Accord de Bâle III confirment le désir des organismes de réglementation que les banques consolident leur position de liquidité en détenant une quantité plus importante d’actifs liquides et de premier ordre afin d’améliorer leur solvabilité globale dans l’éventualité d’une autre crise.

Et c’est là que la situation devient problématique, toutefois : les organismes de réglementation responsables de l’Accord de Bâle III ont obstinément tenu à leur point de vue voulant que les titres d’État notés « AAA » représentent la majorité de ces actifs de premier ordre, et ce, même si le reste de la communauté financière réalise de plus en plus que c’est, en fait, tout le contraire. À mesure que les banques déploient les efforts nécessaires pour se conformer aux exigences de l’Accord de Bâle III, elles seront forcées d’acheter encore plus d’obligations d’État notées « AAA » afin de satisfaire aux critères de l’Accord de Bâle III relatifs aux ratios de liquidités et de fonds propres. Comme nous l’avons mentionné dans notre publication du mois d’août intitulée, « Les taux d’intérêt négatifs sonneront-ils le glas du système financier? », le problème avec tous ces achats occasionnés par la réglementation réside dans le fait qu’ils finiront par entraîner le rendement des obligations d’État en territoire négatif, puisque les banques en achètent de plus en plus, non parce qu’elles le veulent bien, mais parce qu’elles sont obligées de le faire pour se conformer aux nouvelles exigences. Bien que nous n’ayons aucun doute dans la capacité du gouvernement d’émettre de plus en plus de titres de créance pour satisfaire à cette demande, les achats captifs effectués par les plus importantes banques au monde pourraient s’avérer étonnamment élevés. À cela s’ajoutent la demande d’obligations manifestée par les gouvernements eux-mêmes par l’entremise des programmes d’assouplissement quantitatif…ET celle découlant des nouveaux règlements de la Loi Dodd-Frank, qui exigent que les banques achètent encore plus d’obligations d’État, en sus des exigences imposées par l’Accord de Bâle III. Bientôt, l’on pourrait être aux prises avec une situation où les rendements des obligations d’État sont tellement bas qu’il ne fera plus aucun sens d’y investir10,11. Et c’est là où l’or entre en jeu.

Si le Comité de Bâle décidait d’accorder à l’or un profil de liquidité favorable en vertu du cadre réglementaire proposé dans l’Accord de Bâle III, cela permettrait à ce métal de faire concurrence à la trésorerie et aux obligations d’État à titre d’actif sur le bilan des banques – et de mettre à la disposition de ces dernières un actif qui a une chance de s’apprécier. Étant donné que les obligations du Trésor américain ne dégagent aujourd’hui qu’un rendement très bas, voire nul, si les banques avaient le choix entre la trésorerie, les obligations d’État ou l’or à titre « d’élément liquide de choix » pour répondre aux exigences de l’Accord de Bâle III en matière de liquidités, pourquoi ne choisiraient-elles pas l’or? Purement du point de vue du « coût de renonciation », il est bien plus logique pour une banque d’améliorer la liquidité de son bilan en ajoutant de l’or qu’en détenant plus d’éléments de trésorerie ou d’obligations d’État – si on leur donne la liberté de faire ce choix.

Les banques centrales non occidentales du monde ont déjà accueilli ce concept à bras ouverts pour les réserves de change, qui sont vulnérables à l’érosion en raison des programmes d’impression de billets des banques centrales. C’est pourquoi les banques centrales non occidentales prévoient toujours acheter une somme cumulative d’au moins 500 tonnes d’or physique cette année (au net), total qui s’ajoute aux 440 tonnes qu’elles ont collectivement achetées en 201112. Dans le monde non réglementé des banques centrales, l’or a déjà été accepté à titre de devise de diversification de choix, donc pourquoi les banques commerciales réglementées ne peuvent-elles pas leur emboîter le pas et les présenter à leur bilan? Après tout, l’or est l’une des seules catégories d’actif qu’elles peuvent toutes détenir simultanément et qui profitera réellement de leur participation respective par l’entremise de l’appréciation de son prix. Si les banques achetaient l’or de la même façon que les banques centrales non occidentales l’ont fait, il est probable qu’elles profiteraient toutes de cette situation, tout en améliorant simultanément leur ratio de liquidité. Si elles concertaient toutes leurs efforts, l’or pourrait sauver le système bancaire. (Très peu probable…juste une réflexion).

