Art de la guerre monétaire et économique

Le maire Michael Bloomberg n’apprécie pas Banksy: Il met la NYPD à ses traces!

Le maire Michael Bloomberg n’apprécie pas Banksy: Il met la NYPD à ses traces!

Depuis le début du mois d’octobre, l’artiste de rue britannique, dont l’identité reste incertaine, réalise des œuvres aux quatre coins de New York.

Il fuit comme une ombre et laisse ses empreintes au passage. Malgré tout. Depuis le début du mois d’octobre, l’artiste de rue britannique Banksy suscite l’émoi à New York, qu’il a choisie comme nouveau terrain de jeu. Chaque jour, il annonce, par texto ou sur Instagram, une nouvelle œuvre de «street art»: des tableaux accrochés sous la High Line de Chelsea, des graffitis dessinés au pochoir – les tours jumelles du World Trade Center ornées d’un chrysanthème orange à Tribeca, des geishas marchant sur un pont à Brooklyn ou un enfant dessinant «Ghetto 4 Life» sur un mur de la 153e rue du Bronx.

Les réalisations de Banksy, dont on ignore l’identité exacte, portent un nom: Better out than in (mieux vaut dehors que dedans), une maxime qu’il explique sur son site internet (www.banksyny.com) en se référant au peintre Cézanne: «Toutes les peintures réalisées à l’intérieur, dans un atelier, ne seront jamais aussi bonnes que celles faites à l’extérieur.» A l’angle de la 79e rue et de Broadway, dans l’Upper West Side, Banksy s’est servi du pochoir pour dessiner, sur une façade jaunie, un enfant portant sans difficulté un immense marteau. Une foule de passants et de touristes n’y est pas restée indifférente, s’arrêtant et discutant de l’auteur de cette fresque, personnage aussi mystérieux qu’insaisissable. Puis, dans la profondeur de la nuit, un tagueur a vandalisé la réalisation à l’aide d’un spray rouge. Le débat est ouvert.

Certains jugent la performance du Britannique stimulante, d’autres s’en offusquent. Le patron de l’immeuble sur lequel Banksy s’est exprimé est le propriétaire de Zabar’s, la célèbre institution de l’Upper West Side. Il a vite compris le gain qu’il pouvait en tirer, en décidant de nettoyer l’œuvre et de la placer sous un plexiglas. Un graffeur dont la performance est protégée par un panneau de plexiglas? Bien que Banksy n’en soit pas responsable, cette manière de prendre des risques puis de s’en prévenir a indisposé un tagueur (un autre?), qui a couvert l’œuvre de ces mots aujourd’hui effacés: «Let the street decide» (Laisse la rue décider). Banksy ne fait manifestement pas l’unanimité dans les milieux des graffeurs et des tagueurs new-yorkais.

Le maire de New York, Michael Bloomberg, ne l’aime visiblement pas non plus. Le milliardaire, qui a contribué à faire de New York la ville la plus sûre des Etats-Unis, mais aussi à lui gommer les aspérités de la marginalité, se sent défié dans sa conception de l’urbanité. Comme si Banksy lui tendait un miroir: «Les graffitis, souligne le maire, dégradent les propriétés, c’est un signe de décadence et de perte de contrôle. Il y a des endroits pour l’art et d’autres qui ne le sont pas. […] Barbouiller une propriété privée ou public n’est pas ma définition de l’art.»

De fait, l’artiste britannique, qu’on dit venir de Bristol et qui serait âgé de 39 ans, a dû interrompre son travail mardi. Le New York Post en a donné la raison, titrant en première page: «Attrapez Banksy. La NYPD [police] traque l’artiste.» Cette chasse à l’auteur de graffitis a interloqué ses fans, qui ont craint un instant qu’il allait abandonner le projet. C’est mal connaître l’anonyme Banksy, qui postait sur son site mercredi une nouvelle œuvre, réalisée à Hell’s Kitchen, le quartier qui monte de Manhattan: un homme en costume, portant un bouquet de fleurs dont les pétales tombent au sol. Le support? Le store métallique fermé d’un commerce.

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas ses œuvres, Banksy pose avec une formidable acuité le débat sur l’être et le devenir de New York comme mégapole mondiale. A l’exception peut-être du Lower East Side, Manhattan a connu, à l’image de Harlem et bientôt du Bronx, un phénomène que les Anglo-Saxons appellent la «gentrification». Le terme n’a pas été choisi par hasard. Il renvoie au vocable gentry, à la bonne société anglaise, à la noblesse et aux grands propriétaires fonciers. Le furtif Banksy écorne ce caractère propret de Bloomberg City, qui oblitère le devenir urbain de la classe moyenne. C’est aussi dans cette logique qu’il a confié plusieurs œuvres à un marchand de rue, voici quelques jours, à proximité de Central Park. Avant d’observer. En une journée, seuls quatre clients ont acquis des œuvres non signées de l’artiste pour 60 dollars ou moins après marchandage. Banksy a filmé la scène. Non sans ambiguïté d’ail­leurs. L’artiste britannique, dont les œuvres ont parfois été littéralement découpées des façades où elles ont été réalisées pour être revendues pour des centaines de milliers de dollars, a une valeur marchande considérable. Mais il n’en a cure. Il estime que les galeries qui vendent son art le font «sans autorisation». Mais, relève le magazine américain Forbes, si Banksy s’identifie aux graffeurs et aux tagueurs de rue, l’assimilation s’arrête là. Certains d’entre eux le considèrent comme un traître, car argent et street art ne font pas bon ménage. Le Britannique aurait une fortune estimée à 20 millions de dollars. Dans le magazine de Manhattan Village Voice il a pourtant récemment déclaré: «Pour un graffeur, le succès commercial est une preuve d’échec.»

L’anonymat ou du moins la discrétion de Banksy sont perçus par certains comme une marque de modestie. Pour d’autres, une preuve de fausse modestie ou un procédé habile de promotion personnelle dans une ère médiatique où l’effet de surprise attire les regards. L’anonymat de Banksy semble d’ailleurs à géométrie variable. On imagine ainsi mal une chaîne de télévision anglaise, Channel 4, diffuser un documentaire réalisé par l’artiste de rue sans connaître sa véritable identité. Selon le journal britannique Mirror News, Banksy aurait été photographié à Manhattan. Sans confirmation. Mercredi en début d’après-midi, une bétaillère pleine d’animaux en peluche, garée devant Zabar’s, a provoqué un rassemblement de curieux. La Banksymania continue d’irradier New York. Sur le trottoir, un enfant de 3 ans, Noam, s’amuse à saluer l’une des peluches qui crie et interagit avec lui. Le marionnettiste de circonstance est bien caché. «C’est sans doute Banksy», fait remarquer une passante.

Par Stéphane Bussard New York / Le TEMPS 25/10/2013

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