1984

Éric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, dénonce la désinformation sur la Syrie et le Yémen dans les médias français, ainsi que les conséquences dramatiques de ces mensonges (21 décembre 2016, LCI)

Éric Dénécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, dénonce la désinformation sur la Syrie et le Yémen dans les médias français, ainsi que les conséquences dramatiques de ces mensonges (21 décembre 2016, LCI)

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Transcription :

Eric Dénécé : Un autre point me paraît tout à fait important de signaler, c’est ce qui se passe à Alep en ce moment. Parce que là, on est à mon sens sur une falsification de l’information qui est énorme. Bien sûr qu’il y a une guerre civile en Syrie, bien sûr que la situation est inadmissible. Ceci dit, ça ne concerne que 30% d’Alep, ça concerne soit des civils qui sont pris en otage par des djihadistes, soit des gens qui refusent de quitter les quartiers parce qu’ils soutiennent ces mêmes djihadistes. On ne vous parle pas de tout ce qui se passe ailleurs en Syrie.

Yves Calvi : On se fait rouler dans la farine avec Alep ?

Eric Dénécé : On se fait rouler dans la farine avec Alep. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas des victimes innocentes qui périssent mais j’insiste sur ce point…

Yves Calvi : Il y a bien une ville qui est détruite quand même.

Eric Dénécé : Non. Il y a un tiers du quartier d’Alep, seulement un tiers, qui sont victimes des bombardements, et j’insiste, c’est un tiers de la ville dans lequel des djihadistes dangereux sont présents. Et ce sont ces djihadistes qui depuis des années tirent sur les quartiers chrétiens, tirent sur le reste de la ville, ce dont on ne parle jamais. On ne parle pas non plus du massacre humanitaire que conduisent les Saoudiens aujourd’hui au Yémen où systématiquement des hôpitaux sont ciblés, où des sites archéologiques sont détruits. Un de nos contacts qui est rentré du terrain l’autre jour nous disait la chose suivante : il nous disait qu’en Syrie, il y a des tas d’endroits où les choses se passent bien. C’est vrai qu’on peut aller dîner dans la rue le soir dans les quartiers de Damas, les gens de Damas vont passer l’été dans des bungalows  à Lattaquié au bord de la mer…

Yves Calvi : Je rappelle que c’est une situation qu’on a connue notamment au Liban.

Eric Dénécé : Voilà, donc le pays n’est pas à feu et à sang. Au Yémen, c’est totalement différent, il n’y a quasiment pas 1 km² qui ne soit pas bombardé par les Saoudiens, dans lequel des combats n’aient pas lieu, et on ne parle pas de cela. Il y a un autre point que je voudrais évoquer, c’est que nous avons eu dans les années 90, dans une ancienne colonie française, le Congo, une guerre civile qui a fait 400 000 morts sur 4 millions d’habitants, c’est-à-dire 10% de la population. On n’en parle pas non plus. Donc aujourd’hui, le focus qui est mis sur la Syrie d’une part et sur Alep avec les désinformations qui les accompagnent est une falsification complète de la réalité, ce qui ne veut pas dire qu’on défende Bachar al-Assad, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de victimes civiles qui disparaissent, mais il y a quelque chose d’extrêmement dangereux : pour un jeune islamiste aujourd’hui, la façon dont les médias occidentaux présentent la crise d’Alep est une motivation pour passer à l’action.

Yves Calvi : Comment expliquez-vous justement cette situation, ce manque de lucidité ? En l’occurrence, ce que vous êtes en train de nous expliquer l’a été à ma surprise aussi en partie très largement par les invités de l’émission que nous avons consacrée la semaine dernière à Alep, donc…

Eric Dénécé : Je pense qu’il y a une stratégie…

Yves Calvi : …je vous le dis franchement, je m’inquiétais tout simplement d’être en train de faire une émission révisionniste sur ce qui est en train de se passer au même moment et qui tire des larmes au monde entier…

Eric Dénécé : Par exemple, ce qui est très frappant, on voit la communauté syrienne en France et dans d’autres pays européens qui est absolument scandalisée de voir la façon dont les médias présentent la situation. Alors je pense que nos médias en France (et je suis obligé de rester un peu général) sont un peu suivistes du mainstream médiatique qui est impulsé et imposé par les médias anglo-saxons et par les médias arabes qui, eux, ont intérêt à présenter la situation en Syrie comme quelque chose d’absolument scandaleux. Et comme toujours, 300 000 morts dans cette guerre, 5 ans de guerre civile, c’est quelque chose d’horrible. Il y a à peu près 90 000 militaires qui ont été tués, il y a à peu près 60-70 000 personnes soutenant le régime ou en tout cas neutres qui ont été massacrées, on nous présente les faits comme si Bachar avait tué 90% de la population, ce qui est inexact, ce qui ne veut pas dire que ce soit un saint.