Jusqu’à présent, il n’y a que deux territoires bancaires qui ont ouvertement incorporé l’or dans leur structure de capital. La première, qui pourrait vous étonner, est la Turquie. Dans le cadre de ses efforts non conventionnels pour accroître les épargnes du pays et favoriser la croissance des prêts, M. Erdem Basci, gouverneur de la banque centrale de la Turquie, a adopté de nouvelles politiques afin de promouvoir l’or au sein du système bancaire turc. Il a récemment accru de 25 % à 30 % la proportion des réserves que les banques turques peuvent détenir sous forme d’or afin d’attirer plus de lingots dans les comptes de banque turcs. Turkiye Garanti Bankasi AS, plus important prêteur du pays, offre maintenant des prêts garantis par un dépôt d’or, où « les clients peuvent apporter leurs bijoux ou leurs pièces de monnaie à la banque dans le but d’obtenir un prêt à l’encontre de leur valeur. » Sous peu, la même banque prévoit aussi « permettre à ses clients de retirer leurs épargnes sous forme d’or plutôt que de livres turques ou de devises13 ». Les politiques de M. Basci ont été très fructueuses pour les banques turques qui, grâce à ces programmes axés sur l’or, ont réussi à attirer de nouveaux dépôts d’une valeur de 8,3 milliards de dollars US au cours des douze derniers mois, sommes qu’elles peuvent maintenant consentir sous forme de prêts14. Le gouverneur Basci a également déclaré qu’il songe à faire du rajustement du rapport encaisse-or des banques son principal outil monétaire15.

L’autre territoire bancaire est évidemment la Chine, qui encourage depuis longtemps ses citoyens à détenir des lingots d’or physique. De récents rapports signalent que le Shanghai Gold Exchange prévoit lancer, au début décembre, un marché interbancaire de l’or qui sera au départ un projet pilote avec les banques chinoises, mais qui sera par la suite ouvert à tous16 ». M. Xie Duo, directeur général du département des services financiers de la Banque populaire de Chine, a déclaré que « [la Chine] devrait activement créer des conditions pour faire en sorte que son marché aurifère devienne intégré avec celui de la scène internationale », ce qui laisse entendre que les autorités chinoises prévoient mettre leur amas de lingots d’or à profit17. Il est également intéressant de remarquer que la Chine, de tous les pays, a affirmé avec insistance que ses 16 plus importantes banques seront en mesure de satisfaire aux exigences de l’Accord de Bâle III d’ici la date prévue, soit le 1er janvier 201318. Nous ne pouvons nous empêcher de nous demander s’il existe un lien entre les efforts déployés pour satisfaire à ces nouvelles conditions et la récente hausse des importations chinoises d’or physique. Est-ce que la Chine pourrait être en train de se positionner pour le jour où les banques occidentales réaliseront finalement qu’elles préfèrent l’or aux effets du Trésor? Possiblement, et d’ici à ce que les banques se rendent à cette évidence, la Chine est susceptible de s’être appropriée la majorité de l’approvisionnement mondial en or physique.

Si les banques mondiales veulent réellement améliorer la diversification de leur bilan et leur profil de liquidité, l’or devra faire partie de la solution adoptée. Il est ridicule de s’attendre à ce que le système bancaire mondial se rétablisse par l’entremise d’une participation accrue aux titres d’État. Au contraire, il est maintenant temps pour les banques de faire l’impossible pour délaisser ces titres, avant que la plus importante concentration des investisseurs dans des actifs identiques (« crowded trade ») commence à leur faire tort. Les règles concernant les liquidités de l’Accord de Bâle III pourraient marquer la réémergence de l’or dans le courant dominant des services bancaires commerciaux, bien qu’il n’y ait aucune garantie que le cartel bancaire des États-Unis adopte tous les règlements proposés en vertu de cet Accord et que ce dernier dispose de plusieurs années encore pour établir les détails. Toutefois, si les organismes de réglementation adhèrent rigoureusement aux règles plus strictes en matière de liquidités, l’or est le seul actif financier qui puisse satisfaire à ces exigences et libérer les banques des contraintes provenant des rendements négatifs des obligations d’État. Et bien qu’il nous semble quelque peu ironique que le système bancaire soit forcé de se tourner vers l’or en raison d’une nécessité purement réglementaire, c’est là où réside le potentiel de l’Accord de Bâle III à notre avis. Après tout, si les banques sont finalement intéressées à rétablir leur solidité et la confiance à leur égard, elles pourraient faire pire que de détenir un actif qui a grimpé, en moyenne, de 17 % par année au cours des douze dernières, et qui a représenté une « monnaie judicieuse » dans l’histoire de l’humanité.

