Art de la guerre monétaire et économique

L’imperméabilité russe aux sanctions

L’imperméabilité russe aux sanctions

La dette publique est à un plancher record. Les réserves de change sont abondantes et les banques bien placées pour faire face à court terme à des sanctions non liées à l’énergie.

Quel sera l’impact des sanctions économiques sur la Russie? Ce n’est pas la première intervention russe aux frontières de l’ex-URSS. En juillet 2008, le conflit entre la Russie et la Géorgie au sujet de l’Ossétie du Sud avait à peine été remarqué par les marchés de capitaux internationaux.

Cette fois-ci, la situation internationale est très tendue et comme la diplomatie occidentale réagit plutôt lentement, il semblerait que des sanctions économiques resteront en place pendant une longue durée. Reste à mesurer le risque d’une crise éventuelle de la dette ou de la devise, d’en quantifier l’impact sur les actifs russes et de décrire l’effet de sanctions réciproques sur l’économie de la Russie et de la zone euro.

L’économie russe est accablée de nombreux problèmes tels qu’un taux d’inflation élevé, une diminution du potentiel de croissance, la corruption et une répartition inégale des richesses. Mais le fait que la Russie soit mal classée en termes de gouvernance ne veut pas dire qu’elle se dirige vers une deuxième crise de ses banques ou de sa devise, comme c’était le cas en 1998 lorsque la Russie a fait défaut sur sa dette extérieure. La situation actuelle est différente puisqu’une gestion budgétaire prudente a fait baisser la dette publique à environ 15% du PIB, contre 99% en 2000.

En réalité, grâce à l’exportation d’hydrocarbures, la Russie a accumulé d’importantes réserves de change et a établi un fonds souverain qui détient actuellement environ 160 milliards de dollars, soit 8% du PIB russe. Cependant, l’aggravation des risques géopolitiques entraine une augmentation des sorties de capitaux et, de suite, une dépréciation du rouble et force la banque centrale à intervenir en vendant des réserves et en relevant ses taux. Par conséquent, au premier semestre 2014, les réserves de change russes ont chuté d’environ 40 milliards de dollars, soit 2% du PIB. Mais la situation n’est pas catastrophique puisque la banque centrale détient environ 460 milliards de dollars de réserves de change, ce qui lui permet de défendre la devise pendant une longue durée. Le rapport des réserves de la banque centrale à la dette extérieure totale reste positif en Russie, contrairement au cas de l’Ukraine qui se dirige lentement vers une crise de sa devise.

Des sanctions non liées à l’énergie à l’encontre de la Russie ne seraient pas très dommageables. A l’heure actuelle, la Russie représente, respectivement, 15% et 20% de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel. Bloquer les exportations d’énergie russes augmenterait les prix d’énergie internationaux et affecterait les économies occidentales alors même que l’hiver approche. Cette perspective réduit la probabilité de sanctions liées à l’énergie. Des sanctions sur d’autres exportations ne seraient pas trop dommageables pour deux raisons. Premièrement, seules 40% des exportations russes sont liées à des produits non énergétiques. Deuxièmement, les exportations représentent environ 20% du PIB russe, beaucoup moins que dans le cas de l’Allemagne (environ 45%), de la Belgique ou des Pays-Bas (environ 80%).

Quant aux banques russes, elles sont exposées, mais elles disposent de réserves suffisantes pour affronter les difficultés.

Les banques russes ont émis 65% de leurs obligations sur les marchés internationaux et la nouvelle série de sanctions financières risque d’affecter leur capacité de lever des capitaux. Trois banques russes ont déjà déposé une demande d’aide de l’État et d’autres pourraient les imiter si les sanctions étaient maintenues. Mais le secteur bancaire russe ne représente que 40% du PIB national, contre plus de 100% du PIB dans la zone euro. En outre, les banques russes ont un ratio de créances douteuses inférieur aux banques du reste de l’Europe de l’Est et un rendement des actifs supérieur.

Les prévisions à court terme du modèle fondamental indiquent qu’une forte dépréciation du rouble est plutôt improbable. Cependant, la faible croissance et la forte inflation ne prêtent pas à l’optimisme sur le long terme.

Projetant l’évolution du rouble sur la base de variables fondamentales et des risques politiques, nous sommes d’avis qu’à fin 2014, l’euro vaudra entre 46 roubles dans le scénario de base et 49 dans le scénario pessimiste, sous réserve que le conflit ne dégénère pas en guerre ouverte. A long terme cependant, la conjonction d’une forte inflation, d’une détérioration du taux de croissance, d’un relâchement des réformes et d’une gouvernance lacunaire pourrait peser de façon durable sur le rouble.