Yves Calvi : C’est extrêmement grave ce que vous nous dites, parce que ça veut dire que nous participons d’une façon ou d’une autre à la naissance des djihadistes et des assassins de demain.

Eric Dénécé : De deux façons : en étant toujours en relation avec des Etats qui encouragent directement ou indirectement le djihadisme – par le wahhabisme notamment, l’Arabie Saoudite et le Qatar -, et de l’autre côté, sur ce qui se passe aujourd’hui à Alep, le fait de mettre le focus en montrant à tort que les pauvres populations islamistes de ces quelques quartiers d’Alep sont des victimes de l’Occident, eh bien on redonne du carburant à ceux qui dans nos banlieues ou à l’étranger considèrent que le peuple arabe dans le monde est victime de l’ostracisme occidental, et ça les pousse à passer à l’action.

Yves Calvi : Et on a aussi des attentats sur le sol français.

Voir l’interview complète :

 

Un habitant d’Alep : “Alep n’est pas tombée, Alep est libérée”

Par valeursactuelles.com / Vendredi 23 décembre 2016


Syrie. Vahan Vaghian habite à Alep. Au milieu des ruines de la ville syrienne, qu’il considère libérée des djihadistes grâce à l’armée gouvernementale, il adresse un message aux médias occidentaux : “Regardez ce qui arrive à cause de ceux que vous appelez ‘rebelles modérés’ ”.

C’est la fin de la bataille d’Alep. Hier soir, l’armée arabe syrienne a repris le contrôle de la deuxième ville du pays. Les médias français et occidentaux titrent en chœur : le revers est cinglant pour les “rebelles”, les “insurgés” qui se battent contre les forces du régime.

“Comment pouvez-vous dire qu’Alep est tombée ?”

Dans la ville, où peu de journalistes mettent les pieds, les habitants ont souvent une autre interprétation de ce tournant de la guerre en Syrie. Vahan Vaghian fait partie de ceux-là. Ce Syrien arménien de 23 ans étudie la littérature anglaise à l’université d’Alep. Jusqu’à l’offensive du régime, il habitait à 50 mètres de la ligne de front.

Filmé par le responsable de mission SOS Chrétiens d’Orient en Syrie, il contredit en grande partie le discours véhiculé dans les médias occidentaux. Alep est tombée sous les coups de canon de Bachar al-Assad ? Alep n’est pas tombée, Alep est libérée” répond le Syrien. “Si vous ne le croyez pas, vous devriez venir ici et voir de vos propres yeux les gens fêter sa libération. Comment pouvez-vous dire qu’Alep est tombée ?”

Pour venir à bout des islamistes qui occupaient la ville, le régime syrien l’a bombardée et transformée en champ de ruines. Mais Vahan Vaghian fait porter cette responsabilité aux djihadistes qui l’occupaient :

A quoi vous attendiez-vous ? C’est la guerre. Nous sommes tristes que la ville soit détruite, mais tout sera reconstruit. Les parties de la ville qui sont détruites étaient aux mains des djihadistes, et l’armée a tout fait pour les récupérer. Nous ne pouvons pas reprocher [cela au gouvernement], parce que ces djihadistes voulaient détruire nos vies. Ces djihadistes nous bombardaient aussi, il était normal que l’armée réponde !

http://arretsurinfo.ch/un-habitant-dalep-alep-nest-pas-tombee-alep-est-liberee/

Après la victoire, Alep se relèvera de ses ruines, pas les médias occidentaux


Les États-Unis et leurs complices en criminalité souffrent d’un effondrement de leur santé mentale


Aleppo Victory… US and its Crime Partners Suffer ‘Meltdown of Sanity’


Finian Cunningham

Par Finian Cunningham – Le 15 décembre 2016 – Source Strategic Culture / Le Saker Francophone

Les États-Unis et leurs partenaires, sponsors du terrorisme, constatent la ruine de leur projet de changement de régimeen Syrie alors que l’Armée syrienne et ses alliés, viennent de remporter une victoire spectaculaire en libérant l’importante ville stratégique d’Alep.

