Commentaire de Marché

Le cauchemar sans fin des consommateurs américains par Stephen s. roach

Le cauchemar sans fin des consommateurs américains par Stephen s. roach

 Les conseillers en communication travaillent dur pour présenter sous un jour favorable le redémarrage économique difficile de l’Amérique. Tous les yeux sont rivés sur la consommation des ménages. Du fait de la baisse du chômage, de la hausse de l’immobilier résidentiel et des sommets atteints par la Bourse, les prévisionnistes, les acteurs du marché et les responsables politiques nous disent que la consommation est enfin relancée. 

N’en croyez rien!

ianelly

Considérons la réalité: aux USA depuis début 2008, la consommation des ménages (ajustée en fonction de l’inflation) a augmenté seulement de 0,9% par an en moyenne. Pour les USA, c’est de loin la plus longue période de faible demande depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – et un ralentissement massif par rapport au rythme de croissance de la consommation d’avant-crise (3,6% en moyenne entre 1996 et 2007). 

La consommation des ménages représentant 70% de l’économie américaine, cet écart de 2,7 points de pourcentage entre la tendance précédant et celle suivant la crise a été suffisant pour provoquer une chute de 1,9 points de pourcentage du taux de croissance du PIB en terme réel. Inutile de chercher ailleurs la cause du chômage qui atteint un niveau inacceptable. Pour comprendre le caractère extraordinaire de cette situation, il faut faire la distinction entre deux périodes. De début 2008 à la fin du premier semestre 2009, la demande a baissé au taux annuel moyen de 2,2% (avec une chute à – 4,5% lors du deuxième semestre 2008). Ce plongeon a été suivi d’une deuxième période, de mi-2009 à début 2013, caractérisée par une augmentation de la consommation annuelle moyenne de seulement 2% – un redressement insignifiant par rapport aux cycles antérieurs de la consommation des ménages. 

Cet élément essentiel est souvent négligé lorsqu’on examine la reprise de la consommation. Lors de récents discours et discussions, des responsables et d’anciens responsables des banques centrales m’ont critiqué pour accorder trop d’importance à la timide hausse de 0,9% de la consommation entre 2008 et 2013, et pas assez à la hausse de 2% de la consommation d’après-crise entre mi-2009 et 2013. Au moins, disent-ils, c’est un signe de reprise dû essentiellement à la politique héroïque et non-orthodoxe de la Réserve fédérale américaine. 

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Cela nous conduit à un deuxième argument contre un excès d’optimisme, il est d’ordre analytique. L’un des premiers concepts que l’on enseigne aux étudiants en économie est celui de la demande refoulée des consommateurs. Lors des récessions, les achats non indispensables sont généralement reportés, notamment en ce qui concerne les biens durables tels que les véhicules à moteurs, les meubles ou les appareils ménagers. Après la récession, au début de la reprise, il se produit un phénomène de compensation, les ménages faisant alors les achats qu’ils avaient remis à plus tard. 

Durant la plus grande partie de l’après-guerre, le rebond de consommation post-récession a constitué un élément essentiel de la reprise économique. Lors des huit reprises recensées depuis le début des années 1950 (à l’exclusion du court boom qui a suivi le ralentissement dû au contrôle du crédit dans les années 1980), la libération de la demande refoulée a provoqué une hausse de 6,1% en moyenne de la consommation réelle pendant les 15 mois qui ont suivi le ralentissement du cycle des affaires – avec parfois des pointes de 7 à 8% durant un ou deux trimestres. 

Par contre, lors du cycle actuel, la libération de la demande refoulée a entraîné une croissance de seulement 3% en moyenne entre début 2010 et fin mars 2011. Durant cette période, c’est lors du dernier trimestre 2010 qu’elle a été le plus élevée (4,1%). 

C’est un résultat étonnant. La pire récession de la consommation de l’Histoire moderne, avec un effondrement record des achats de biens durables en 2008-2009, aurait dû susciter un rebond extraordinaire lors de la libération de la demande refoulée. Or il s’est passé tout, sauf cela. Le rebond de la demande a été inférieur de moitié à ce qu’il était lors des précédents cycles des affaires. 

Le troisième argument contre un excès d’optimisme relève du diagnostic: la reprise incroyablement anémique de la demande post-crise des consommateurs américains tient à une grave récession du bilan, comparable à celle du Japon. Avec le recul, nous savons maintenant que la surconsommation des Américains durant les 12 ans qui ont précédé la crise reposait sur des bulles des actifs et du crédit, autrement dit, sur des fondations précaires. Quand ces bulles ont éclaté, les consommateurs se sont retrouvés surendettés et dépourvus d’épargne. 

L’aversion aux dépenses qui a suivi et la priorité accordée au rétablissement des comptes traduit ce que Richard Koo, un économiste de l’institut de recherche Nomura, appelle le syndrome fort de»rejet de la dette». Il a appliqué son diagnostic aux entreprises japonaises lors de la première décennie perdue du Japon dans les années 1990, mais il peut s’appliquer aux consommateurs américains secoués par la crise qui se débattent encore avec un endettement excessif, un prêt immobilier supérieur à la valeur de leur habitation ou une épargne personnelle très insuffisante. 

Avec sa politique non orthodoxe de relâchement monétaire, la Fed essaye de court-circuiter le redressement budgétaire nécessaire du secteur immobilier. C’est pourquoi l’effet de richesse du rebond des prix de l’immobilier et de la hausse de la Bourse entrent en jeu. Mais ces deux facteurs récents sont-ils réellement prometteurs? 

La Bourse atteint maintenant des valeurs records – mais seulement en dollars courants. En terme réel, l’indice S&P 500 est encore 20% en dessous de son pic de janvier 2000. Et si l’indice Case-Shiller de S&P qui reflète le marché de l’immobilier résidentiel américain a progressé de 10,2% entre mars 2012 et mars 2013, il est de 28% en dessous de son pic de 2006. La création de richesse prend toute son importance si elle compense la destruction de richesse qui l’a précédée. Malheureusement, la plupart des ménages américains sont loin d’avoir compensé la diminution de leurs actifs. 

Par ailleurs il est vrai que le taux de chômage américain a diminué, mais cela traduit surtout une baisse inquiétante de la participation au marché du travail – plus de 6,5 millions d’Américains ayant cessé de chercher un emploi depuis 2006. Et si la confiance des consommateurs s’améliore, elle reste bien en dessous de son niveau d’avant-crise. 

Autrement dit, le cauchemar des consommateurs américains est loin d’être terminé. Et si l’on met de coté l’effervescence des marchés, la reprise a à peine commencé. 

Stephen s. roach Yale, ex-président de Morgan Stanley Asia 

Source Project Syndicate 31/5/13

http://www.project-syndicate.org/commentary/america-s-over-hyped-consumer-recovery-by-stephen-s–roach

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