Aristote contre Platon

C’est une question centrale et pas seulement pour les marchés financiers : la question de la valeur, des valeurs est l’une es pierres angulaires de la post-modernité !

Le FT a un excellent papier qui va à l’essentiel: le déluge d’argent facile rend impossible d’apprécier la valeur.


[FT] Tsunami of easy money makes it impossible to judge value


C’est une question centrale et pas seulement pour les marchés financiers: la question de la valeur, des valeurs est l’une es pierres angulaires de la post-modernité.

Nous avons très souvent analysé cette question de la valeur et des valeurs et nous avons proposé différents niveaux plus ou moins radicaux, de compréhension.

Le niveau le plus radical est celui ci: l’avènement de la modernités et encore plus de la post-modernité à bouleversé tout ce que l’on pouvait penser de la Valeur. Depuis Walras, Menger, Samuelson  et les marginalistes, la valeur est suspendue dans les airs, elle a perdu son lien, son origine, son ancrage, elle est simplement ce qui résulte de l’offre et de la demande. La Valeur dit Menger est dans l’oeil, dans la tête de celui qui la contemple. Elle est subjective.

Les marginalistes tournent la page du monde classique, du monde ancré dans la production. Avant eux, la valeur était toujours plus ou moins une valeur  travail, une quantité de travail social cristallisé, après eux la valeur objective disparaît, elle est reléguée aux oubliettes de l’histoire. L’avantage idéologique est que si la valeur travail disparaît, alors la théorie de l’exploitation des travailleurs perd son fondement, la lutte des classes n’a plus de raison d’être, les analyses de Marx sont à mettre à la poubelle. La  montée puis le succès des thèses marginalistes, pures tautologies bien sur, est une riposte idéologique au mouvement ouvrier. Les théories sont toujours produites, fabriquées, elles ne tombent pas du ciel , elles ont une utilité sociale relative à un moment donné.

Dire que la valeur n’est pas produite par le travailleur mais par le désir des consommateurs et clients, c’est bien sur ouvrir la voie au monde moderne d’abord de l’échange et de la division du travail puis du post-moderne de la frivolité du désir. C’est faire basculer le monde: avant il marchait sur ses pieds, maintenant il marche sur la tête. Le référent cesse d’être le travail et le travailleur, pour devenir … le marché. Tautologie.

Cela ouvre la voie au relativisme généralisé, à la disparition philosophique d’un autre ancrage qui est celui de la Vérité. Le système des équivalents généraux avec le postulat d’un référent disparaît seuls comptent les offres, les demandes, la publicité, la propagande , la manipulation sans limites des désirs et des illusions. Le monde ainsi conçu est un monde de domination des plus forts grâce aux ressources dont ils disposent d’abord pour manipuler, ensuite imposer, enfin produire de l’offre et de la demande.

Lors du passage à la post-modernité, on franchit une étape pour produire un homme nouveau, sorte de tableau noir vierge sur lequel on inscrit dès l’école, dès l’accès aux médias, les déterminations que l’on veut imprimer.  La post-modernité , qui est le mouvement dans lequel nous sommes emportés, va plus loin que la modernité, elle ne produit pas seulement les comportements, les besoins, les désirs des sujets, elle produit les sujets eux mêmes . Nous sommes dans une période ou s’élabore une nouvelle anthropologie. C’est dans cette tentative effrayante , de reprogrammation de l’Homme que nous nous trouvons maintenant. Le système a pour Projet de nous reprogrammer, de nous redéfinir afin que nous soyons les bons agents dociles  de sa reproduction.

Attention ne personnalisez  pas, ne subjectivisez pas, le système se reproduit inconsciemment, c’est sa logique cachée, non sue, et qui justement est efficace parce que non accessible à la conscience. Les médias jouent un rôle essentiel non seulement par leur contenu mais par leur forme, leur existence même qui rend tout irréel mais donne l’illusion du réel. Les médias créent, imposent à l’intelligence de l’homme un monde à plat, un monde de pure combinatoire qui en tant que tel concourt à produire l’homme nouveau, universel, prisonnier des apparences, dénué d’esprit critique et peu à peu déculturé.  Ce n’est pas l’imbécile brachycépahle de Bouygues qui a conçu tout cela non, c’est le système, le système du   progrès, le système de la modernité.

Le système du progrès a signé le nouvel asservissement puisqu’il postule que tout ce qui est ancien c’est de la merde. Le progrès est une idéologie qui prétend que tout ce qui est récent, tout ce qui va venir est meilleur que ce qui a précédé. L’idéologie du progrès postule que le neuf constitue toujours une amélioration, ce qui donne toute latitude aux dominants pour détruire l’ancien avec l’accord, la bénédiction des imbéciles qui constituent la masse . L’idéologie du progrès, celle sur laquelle repose le Macronisme par exemple a pour fonction dans le système de vaincre les résistances, les résistances à la destruction de l’ancien.

