Commentaire de Marché

Du sexe des banques centrales par Michel Juvet

Du sexe des banques centrales par Michel Juvet

Avec le débat et la promulgation d’une loi sur le mariage pour tous, la France a ouvert récemment un vaste débat sociologique sur le rôle des sexes dans la société.

Pour simplifier, disons que ceux qui sont favorables à cette loi s’inspirent de la théorie du genre humain qui affirme que le rôle social de l’être humain n’est pas lié à son sexe biologique. Autrement dit, rien n’est prédéfini dans le rôle social des deux sexes, et rien n’interdit au contraire de voir leurs attributions historiques remises en cause et bouleversées, d’où le nouveau rôle de parent confié à des personnes du même sexe. D’un autre coté, ceux opposés à cette loi considèrent que les rôles sociaux des sexes sont biologiquement et historiquement déterminés et que, par conséquent, on ne touche pas à cet équilibre social et on confirme la mixité sexuelle dans le mariage.

Mais quel rapport, me direz-vous, avec les banques centrales? D’abord, il y aurait une contradiction: les langues française et allemande donnent une identité sexuelle biologique féminine aux banques centrales, on parle d’une banque centrale et non d’un banque centrale. Pourtant, il n’y a jamais eu, pour des raisons culturelles, de gouverneur de banque centrale féminine… Ensuite, et plus sérieusement, les débats actuels sur la succession du président de la Fed américaine, Ben Bernanke, émettent des échos malheureux au débat sur la théorie du genre humain. Ainsi, les partisans du candidat masculin Summers n’hésitent pas à affirmer que la principale force de la candidate féminine Yellen est son identité sexuelle, qui permettrait à l’administration américaine de se donner une image positive sur sa politique de répartition des sexes. Comme s’il y avait des raisons biologiques qui empêchent d’avoir une femme gouverneur de banque centrale aux Etats-Unis… Ou plutôt comme s’il n’y a pas ici de raison objective à accepter pour ce poste la théorie sur le genre humain. Heureusement, les marchés financiers – qui eux n’ont ni cœur ni sexe… – ne s’intéressent pas à ces aspects sociologiques; les deux éléments qui comptent à leurs yeux sont la compétence des candidats et surtout leur capacité à poursuivre, puis à arrêter la politique monétaire extraordinaire menée par la Fed depuis 2009. Dans ce cas, Mme Yellen, qui avait bien vu monter la bulle immobilière avant la crise et qui a activement participé à l’élaboration de la politique Bernanke, devrait être préférée à M. Summers, dont les révolutions intellectuelles sont source d’inconnues désagréables pour les marchés.

Mais… en cas d’échec, Mme Yellen pourrait peut-être tenter sa chance lors des prochains changements à la BNS… et tester ainsi nos capacités culturelles à accepter comme gouverneur une femme, et une étrangère, comme la Banque d’Angleterre vient de le faire en engageant un Canadien…

Source  Bordier & Cie/ Le Temps 12/8/2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/c86a66ae-02ad-11e3-a3cb-4fb08ce71755/Du_sexe_des_banques_centrales

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s