Commentaire de Marché

L’illusion du schiste…

L’illusion du schiste…

leadimg

Depuis quelques jours, je mène une réflexion sur les investissements que je n’aime pas. Par bien des côtés, cela me semble tout aussi pertinent que de réfléchir aux investissements que nous aimons.

Au petit jeu du choix des secteurs d’investissements, il y a une carte que j’ai toujours du mal à prendre : c’est celle du gaz et pétrole de schiste, et plus particulièrement aux Etats-Unis. Je ne sais pas trop pourquoi, mais ce secteur me hérisse le poil et je n’en peux plus de lire des articles soulignant l’indépendance énergétique retrouvée, le miracle du gaz de schiste et les incroyables opportunités que cela offre ou encore le retour de la croissance américaine grâce à la fracturation hydraulique.

Peut-être est-ce un relent d’anti-américanisme ou bien de jalousie ? Ou encore une vague conscience écologique ? Peut-être…

Peut-être est-ce un relent d’anti-américanisme ou bien de jalousie ? Ou encore une vague conscience écologique ? Peut-être…

Reste qu’à ces arguments purement subjectifs s’ajoutent des arguments économiques, d’autant plus cruciaux que – cela ne vous aura pas échappé – le cours du pétrole est en fort recul depuis quelques mois et que toute l’industrie pétrolière en subit le contrecoup.

Le gaz de schiste américain, en convalescence difficile
Mais revenons en arrière. Au début des années 2000, les Etats-Unis se mettent à pratiquer de manière massive une technique d’extraction du gaz et du pétrole, la fracturation hydraulique. Cette technique était connue depuis plusieurs dizaines d’années mais les méthodes traditionnelles avaient jusque-là été privilégiées pour des raisons aussi bien économiques que techniques.

Evolution du cours du gaz et du pétrole américains
Evolution du cours du gaz et du pétrole américains

Mais en ce début des années 2000, les besoins ont bien changé. La demande énergétique mondiale s’envole portée par des pays émergents en pleine frénésie de croissance. En outre, les techniques s’améliorant, des producteurs se lancent dans l’exploitation des réserves non-traditionnelles.

La première phase d’exploitation s’est concentrée sur le gaz

La première phase d’exploitation s’est concentrée sur le gaz. A partir de 2003, au moment où l’exploitation du gaz de schiste est devenue significative, jusqu’à la crise de 2008, le cours du MBtu (une des mesures les plus usées) a évolué au-dessus des 5 $, avec d’impressionnants pics vers les 12 $ et même les 15 $.

Le cours élevé du gaz a stimulé l’investissement dans le domaine du gaz de schiste américain. Toutes les majors se sont précipitées vers ce qui apparaissait comme le nouvel Eldorado de l’énergie. Une multitude de petits explorateurs et producteurs sont apparus, tels des champignons après la pluie.

La crise de 2008, et l’effondrement des prix de l’énergie, a balayé le château de cartes qui s’est construit au-dessus des réserves américaines de gaz de schiste

La crise de 2008, et l’effondrement des prix de l’énergie, a balayé le château de cartes qui s’est construit au-dessus des réserves américaines de gaz de schiste. Comme vous pouvez le constater ci-dessus, le cours du gaz a chuté, passant même sous la barre des 2,5 $ en 2009.

Entre la baisse de la demande mondiale liée à la crise et le boom de production lié à l’exploitation des réserves non-conventionnelles, le marché du gaz a eu du mal à s’en relever.

Les majors s’en sont sorties avec quelques plumes ébouriffées. Certaines d’entre elles, comme Total, ont même pris leurs cliques et leurs claques et se sont retirées du secteur. Pour les plus petites sociétés, l’effondrement du cours du gaz a été une véritable catastrophe, et tout particulièrement pour celles qui ne disposaient pas d’une trésorerie suffisante et/ou étaient fortement endettées.

Le secteur gazier ne s’est toujours pas complètement relevé de cette tempête. La véritable reprise des cours du gaz est constamment repoussée

Le secteur gazier ne s’est toujours pas complètement relevé de cette tempête. La véritable reprise des cours du gaz est constamment repoussée. Les derniers rapports sur le sujet estiment maintenant que les cours du gaz (américain car la situation est toute autre dans le reste du monde) ne repartiront fortement à la hausse qu’à partir de 2016.

A cette date, les premiers terminaux américains d’exportation de GNL vont entrer en activité. L’autorisation d’exportation du gaz américain devrait en effet faire mécaniquement augmenter leur cours sur le territoire US.

Reste que cette autorisation est encore délivrée au compte-goutte et que de nombreuses voix s’élèvent contre cette ouverture qui va pénaliser financièrement entreprises et particuliers.

– See more at: http://quotidienne-agora.fr/2014/11/04/gaz-de-schsite-etats-unis/#sthash.SS81FrPa.dpuf

Mais qu’en est-il du pétrole de schiste ?

Le pétrole, plus résistant… jusqu’où ?
La seconde phase d’exploitation des ressources non-conventionnelles concerne cette fois le pétrole de schiste. Tout comme le gaz de schiste, les médias se sont emparés du phénomène et l’ont – de mon point de vue du moins – monté en épingle.

