Boboitude

Quand Luchini pourfend Hidalgo et ses parisiens…Par Nicolas Bonnal

Quand Luchini pourfend Hidalgo et ses parisiens…

« […] je croasse dans les ténèbres au fond d’un désert où ne viendront m’entendre que ceux qui se sont éloignés de tous les chemins de la multitude. » — Léon Bloy, Méditations d’un solitaire en 1916 (1917)

« Les plaisirs de ce monde pourraient bien être les supplices de l’enfer vus à l’envers dans un miroir. » — Léon Bloy, Journal, 29 mai 1908

Vulgarisateur du Voyage de Céline, anar de droite mais rebelle officiel aussi, Luchini a le droit de tirer de temps à autre sur des ambulances comme leur âne Hidalgo. Cette dernière venue d’Espagne où la gauche fait des miracles (invitation de neuf millions de migrants, mais aussi interdiction du couple, de la famille, de la viande, de Murcie, du langage, des semaines saintes et du reste), a fait de Paris la ville que l’on sait, dégoûtante et inquiétante, mais où il fait bon vivre pour les bobos. Car comme disait Bloy dans ses exégèses, ce genre de bourgeois aimer avaler de la merde. Il aime tout le bourgeois, y compris vivre crado dans un cadre hors de prix. Comme dit mon ami Frédéric condamné à une existence méditative dans l’ouest parisien,

« Anne Hidalgo est un génie. Elle sera d’ailleurs réélue par une population parisienne à désespérer. Attention l’intelligence devient un délit, elle sera demain un crime. »

Tout cela dans l’enthousiasme extatique. Un peu de Bloy encore, ce Bloy que comme Drumont, Luchini devrait remettre à la mode devant son parterre de fonctionnaires municipaux invités ou de ministres ignares venus s’encanailler à l’écouter réciter du La Fontaine :

« Et ce cortège est contemplé par un peuple immense, mais si prodigieusement imbécile qu’on peut lui casser les dents à coups de maillet et l’émasculer avec des tenailles de forgeur de fer, avant qu’il s’aperçoive seulement qu’il a des maîtres, — les épouvantables maîtres qu’il tolère et qu’il s’est choisis. »

Très interviewé par le melliflu magazine Le Point (où officie quand même l’estimable Sophie Coignard), Fabrice Luchini alias Perceval le gaulois s’énerve donc :

« Je vis dans le 18e. C’est d’une saleté sublime, comme une ville du Moyen-Orient… Mme ­Hidalgo a réussi à faire de Paris une ville qui n’est absolument plus habitable pour n’être plus que visitable. Mais elle va être réélue, car ça plaît aux bobos. Je dis bravo ! »

Sauf que je conseillerai, plutôt que Paris, Alexandrie, Beyrouth, Rabat, Tétouan… Lisez Burckhardt et essayez le monde arabe au lieu de pleurer son islamisme ou son tiers-monde.

Les andouilles du Point écrivent dans l’article :

« Ne parlez pas d’Anne Hidalgo à Fabrice Luchini, le sujet lui donne de l’urticaire, comme en témoigne sa sortie cinglante sur la maire de Paris dans les colonnes du JDD. « Cette femme a réussi à éteindre 1,5 million d’automobilistes, réduits en agneaux qui n’avancent plus. L’agressivité est passée au scooter, ce nouveau monstre polluant et sonore qui sème le chaos. Sans compter la trottinette et le vélo, le summum du danger… »

On poursuit sans s’enflammer :

« Tandis qu’il égrène ses souvenirs avec les hommes politiques, dont beaucoup sont venus le voir sur scène – comme Chirac, Sarkozy, ou encore Macron –, Fabrice Luchini relève qu’il n’a jamais eu le plaisir de compter Anne Hidalgo dans ses salles. « Il n’y a aucune raison qu’elle vienne, explique-t-il dans le JDD. Je ne suis pas de gauche, pas moderne, je n’aime que le génie absolu d’un Chamfort. Pas le chanteur, hein ! Vous savez, les politiques, je ne les réclame pas non plus à mes spectacles, qui de toute façon sont complets. Et puis j’en ai un peu marre : ils prennent six places, avec leur tireur d’élite et tout ça. Je plaisante : Hollande ou Sarkozy ne viennent plus qu’à deux et ils seront toujours les bienvenus. »

On a l’impression que l’acteur se plaint que la mairesse ne soit pas venue le voir réciter le lièvre et la tortue…

On reprend avec le Point :

« L’acteur, qui revient à l’affiche dans Alice et le maire, un film où il incarne un politicien vieillissant à la tête de la mairie de Lyon, évite de se prononcer pour l’instant sur les différents candidats à la mairie de Paris. Il rappelle au passage ses convictions politiques et sa méfiance vis-à-vis de la gauche française. « Il y a dans l’angélisme des gens de gauche quelque chose d’inadéquat avec ma perception des hommes. Je ne crois pas l’humain merveilleux par nature et dégueulasse parce qu’il est dans une structure qui l’opprime. »

Après Anne Hidalgo, la droite en prend également pour son grade. 

