Art de la guerre monétaire et économique

Humour noir : Toujours dix mais plus un seul « nègre » chez Agatha Christie !

Mercredi 26 août 2020, sur RTL « James Prichard, petit-fils de l’auteure de romans policiers, a confirmé ce choix, qui permet ainsi à la France de s’aligner sur les choix éditoriaux des pays anglophones, où le titre Ten Little Niggers a disparu depuis plusieurs années déjà », indique le site spécialisé ActuaLitté dès 9 heures sur les réseaux sociaux. Selon l’ayant-droit, « Quand le livre a été écrit, le langage était différent et on utilisait des mots aujourd’hui oubliés. Ce récit est basé sur une comptine populaire qui n’est pas signée Agatha Christie… Je suis quasiment certain que le titre original n’a jamais été utilisé aux États-Unis. Au Royaume-Uni, il a été modifié dans les années 1980 et aujourd’hui nous le changeons partout… Mon avis c’est qu’Agatha Christie était avant tout là pour divertir et elle n’aurait pas aimé l’idée que quelqu’un soit blessé par une de ses tournures de phrases », a indiqué Prichard au micro. Vu ainsi, il va falloir penser à réécrire toute l’œuvre de James Ellroy, évocation du Los Angeles des années 50 dans laquelle l’écrivain américain utilise le ton et les mots de l’époque, en particulier « négroville » au sujet des quartiers communautaires de la ville. Ou encore changer le nom de la mythique collection de polar de Gallimard, La Série Noire, ou même sa collection de littérature, La Blanche. Pour ActuaLitté les choses sont claires, si l’on ose écrire : « M6 diffusera prochainement une adaptation du roman en série, nommée elle aussi Ils étaient dix, selon l’annonce remontant à février 2019. En 2017, le titre avait fait l’objet d’une polémique, mais, à l’époque, les éditeurs n’avaient pas réagi, pas plus que les ayants droit : preuve que l’empathie gagne du terrain ? »

Le roman comportait 74 fois le mot « nègres ». Ce mot n’y apparaît plus du tout. En début d’après-midi, l’information faisait le tour des principaux médias :

Le Point : « Le changement de titre de Dix Petits Nègres, l’un des romans les plus vendus dans le monde avec plus de 100 millions d’exemplaires, s’inscrit dans le sillage d’un chamboulement culturel lié aux mouvements antiracistes. En juin dernier, aux États-Unis, la plateforme de streaming HBO Max avait notamment fait polémique en retirant temporairement de son catalogue le film Autant en emporte le vent, au motif qu’il « dépeint des préjugés racistes qui étaient communs dans la société américaine ». Le long-métrage de 1939 a depuis été remis en ligne, avec une introduction présentant des éléments de contexte. »

Le Monde publie la nouvelle couverture avec le nouveau titre « Ils étaient dix », ce qui permet de se rendre compte de l’hypocrisie des éditions du Masque puisque est aussi spécifié de façon visible, sur cette même couverture, « précédemment publié sous le titre DIX PETITS NÈGRES ». Visiblement les éditions du Masque ne souhaitent quand même pas que leur initiative toute en bons sentiments leur fasse perdre trop d’argent… Précision : « Les éditions du Masque ont opéré ces changements à la demande d’Agatha Christie Limited afin de s’aligner sur les éditions anglaise, américaine et toutes les autres traductions internationales », a précisé l’éditeur, contacté par l’Agence France-Presse (AFP). « La traduction a été révisée selon les dernières mises à jour de la version originale mais l’histoire en elle-même ne change pas », a souligné l’éditeur. »

Le Figaro : « L’arrière-petit-fils de la reine du crime a choisi de rebaptiser le best-seller Ils étaient dix, afin de « l’adapter à son temps ». La traduction du texte a aussi été amendée dans une nouvelle édition au Livre de Poche. Un nouveau triomphe du politiquement correct. » Le quotidien note que « le fait d’« adapter une œuvre à son temps », selon les termes de l’héritier d’Agatha Christie, ne fait pas l’unanimité. Mercredi matin au micro de France Inter, François Busnel, le présentateur de l’émission littéraire de France 5 « La grande librairie », a vertement réagi à l’annonce du changement de titre des Dix Petits Nègres. « C’est absurde, ça s’appelle le politiquement correct. On peut tout lisser mais un livre se replace dans son temps. Ce serait d’ailleurs intéressant de savoir pourquoi Agatha Christie a appelé son livre Les Dix Petits Nègres et non Les Dix Petits Noirs. Parce qu’on est à la fin du XIXe, au début du XXe. Au lieu de juger, on devrait lire ». Conclusion de l’article du Figaro : « On ne mégote plus avec le politiquement correct. »

BFM : « Cette décision intervient à l’heure où, partout dans le monde, d’anciennes œuvres liées à la période de l’esclavage sont questionnées. Des statues de personnalités associées à l’esclavage ont été déboulonnées, et le film Autant en emporte le vent a fait l’objet d’une recontextualisation sur la plateforme de streaming HBO Max. En France, le titre Dix petits nègres a déjà créé des remous il y a quelques années lorsque la chanteuse Lââm a demandé à TF1 de rebaptiser la série adaptée du roman. » La chaîne de télévision ne précise pas en quoi le roman d’Agatha Christie serait « lié à l’esclavage ».

