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L’indépendance du Kurdistan irakien: Naissance d’un nouvel Etat?

L’indépendance du Kurdistan irakienNaissance d’un nouvel Etat?

Ari Mamshae. De passage à Genève à propos d’énergie. Le Kurdistan irakien songe à s’émanciper de Bagdad mais laisse à l’Irak une dernière chance de démontrer sa bonne volonté.

Les dissensions entre la région autonome du Kurdistan et le gouvernement irakien datent de plusieurs années. Disputes sur les livraisons de pétrole, les versements budgétaires tronqués, la construction des pipelines entre les champs pétroliers kurdes et la Turquie, les sujets de polémique ne manquaient pas. La volonté d’indépendance du peuple kurde n’est pas nouvelle. En 2005, lors d’un référendum non officiel, plus de 98% de la population s’était prononcé en sa faveur. C’est toutefois la création de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EI) qui a été le catalyste en juillet de l’annonce du président Massoud Barzani d’un référendum d’indépendance dont la date dépendra tout de même de la bonne volonté de Bagdad auquel les Kurdes veulent laisser une dernière chance. Sur les quelques 1065 kilomètres de frontières entre le Kurdistan et l’Irak, seuls une quinzaine sont encore sous le contrôle de Bagdad. Pour le reste, le Kurdistan est en prise directe avec les djihadistes de l’Etat Islamique. L’armée kurde est massée tout au long de la frontière, totalement mobilisée pour protéger villes et champs de pétrole, placés sous surveillance aérienne permanente. L’Etat irakien ne contrôle que les zones à majorité chiite et «n’existe plus que sur le papier». 

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La région autonome pourrait s’émanciper de la tutelle de Bagdad après référendum. Elle veut toutefois laisser une dernière chance à l’Irak.

Début juillet, le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, annonçait sous quelques mois un référendum d’indépendance du Kurdistan irakien. Nous avons interrogé son porte-parole adjoint, Ari Mamshae, membre des Global Shapers du Word Economic Forum (WEF) réunis à Genève depuis jeudi dernier.

Interview: Nicolette De Joncaire/AGEFI SUISSE

Pourquoi cette volonté d’indépendance?

L’annonce du président Barzani a suivi de peu la création de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EI). L’Irak est en pleine décomposition. Bagdad a perdu tout contrôle sur les zones qui jouxtent notre région et ses chances de reprendre la main sont faibles depuis que les troupes de l’EI ont pris les villes et sont passées à la guérilla urbaine. Sur les quelques 1065 kilomètres de frontière que nous avons avec l’Irak, seuls une quinzaine sont encore sous le contrôle de Bagdad. Pour le reste, nous sommes en prise directe avec les djihadistes de l’Etat Islamique. La naissance de l’EI a été le catalyste qui a précipité l’annonce faite par notre président mais la volonté d’indépendance du peuple kurde n’est pas nouvelle. En 2005, lors d’un référendum non officiel, plus de 98% de la population s’était prononcé en sa faveur.

Votre armée est-elle de taille à résister à l’EI?

Nos ressources sont réparties tout le long de la frontière. L’EI essaie de pénétrer certaines poches et attaque à chaque opportunité mais les soldats kurdes sont totalement mobilisés pour protéger nos villes et nos champs de pétrole, placés sous surveillance aérienne permanente. Ceci dit les méthodes de l’EI évoluent rapidement et les techniques de guérilla rendent la localisation de leurs hommes difficiles. Au moment de la création de l’EI, nous étions insuffisamment équipés. Nos armes étaient obsolètes et nous manquions de munitions mais les équipements sont arrivés par la suite, des Etats-Unis et de France. D’autres pays comme l’Italie, la République Tchèque ou la Grande-Bretagne se sont aussi engagés à nous en fournir.

Quand aura lieu le référendum?

