Art de la guerre monétaire et économique

Un capitalisme à réinventer sans délai Par François Gilliéron

Un capitalisme à réinventer sans délai Par François Gilliéron

Initialement, le monde économique n’avait guère pris au sérieux l’initiative Minder (en Suisse) alors que son auteur, longtemps considéré comme un farfelu, avait su détecter une vague «lourde» de la vie économique. A ce titre, le résultat de Dimanche est déjà dépassé comme on va le voir. Car, dans le monde entier, la tendance est non seulement unanime contre les salaires abusifs, c’est aussi une voie sans retour.

Dans le capitalisme américain, puis mondial, les cadres supérieurs ont supplanté les actionnaires il y a 50 ans environ. Un livre culte, publié en 1966, expliquait ce phénomène: c’était Le Nouvel Etat industriel de John Kenneth Galbraith, dans lequel l’auteur forgeait un néologisme, la technostructure, décrivant cette nouvelle forme du capitalisme. Ce livre qui n’a, au demeurant, pas pris une ride, expliquait à merveille cette prise de pouvoir par les cadres non pas tant grâce à de nouvelles lois que par une simple modification des rapports de force.

«Marxien» convaincu, Galbraith en profitait pour rappeler que c’était toujours la technologie – et non l’idéologie – qui structurait nos sociétés. Or, aujourd’hui, Internet a changé la donne. La transparence et le pouvoir de l’information sont devenus beaucoup plus importants et contraignants qu’alors; d’où ce changement actuel de paradigme que nous sommes en train de vivre et que nos capitaines d’industrie n’ont pas vu venir.

Pour revenir à ces cadres supérieurs imbus de leurs privilèges et de leur impunité, ils ont fini par attirer les foudres. Organisés en petits groupes acquis à leurs exigences, ils faisaient partie d’une sorte de caste qui savait d’abord faire prévaloir ses intérêts particuliers et justifier de son importance. Comme disait de Gaulle, les sommets sont peu encombrés: la vraie compétition avait donc lieu à l’étage inférieur et laissait sur le carreau d’autres dirigeants qui auraient tout aussi bien fait l’affaire, mais à moindres frais.

Par ailleurs, on ne répétera jamais assez que ces dirigeants n’auront jamais eu besoin d’assumer avec du capital propre – donc avec leur argent personnel – le risque de faillite de leur entreprise. A ce titre, ils seront toujours restés des employés, de luxe certes, mais des employés. A l’inverse des grands entrepreneurs, Hayek chez nous, Bill Gates outre-Atlantique, dont ni le statut ni l’immense fortune n’ont jamais été contestés jusqu’à ce jour!

L’aveuglement des élites de la technostructure est une réalité qu’il n’est plus possible de cacher et que les marchés financiers n’ont pas encore réellement assimilée. Un nouveau système, qui devra concilier efficacité redoublée et légitimité retrouvée, est à réinventer sans délai, d’autant que le temps presse.

François Gilliéron Consultant indépendant/Le Temps le 4/3/13

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/511a3d98-842e-11e2-ab5c-93fad3b5d0a7/Un_capitalisme_%C3%A0_r%C3%A9inventer_sans_d%C3%A9lai

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