Art de la guerre monétaire et économique

Le clash des civilisations/ L’élément déclencheur/Si les rêves étaient pain et poisson- Par James Howard Kunstler

Le clash des civilisations Par James Howard Kunstler

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Le grand rassemblement parisien a été quelque peu fortifiant, mais il se peut aussi qu’il ait révélé une triste idée fausse de l’idéalisme occidental : les bonnes intentions suffiront à protéger les proies faciles. La guerre mondiale qui se prépare n’aura rien à voir avec les deux précédentes. Face au barbarisme néo-médiéval, l’Occident est une proie idéale. L’Occident tout entier est une proie facile.

Les récriminations fusent – comme s’il s’agissait d’une compétition de Dancing with the Stars – et beaucoup demandent à ce que le massacre de Charlie Hebdo ne soit pas surnommé le onze septembre français. C’est d’abord une question de proportion, disent-ils. Nous avons d’un côté douze morts, de l’autre 2977, et n’oublions pas que les tours jumelles se sont aussi effondrées comme des soufflés dans Manhattan au beau milieu de la cohue matinale. Il est intéressant de voir comment l’Occident se torture les méninges au point de tomber dans la neurasthénie.

Les appels à l’unité forcent la question suivante : pour ou contre quoi ? Des appels similaires ont pu être entendus à Ferguson, dans le Missouri, suite aux émeutes et à la commotion qui a suivi la décision du jury sur l’affaire Eric Garner. Des appels assez déconnectés de la réalité du ghetto, comme si unité était synonyme d’aller manger un bout tous ensemble. Les manifestants ont bien rapidement fait comprendre à tout le monde que l’idée n’était pas de leur goût. Si les politiciens français s’imaginent qu’un Etat fraternel pourra se former en un claquement de doigts entre les masses d’islamistes aliénés et le reste des citoyens, ils sont sur le point d’être déçus. La méfiance se renforce dans les deux camps, et puis de toute façon, je doute que c’est de ce genre d’unité qu’ils parlaient. En Allemagne, ils n’ont pas besoin d’aller chercher très loin pour se souvenir de l’efficacité effroyable de la purification hitlérienne de la scène sociale, basée sur un principe sombre qui demeure essentiellement inexpliqué après tant d’années et des dizaines de milliers de livres écrits sur le sujet. Il semblerait qu’Hitler s’en soit pris à un groupe qui ne faisait rien pour perturber l’ordre public. S’il est une chose qui soit évidente, c’est que les Juifs ont contribué plus que quiconque à la culture, au savoir et à la science occidentale.

Il est bien compris que l’Histoire ait des saisons qui ont un dynamisme mystérieux et implacable sur lequel les Hommes ne peuvent que se laisser emporter en espérant ne pas se retrouver écrasés. En arrière-plan des perturbations actuelles, il y a non seulement la montée du fondamentalisme religieux, mais aussi l’effondrement imminent de la machinerie qui a pu enrichir la plus grosse économie islamique de notre ère : la machine pétrolière. C’est le pétrole qui a permis aux populations du monde islamique de prospérer dans un désert aride à la fin du XXe siècle. Mais cette orgie de richesses touche à sa fin. Et il en sera bientôt de même pour la capacité de la région à supporter les populations qui l’occupent.

La violente poussée de la fureur islamiste est généralement un symptôme de l’agonie de la région, qui se fait déjà ressentir par la désintégration d’un Etat-nation après l’autre de part et d’autre du Nord de l’Afrique et du Proche-Orient. L’Arabie Saoudite sera l’un des derniers dominos à tomber puisqu’elle bénéficie encore du soutien des Américains. La théorie actuelle est que l’Arabie Saoudite pourra vivre d’un pétrole à 40 dollars puisqu’elle dispose déjà d’importantes réserves de cash. Mais c’est une idée qui semble être plus un schéma de principe. Bien avant que l’Arabie ne fasse faillite, elle fera face à des conflits internes entre les clans et princes qui se trouvent ne pas être les descendants de Mohammed bin Saoud –soit 15.000 des 29 millions d’habitants du royaume, et seulement 2.000 de ceux qui appartiennent au cercle du pouvoir. Le roi Abdullah a plus de 90 ans, et il n’y a plus rien aujourd’hui que sa fragile carcasse pour tenir tout en place.

Ce sont des problèmes qui se répercutent aujourd’hui en Occident. L’Occident fait lui-même face à des crises terminales quant à ses réserves de pétrole et en raison de la relation, vieille d’un siècle, entre le pétrole et la finance dans la création de dette. L’armature bancaire se défait aussi sûrement que les Etats-nations musulmans du XXe siècle, qui pour la plupart sont la création de l’Occident. La guerre qui nous attend sera une course vers le fond du gouffre, où le projet humain devra être réinitialisé et établir les règles d’une vie au-delà de toute sauvagerie.