Annexe : le traitement de l’or dans l’Accord de Bâle III

Le cadre réglementaire de l’Accord de Bâle III est beaucoup plus complexe que celui de l’Accord de Bâle I ou II, bien que nous ne prétendions pas être des experts dans la matière. Il est également important de mentionner que l’Accord de Bâle II est seulement entré en vigueur au début de 2008, mais qu’il n’a pas été adopté par les banques américaines à son lancement. Après l’effondrement du système financier, l’Accord de Bâle III, qui est la tentative du Comité de Bâle pour corriger la situation une fois pour toutes, a été conçu pour fournir un ensemble de règlements bancaires internationaux globaux pour éviter d’avoir à sauver les importantes institutions financières « trop imposantes pour faire faillite » dans l’éventualité d’une autre crise financière.

Sans aller dans les menus détails, en vertu de l’ancien cadre réglementaire de l’Accord de Bâle (Bâle I), plus la pondération du risque attribuée à une catégorie d’actif par les organismes de réglementation est faible, moins les banques ont besoin de mettre du capital de côté pour détenir cet actif. M. John Carney, commentateur du réseau CNBC, écrivait que « Dans le cadre des premiers règlements en matière de capital…les obligations d’État notées « BBB » et les obligations notées « A » comportaient une pondération du risque respective de 50 % et 20 %. Les créances comportant une notation « AA » ou « AAA » étaient assorties d’une pondération du risque de 0 %, ce qui veut dire que les banques n’avaient pas à mettre de capital de côté pour les obligations d’État qu’elles détenaient19 ». Ceux qui critiquent l’Accord de Bâle I soutiennent que le système de pondération du risque incitait les banques à surpondérer leur exposition aux actifs comportant la pondération du risque la plus faible, ce qui a donné naissance à une ruée vers les mêmes actifs. Cette tendance s’est surtout manifestée dans leur surexposition graduelle aux émissions de la dette souveraine en Europe et aux titres adossés à des créances hypothécaires, pour lesquels les organismes de réglementation avaient attribué, à tort, un « faible risque » avant que l’effondrement leur prouve le contraire. Les banques et les gouvernements ont appris cette leçon à leurs dépens.

L’Accord de Bâle III et celui de Bâle II s’inspirent de la même idée, mais compliquent les choses un peu plus en divisant les actifs des banques en deux catégories de risque (risque de crédit et risque de marché) et en attribuant une pondération du risque à chacune d’entre elles en fonction de leurs caractéristiques. À l’instar de l’Accord de Bâle I, plus la pondération du risque est élevée pour une catégorie donnée, plus le montant de capital que la banque doit détenir en contrepartie est élevé.

D’après ce que nous comprenons, la désignation à l’or à titre « d’élément d’actif pondéré en fonction d’un risque nul » dans la documentation de la FDIC et de la BRI ne s’applique qu’à son « risque de crédit » – ce qui est tout à fait logique étant donné que l’or n’est la contrepartie de personne et ne peut pas faire défaut. Toutefois, comme l’or comporte toujours un « risque de marché » en raison des fluctuations de son prix, les banques doivent mettre un montant de capital de côté en contrepartie de cet actif. Donc, pour les banques qui présentent des lingots d’or physique sur leur bilan (et nous n’en connaissons pas, autres que les courtiers en lingots), l’or ne serait pas considéré au même titre que la trésorerie ou les obligations notées « AAA » pour le calcul du ratio de fonds propres de catégorie 1. Et c’est là où l’interprétation de la communauté aurifère voulant que l’or soit considéré comme un actif de catégorie 1 est trompeuse. En réalité, il n’y a pas d’actif de « catégorie 1 » en vertu de l’Accord de Bâle III. « Catégorie I » désigne simplement le ratio qui reflète le capital détenu par une banque en contrepartie des actifs pondérés selon le risque.

CEPENDANT, l’Accord de Bâle III ajoutera une nouvelle série de règlements concernant la liquidité relative des actifs et des passifs bancaires, qui sera présentée à l’aide de deux nouveaux ratios que les banques devront calculer à partir de 2015 : le ratio de liquidité à court terme et le ratio structurel de liquidité à long terme.

De la même façon que l’Accord de Bâle III exige que des pondérations du risque soient attribuées aux actifs présentés au bilan d’une banque (en fonction du risque de crédit et du risque de marché), il exigera également bientôt que des pondérations du risque soient appliquées au profil de LIQUIDITÉ des actifs et des passifs détenus par une banque. Cela a pour but de remédier au manque de liquidité qui a découlé de l’effondrement de 2008, lorsque les banques ont subi les contrecoups de la géante vague de retraits qui a déferlé sur elles au moment même où leur accès au financement de gros a tari.