« Je hais la lourdeur et l’arrogance des gens de droite, je suis atterré par la misère de ceux qu’on appelle les gagnants. » Au final, il se définit comme un « conservateur », en raison de son caractère « pessimiste » : « Je n’ai aucune aptitude à la jouissance, explique-t-il. Seul l’homme de droite jouit. Moi je passe mon temps à lire et à travailler. »

Pas très juste cela. Les partisans de Charles Stuart avouaient aimer le vin et les femmes (dont on sera privés) alors que ceux de Cromwell n’aimaient que les idées, qui sont des péchés. C’est Debord qui le dit…

Ce beaucoup de bruit pour rien me donne envie de citer Drumont qui écrivait déjà sur les parisiens :

« L’être qui est là est un moderne, un nihiliste, il ne tient à rien ; il n’est guère plus patriote que les trois cent mille étrangers, que l’aveuglement de nos gouvernants a laissés s’entasser dans ce Paris dont ils seront les maîtres quand ils voudront ; il ne se révoltera pas comme les aïeux sous l’empire de quelque excitation passagère, sous une influence atmosphérique en quelque sorte qui échauffe les têtes et fait surgir des barricades instantanément. Un monarque quelconque auquel on aurait à reprocher la moitié des infamies, des prévarications, des hontes sans nombre accumulées par le régime actuel, aurait entendu depuis longtemps l’émeute rugir aux portes de son palais. En réalité tout cela laisse la masse profondément indifférente… »

Nous vivons une époque pseudo-apocalyptique. Notre civilisation crève tripe à l’air depuis longtemps. Son cadavre déjà ancien grossit avec sa dette immonde comme dans une pièce célèbre d’Ionesco… On interdit de consommer, de parler, de fumer, de rouler, de sourire, de siffler, de croire, de penser, de boire, de forniquer. Mais tout cela se fait avec l’accord d’une masse nécrosée de contemporains devenus aussi insupportables que les légumes (Don Siegel) de l’Invasion des profanateurs de sépulture. C’est le prélude à l’après-midi du smart faune poussé à l’infini par une masse de pauvres hères croissant comme des champignons lépreux après ce Big bang de la technologie…

 Ici encore c’est Guy Debord qui avait tout compris, et Nietzsche, et Poe, et Céline, et Tocqueville, et quelques autres comme Bloy ou Bernanos : le monde moderne accouche d’esclaves ou plutôt de termites. Ils sont asexués dans leur termitière, lisez Maeterlinck qui en parle très bien.

Revenu de tout, pingre ou fauché, lecteur non pas de Bloy mais de Musso, le parisien partage son temps entre les surgelés Picard et l’épicier Ed. Le barbecue de Notre-Dame l’aura laissé de marbre. Il avait d’autres achats à fouetter…

Quant à Hidalgo elle sera réélue. De toute manière ce sera elle ou la Rachida ou le Benjamin bidule. Alors ? on relira la phrase de Chateaubriand dans les Mémoires :

« Il ne restera qu’à demander à la science le moyen de changer de planète. »

C’est qu’on aimerait…

NICOLAS BONNAL

Sources :  

 

EN BANDE SON :

2 réponses »

  1. « Ce beaucoup de bruit pour rien … »……On a l’impression que l’acteur se plaint que la mairesse ne soit pas venue le voir réciter le lièvre et la tortue… »
    Ou la grenouille qui se voulait plus grosse que le bœuf ? Luchini un moment drôle (il y a longtemps) gonflé par son « importance » d’acteur liseur …se surjoue a tel point qu’il devient inécoutable ..carrément obscène en interview sa logorrhée surtout axée sur le libidinal aidant il apparaît pour ce qu’il est: un petit chose parvenu qui étrenne les mots des autres …les auteurs …sans avoir rien a dire au final si ce n’est un numéro ressassé d’amuseur public (le bon client pour les tv)
    Aussi triste et vide que les clowns au sortir de la piste….ciao pantin..!

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