Il nous faut former une commission électorale, ce qui est en cours. Le référendum devait, en principe, se tenir en début d’année prochaine mais il nous reste encore à fixer une date. Cette date dépendra aussi du gouvernement irakien. L’arrivée de Haidar al-Abadi, en remplacement de Nouri al-Maliki, n’est pas nécessairement un signe positif car il fait partie de ceux qui avaient décidé de couper les budgets de notre région mais nous voulons laisser au gouvernement irakien une dernière opportunité de démontrer sa bonne volonté.

La totalité du Kurdistan n’est  pas sous le contrôle de la région autonome. Que se passera-t-il dans les districts contentieux?

Cela dépend des cas. Il y a des régions au sud de Kirkouk et de Diyala qui ont été largement arabisées par les régimes précédents et les réclamer n’aurait aucun sens. Pour d’autres districts contestés et actuellement sous protection Peshmarga, des référendums spécifiques auront lieu pour déterminer s’ils veulent se joindre au Kurdistan ou demeurer sous la souveraineté de l’Irak. Le problème de cette option est que le gouvernement irakien n’a plus accès à ces zones voisines de l’EI. Nous pensons toutefois que ces populations préfèreraient appartenir au Kurdistan plutôt qu’à l’EI. Il faut comprendre que l’état irakien n’existe plus que sur le papier. Il ne contrôle plus que les zones à majorité chiite.

L’indépendance du Kurdistan irakien a-t-il le soutien des puissances européennes et américaines?

Le Kurdistan irakien est une entité démocratique, tolérante et stable. Certains pays ont affirmé leur soutien, d’autres sont sur la réserve. Je pense que si l’EI perdure – ce qui parait être le cas –, ils comprendront que le rattachement à l’Irak n’est plus viable. Quoi qu’il en soit nous les remercions de leur soutien.

Les populations kurdes sont aussi présentes en Iran, en Syrie et en Turquie. Quelle sera votre attitude à leur égard?

Si nous accédons au statut d’état, nous respecterons les conventions internationales ainsi que la souveraineté des autres pays et leurs frontières. Nous ne proposons que des solutions pacifiques.

Quelles sont vos relations avec la Turquie?

L’Iraq est le deuxième partenaire commercial de la Turquie derrière l’Allemagne avec 12 milliards de dollars d’échanges dont 70% sont du fait du Kurdistan iraqien. Ce qui fait de nous un partenaire important de la Turquie. Il existe aussi des relations culturelles et politiques avec la Turquie et l’Iran. Nos dirigeants politiques se rendent visite mutuellement. Le 26 août, le Ministre des affaires étrangères iranien était à Erbil. Avant lui plusieurs ministres turcs sont également venus. Nous leur avons prouvé que nous ne représentons pas une menace, en particulier en ce qui concerne leurs populations kurdes dont nous soutenons toujours les résolutions pacifiques.

Quelles sont vos réserves d’énergie fossile?

Elles sont de l’ordre de 45 milliards de barils pour le pétrole et de 100 à 200 mille milliards de mètres cubes de gaz. Notre production est d’environ 200.000 barils/jour et nous comptons accroitre les exportations. Ces chiffres ne tiennent compte que des districts sous contrôle direct. En additionnant les réserves des autres districts kurdes, l’ensemble des réserves se monte vraisemblablement à environ 60 milliards de barils.

Comment se comparent-elles aux réserves irakiennes?

L’Irak détient à peu près 141 milliards barils en réserves et produit plus de 3 millions de barils/jour. Au cours des 10 dernières années, il a touché plus de 700 milliards de dollars de revenus de ses ventes. A se demander où ils sont passés.

Un premier pipeline vers la Turquie a été achevé fin 2013. Où en est le second?

Le deuxième pipeline, reliant les champs pétroliers de Taq Taq à Fishkabour, est encore en cours de construction. A l’heure actuelle, nous augmentons la taille et le nombre des stations de pompage pour accroitre les exportations encore plus rapidement.

Source AGEFI SUISSE 28/8/2014

http://agefi.com/dossier-redaction/detail-dossier-redaction/artikel/la-region-autonome-pourrait-semanciper-de-la-tutelle-de-bagdad-apres-referendum-elle-veut-toutefois-laisser-une-derniere-chance-a-lirak-380459.html

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