Art de la guerre monétaire et économique

Suisse: Le secteur financier se révolte contre les taux négatifs et met la BNS sous pression/ Les taux négatifs, un casse-tête pour les institutions de prévoyance/ Le financement du deuxième pilier est menacé par les taux

Le secteur financier se révolte contre les taux négatifs et met la BNS sous pression

Par Yves Hulmann Zurich/ Le Temps 4/5/2015

Banquiers et assureurs critiquent vertement la BNS. Les taux négatifs sont accusés de pervertir l’économie. Tour d’horizon des secteurs touchés

Au fil des jours, les critiques enflent à propos des taux négatifs instaurés en janvier dernier par la Banque nationale suisse (BNS).

La mesure, destinée à empêcher l’appréciation du franc face à l’euro et au dollar, réduit dangereusement les rendements des placements, déplorent les caisses de pension. Les taux négatifs induisent aussi des distorsions entre établissements bancaires, pénalisant surtout les banques privées actives dans la gestion. «Nous, banquiers privés, voyons des millions s’envoler à cause des intérêts négatifs», regrette Michel Dérobert, de l’Association des banquiers privés suisses. «La BNS a créé une distorsion manifeste de concurrence aux dépens des banques spécialisées dans la gestion de fortune, au profit des banques universelles. Ce phénomène encourage les clients à déplacer leurs comptes et les banques à prendre plus de risques.»

Sous pression, la BNS tente de calmer le jeu en indiquant que les taux négatifs resteront une mesure «temporaire», comme l’a affirmé son président, Thomas Jordan, lors de l’assemblée générale fin avril. Mais quels sont les effets des taux négatifs sur les Suisses – en tant qu’assurés du 2e pilier, comme emprunteurs sur le marché immobilier ou en tant que consommateurs?

Les prix baissent pour les consommateurs…

A la mi-mars, Thomas avait minimisé l’effet des taux négatifs sur les épargnants. Ceux-ci profitent en effet aussi du fort recul des prix en 2015. Ernst Baltensperger, professeur d’économie à l’Université de Berne, admet que l’épargnant réalise un rendement faiblement positif si le recul des prix est plus marqué que le taux négatif. Mais le professeur, qui a compté Thomas Jordan parmi ses élèves, s’inquiète des effets secondaires des taux négatifs sur les caisses de pension et sur les décisions d’investissement en général.

… mais ces derniers sont pénalisés via le 2e pilier

L’instauration de taux d’intérêt négatifs, qui s’ajoute à la faiblesse des rendements obligataires, pénalise encore davantage les caisses de pension. Faute de pouvoir placer de l’argent dans les obligations d’Etat jugées sûres, qui ne rapportent plus rien, certaines d’entre elles, comme la BVK, la Caisse de pension du canton de Zurich, envisagent d’octroyer directement des crédits immobiliers non seulement à leurs assurés mais aussi à des clients tiers. D’autres pourraient se mettre à investir dans des placements plus risqués comme les actions, l’immobilier et les infrastructures.

Les taux négatifs empirent les problèmes financiers existants des caisses de pension (taux de conversion trop élevés, allongement de la vie), à tel point qu’un professeur saint-gallois, Martin Eling, annonçait récemment dans le Financial Times: «Si nous continuons comme cela pendant dix ans, les caisses de pension [suisses] seront en faillite.»

Pas de rabais sur les hypothèques

Si certains emprunteurs pensaient pouvoir profiter des taux négatifs, ils ont rapidement déchanté. Après le 15 janvier, les banques ont relevé le coût de leurs hypothèques à taux fixe. Elles justifient cette adaptation en raison de frais de couverture plus élevés. Pour se protéger contre le risque de fluctuation des taux, une banque procède à deux transactions: elle emprunte à un autre institut un montant donné à long terme, par exemple 1 million sur 10 ans. Simultanément, elle lui prête d’autre part la même somme à court terme, par exemple à 6 mois. La première transaction lui coûte, alors que la seconde lui rapporte. Du moins en situation normale. Or, en raison des taux négatifs, la seconde transaction est également devenue un facteur de coût. La banque paie non seulement pour emprunter à 10 ans mais aussi pour placer son argent à court terme.

