Art de la guerre monétaire et économique

A propos du franc suisse et de la chute de l’euro; le mythe fracassé! Par Bruno Bertez

A propos du franc suisse et de la chute de l’euro; le mythe fracassé! Par Bruno Bertez

Nous vous proposons de tirer un enseignement de portée générale de l’envolée du Franc Suisse. Tout cela était prévu et prévisible, et pas seulement pour les plus grands et les plus expérimentés. Le simple bon sens conduisait à penser qu’à partir du moment où la situation de l’Europe continuait de se détériorer, la BCE ouvrirait de plus ne plus le robinet monétaire ; ce qu’elle s’apprête à faire. Comme l’argent a la fâcheuse tendance de suivre la plus grande pente de son propre intérêt ; pas besoin d’être Soros pour imaginer qu’il se précipiterait en Suisse et ferait sauter le verrou du Peg malencontreusement mis en place par la BNS.

Il y a moins d’un mois, le 20 Décembre, nous avons diagnostiqué: « La Grande Réconciliation Commence ». Nous pointions bien entendu le pétrole et la chute de son prix. Nous avons expliqué que la Réconciliation, c’est quand les fausses valeurs s’effaçaient et laissaient la place aux prix de marché. Aux prix qui découlent de la confrontation des offres et des demandes physiques. Les Peg, les prix artificiels ne durent qu’un temps, comme le dit un vieil adage boursier, tout ce qui est soutenu finit toujours par tomber.

En d’autres temps nous avons présenté les choses autrement, nous avons expliqué que les crises, c’était lorsqu’un invariant devenait variable, quand il cédait. Quand les marchés fonctionnent, ils permettent la découverte des prix, et ceux-ci s’ajustent progressivement, peu à peu à l’évolution des situations. Les écarts entre la situation fondamentale et les prix de marchés peuvent bien sur exister, mais au fil du temps, ils se corrigent, se compensent, les surévaluations succèdent aux sous-évaluations.

Les opérations de Rigging, de contrôle des prix peuvent quelque fois réussir bien sûr, mais pour cela il faut que des mesures fondamentales correctives soient prises et que ces mesures soient capables de restaurer les équilibres qui sont à l’origine de l’intervention manipulatrice. Le Rigging ne peut être éternel, il est une sorte de pont, de béquille qui, par définition doit être temporaire. Non seulement il ne peut durer, mais il ne peut supporter une aggravation de la situation boiteuse. Or c’est ce qui est arrivé en Europe, les déséquilibres et dysfonctionnements s’amplifient. Un risque de crise se profile car la situation des pays du sud est totalement artificielle et la rechute de la Grèce favorise les prises de conscience. Tout le monde sait que les marchés de taux, la convergence actuelle des dettes souveraines, ont pour seule origine l’intervention ou les assurances de la BCE et que  bientôt, il va falloir faire plus pour échapper à la Réconciliation. D’autant que le différentiel de croissance entre les Etats-Unis et l’Europe va déstabiliser et déstabilise déjà les marchés de capitaux.

Ici la Banque Nationale Suisse a tenté de devancer la crise qui menaçait en  laissant filer le Franc Suisse. La perspective d’un lancement d’opérations de type QE par la BCE n’a pas laissé d’autre choix à la BNS, elle risquait d’être submergée, engloutie. Une décision de la Cour Européenne de Justice  (ECJ) favorable à Draghi et contraire aux attentes des orthodoxes allemands a mis le feu aux poudres. On va vers un round de « Printing » en Europe.

La folie des constructivistes, des manipulateurs de marchés, c’est cela: mettre du fixe sur du variable, du mort sur du vif et de s’opposer aux mouvements qui conduisent aux équilibres. La taille du bilan de la BNS en regard de l’économie Suisse ne laissait pas d’autre choix que celui de dire « pouce »… Ce n’est pas la spéculation et Soros qui ont gagné, c’est le poids du réel. D’ailleurs la spéculation s’est fait prendre à contre-pied. La défaite de la BNS, c’est la revanche du réel, de la pesanteur, de la gravitation sur la toute-puissance illusoire.