Kunstler.com/24hold.com Publié le 15 janvier 2015

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-le-clash-des-civilisations.aspx?article=6236624854H11690&redirect=false&contributor=James+Howard+Kunstler.&mk=2

L’élément déclencheur Par James Howard Kunstler

Kunstler.com/24hgold  Publié le 13 janvier 2015

La futilité de la politique aux Etats-Unis est désormais telle que le public s’est laissé porter exactement dans cet état de songe et de soif de sang que nous décrivent tant de films populaires, un cauchemar de décadence, d’absence de pouvoir, de dégénérescence qui correspondent parfaitement à la condition même de la sphère politique américaine délabrée qui a perdu tout état de conscience et ne cherche plus qu’à infecter les foules saines, qui peu à peu s’amenuisent. Presque personne dans ce pays ne pense plus que nous puissions gérer nos propres affaires.

Mais le pouvons-nous ? L’un des signes d’une culture en état d’explosion est la perte du sens de conséquence. Les évènements semblent se succéder sans que personne se soucie réellement des chaines de décision et d’évènements. Beaucoup de choses se passent, et plus rien n’a d’importance.

L’une des raisons pour lesquelles cela nous arrive aujourd’hui est que nous avons permis à la réalité de se séparer de la vérité. Karl Rove ne faisais pas de blagues, lorsque pendant l’ère Bush-2, il nous annonçait que nous avions « créé notre propre réalité ». Ce que Karl n’a pas dit, c’est que tout ça a un prix. Sur le court terme, nous pouvons peut-être prétendre disposer de superpouvoirs et agir à l’encontre de toute logique. Mais sur le plus long terme, notre vision du monde est si différente des faits du monde réel que plus rien ne peut continuer de fonctionner.

La tragédie de Barack Obama, c’est qu’il a poursuivi les bases de la doctrine de Karl Rove sans pour autant en parler. Je ne sais pas s’il est un otage, un costume vide ou un imbécile, mais il n’a fait que renforcer l’idée qu’il soit possible de mentir à propos de n’importe quoi. Les activités criminelles ont-elles rongé le système bancaire des années durant ? Ne vous en souciez donc pas. L’économie des Etats-Unis ne se contracte-t-elle pas plutôt que de traverser une reprise ? Contentons-nous d’inventer des chiffres. Les fonctionnaires des Etats-Unis se sont-ils comportés en criminels de guerre Nazis face à leurs prisonniers ? Oui, et alors ? Le Département d’Etat et la CIA ont-ils renversé le gouvernement élu ukrainien afin de donner lieu à un nouveau conflit complètement inutile avec la Russie ? Peut-être, mais qui s’en soucie ? L’Affordable Care Act n’était-il rien de plus qu’une escroquerie au service du racket du monde de l’assurance et pharmaceutique ? Nous le lirons une fois qu’il aura été voté. Oh, et le pétrole de schiste nous rendra énergiquement indépendants (ou non).

Avez-vous remarqué la manière dont ces incongruités percolent avec l’attention du public avant d’être pour toujours oubliées, comme des rêveries, sans résolution aucune ? J’ai déjà abordé ce sujet par le passé parce qu’il représente, selon moi, le plus gros échec d’Obama : quand la Cour suprême a décidé que les corporations étaient autorisées à exprimer leurs convictions politiques en achetant des politiciens, pourquoi le président n’a-t’il pas rejoint le Congrès, à l’époque majoritairement démocratique, pour proposer une loi ou un amendement capable de redéfinir la différence entre l’identité des corporations et la condition de citoyenneté ? Comment un avocat constitutionnel a-t’il pu passer si loin de la réalité selon laquelle les corporations n’ont légalement et explicitement aucune obligation, aucun devoir et aucune responsabilité s’accordant avec l’intérêt du public ? Pourquoi cette évidence n’a-t’elle pas sauté aux yeux de quiconque ? Et pourquoi personne n’a cherché à rectifier cette erreur ?

Voilà qui force la question suivante : où sont les opposants à l’idée que les évènements se suivent sans que plus aucun n’ait d’importance ? Où sont les figures politiques capables de se mobiliser suffisamment longtemps, et de s’exprimer avec assez de clarté, pour graver dans l’esprit du public le besoin de faire la différence ? Les adeptes des théories de la conspiration pourraient dire que l’appareil de sécurité nationale (la NSA et ses servants) et Wall Street sont à la tête du pays et suppriment d’une manière ou d’une autre toute forme d’opposition. Je n’y crois pas du tout. Les cultures traversent des épisodes tragiques, elles perdent pieds, ou la volonté d’être honnêtes envers elles-mêmes.