Des taux négatifs jusqu’à quand?

Ernst Baltensperger s’attend, tout comme Kurt Schiltknecht, ex-chef économiste de la BNS, à ce que l’institut profite de la première occasion pour renoncer aux taux négatifs. Par exemple, à la fin du programme de rachat d’actifs de la BCE prévu jusqu’à septembre 2016? Il ne faudra pas forcément attendre jusque-là. Les premières hausses des taux de la Réserve fédérale aux Etats-Unis pourraient déjà inverser la tendance: «Quand la Fed commencera à resserrer sa politique monétaire aux Etats-Unis, cela apportera une détente sur le front des taux mondialement», anticipe le professeur. A condition que le récent ralentissement de l’économie américaine ne repousse pas aux calendes grecques la remontée des taux.

Les taux négatifs, une anomalie financière rare

Ceux qui veulent détenir des francs suisses doivent désormais payer. Explications sur le mécanisme mis en œuvre par la BNS

Payer pour prêter de l’argent à quelqu’un. Ou encore, prêter une somme en sachant pertinemment qu’à l’échéance de l’emprunt on est certain de ne pas récupérer l’entier de sa mise.

C’est étrange? C’est l’effet que produisent les taux négatifs. Une anomalie financière rare, voire très rare, que la Banque nationale suisse (BNS) est en train d’expérimenter. Objectif: contrer l’appréciation du franc.

En effet, des taux négatifs sont censés décourager les investisseurs à détenir du franc suisse dans leurs comptes. Ils en veulent quand même? Eh bien, qu’ils paient. Tel est le régime en vigueur dans le pays depuis fin décembre.

Concrètement, la BNS a abaissé la marge de fluctuation du Libor à trois mois, aussi appelé taux de référence, à -0,25%. Ce taux sert de baromètre dans le marché interbancaire. Puis, lorsque la BNS a aboli, le 15 janvier, le cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro, elle a poussé son taux plus profondément dans le négatif, pour compenser le fait qu’elle ne se battrait plus contre la hausse du franc directement sur le marché des changes.

Elle a aussi diminué, à -0,75%, le taux d’intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement déposés auprès d’elle, lorsque ceux-ci dépassent un certain montant. Ici, le but est d’encourager les banques et les autres institutions financières à faire autre chose de leurs liquidités que de les parquer chez elle jour après jour.

Sur le plan comptable, les intérêts négatifs sont une taxe sur la détention de francs suisses. Mais ils sont, politiquement parlant, beaucoup plus acceptables et acceptés qu’un impôt. Même si leur application fait de plus en plus débat dans le pays.

 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/4744a914-f1bb-11e4-8a43-4ad205b10b56/Le_secteur_financier_se_r%C3%A9volte_contre_les_taux_n%C3%A9gatifs_et_met_la_BNS_sous_pression

Les taux négatifs, un casse-tête pour les institutions de prévoyance

PAR YVES HULMANN   Lundi 27 avril 2015

 Les caisses de pension sont confrontées à toujours plus de difficultés pour gérer leurs liquidités. Face aux rendements zéro, l’octroi direct d’hypothèques ou les investissements dans les infrastructures apparaissent comme une alternative aux obligations en francs

La marge de manœuvre s’est encore réduite pour les institutions de prévoyance. Mercredi, la Banque nationale suisse (BNS) a annoncé qu’elle allait restreindre fortement les exceptions au taux d’intérêt négatif. Seuls les fonds de compensation de l’AVS, de l’AI et de l’APG y échapperont encore.

Quelles sont les conséquences des taux négatifs pour les caisses de pension, alors que les rendements obligataires des emprunts à 10 ans de la Confédération s’enfoncent toujours plus en dessous de zéro? Selon Jörg Odermatt, directeur de la société de conseil en prévoyance PensExpertbasée à Lucerne, l’introduction des taux négatifs par la BNS a créé une situation complètement nouvelle: «Lorsque la prévoyance professionnelle a été créée, on a établi des directives de placement. Celles-ci prévoient, d’une part, que 70% des actifs doivent être placés en francs et, d’autre part, qu’une grande partie doit être investie en valeurs nominales, en particulier dans des obligations. Or, depuis l’intervention de la BNS, le système n’est plus adapté à l’idée d’origine du deuxième pilier», juge-t-il. Les caisses de pension peuvent, certes, tenter de compenser ce manque à gagner en investissant plus dans l’immobilier ou les actions à dividendes élevés, mais avec aussi plus de risques en corollaire. «La plupart des caisses de pension suisses disposent de réserves mais celles-ci ne sont souvent pas assez élevées pour pouvoir procéder à d’importants changements dans leur politique de placement, tout en respectant les directives de la LPP», constate-t-il. Compte tenu de ces contraintes, Jörg Odermatt évoque deux options.