Certes, oui, les Etats-Unis sont devenus ou sont sur le point de devenir les premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole, mais ce rang va être difficile à tenir alors que les champs conventionnels s’épuisent extrêmement vite

Certes, oui, les Etats-Unis sont devenus ou sont sur le point de devenir les premiers producteurs mondiaux de gaz et de pétrole, mais ce rang va être difficile à tenir alors que les champs conventionnels s’épuisent extrêmement vite.

Tout comme le secteur du gaz de schiste, le pétrole de schiste a subi le contrecoup de la crise de 2008. Mais les cours du baril s’étant rapidement repris, la croissance du secteur a été relancée dès 2009-2010.

Une menace supplémentaire pèse sur le secteur pétrolier américain : la chute des cours du brut – en baisse de 25% depuis cet été

La fin du pétrole de schiste ?
Aujourd’hui, une menace supplémentaire pèse sur le secteur pétrolier américain : la chute des cours du brut – en baisse de 25% depuis cet été. Bis repetita… Alors allons-nous assister à une nouvelle déflagration sur le secteur des énergies non-conventionnelles ? C’est fort possible.

La question cruciale, vous vous en doutez, c’est l’estimation des coûts de production des exploitants pétroliers et leur seuil de rentabilité. L’Agence internationale de l’Energie s’est penchée sur la question. Elle en a conclu que 4% de la production de pétrole de schiste américain avait un seuil de rentabilité supérieur à 80 $ le baril. Ce qui veut dire qu’actuellement, seuls ces 4% sont réellement menacés par la baisse des cours. Au niveau mondial, ce ne sont que 3% de la production qui sont menacés quand le cours du pétrole passe sous les 80 $.

Les chiffres de l’AIE sont plutôt rassurants pour ceux qui ont misé sur l’exploitation de pétrole de schiste américain : nous ne devrions pas assister à des fermetures de puits en série comme ce qui s’était passé pour le gaz en 2008-2009.

Mais que peut-il se passer si les cours du baril continuent de chuter ?

Mais que peut-il se passer si les cours du baril continuent de chuter ? La question est d’autant plus légitime que le pétrole chute à nouveau depuis quelques jours. Le baril américain est passé sous les 77 $… pour la première fois depuis août 2010 ! Quant au Brent, le pétrole de la mer du Nord, il tourne aujourd’hui des 82 $, là encore un plus bas datant de 4 ans.

Avec un pétrole autour de 60 $, l’AIE estime que ce sont 18% de la production américaine qui seront alors non rentables.

Arrivé à ce point de ma démonstration, vous vous dites peut-être que le secteur du pétrole de schiste américain est plutôt bien armé pour résister à une chute des cours, même accentuée ou prolongée.

Les investissements dans le secteur pétrolier ou gazier cessent avant que la rentabilité ne soient remise en cause. C’est ce qui s’est passé en 2008-2009 pour le gaz

Sauf que… l’expérience nous prouve – comme le rappelle un article de GaveKal sur le sujet – que les investissements dans le secteur pétrolier ou gazier cessent avant que la rentabilité ne soient remise en cause. C’est ce qui s’est passé en 2008-2009 pour le gaz et c’est aussi ce que nous observons depuis quelques mois dans le domaine de l’exploration pétrolière. Les producteurs deviennent réticents à investir quand ils constatent que le mouvement sur les cours est baissié. Cette réaction est bien sûre de courte vue mais elle est parfaitement compréhensible.

Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Je maintiens donc mes nombreux avertissements de prudence à ceux d’entre vous qui seraient tentés par le pétrole de schiste américain.

Outre la question de l’épuisement rapide des réserves, les nombreux obstacles qui pèsent sur une possible exportation de la production gazière et pétrolière du pays, la baisse des cours du pétrole a toute les chances de réduire fortement les investissements dans le domaine.

Les juniors seront évidemment les premières à pâtir du resserrement du robinet des investissements, accentuant le risque de fermeture de puits ou de faillite

Les juniors seront évidemment les premières à pâtir du resserrement du robinet des investissements, accentuant le risque de fermeture de puits ou de faillite. Si vous êtes tout de même tentés par l’énergie non-conventionnelle, privilégiez les sociétés qui :
1. ont des coûts de production bien maîtrisés
2. n’ont pas ou peu de dettes
3. ont de la trésorerie…

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 http://quotidienne-agora.fr/2014/11/05/petrole-schiste-etats-unis-2/#sthash.lCqUJgzY.2YQqzgZJ.dpuf

2 réponses »

  1. La fracturation hydraulique se pratique depuis les années 1970 mais en forages verticaux nécessitant un grand nombre de puits pour extraire le gaz de la roche rendue perméable. C’est la possibilité d’orienter les forages de la verticale a l’horizontale qui est la révolution technique pratiquée depuis le début des années 2000 qui est à l’origine de l’explosion des gaz de schiste aux US notamment à Marcellus shale et à Bakken et demain Utica sous Marcellus. Plus la possibilité de faire plusieurs sondages radialement depuis la même plateforme de forage. Le prix relatif par rapport au pétrole à peu d’importance. En revanche je vous suggère le dernier livre de Naomi Klein « this changes everything ». Gros livre avec des centaines de références à chaque chapitre. j’ai lu avec passion l’introduction et la conclusion. C’est suffisant et la consultation des références. Cordialement.

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