C’est aussi un choc psychologique et c’est peut -être ce qui est le plus important.. C’est un choc mondial. Le mythe de la toute-puissance des Banques Centrales s’est fracassé. Nous avions évoqué cette question récemment, pressentant déjà ce qui était en cours : l’érosion, la multiplication des fissures dans le mythe.

La tenue des marchés,  en dernière analyse,  avons-nous expliqué repose sur cela: la croyance en la toute-puissance des Banques Centrales. On vient d’administrer la preuve, coûteuse, qu’elles ne sont pas omnipotentes. Et c’est cela qui nous parait essentiel. La décision de la BNS est, pour beaucoup, un apprentissage, ils viennent de comprendre que les promesses et les engagements des Banquiers Centraux ne sont jamais que circonstanciels, les vieux financiers le savent depuis longtemps, mais il y a beaucoup de jeunes naïfs. Les Pouvoirs, dans nos systèmes se sont arrogé le droit de mentir au nom du soi-disant intérêt général.

Il y a encore beaucoup d’invariants à faire tomber, beaucoup de mythes qui ont la vie dure. En particulier,  Il y a :

  • -le maintien de l’euro, son existence même.
  • -le niveau des taux.
  • -le niveau du prix du risque.
  • -le contrôle du prix de l’or.
  • -la sécurité des dépôts bancaires.
  • -la libre circulation des capitaux.
  • et même le droit de propriété !

Le prix de l’or est évidemment « rigged », manipulé et c’est « normal », c’est un prix central du Système. Il conditionne la confiance et donc la demande adressée aux monnaies papiers. Tant que l’on croit, tant que les marchés croient que l’on peut contrôler le prix de l’or, la demande de monnaies-papiers  et de fonds d’Etat reste forte. Les taux des emprunts souverains bénéficient de cette absence d’alternative, ils sont au plancher. Tout est lié. 

BRUNO BERTEZ Le Samedi 17 Janvier 2015 

illustrations et mise en page by THE WOLF

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8 réponses »

  1. Leçon de foot-ball… 🙂
    Le dribble
    L’attaquant ballade son adversaire et passe du côté opposé où le défenseur bascule
    c’est le contre-pied
    Et c’est jamais vous qui avez le ballon!!!
    La photo des jumeaux et sa légende
    un sommet!!!

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  2. Je crois que l’analyse de la réconciliation est prématurée. Nous sommes dans une guerre monétaire et la BNS effectue ici un contraint mais simple repli tactique a cause de l’iminence du QE de la BCE. Elle se donne par ailleurs du pouvoir d’achat mais elle est déjà gorgée d’euros et supporte au delà du risque de change dont tout le monde parle, un risque de taux bien supérieur. Le véritable peg est là…A court terme ce risque ne semble pas pouvoirs se matérialiser. Ceci dit les allemands ne laisseraont pas faire un QE open bar et si la situation venait à s’améliorer en zone euro ce qui n’est pas impossible vu l’ampleur des évolutions de change et de la baisse du pétrole alors l’euro remonterait mais les taux aussi et il n’est pas sur que la BNS sorte gagnante.

    Pour moi la politique de la BNS n’était pas forcément bonne mais elle a perdu sa crédibilité en en changeant en seulement quelques heures. Elle prouve qu’elle est devenu un hedge fund et qu’elle spécule elle-même. Aujourd’hui pour qu’elle réussisse ce qu’il convient de qualifier de pari, il faut selon moi que le franc suisse redescende au moins sur 1.10-1.15 contre euro d’ici la fin de l’année et surtout que les taux ne remontent pas trop. Ce n’est pas gagné. Sinon elle devra matérialiser des pertes qui l’obligeront à se recapitaliser.

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  3. Excellent article qui résume très bien la situation.
    Et la BNS doit savoir des choses que nous ignorons pour avoir agi ainsi.
    Et un retrait gradué était tout simplement impossible, vous dites juste au marché « on va enlever le PEG, fermez vos positions shorts et faites-vous des grosses marges avec vos énormes leviers ».
    Et les hedge Fund n’ont qu’à pas faire mumuse avec des leviers de 100 !

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  4. Cela a l’avantage de nous donner au moins une indications. La BNS a deja racheté trop d’euros et que beaucoup trop d’euros cherchent a s’évader,se mettre a l’abris. On se demande bien pourquoi 🙂 🙂 🙂

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