A cause d’informations trompeuses sur le conflit militaire, de la lenteur diplomatique et de l’attitude plutôt conciliante de l’OTAN, l’issue et le calendrier d’une résolution des tensions russo-ukrainiennes sont difficiles à prévoir, ce qui risque de se traduire par une forte volatilité des actifs russes sur le court à moyen terme.

La Russie n’est pas épargnée par les problèmes, son potentiel de croissance a fortement baissé, l’inflation reste élevée et les programmes concernant la gouvernance et les réformes ne prêtent pas à l’optimisme sur le long terme. Du côté positif, elle a d’importantes réserves de change et une dette publique d’une faiblesse exemplaire, ce qui protègera le pays des sorties de capitaux et des sanctions occidentales. Si l’impasse s’éternisait, cela affecterait aussi bien les banques russes que les pays d’Europe de l’Est qui dépendent de leurs exportations vers la Russie.

Tomasz orpiszewski geneviève hamende Candriam/ AGEFI SUISSE Mercredi, 10.09.2014

http://agefi.com/une/detail/artikel/la-dette-publique-est-a-un-plancher-record-les-reserves-de-change-sont-abondantes-et-les-banques-bien-placees-pour-faire-face-a-court-terme-a-des-sanctions-non-liees-a-lenergie-381433.html

Allemagne/L’orientation russe pas encore impactée

Mais Le commerce avec la Russie risque de ralentir au second semestre.

Les entreprises allemandes commerçant avec la Russie tiennent bon jusqu’ici, malgré les sanctions prises par l’Union européenne contre Moscou, mais s’inquiètent de leur impact sur le long terme, selon une étude publiée hier.

Deux tiers de ces entreprises tablent ainsi sur des résultats stables ou en croissance de leurs activités en Russie pour l’année 2014, selon un sondage conduit par la chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK). Le tiers restant s’attend à une chute significative de son activité.

«Au premier abord, nous pouvons dire que les affrontements politiques entre l’Union européenne et la Russie n’ont pour de nombreuses entreprises pas encore d’effet sur le commerce germano-russe», a déclaré Rainer Seele, président de la chambre du commerce extérieur germano-russe.

Mais «nous nous préparons à vivre un ralentissement de l’activité au deuxième semestre», a averti M. Seele, qui est également directeur de Wintershall, filiale de BASF très active en Russie.

L’étude porte sur 272 entreprises, sur le millier que compte la chambre du commerce extérieur germano-russe. Elles ont été interrogées dans le courant du mois d’août, après l’adoption d’un premier train de sanctions économiques à l’encontre de Moscou.

Parmi les entreprises interrogées, 58% estiment que la crise ukrainienne a un impact sur leur activité, et 38% expliquent être directement touchées par les sanctions entrées en vigueur début août.

«Le secteur des machine-outils est particulièrement touché», a indiqué M. Seele.

Près d’un quart des entreprises allemandes pénalisées le sont à cause de l’interdiction des exportations de biens industriels à usage civil et militaire, un autre quart du fait de la liste noire établie par l’Union européenne, qui interdit le commerce avec certaines compagnies russes. 14% disent être touchées par les sanctions sur les marchés fianciers, et 10% souffrent de l’embargo russe sur les produits agricoles venus de l’UE.

Cette étude intervient alors que l’UE vient d’approuver une nouvelle série de sanctions contre la Russie, qui devraient être effectives dans quelques jours. En représailles, Moscou menace de fermer son espace aérien aux compagnies européennes. Il est toutefois «trop tôt» pour mesurer l’impact de cette nouvelle escalade des tensions, a estimé M. Seele.

Malgré le contexte difficile, 73,3% des entreprises interrogées jugent le potentiel du marché russe, encore «fort» voire «très fort» sur le long terme.

L’Allemagne est traditionnellement le premier partenaire commercial européen de Moscou, mais pour la première économie européenne la Russie n’est que le dixième marché à l’export.

«Celui qui profite le plus de recul des relations commerciales entre l’Allemagne, l’Union européenne et la Russie, c’est la Chine», a assuré M. Seele.

Selon l’étude, 78% des entrepreneurs interrogés estiment que les sanctions européennes n’ont pas d’impact politique sur la Russie.

Afp 10/9/2014

1 réponse »

  1. Ceux qui ont voté les sanctions contre la Russie sont-ils prêts à partager leurs salaires mirobolants avec ceux qui ont perdu gagne-pain à cause de l’embargo?

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