L’idéologie du progrès est ancienne elle date de la fin du 17 siècle en France, mais elle a reçu un renfort considérable avec la sidération de l’intelligence et du bon sens qui ont accompagné le progrès scientifique, celui  des technologies et la hi-tech. L’idéologie a été confisquée et manipulée par ceux que nous appelons les  marchands du temple, les grands prêtres de la religion du marché généralisé, du tout-marchandise. L’idéologie du progrès a été récupérée par les exploiteurs, les dominants pour briser les résistances de la société civile, on le voit encore clairement avec l’entreprise de Macron en ce moment. Bien entendu, l’idéologie du progrès a ratifié les découvertes économiques des marginalistes, des modernes et des post-modernes qui prétendent que la valeur n’est que subjective, qu’elle est dans la tête des consommateurs et non pas dans les bras des travailleurs.

C’est l’idéologie du progrès qui permet d’évacuer le politique et d’imposer une vision de la société comme uniquement économique, au service des entreprises comme le veut Gattaz  et son sinistre  Medef.  Si l’économisme est un progrès, une conséquence de la modernité alors il n’y a plus lieu de faire des élections, de débattre, tout découle d’un savoir détenu par les sujets supposés le détenir, les Macron et autres. C’est la même chose avec les banquiers centraux, la gestion de la monnaie et de la finance ne sont pas du domaine de l’économie politique non surtout pas, ils sont d’un domaine réservé, auquel eux seuls ont accès, un domaine ou l’on ne pénètre que si on a l’autorité, l’autorité des PHD, celle d’une élite cooptée.

L’idéologie du progrès s’est accompagnée d’une idéologie du nouveau, puis du moderne, posé comme systématiquement meilleurs que l’ancien ce qui exonère d’avoir à en démontrer le bien fondé. La modernité, le progrès , le nouveau tout cela est devenu un corpus idéologique qui permet de détruire d’une part ce qui existe et d’imposer d’autre part quelque chose dont on n’a pas à démontrer la vérité ou l’efficacité, le nouveau.

L’idéologie du progrès, de la modernité permet de reléguer l’ancien comme ringard, facho, voire de le nazifier! Cette idéologie libère non seulement des entraves du réel, des limites, de la rareté, de l’ancrage de la Vérité, mais aussi et surtout de tout ce qui gêne les dominants dans leur quête de pouvoir et de richesse.  Les grands prêtres de la modernité s’octroient les surplus du système, la part maudite dirait Bataille,  parce qu’ils sont initiés, ils interprètent et conduisent ces mystères que vous pauvres cons ne pouvez comprendre. Les grands prêtres de la modernité comme ceux de la finance sont des illusionnistes qui vous font prendre des vessies pour des lanternes,  les brouillards de leur esprit, les brumes de leur bêtise et l’enfumage de leur mauvaise foi  pour les signes du code qui permet de déchiffrer l »Eleusis qui nous entoure. L’idéologie du progrès et de la modernité est un totalitarisme.

Si vous nous avez suivi jusque là, vous êtes capables de comprendre que la question de la valeur pour les actifs financiers s’analyse dans ce cadre du désancrage, du relativisme, de la tromperie  et bien sur dans le cadre de l’exploitation .

En effet il s’agit en faisant surpayer les actifs financiers au dessus de leur valeur traditionnelle, historique, d’attirer l’argent du public, l’argent des caisses de retraites, l’argent des particuliers, vers des emplois qui normalement sont absolument, résolument non attrayants et pire spoliateurs.

En 1971 on a  coupé le lien entre les monnaies et l’équivalent général des marchandises, l’or. Cela a permis à partir de là d’émettre autant de monnaie qu’ »ON » le jugeait nécessaire. On a fait sauter les limites! On a fait en sorte que les monnaies ne valent plus rien d ‘autre que ce que dit le rapport entre l’offre et la demande, c’est ce qui fut fait l’année suivante avec l’instauration des changes flottants. On a libéré des monnaies de la pesanteur, de la discipline, des règles, de  la rareté, de la valeur travail  et on les a , c’est le plus important, abandonné au seul pouvoir des banquiers centraux.

Le mot libéré est mot clef de modernité, on libère du poids du réel pour asservir à autre chose qui comme par hasard est le pouvoir du marché, celui des kleptos, celui des dominants. Réfléchissez à la libération qui est en cours dans les moeurs, dans le genre, dans les pratiques sexuelles. On libère pour mieux asservir à L’Oreal, à la mode, aux réseaux sociaux, aux tribunaux du camp du bien. ..On va libérer la procréation pour que les femmes puissent vendre leur ventre, comme leur  cul et leur bras  à des gens comme le défunt Pierre Berger. Ce qui a été libéré du réel , asservit aux hommes. La monnaie a été asservie à la  seule volonté des banquiers centraux. Et scélératesse suprême, on a donné à ces banquiers centraux l’indépendance vis a vis du politique c’est a dire l’indépendance vis à vis des volontés nationales, populaires ! Ah les braves gens!