Aux dernières nouvelles, Mr Jeb Bush est bien au-devant de ses rivaux républicains à l’approche des nominations présidentielles. Un grand pas pour la bataille des dynasties. Bush versus Clinton 2016. Je suppose que cette possibilité insultante réveillera les Américains aux cervelles endolories et les sortira finalement de leur torpeur. Un troisième parti fera son apparition. Il pourra être bon comme mauvais, mais il fera voler en éclat la nature actuelle du système. Et il le devrait.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-l-element-declencheur.aspx?contributor=James+Howard+Kunstler.&article=6181577142H11690&redirect=False

Si les rêves étaient pain et poisson Par James Howard Kunstler

Kunstler.com/24hold.com Publié le 12 janvier 2015

Janet Yellen et son conseil fédéral de spécialistes du présage auraient tout aussi bien pu déverser un seau d’entrailles de chèvre dans les escaliers du mystérieux Eccles Building plutôt que de disséquer et couper en dés les ramifications possibles de l’altération de leur précédente déclaration relative à une « période de temps considérable » (nécessaire avant de voir grimper les taux d’intérêt) en faveur d’un impératif plus simple, nommément la « patience ». Une censure destinée à tous ceux qui auraient un trop grand besoin de clarté – entendez donc que la Fed ne débranchera pas la machine qui maintient en vie l’opération de rackets que le système bancaire est aujourd’hui devenu. 

La mention insignifiante de « patience » a provoqué un véritable délire sur les marchés, qui ont enregistré de nouveaux records. Derrière toutes ces absurdités cérémonielles se cache la sombre suspicion que la Réserve fédérale n’a vraiment pas idée de ce qui se passe réellement, et aucune idée de ce qu’elle fait. Et en l’absence d’un tel savoir, Mme Yellen et autres éminences collégiales ont généré une logique élaborée d’inaction. 

La vérité, c’est que suffisamment de mesures ont déjà été prises. Elles se sont succédées sous forme de vagues d’interventions qui n’ont rien fait de plus que détruire les agences de marché de manière à ce que personne ne puisse plus faire la différence entre les prix et les attentes. Comme par coïncidence, cette période de l’année est une saison d’attentes, notamment pour les gestionnaires monétaires chargés de polir les portefeuilles de leurs clients au son des chants de Noël et des bouchons de champagne qui sautent. Mme Yellen s’est déguisée en Père Noël avant d’aller s’entretenir avec les médias la semaine dernière. 

Et, pas si loin, la catastrophe fait rage, les situations dégénèrent sous prétexte d’accroître le contrôle. Il se passe quelque chose dans le Mordor des produits dérivés, ce monde de ténèbres non-régulé où des promesses sont faites sans jamais être tenues. Les devises ne peuvent s’effondrer dans plus d’une poignée de pays dans le même temps qu’hululent les taux d’intérêts sans que les swaps n’en pâtissent. Beaucoup de plaies se sont ouvertes, que nous n’avons pas encore découvertes. 

La Réserve fédérale roule sur les vapeurs de sa crédibilité perdue. Elle nous demande d’être patients, mais les autres institutions et ceux qui les dirigent pourraient ne pas en disposer suffisamment et commencer à se protéger. Quand les devises prennent feu, même une panique bancaire n’est plus que futilité. La pourriture se propage depuis les marges vers le centre. Dans un monde d’obligations papier oxydables, le dollar papier n’est pas une forteresse, il n’est rien de plus qu’une pile de boîtes vides enveloppées d’aluminium et exposées dans un centre commercial qui fera dès la fin des vacances l’objet d’une saisie. Ou peut-être qu’un ado décidera d’y mettre le feu. Les vigiles attendent toujours leur salaire du mois dernier et sont trop occuper à boire dans le local poubelle. 

Il se passera au moins quelques mois avant que la Fed n’ose commencer à réimprimer, et beaucoup de choses pourraient se passer d’ici là. Si le QE devait revoir le jour – et il est très tenté de le faire, toute sa crédibilité sera finalement perdue. Quelle opportunité merveilleuse pour un autre pays, disons un pays dont la devise est en difficulté, serait alors l’introduction d’une nouvelle devise garantie par l’or ? Une hypothèse pas impossible. Cette nation pourrait être exportatrice de pétrole, un bien dont même une économie en dépression a besoin. Cette nation hypothétique pourrait avoir peur d’être secouée par les Etats-Unis, avec ses vizirs et ses grands diseurs de présages, ses multitudes de coupes de cheveux à la recherche de cervelles. 

Très bonne nouvelle année à tous et, en ce début d’année, faites attention à ce que vous espérez.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-si-les-reves-etaient-pain-et-poisson.aspx?contributor=James+Howard+Kunstler.&article=6176590156H11690&redirect=False

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