D’une part, des grandes caisses de pension, par exemple celles de Zurich ou de Genève, pourraient octroyer des hypothèques aux collaborateurs travaillant pour le canton ou l’entreprise. «Les hypothèques sont des prêts libellés en francs, ce qui en ferait une catégorie de placement légitime pour remplacer, en partie, les placements en obligations en monnaie helvétique», propose-t-il. Il pense en particulier aux premières hypothèques, soit celles qui ne vont pas au-delà de 67% de la valeur du bien. Ou encore à celles, déjà existantes, qui doivent être renouvelées. Avec quels risques? Selon lui, «l’octroi direct d’hypothèques sur le marché suisse, en particulier pour financer l’achat de son propre logement, serait, en général, moins risqué pour les caisses de pension que de placer de l’argent dans des obligations d’entreprises étrangères».

Selon la NZZ am Sonntag, la caisse de pension du canton de Zurich, la BVK, s’apprête à proposer des hypothèques à des clients autres que ses assurés dans toute la Suisse. Publica, la caisse de pension de la Confédération, a aussi des projets dans le domaine immobilier, a indiqué un responsable à l’hebdomadaire.

D’autre part, les caisses de pension pourraient davantage participer au financement des infrastructures en Suisse en investissant dans des projets à long terme, comme des centres hospitaliers par exemple. Il s’agit de projets plus stables et orientés à long terme, ce qui correspond à l’horizon de placement des caisses de pension.

La Fondation institution supplétive LPP, l’organe chargé notamment de la gestion des avoirs de libre passage, cite aussi l’option du marché hypothécaire. «Nous souhaiterions volontiers octroyer des hypothèques couvertes aux clients. C’est certainement moins risqué que d’investir dans des obligations à haut rendement», indique Marco Bagutti, responsable des investissements de l’institution, qui gère environ 11 milliards de francs d’actifs, dont un tiers sous la forme de liquidités placées à moins d’un an. De plus, «contrairement aux banques qui utilisent l’argent qui leur est confié à court terme par les épargnants pour financer des hypothèques à long terme, notre institution et les caisses de pension gardent l’argent de leurs assurés à long terme», ajoute-t-il.

Que peuvent faire les caisses des liquidités à moins d’un an sans devoir perdre de l’argent? «Pratiquement rien. Au mieux, elles peuvent essayer de payer le moins de taux négatifs», résume Jörg Odermatt. «En tenant compte des frais, même les placements sur le marché monétaire ont des rendements négatifs», constate-t-il. Marco Bagutti abonde: «Certaines banques proposent des comptes à terme avec des taux d’intérêt à zéro ou légèrement au-dessus. 5 points de base, c’est le meilleur rendement que vous pouvez obtenir», relève-t-il.

Un avis partagé par Lukas Riesen, partenaire de la société de conseil PPCmetrics à Zurich. Selon lui, il existe toujours moins de possibilités d’échapper aux taux négatifs pour les caisses de pension. En effet, les banques disposent d’une exonération jusqu’à un certain montant. «Ce montant a en général déjà été entièrement épuisé par les banques privées. Cela ne sera qu’une question de temps jusqu’à ce que cela soit aussi le cas pour les banques commerciales», anticipe l’expert. «Contourner les taux négatifs deviendra toujours plus difficile pour les grands investisseurs», prévoit-il.