Et c’est ici que le traitement de l’Accord de Bâle III devient plus intéressant. En vertu du calcul de la composante LIQUIDITÉ proposé dans l’accord actuel, l’or doit être réduit de moitié, ce qui correspond à la réduction qui doit être appliquée aux actions et aux obligations. Implicitement, cela signifie que l’or ne peut être facilement converti en trésorerie pendant les périodes difficiles, ce qui est exactement le contraire de ce que nous avons observé pendant la crise. Cela veut également dire que les banques doivent maintenir une source de financement beaucoup plus stable pour détenir de l’or à titre d’actif sur leur bilan. Heureusement, il y a de fortes chances que cette définition de liquidité relative à l’or soit modifiée. Le World Gold Council fait pression à ce sujet auprès du Comité de Bâle, de la Réserve fédérale et de la FDIC depuis 2009 et a publié un article soutenant que l’or devrait profiter du même profil de liquidité que la trésorerie ou que les titres d’État notés « AAA » aux fins du calcul des ratios de liquidité à court terme et à long terme en vertu de l’Accord de Bâle III20. En fait, la définition du terme « liquidité » qui servira dans le calcul des ratios de liquidité à court terme et à long terme des banques n’a pas encore été finalisée par le Comité de Bâle. La période de commentaires concernant l’Accord de Bâle III, qui a pris fin le 22 octobre dernier, a reporté l’échéance de sa mise en application au 1er janvier 2013 et, à la lumière des récents retards des organismes de réglementation aux États-Unis pour les banques, celle-ci sera probablement remise à encore plus tard l’an prochain. Ce qui est particulièrement intéressant pour nous, c’est de connaître le traitement de l’or qu’adoptera le Comité de Bâle du point de vue de la liquidité et du risque, et de savoir si ce dernier diminuera la réduction de 50 % actuellement nécessaire pour convertir cet actif en « liquidité » à une proportion plus raisonnable compte tenu du caractère liquide incontestablement supérieur de l’or par rapport aux actions et aux obligations.

La seule indication que nous avons eue jusqu’à présent est venue du World Gold Council, qui, dans un rapport de recherche du mois d’avril 2012 et lors d’une récente conférence téléphonique, a suggéré que l’or ferait l’objet d’une réduction de 15 % pour le convertir en liquidité aux fins du calcul des ratios. Cela dit, nous n’avons pas été en mesure de confirmer ce pourcentage avec le Comité de Bâle ni avec la FDIC21. En fait, toute demande présentée à ces organismes relativement au traitement de l’or, que ce soit par nous ou par d’autres parties à qui nous avons parlé, s’est heurtée à leur silence. Nous avons l’impression que les organismes de réglementation n’ont aucun intérêt à créer des remous en mentionnant quoi que ce soit concernant l’or avant le temps. Compte tenu de notre discussion précédente, nous comprenons pourquoi ils pourraient hésiter à aborder la question, et seul l’avenir nous dira si l’or recevra le traitement qu’il mérite en matière de liquidité.