Les gouvernements occidentaux et leurs laquais à l’ONU évoquent avec cynisme et perversité une « déroute de l’humanité ».

Il est plus proche de la vérité de noter « l’effondrement de leur santé mentale ». Ceci parce que le récit officiel de l’Occident sur la guerre syrienne est finalement mis au jour à grande échelle.

Ce qui est exposé au monde entier est une couverture de propagande systématiquement fausse qui dissimule une entreprise criminelle – une entreprise impliquant des intermédiaires terroristes et des faux rebelles modérés, parrainés par les gouvernements occidentaux depuis six ans, dans une conspiration pour renverser le gouvernement de la Syrie. La gravité de ce crime systématique, commis par Washington et ses différents partenaires, apparaît maintenant sous nos yeux.

Incapables de faire face à leur propre déni de criminalité, les gouvernements occidentaux, et leurs médias de masse complices, recourent à la négation pure et simple et à la production de mensonges de plus en plus éhontés.

Au lieu d’assumer la réalité du fait que les forces de l’État syrien ont repris Alep aux groupes brutaux illégalement financés et armés par l’Occident et ses clients régionaux, ceux-ci qualifient la victoire de libération syrienne de « chute d’Alep ». Un rapport sur la chaîne américaine CNN a même qualifié l’armée syrienne victorieuse et ses alliés de « persécuteurs ».

L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Samantha Power, a cité des rapports non vérifiés faisant état d’exécutions de civils à Alep et a éreinté la Syrie et ses alliés, la Russie et l’Iran, pour n’avoir « aucune honte ». C’est Power et ses partenaires occidentaux, y compris les hauts fonctionnaires des Nations Unies, qui devraient se couvrir la tête de cendres.

Parmi les propagateurs hystériques des supposés atrocités et massacres perpétrés cette semaine, le journaliste humanitaire de l’ONU, Jens Laerke, a déclaré que les événements d’Alep étaient la manifestation d’une « déroute de l’humanité ». Des mots émouvants, mais loin de la réalité.

Les médias d’information occidentaux publiaient des manchettes sur les exécutions sommaires de femmes et d’enfants par l’armée syrienne et ses alliés russes, iraniens et libanais alors qu’ils avançaient pour reprendre finalement tout le nord de la ville.

Le chef sortant de l’ONU, Ban Ki-Moon, a dénigré une « victoire militaire intransigeante », tandis que ses subordonnés Rupert Colville et Jan Egeland dénonçaient des conditions « infernales » et les « crimes de guerre » commis par la Syrie et la Russie.

Le problème est que toutes ces assertions sensationnelles et téméraires sont basées sur des affirmations non vérifiées, fournies par des activistes anonymes ou des personnes impliquées avec des militants intégrés à des groupes terroristes comme Jaysh al Fatah, Jabhat al Nusra, Ahrar al Sham et Nour al din al Zenki, tous affiliés au réseau terroriste internationalement interdit al-Qaïda – avec lequel les gouvernements occidentaux prétendent être en guerre.

C’est vraiment une révélation grotesque de découvrir que les gouvernements occidentaux et les responsables de l’ONU agitent publiquement de la propagande au nom de groupes terroristes.

Samantha Power et son homologue britannique à l’ONU, Matthew Rycroft, ont cité des rapports de l’ONU au sujet de l’exécution de 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants, par les forces syriennes pro-gouvernementales au cours des dernières heures de la reprise d’Alep. Mais les mêmes rapports de l’ONU étaient fondés sur des sources non vérifiées, supposées être intégrées parmi les terroristes. Ce n’est pas un reportage. Il s’agit simplement de recycler des rumeurs visant à sauver la peau des terroristes.