Retirer l’argent pour le placer dans un coffre-fort? Sceptique, Lukas Riesen observe qu’«on a beaucoup discuté de cette option depuis la mi-janvier mais rien ne s’est encore concrétisé». Selon lui, une telle approche poserait d’importants problèmes logistiques: «Mettre de l’argent dans un coffre n’est pas trop difficile. Mais ensuite, il faudrait aussi organiser les retraits et transferts.» Jörg Odermatt indique n’avoir eu aucun contact avec des caisses de pension ayant opté pour une telle solution. A la Fondation institution supplétive LPP, Marco Bagutti rappelle que la BNS pourrait aussi introduire à tout moment une taxe sur les avoirs en espèces.

Lukas Riesen estime que les taux négatifs sont certes «désagréables» mais qu’il ne faut pas en exagérer l’importance: «Les caisses de pension gardent une part en cash limitée à quelques pour-cent de leurs avoirs.» Actuellement, «le faible niveau des taux d’intérêt à long terme constitue le plus grand souci pour les institutions de prévoyance», conclut le spécialiste de PPCmetrics.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/5a24d7c0-ec34-11e4-a4c3-0255b4a09538/Les_taux_n%C3%A9gatifs_un_casse-t%C3%AAte_pour_les_institutions_de_pr%C3%A9voyance

Le financement du deuxième pilier est menacé par les taux

PAR EMMANUEL GARESSUS Le temps 27/4/15

Le financement du deuxième pilier est menacé par les taux Le taux technique, un paramètre clé de la prévoyance, poursuit sa baisse. Dans certaines caisses, il est tombé à 1,5% et il devrait encore baisser. Le financement par capitalisation est-il mort?

Le système de prévoyance est en danger. Lundi dernier, le Financial Times affirmait que la prévoyance professionnelle suisse serait en faillite dans dix ans. Il reprenait alors les estimations de Martin Eling, professeur à l’Université de Saint-Gall, lequel anticipe un trou de 55 milliards en 2030. L’abaissement à 6% du taux de conversion prévu par la réforme Berset arrivera-t-il à temps?

Au sein des caisses de pension, la prudence est de mise, même si la performance annuelle en 2014 s’est révélée très positive, avec des résultats parfois proches voire supérieurs à 8% ou 9%. «J’ai souvent de la peine à faire comprendre aux caisses la nécessité de définir prudemment les paramètres principaux de la prévoyance, d’appréhender tous les facteurs d’équilibre, financiers et actuariels, de préserver une perspective à moyen et long terme, sans se faire aveugler par les résultats positifs – ou négatifs – sur une année», avoue le consultant Graziano Lusenti.

Le taux de couverture est l’un d’entre eux. Il est à 115,9% à fin décembre pour les caisses privées, selon Swisscanto. Mais il n’est que de 95% à fin mars 2015 selon un autre consultant, Towers Watson. Ce dernier utilise les normes comptables IAS et non pas les normes suisses. L’emploi d’IAS donne un résultat «plus économique», selon Peter Zanella, directeur auprès de Towers Watson. Il évalue les engagements des caisses sur la base du taux du marché. Plus le taux baisse et plus le poids des engagements augmente.

Les conséquences de la baisse du taux technique

Le taux technique fait aussi partie des paramètres clés. Il permet à chaque caisse de pension de répondre à la question suivante: à combien peut être rémunéré le capital qui finance le versement des rentes? La décision est prise par le conseil de fondation, une fois par année, en se projetant sur les vingt prochaines années. Un problème toutefois: le taux de référence des actuaires est de 3% actuellement. Il est nettement plus élevé que les taux du marché. «Il faudrait l’abaisser en direction de 1,5% et surtout prendre davantage en compte la structure entre assurés actifs et retraités», déclare Peter Zanella. Le taux de référence des actuaires est le fruit de la directive DTA4. Il comprend pour les deux tiers la performance des vingt dernières années et pour un tiers le rendement des obligations de la Confédération à 10 ans réduit ensuite de 0,5%. Or ce dernier est de -0,2%!

En fonction des conditions actuelles, le taux technique proposé par la chambre des actuaires devrait être abaissé de 3% à 2,75% cet automne. Même un choc sur le marché ne change pas davantage le taux technique. «On n’aime pas changer le taux technique, entre autres à cause de ses effets directs et indirects», confirme Jérôme Cosandey, directeur de recherches auprès d’Avenir Suisse. «La baisse du taux technique provoque immanquablement une baisse du taux de couverture et devrait amener aussi une baisse du taux de conversion», explique l’économiste. La règle veut qu’une baisse de 0,5% du taux technique réduise le taux de couverture d’environ 5%.

