Art de la guerre monétaire et économique

L’important, c’est la Chine, pas la Grèce Par Bruno Bertez

L’important, c’est la Chine, pas la Grèce Par Bruno Bertez

La crise financière s’y développe et les autorités semblent dépassées. Dans un second temps, la Crise Boursière peut devenir bancaire et dans un troisième devenir économique. Nous avons attiré votre attention il y a quelques jours.

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La chute de plus de 30% du marché des actions fait suite à un doublement en moins d’un an. La cotation de plus de 1000 titres est suspendue. C’est le trou. La hausse autant que la baisse traduisait le désespoir et la gravité de la détérioration de la situation de la Chine. En effet, ce qui se passe en Chine est, en caricature, le condensé de ce qui se passe dans le monde occidental depuis 2008, nous sommes dans des hausses que nous appelons « hausses de misère », elles ne reflètent pas la bonne santé, mais les déséquilibres. Et les vaines tentatives pour y pallier.

– Pourquoi le marché a-t-il grimpé ?

Les Bourses chinoises ont commencé à monter fin 2014 alors que la Chine enregistrait sur l’ensemble de l’année sa plus faible croissance depuis 24 ans.

La reprise a été alimentée par la décision de la banque centrale chinoise le 21 novembre 2014, pour la première fois depuis trois ans, de baisser ses taux d’intérêt directeurs, et, parallèlement, par le lancement d’une plate-forme d’interconnexion boursière permettant aux investisseurs internationaux d’accéder directement, via Hong Kong, à des titres cotés à Shanghai et aux Chinois d’acheter des actions cotées à Hong Kong.

L’embellie s’est poursuivie en 2015, l’indice composite shanghaïen passant au-dessus du seuil symbolique des 5.000 points début juin, dopé par le succès des opérations sur marge (opérations dans lesquelles un investisseur emprunte à une maison de courtage pour acheter des actions), un système qui permet de générer davantage de profits mais aussi davantage de pertes. Quand l’indice a atteint un pic le 12 juin, il avait grimpé de plus de 150% au cours des 12 derniers mois.

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– Pourquoi a-t-il chuté ?

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Le jour même où le marché atteignait son apogée, le régulateur des Bourses chinoises, la Commission chinoise de régulation des marchés financiers (CSRC), annonçait son intention de limiter la pratique des opérations sur marge pour les particuliers qui investissent en Bourse. Le jour suivant, elle interdisait également les transactions avec des fonds empruntés hors du système de ces opérations sur marge.

Lorsque les marchés ont rouvert, les investisseurs, inquiétés par ces restrictions, ont commencé à se désengager, et le mouvement est devenu incontrôlable, résultant en un plongeon de plus de 30% de la Bourse de Shanghai en trois semaines. La débâcle s’est accrue lorsque les investisseurs ayant effectué des opérations sur marge ont été contraints de liquider leurs actions pour effectuer des paiements.

Tout ceci exprime l’erreur fondamentale qui consiste à vouloir traiter et masquer les problèmes de l’économie réelle par le recours aux politiques monétaires; on gonfle des hernies et finalement, elles s’infectent, se déchirent et le mal se répand… la différence entre les situations occidentales et Chinoises sont essentiellement des différences de formes et de rythme, la logique qui est à l’œuvre est la même. Seul le doigté pour gérer est différent.

– Qu’a-t-il été fait pour soutenir le marché ?

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L’indice shanghaïen a plongé de 7,4% le 26 juin, et le jour suivant, la banque centrale chinoise a annoncé qu’elle abaissait ses principaux taux d’intérêt et réduisait le ratio de réserves obligatoires des banques.

La CSRC a également décidé d’un assouplissement des règles restreignant les opérations sur marge ainsi qu’une réduction des frais de transaction boursière.

Peu de temps après, le gouvernement annonçait aussi un projet d’introduction en Bourse de fonds de pension, d’importants investisseurs institutionnels dont les achats de titres sur le marché devaient permettre de soutenir les cours.

Afin d’enrayer la dégringolade, la CSRC a également réduit le nombre et l’ampleur des nouvelles introductions en Bourse, puis est allée encore plus loin en les stoppant pour le moment.

La Banque centrale chinoise a annoncé qu’elle allait fournir des liquidités à la China Securities Finance Corp, une société publique de financement d’opérations sur marges, afin de «protéger la stabilité du marché actions», tandis que les 21 plus grosses maison de courtage ont indiqué qu’elles allaient investir au moins 120 milliards de yuans (19,3 milliards de dollars) dans des actions.

La Chine n’est pas isolée, elle fait partie du monde global, elle en est un élément essentiel. Nous soutenons même que le couple formé par les USA et la Chine constitue le squelette qui fait tenir le système.

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Le mode de contagion est bien sur la finance, le crédit et les flux internationaux, mais il y a aussi les « commodities » et la spéculation sur les matières premières. La chute des prix du pétrole est là pour le rappeler. Sans parler de la dislocation des échanges internationaux qui s’en suivra si la crise se poursuit.