Le simple fait que l’information vienne de sources non vérifiées n’a pas empêché les Nations Unies, Power, Rycroft et le troupeau des médias occidentaux, y compris le Washington Post, CNN, Guardian, The Indépendant, France 24, etc., de présenter les revendications comme si elles étaient des faits.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Serguéi Lavrov, a accusé les gouvernements occidentaux et leurs journalistes zélés, qui ne se posent pas de question, de diffuser des « fausses nouvelles » sur les événements dramatiques en Syrie cette semaine. Lavrov a souligné qu’aucune des atrocités alléguées n’a été reconnue par des groupes humanitaires indépendants.

L’ambassadeur syrien à l’ONU Bashar al Jaafari a également réfuté les allégations d’atrocités qui semblaient rendre ses homologues occidentaux si perplexes.

Les gouvernements occidentaux et les médias ont persisté dans leurs fantasmes morbides en dépit d’abondantes séquences vidéo, qu’ils diffusaient eux-mêmes, montrant des milliers de civils s’éloigner tranquillement des quartiers détenus par les rebelles à Alep pour se diriger vers les forces de l’Armée syrienne. Est-ce le comportement de gens massacrés, exécutés sommairement, assassinés ?

L’une des plus absurdes distorsions a été celle de France 24. Le radiodiffuseur public d’un des pays qui a fourni des armes et de la propagande aux terroristes en Syrie au cours des six dernières années a décrit cette semaine comment « les gens d’Alep célébraient leur libération par le gouvernement ». Étant donné que le gouvernement syrien détient pratiquement tout Alep cela signifie que la grande majorité des Syriens fêtait l’événement. Pourtant, France 24 s’efforce de créer une fausse division entre les populations pro et anti-gouvernementales.

La représentation plus logique et plus véridique est que les civils syriens peuvent enfin fuir les bandes terroristes qui les ont assiégés. Mais en rapportant cela, tout le faux récit occidental sur ce qui se passait à Alep et en Syrie depuis six ans s’écroulerait comme un château de cartes.

Pourquoi les médias occidentaux ne sont-ils pas en train d’interviewer les dizaines de milliers de civils qui ont maintenant réussi à fuir les groupes terroristes vaincus ? Pourquoi les médias occidentaux ne posent-ils pas de questions sur la nature de leur captivité ? Par exemple, pourquoi ne pouvaient-ils pas échapper aux rebelles extrémiste d’Alep-Est jusqu’à maintenant ? Que pensent ces civils de l’armée syrienne et de ses alliés qui ont écrasé les rebelles ?

L’absence curieuse et sidérante de tout témoignage apporté par les médias occidentaux de la part des milliers de civils libérés à Alep se retrouve dans la même absence curieuse et sidérante de témoignages des milliers de civils libérés ailleurs en Syrie par l’armée au cours de cette année.

C’est parce que ces civils parlent aux médias qui sont prêts à relater – comme le radiodiffuseur d’État syrien SANA, ainsi que RT, Press TV et Al Manar – que le cauchemar imposé par les terroristes soutenus par les Occidentaux est terminé. Si les médias occidentaux devaient réellement se donner la peine de faire du véritable journalisme, ils iraient dans des régions libérées d’Alep et d’autres villes et villages de Syrie et raconteraient que la vie heureuse est revenue à la normale pour ces familles et communautés.

La vérité est que Alep a été envahie, en juillet 2012 par des terroristes soutenus par l’Occident qui ont transformé les quartiers Est de la ville en un repaire sous le règne de la terreur. Un califat dévoyé et dément y a été imposé, dirigé par des djihadistes wahhabites. À l’instar de la Syrie dans son ensemble, ces mercenaires étaient blanchis par l’Occident comme des « rebelles modérés et pro-démocratiques » – bien que soi-disant mélangés à des extrémistes djihadistes.

Si tel était le cas, alors où sont ces supposés modérés maintenant que le dernier repaire de rebelles à Alep a été libéré ? L’absence flagrante des rebelles « modérés, pro-démocratiques » – inventés par l’Occident – qui sortent des ruines d’Alep est aussi grave que l’absence de civils pétrifiés dénonçant les atrocités de l’armée syrienne ou les crimes de guerre russes.

Au cours de cette semaine mémorable, le récit occidental sur Alep et la guerre syrienne en général s’est effondré en un tas de poussière. Aucune avalanche de dénis et de distorsions supplémentaires ne peut cacher la mise en lumière de la propagande et des mensonges occidentaux.