Publica, la caisse de pension de l’administration fédérale, a déjà abaissé son taux technique à 2,75% au 1er janvier 2015. «Les rendements ne seront bientôt plus suffisants pour permettre de stabiliser le degré de couverture», explique-t-elle.

Les taux négatifs sur les obligations suisses et sur les liquidités compliquent donc la tâche des caisses de pension. La tendance des taux techniques devrait poursuivre sa baisse. Jusqu’à 0%? «Si le taux technique tombe à 0% – une hypothèse très peu probable, même à moyen terme – cela signifierait la mort du système de capitalisation et le passage à une forme abâtardie, dévoyée de répartition comme l’AVS – voire pire, puisque les caisses repaieraient à leurs assurés les cotisations versées, mais diminuées des différents coûts opérationnels, qui sont quand même très réels!» observe le consultant Graziano Lusenti. En effet, cela voudrait dire que la caisse prendrait l’argent dont elle dispose et le verserait, bien des années plus tard, à ces mêmes travailleurs au moment de la retraite. A son avis, cela reviendrait «à miner notre système capitaliste, à tuer l’épargne et à trucider l’épargnant». Si les marchés des capitaux ne dégageaient plus de rendements, on assisterait à un changement systémique. «Je ne suis pas sûr que la BNS comprenne la gravité structurelle de la situation et je suis effaré que notre banque centrale ne veuille pas faire la distinction entre investisseurs institutionnels domestiques, qui agissent sur la base de lois fédérales impérieuses, et investisseurs internationaux ou privés, qui ne sont pas soumis à ces contraintes légales!» ajoute-t-il.

Le taux technique est fonction de la situation de chaque institution. Selon le sondage de Swisscanto effectué sur la base des bilans à fin 2013, le taux technique était compris entre 1,5 et 5% dans les caisses privées (2,89% en moyenne) entre 2 et 4% pour les caisses publiques. (3,12% en moyenne). «On commence à observer une corrélation inverse entre taux technique et degré de couverture. Certaines caisses utilisant un taux technique bas présentent également un degré de couverture élevé», affirme Pascal Frei, associé auprès de PPC Metrics. A notre connaissance, certaines caisses sont déjà à 1%. La situation est particulière pour les caisses de rentiers (très forte proportion de retraités par rapport aux actifs). La caisse de pension de Swissair par exemple, qui de l’avis d’un spécialiste a toujours été très bien gérée, a dorénavant un taux technique de 1,5%, nous indique Hans-Ulrich Schneider, son directeur. Son degré de couverture dépasse 125%. Il ajoute que sa gestion est «conservatrice».

Mais «si les taux d’intérêt restent au niveau actuel, je suis très pessimiste pour le financement par capitalisation», conclut Peter Zanella.

Le taux le plus bas que nous avons rencontré, à 0,75%, est celui de PK Rück, la société qui assure les risques des caisses de pension. Mais «il est vrai que nos réserves sont très élevées», confirme Christoph Curtius, directeur financier.

Glossaire Ci-dessous, quelques paramètres clés de la prévoyance professionnelle

Taux de conversion: Au moment où vous partez à la retraite, le taux de conversion minimal sert à transformer votre capital de vieillesse LPP (votre «avoir de vieillesse») en une rente annuelle, garantie à vie. Pour la partie obligatoire de l’avoir de vieillesse, il est fixé à 6,8% (à partir de 2014) uniformément pour les hommes et les femmes. Un avoir de vieillesse de 100 000 francs à l’âge de 65 ans donne droit à une rente de vieillesse à vie de 6800 francs par an.

Taux d’intérêt minimum: Chaque assuré LPP accumule tout au long de sa vie professionnelle un capital vieillesse constitué de ses cotisations et des versements de ses employeurs. Cet avoir de vieillesse doit rapporter des intérêts – dont le Conseil fédéral fixe le taux minimal. Le taux minimal des avoirs de vieillesse LPP s’élève à 1,75%. Il ne peut être dérogé à ce taux minimal que dans des cas absolument exceptionnels, lorsque la situation financière de la caisse de retraite l’exige.