Le désancrage des monnaies a permis de libérer ces monnaies du poids du réel, de l’histoire, de la rareté et du même coup les a rendu tributaire de la seule volonté, du seul caprice, des seuls intérêts de la classe financière et de ses alliés.

Eh bien ce qui s’est passé pour les monnaies qui ont été libérées de leur équivalent général, de leur sous jacent, c’ est exactement ce qui est en train de se passer avec les quasi monnaies, les actifs financiers, les actions, les obligations, les fonds d’état: pour en émettre plus et canaliser votre argent vers leurs poches, les dominants ont prévu d’étendre  le désancrage en regard de la réalité économique. 

L’objectif de la modernité financière est là, dans cette tentative scélérate , dans ce mouvement pour réussir à déconnecter, à libérer la valeur des actifs papier  de leur valeur fondamentale, sous-jacente. Il faut que les signes, les ombres de l’économie que sont les actifs financiers soient libérés de leur corps, la réalité de l’activité  économique. Il s’agit comme les monnaies de les faire flotter, de les libérer de la pesanteur et des lois de la gravitation. Comme les monnaies il s’agit de les suspendre dans les airs afin que leur valeur, comme celles des bulles de savon ne dépende que de ce que l’on souffle dedans , les liquidités plus ou moins chaudes, plus ou moins gratuites, surtout plus gratuites pour les kleptos. Liquidités dont ils tiennent le robinet et donc le flux.

Les médias sont en retard, c’est le développement inégal qui fait que les structures, les théories soient en retard par rapport aux pratiques spontanées, pas encore assimilées.

Toute la profession financière, bancaire, est en retard, elle regarde le monde dans le rétroviseur et avec des lunettes anciennes. Le décrochage du prix des actifs financiers en regard des valeurs fondamentales est déjà un acquis, il est réalisé, mais il n’est pas encore compris et encore moins théorisé.

Si il est compris dans un délai raisonnable alors la prise de conscience peut produire une hausse boursière fantastique. L’extension de la modernité peut provoquer une hausse fantastique des marchés. 

Ce qui peut aider à la prise de conscience  c’est le phénomène du Bitcoin, le phénomène des cryptomonnaies. Ces jetons , ces pseudo monnaies sont l’étape concrète du désancrage; elles ne sont rattachées  à rien d’autre qu’à la rareté, qu’a l’offre et à la demande, ce sont de purs objets dont la valeur est subjective, ce sont les symboles de la modernité. Purs objets de passion, de jeu, d’avidité.

Les cryptos sont la concrétisation de l’évolution de la notion de valeur et de son glissement.  Les cryptos vont faire réfléchir, progresser la pensée… pas forcément dans la bonne direction et encore moins dans le bon sens! Après tout, c’est du vent pur! Et est ce que le vent pur vaut plus ou moins qu’un actif économique réel, concret qui, même surévalué vaudra toujours quelque chose?

Ce n’est pas un hasard si les réflexions s’orientent  déjà vers des comparaisons, comparaisons avec l’or, avec les actions.

L’or est rare et à un moment donné la question se posera est il plus ou moins rare que le Bitcoin?

Les  actions sont rares car elles appartiennent en partie aux capitalistes, pas seulement au grand public et les capitalistes kleptos tentent d’augmenter la rareté des actions, c’est à dire leur valeur marginale en les rachetant par les buy backs.  Les kleptos ont compris que pour s’enrichir ils devaient raréfier ! Et ils utilisent les bénéfices, les capacités d’endettement des firmes pour payer des dividendes et surtout racheter, annuler les actions, réduire le capital,  le rendre plus rare. Et il réussissent.

Des sociétés stagnantes comme Mac Donald bénéficient de performances boursières spectaculaires malgré la stagnation des  résultats, la baisse des chiffres d’affaires, l’érosion des cash flows, simplement parce qu’elles raréfient leurs actions.  Et pour ce faire elles s’endettent à tour de bras au point  que leur actif net devienne négatif. Grâce à ces pratiques, la valeur boursière ne cesse de monter, avec une hausse de 70% en deux ans!  Mac Do se traite à plus de 25 fois les bénéfices des 12 derniers mois et à plus de 31 fois les bénéfices recalculés pour tenir compte des truandages.  Mac Do a racheté 20% de ses actions, extériorisé une progression fictive de ses résultats malgré la chute régulière de ses résultats réels et de son chiffre d’affaires, mais ses dettes ont augmenté de 16 milliards pour financer les rachats d ‘actions!

Avez vous compris maintenant ce qu’est la Valeur boursière et sa problématique?

EN BANDE SON : 

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