1 Moshinsky, Ben (27 septembre 2012) « Big EU Banks Faced $256 Billion Basel III Capital-Gap Last Year ». Bloomberg. Extrait le 20 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.bloomberg.com/news/2012-09-27/big-eu-banks-faced-256-billion-basel-iii-capital-gap-last-year.html
2 Campbell, Dakin (1er octobre 2012) « Spanish Banks Need More Capital Than Tests Find, Moody’s Says ». Bloomberg. Extrait le 20 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.bloomberg.com/news/2012-10-01/spanish-banks-need-more-capital-than-tests-find-moody-s-says.html
3 Communiqué de presse commun de la Réserve fédérale, de la FDIC et de l’OCC (9 novembre 2012) « Agencies Provide Guidance on Regulatory Capital Rulemakings ».Office of the Comptroller of the Currency. Extrait le 15 novembre 2012 du site Web suivant: http://occ.gov/news-issuances/news-releases/2012/nr-ia-2012-160.html
4 Hamilton, Jesse et Hopkins, Cheyenne (14 novembre 2012) « Regulators Grilled Over Community Banks’ Basel Burden ». Bloomberg. Extrait le 20 novembre 2012 du site Websuivant : http://www.bloomberg.com/news/2012-11-14/community-banks-basel-iii-burden-to-be-hearing-s-focus.html
5 La Roche, Julia (12 septembre 2011) « Jamie Dimon Lashes Out, Calls Global Capital Rules “Anti-American” ». Business Insider. Extrait le 20 novembre 2012 du site Websuivant : http://www.businessinsider.com/jamie-dimon-calls-bank-rules-are-anti-us-and-us-should-withdrawl-from-basel-2011-9
6 Tencer, Daniel (5 octobre 2011) « Jamie Dimon, JPMorgan Chief, Takes Criticism From Prominent Canadian Bankers After Mark Carney Spat. » Huffington Post. Extrait le 21novembre 2012 du site Web suivant : http://www.huffingtonpost.ca/2011/10/05/jamie-dimon-mark-carney-eric-sprott_n_996061.html
7 Reuters (15 novembre 2012) « U.S. Basel III delays create distrust – Deutsche co-CEO ». Reuters. Extrait le 20 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.reuters.com/article/2012/11/15/deutschebank-france-basel-idUSL5E8MFL0020121115
8 http://www.bis.org/publ/bcbs128b.pdf (consulter la note de bas de page 32)
9 http://www.fdic.gov/news/board/2012/2012-06-12_notice_dis-d.pdf (consulter la page 193)
10 En vertu de la Loi Dodd-Frank, les instruments dérivés des banques américaines seront bientôt traités par une chambre de compensation à contrepartie centrale, qui exigeraque ces premières fournissent des garanties additionnelles sous forme d’obligations du Trésor américain, lesquelles s’ajoutent aux exigences de l’Accord de Bâle III.
11 McCormick, Liz Capo (14 novembre 2012) « U.S. Rate Swap Spreads May Widen as Demand for Treasuries Rises ». Bloomberg. Extrait le 20 novembre 2012 du site Websuivant :http://www.bloomberg.com/news/2012-11-15/u-s-rate-swap-spreads-may-widen-as-demand-for-treasuries-rises.html
12 Bullion Street (22 novembre 2012) « Central banks Gold purchase to hit 500 tons in 2012 ». BullionStreet. Extrait le 23 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.bullionstreet.com/news/central-banks-gold-purchase-to-hit-500-tons-in-2012/3419
13 Akbay, Sibel (29 octobre 2012) « Turkish Banks Go for Gold to Lure $302 Billion Hoard ». Bloomberg. Extrait le 20 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.bloomberg.com/news/2012-10-29/turkish-banks-go-for-gold-to-lure-302-billion-hoard.html
14 O’Byrne, David (21novembre 2012) « Banking: Gold deposits could meet credit demand ». Financial Times. Extrait le 22 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.ft.com/intl/cms/s/0/f7e81ece-17af-11e2-8cbe-00144feabdc0.html
15 Akbay, Sibel (29 octobre 2012) « Turkish Banks Go for Gold to Lure $302 Billion Hoard ». Bloomberg. Extrait le 20 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.bloomberg.com/news/2012-10-29/turkish-banks-go-for-gold-to-lure-302-billion-hoard.html
16 Reuters (12 novembre 2012) « Shanghai plans ETFs as China seeks to open gold market further ». Financial Post. Extrait le 12 novembre 2012 du site Web suivant : http://business.financialpost.com/2012/11/12/shanghai-plans-etfs-as-china-seeks-to-open-gold-market-further/
17 Ibidem.
18 Xiaocen, Hu (14 novembre 2012) « No delay for China’s banks on Basel III ». People’s Daily. Extrait le 20 novembre 2012 du site Web suivant : http://english.peopledaily.com.cn/90778/8018050.html
19 Carney, John (13 janvier 2012) « Jamie Dimon Confirms Worst Fears About Basel III ». CNBC. Extrait le 15 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.cnbc.com/id/45988683/Jamie_Dimon_Confirms_Worst_Fears_About_Basel_III
20 World Gold Council (avril 2010) « Response to Basel Committee on banking supervision’s consultative document: International framework for liquidity risk measurement,standards and monitoring, December 2009 ». World Gold Council. Extrait le 15 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.gold.org/government_affairs/regulation/
21 World Gold Council (4 avril 2012) « Case study: Enhancing commercial bank liquidity buffers with gold ». World Gold Council. Extrait le 15 novembre 2012 du site Web suivant : http://www.gold.org/government_affairs/research/

Source Sprott Asset Management nov12

http://www.sprott.com/fr/coup-d’oeil-sur-les-marchés/or-une-solution-à-la-crise-bancaire/

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