Taux de couverture: On parle d’un taux de couverture de 100% lorsqu’une caisse de pension dispose d’une fortune suffisante pour verser d’un seul coup le montant des cotisations de prévoyance à tous ses assurés, respectivement pour s’acquitter de toutes ses obligations à la fois. Cela n’est toutefois pas nécessaire, car tous les assurés ne partent pas en même temps à la retraite. Source: ASA, ASIP.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/d7d2c8c0-ec30-11e4-a4c3-0255b4a09538/Le_financement_du_deuxi%C3%A8me_pilier_est_menac%C3%A9_par_les_taux

 Le cher franc qui coûte

 CONTICAP SA – NYON/AGEFI SUISSE MARDI, 28.04.2015

Taux négatifs. Ce sont nos propres instituts de prévoyance auxquels nous cotisons qui sont les plus pénalisés.

Les taux d’intérêts IRS (Interest Rate Swap contre 6 mois Libor) suisses restent extrêmement bas alors que nous entamons ce second trimestre dans un climat morose en grande partie dû à la recherche d’une solution sur la crise grecque. Par ailleurs, cette morosité n’est pas bien spectaculaire compte tenu que cette tendance est devenue la norme depuis de nombreux mois, surtout après l’abolition du taux plancher et du passage aux taux négatifs instaurés sur les compte de virement à la BNS. Si le contexte économique en Suisse reste empreint d’incertitudes n’offrant que peu de visibilité aux acteurs du marché institutionnel, la situation en Europe reste également l’objet de toutes les attentions. 

Les taux d’intérêts actuels réagissent comme le thermomètre du climat économique ambiant, un climat aussi aléatoire que celui engendré par le réchauffement climatique. Un réchauffement que nous aimerions bien ressentir au niveau de notre économie intérieure mais qui, pour le moment, se traduit une nouvelle fois par des prévisions exprimées avec la plus grande retenue, surtout lorsqu’il s’agit d’une nouvelle intervention de la BNS sur les marchés pour défendre le franc. 

Cependant, malgré les nouvelles encourageantes de ces derniers jours sur l’état de la monnaie unique, la situation de la Grèce pèse toujours énormément dans la balance bien qu’une timide issue soit entrevue. La baisse continuelle de l’euro face au franc suisse depuis la mi-février ne laisse rien présager de bon quant aux résultats des entreprises essentiellement orientées vers les exportations.

A cela il faut ajouter les rumeurs d’un durcissement des mesures entreprises en janvier dernier pour décourager les dépositaires de francs sur les comptes de virement de la BNS. 

On commence à peine à réaliser un certain paradoxe que cette décision a engendré. Protéger le franc en sanctionnant nos propres institutions revêt un caractère très ambigu qui pourrait relativement mal passer auprès de l’opinion publique. De plus, cette ère des taux négatifs aura des conséquences inédites sur l’ensemble des détenteurs de comptes d’épargne. En effet, le risque de voir tout simplement les épargnants retirer une bonne partie de leurs liquidités de leurs comptes au profit d’un coffre-fort est une possibilité à laquelle les banques devront tenir compte à un moment ou à un autre. Scénario tout à fait plausible compte tenu que les épargnants étaient rémunérés par la banque en lui laissant à disposition ses liquidités. 

Aujourd’hui, la question vient à se poser, si le taux versé par la banque aux épargnants est quasiment nul, il est objectivement négatif depuis un certain moment déjà compte tenu qu’il ne couvre plus pour nombre d’entre eux les frais réclamés par les banques. Si les banques venaient à être également sanctionnées plus lourdement par cette politique, il est fort à parier que le mouvement s’amplifiera à terme. Aussi, le fait que ce sont nos propres instituts de prévoyance auxquels nous cotisons qui seront les plus pénalisés, pourrait éveiller les consciences de manière singulière. 