Il est ironique de voir que les médias occidentaux ont récemment agité le phénomène des « fausses nouvelles » dans le contexte de la tentative de discrédit jeté sur la Russie au sujet d’une prétendue ingérence électorale aux États-Unis et en Europe.

La Syrie a démontré que les vrais coupables de la propagation de « fausses nouvelles », et plus grave encore de faux récits, sont les gouvernements occidentaux et leurs médias d’actualité prétentieux, auto-satisfaits et arrogants.

Inaptes à faire face à la vérité insupportable de sa complicité criminelle, l’Ouest exhibe l’effondrement de sa santé mentale.

Alep et la Syrie émergeront un jour de nouveau des ruines. Ce n’est pas le cas des gouvernements ignominieux de l’Ouest et de leurs médias mensongers et criminellement complices. Ils ne renaîtront jamais de leurs ruines.

Finian Cunningham

Traduit et édité par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/apres-la-victoire-alep-se-relevera-de-ses-ruines-pas-les-medias-occidentaux

Ancien ambassadeur UK en Syrie : « l’Occident est complètement déconnecté de la réalité »

Interview de Peter Ford, ancien ambassadeur britannique en Syrie, le 21 décembre 2016 (BBC Radio 4)

Transcription :

Journaliste : Durant les dernières heures, l’évacuation d’Alep a repris sous de fortes neiges. L’ONU confirme que les bus ont recommencé à circuler, transportant les gens à l’extérieur de la partie Est d’Alep. Les forces gouvernementales syriennes sont à l’arrêt, dans l’attente d’avancer vers la dernière enclave rebelle, scellant ainsi la plus grande victoire du Président Assad à ce jour dans cette guerre. Cela signifie-t-il qu’il est temps pour le Royaume-Uni de reconsidérer son soutien continu pour la soi-disant « opposition armée modérée » au Président Assad ? Doit-il reconsidérer sa perspective selon laquelle le Président Assad ne doit jouer aucun rôle dans le futur de la Syrie ? Peter Ford fut l’ambassadeur britannique en Syrie de 2003 à 2006. Peter Ford, pensez-vous qu’il est temps de reconsidérer les choses ?

Peter Ford : Absolument, il serait grand temps. Nous nous sommes accrochés bien trop longtemps à l’illusion selon laquelle la soi-disant opposition modérée allait vaincre Assad. C’est maintenant évident avec la reconquête d’Alep par le gouvernement, il faut cesser de nous voiler la face et nous devrions regarder la réalité telle qu’elle est : Assad ne sera pas renversé par la force des armes ni à la table des négociations. Le Royaume-Uni doit à présent faire trois choses. 1/ Nous devons cesser de soutenir une opposition en déroute et divisée. 2/ Nous devons commencer à venir en aide au peuple syrien en levant les sanctions. 3/ Nous devons travailler avec les Russes sur un règlement politique de la situation qui aurait dû se produire il y a longtemps déjà.

Journaliste : Mais comme nous le savons, pour beaucoup de dirigeants occidentaux, le règlement politique de la situation ne laisse pas de place à Assad. Boris Johnson, le Secrétaire d’Etat des Affaires Etrangères, a déclaré au mois de septembre dernier qu’il ne peut jouer aucun rôle dans le futur gouvernement de la nouvelle Syrie car tant qu’Assad sera au pouvoir à Damas, il n’y aura pas de Syrie à gouverner. Downing Street [le cabinet du Premier Ministre] a déclaré plus tôt ce mois-ci que la cruauté barbare dont ont fait preuve les forces du régime syrien démontrent que le Président Bachar Assad (sic) n’a aucune place dans le futur du pays.

Peter Ford : Oui, mais c’est absurde. C’est vraiment absurde. Assad contrôle maintenant plus de 80% des zones habitées de Syrie. Il n’y a aucune raison pour que dans les mois à venir, lui et ses forces ne reprennent pas les 10, 15 voire 20% restants. Il sera alors le maître absolu du pays. Bien sûr, il y aura toujours des groupes mécontents de la situation. Mais dans toute l’histoire écrite de l’humanité, y a-t-il eu une seule guerre civile d’une telle durée après laquelle tout le monde ait été satisfait d’un dirigeant ? Il n’y a pas de [Nelson] Mandela syrien. Il n’y a aucun [autre] dirigeant. Pouvez-vous me nommer ne serait-ce qu’un chef de l’opposition qui pourrait assumer le rôle d’Assad ? C’est absurde. C’est grotesque. Boris Johnson et Theresa May ont perdu contact avec la réalité. Donald Trump va prendre la relève, et s’il fait ce qu’il a annoncé, il va normaliser les relations avec la Russie, donner la priorité à la lutte contre Daech en Syrie et cesser d’œuvrer au renversement d’Assad. Quand allons-nous nous réveiller ?