Nous ne craignons pas de dire que cette fois, la similitude avec la crise 1929 est flagrante, il suffit de remplacer, dans l’articulation logique des causes et des effets, les USA, puissance montante d’alors, par la Chine: croissance extraordinaire, enrichissement rapide, laxisme monétaire, crédit exponentiel, mal-investissement, appétit pour le risque et la spéculation, tout y est. La chute du marché nippon et les rachats sur le yen indiquent que des liquidations de positions sont en cours.

Un des éléments qui nous semble négligé est la transmission globale de la crise Chinoise par le biais de la chute de l’appétit mondial pour le risque. Le Japon sous cet aspect est particulièrement vulnérable. Toutes les valeurs économiques et financières japonaises sont fausses et cela a infecté le monde entier par le carry japonais.

La question majeure, et nous ne pouvons y répondre est celle-ci: est-ce qu’une économie dirigée, centralisée est mieux à même de faire face à ce type de crise qu’une économie plus libérale, plus répartie statistiquement? Les commentateurs se raccrochent à l’idée que le gouvernement Chinois a des armes dont ne disposaient pas les Etats-Unis en 1929. Nous avons tendance à penser que ce n’est pas tout à fait vrai, car dans notre cadre analytique nous soutenons toujours que les gouvernements ne diffèrent pas, par essence, des institutions géantes privées, simplement, elles sont plus grosses, font plus d’erreurs et pendant plus longtemps car elles sont moins sanctionnées.

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La dégringolade de la place boursière chinoise n’est pas sans conséquence pour les matières premières.

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Des métaux précieux au pétrole, en passant par les métaux industriels et le minerai de fer, quasiment toutes les « commodities » s’échangent au plus bas de l’année, voire depuis plusieurs années, à l’image du cuivre tombé sur un plancher de plus de six ans. L’indice Bloomberg Commodities, qui suit 22 matières premières, affiche un recul de 7% depuis le premier janvier. Sur les quatre derniers jours, l’indice perd 4,6%, soit sa plus forte baisse depuis 2011.

Le pétrole n’est pas épargné par ces ventes massives. Le WTI vient d’enchainer cinq séances consécutives de repli pour retomber sur ses niveaux du mois de mars. Outre les craintes chinoises, l’incertitude grecque et les pourparlers au sujet du nucléaire iranien pèsent sur l’or noir depuis le début de la semaine. Sans oublier la surabondance de l’offre avec une production de l’Opep au plus haut et une exploitation du pétrole de schiste en Amérique du Nord qui tourne à plein régime.

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BRUNO BERTEZ Le 08/7/15

illustrations et mise en page by THE WOLF

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6 réponses »

  1. Je suivais régulièrement Shanghai,qui avait atteint 2400 points….je me suis dit:patience…
    et il en a fallu de la patience
    mais « tout vient à point à qui sait attendre »
    Si 100 millions de Chinois se suicident,ça équivaudra à la révolution Chinoise
    Les Chinois voient tout en grand
    100 millions …qui auront tout perd!!!
    du moment que ça fait tomber wallstreet….ils s’en tapent
    ils seront encore 1,2 milliard
    Qu’ils soient cyniques ,soit
    mais ils ont su attirer des gens cupides dont un paquet de « malins »
    ça libèrera le monde d’un bon nombre de prédateurs
    Quant aux matières premières ils les ont stocké ….physiquement…comme l’OR
    et le cuivre jusque sur des parkings
    C’est le monde virtuel qui dérouille
    « Quand la Chine s’éveillera »…et qu’on se sera endormis
    On y est
    Réveil difficile assuré pour certains
    Bonne journée à tous
    Je confirme
    C’est ici que je trouve toujours du bon sens

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  2. Je suis d’accord avec vous .Il me semble que la crise grecque dure depuis un peu trop longtemps et est surmédiatisée,la décontraction des grecs est suspecte.N’est ce pas un paravent pour certains gros investisseurs(banques et hedges)pour sortir du marché discrètement avant les hausses de taux?

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  3. De très-très gros doigts ont déclenché une action majeure hier.

    Ils n’ont pas appuyé sur un reset, comme souvent, ils ont fait d’autres choses.

    C’est une action concertée d’une nouvelle ampleur.

    Un crash dans la finance est devenu impossible sans destructions incalculables et laisser faire devient tout aussi dangereux.

    Les US (&Chine) … se devaient d’intervenir pour reprendre la main sous peine d’événements incontrôlables, c’est la seule explication pour le moment, et si ce ne sont pas eux… alors les perturbations réseaux seront à prendre en compte dans une déstabilisation mondiale, conséquente et destructrice.

    La complexité en informatique est parfois une cause, mais bien plus souvent la bonne excuse.

    Ce qui c’est passé hier aux US se situe dans le domaine de l’improbabilité, voire de l’impossibilité.

    Plus les États écoutent, moins ils entendent.

    Encore un flash-crash ce matin en Chine avec répression sur les vendeurs…!! Ce n’est pas une solution tenable très longtemps.

    L’Europe aura du mal à se cacher derrière la Grèce ce matin.

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