Cela signifie que les conditions leur permettant de garantir un rendement minimum sur nos avoirs deviendront toujours plus tendues, on vient à se demander de combien nous disposerons une fois arrivés à la retraite. Ces éléments auront inexorablement un impact sur le développement des collectivités publiques dans l’avenir qui doivent déjà faire face de nos jours à des défis démographiques et sociaux de grande ampleur. Les conséquences de revenus plus faibles une fois arrivés à l’âge de la retraite nécessiteront un changement de stratégie d’épargne pour compenser le manque à gagner généré par ces taux extrêmement bas si ceux-ci venaient à perdurer comme il semble que ce soit le cas. Certains observateurs parlent de deux ans. 

La question sera de savoir quel impact réel cela aura surtout pour les détenteurs de crédits hypothécaires dont le revenu ne correspondra plus aux critères accordés par les banques pour renouveler leurs emprunts. Cette situation est déjà perceptible aujourd’hui, elle pourrait en effet s’amplifier dans le temps de manière considérable.

http://www.agefi.com/quotidien-agefi/archives/news/edition/2015-04-28/article/taux-negatifs-ce-sont-nos-propres-instituts-de-prevoyance-auxquels-nous-cotisons-qui-sont-les-plus-penalises-397251.html

4 réponses »

  1. Toutes ces critiques sont intéressantes, mais elles passent à côté de l’essentiel et c’est ce qui fait leur danger. Elle rentrent dans la logique de ceux qui imposent les taux négatifs. Elles se situent à l’intérieur de leur cadre analytique.

    Le refus des taux négatifs et des menaces sur la monnaie physique Banque Centrale doit être un refus au nom des principes. Ce doit être un refus fondamental, philosophique. Nous touchons à la nature même de la monnaie, à une de ses fonctions essentielles, tout comme nous touchons au fondement de nos sociétés libérales, le droit de propriété.

    Tout ce qui est pratique ou pragmatique, tout comme les arguments utilitaires, tout cela renforce la position des dominants qui imposent la monnaie serve. La monnaie passe sous la coupe d’un groupe social, elle change de nature. Elle n’est plus instrument de liberté et de choix.

    Par ailleurs la pratique est moralement indéfendable car ce que l’on prend aux uns, on le donne aux autres, cadeau du ciel, enrichissement sans cause. Pur usage de la violence.

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    • bonjour,
      Dans cette histoire de cash, il y a une chose de remarquable, c’est que de plus en plus, le système bancaire produit des réglementations qui n’ont rien à voir avec la loi et qui sont appliquées comme si elles avaient force de loi. C’est une dérive dangereuse: pourquoi une banque centrale ou une association de banques privées qui n’ont aucune légitimité démocratique pourraient t elles décider de ce que vous pouvez faire de votre argent ou des justifications que vous avez à fournir? C’est une sacrée mystification car le public pense que « c’est la loi » . Les associations d’usagers devraient se pencher sur la question

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  2. Situation inextricable pour la BNS qui si elle ne fait rien se verra critiquer encore plus vertement par le secteur industriel. Dès que la BNS y verra plus clair sur la politique de la BCE elle risque de revenir à un peg. A moins qu’on ait vraiment de bonnes surprise en zone euro et que la situation se normalise d’elle-même. C’est surement ce qu’espère la BNS. Il est selon moi probable que l’euro remonte contre CHF quelque soit l’issu du problème grec et peut-être paradoxalement de manière forte si la Grèce sortait de l’Euro…

    Quant à la politique des banques suisses, elle est déjà surprenante sur les emprunts à taux fixe mais j’ai entendu dire qu’elle ne répercutait pas toujours la baisse des taux sur les hypothèques à taux VARIABLES ce qui, si c’était avéré, constituerait un véritable scandale et amènerait à des contentieux avec les emprunteurs.

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  3. « Payer pour prêter de l’argent à quelqu’un. Ou encore, prêter une somme en sachant pertinemment qu’à l’échéance de l’emprunt on est certain de ne pas récupérer l’entier de sa mise. »

    En 2000 on aurait interné un banquier qui aurait suggéré ça! 🙂

    Avez-vous trouvé un seul exemple quelque soit le pays,où 10 ans plus tard les 100 000 FS ou autre monnaie permettent de s’offrir ce qu’on pouvait s’acheter 10 ans plus tôt?
    je n’en ai trouvé aucun
    et vous?
    http://precocite.blogspot.fr/2015/05/les-articles-du-blog-lupus-montrent-une.html

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