Journaliste : Vous avez dit être très préoccupé par le soutien du Royaume-Uni pour la soi-disant opposition armée modérée, et il y a effectivement aussi eu des plaintes et allégations d’abus à leur encontre. Néanmoins, si vous laissez le Président Assad en place pour la diplomatie future de la Syrie, cela ne reviendrait-il pas à fermer les yeux sur tout ce qu’il a fait jusqu’à présent ? Comme l’usage d’armes chimiques contre son propre pays ?

Peter Ford : Ecoutez, ce soir, il y a un sapin de Noël et des festivités au centre d’Alep. Je pense que si Assad était renversé et que l’opposition était au pouvoir, vous ne verriez pas de sapin de Noël à Alep. La diabolisation du régime a pris des proportions grotesques. Même pour la fin de ce conflit avec les bus [d’évacuation] verts. Il n’y avait pas de bus verts à Gaza. Il n’y avait pas de bus verts lorsque l’OTAN bombardait la Yougoslavie sans merci. Cette campagne d’Alep est menée, dans ses dernières étapes, avec une certaine humanité. Ce n’est pas à la débâcle de l’humanité qu’on assiste, contrairement à ce que prétendent certains, mais à la débâcle de la rationalité. Où se trouvent les moindres preuves des prétendues atrocités, de Guernica, des massacres, du génocide, de l’Holocauste ?

Journaliste : Eh bien, je pense que beaucoup de personnes ne seront pas d’accord avec cela car elles ont vu des personnes fuir Alep-Est, les allégations selon lesquelles des gens ont été attaqués, empêchés de quitter la ville… Vous savez, il y aura ces allégations et elles feront l’objet d’une enquête. En attendant, il y a certes des critiques contre les deux côtés, oui, mais vous vous opposez violemment à énormément de figures de premier plan dans les gouvernements du monde, selon lesquelles, et je terminerai là-dessus, qu’il n’y a pas de place pour le Président Assad dans la Syrie de demain. Concluez sur votre pensée, et nous allons terminer l’interview dans quelques secondes.

Peter Ford : C’est vraiment être aux antipodes de la réalité. Qui mettraient-ils donc à la place d’Assad ? Persister à vouloir renverser le régime en Syrie comme nous l’avons fait ailleurs, en Irak, en Libye, ne mène qu’à plus de souffrance chez les simples citoyens.

Journaliste : Peter Ford, ambassadeur britannique en Syrie dans les années 2000, merci beaucoup.

4 réponses »

  1. Bonjour, en complément des informations de Lupus, nous vous proposons avec son autorisation notre Revue de presse quotidienne :

    Revue de presse du jour comprenant l’actualité nationale et internationale de ce samedi 24 décembre 2016

    Est disponible dans la section Revue de presse de Crashdebug.fr
    https://www.crashdebug.fr/revue-de-presse

    Et toujours l’information en temps réel des principaux sites mainstream & alternatifs.
    https://www.crashdebug.fr/defcon-room

    Merci Lupus,

    Amicalement,

    f
    .

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  2. Il y a deux ou trois ans, les media avait accusé Assad d’avoir gazé les rebelles de l’ASL (armée syrienne libre).

    Il se trouve qu’un homme, revenant de Syrie et interrogé par la RTBF, avait rapporté que:

    * l’ASL était noyauté par les djihadistes, et n’était pas une armée de modérés comme voulait nous le faire croire nos media et nos responsables politiques,

    * les gaz avaient été employés par les djihadistes contre les troupes d’Assad, ce qui a été confirmé plus tard par les Américains.

    Stupéfaite par cette réponse, la journaliste a demandé à son invité de la répéter…..

    Cela en dit long sur la désinformation menée par nos media occidentaux.

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