20 Minutes : « Le changement du titre français de ce célèbre roman policier reflète la plus grande attention désormais portée à l’emploi de certains termes, à leurs connotations et à leur dimension discriminante, stigmatisante ou insultante. En juillet, un glacier danois rebaptisait ainsi ses « Eskimos » car le mot « esquimaux » est offensant pour le peuple inuit. Mi-août, la marque Knorr annonçait que sa « sauce tzigane » – produit phare dans les cuisines allemandes – serait désormais appelée « sauce paprika à la hongroise », par égard aux populations Roms et Sintis. »

Le Parisien : « Ce changement de titre s’inscrit dans un contexte de bouleversement culturel lié aux mouvements antiracistes dans le monde. En mai dernier, Amazon France avait retiré le livre avec ce titre original de sa plateforme. »

Le Huffpost : « Cette prise de décision arrive dans un effort plus large de contextualisation et de situation des œuvres dans leurs époques. Ainsi en juin dernier, le film « Autant en emporte le vent », considéré par de nombreux universitaires comme l’instrument le plus ambitieux et efficace du révisionnisme sudiste, avant été retiré de la plateforme HBO Max avant d’y faire son retour accompagné de deux vidéos explicatives. » Le choix de l’expression « révisionnisme sudiste » intrigue.

L’Obs : « Les lecteurs des captivants romans policiers d’Agatha Christie ont pu remarquer à quel point son œuvre est truffée de remarques racistes, notamment antisémites, reflétant les préjugés de son temps. »  

Les réactions ont été nombreuses, aussi, sur les réseaux sociaux. Ainsi, sur Twitter :

Eric Naulleau : « La réécriture et la censure des œuvres du passé ont fait une nouvelle victime avec les Dix Petits Nègres d’Agatha Christie rebaptisé Ils étaient 10. Si George Orwell revenait parmi nous, il se retrouverait dans un monde familier, celui de ses livres. »

Julien Aubert : « La réécriture idéologique du passé se poursuit. C’est honteux : aucun respect pour l’auteur. Qui est devenu raciste en lisant Agatha Christie ? On nage en plein délire. « Dix petits nègres » d’Agatha Christie renommé « Ils étaient dix »

Un peu d’humour avec Marc Hillman : « Les 10 petits nègres d’Agatha Christie vont changer de titre et devenir : ils étaient 10. L’éditeur hésite aussi à changer le nom de son héros Hercule Poirot en Poireau, de peur qu’on dise que tous les films tirés de ses aventures ont été des navets. »

Globalement, dans la journée de mercredi 26 août, la majorité des médias ayant réagi l’ont fait sans interroger la pertinence de ce changement de titre, d’autres se sont engagés en sa faveur. Et fort peu ont osé une critique. Une indication de plus du climat délétère des médias français dominants ?

« DEVIENS QUI TU ES, QUAND TU L’AURAS APPRIS »

« Deviens qui tu es, quand tu l’auras appris »

Γένοι᾿, οἷος ἐσσὶ μαθών (genoi oios essi mathôn)

Pindare (518-438 av. J.-C) – Pythiques, II-72


NIETZSCHE – « DEVIENS QUI TU ES »

Quand Nietzsche reprend à son tour cette formule, il vient s’inscrire dans une longue tradition. Il fait même plus que reprendre la formule, il la choisit pour sous-titre de l’un de ses ouvrages : Ecce Homo (1888) a en effet pour sous-titre : Comment on devient ce qu’on est : « wie man wird, was man ist ». […] En vérité, la maxime qui nous occupe ne se trouve pas seulement chez Nietzsche dans le sous-titre d’Ecce Homo, elle est essaimée dans tout l’œuvre […]

Vous dites que vous croyez en Zarathoustra ? Mais qu’importe Zarathoustra ! Vous êtes mes croyants : mais qu’importent tous les croyants ! Vous ne vous étiez pas encore cherchés : alors vous m’avez trouvé. Ainsi font tous les croyants ; c’est pourquoi la foi est si peu de chose. Maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous trouver vous-mêmes ; et ce n’est que quand vous m’aurez tous renié que je reviendrai parmi vous. – Ainsi parlait Zarathoustra

 

En cet endroit je ne puis plus éviter de donner la véritable réponse à la question, comment l’on devient ce que l’on est. Et par là je touche au chef-d’œuvre dans l’art de la conservation de soi, dans l’art de l’égoïsme…  […] Il n’y aurait pas plus grand danger que de s’apercevoir soi-même en même temps que l’on aperçoit cette tâche. Devenir ce que l’on est, cela fait supposer que l’on ne se doute même pas de ce que l’on est. Considérées à ce point de vue, les méprises que l’on commet dans la vie prennent un sens et une valeur propres. On prend parfois des chemins de traverse, on fait des détours, on s’arrête aux bords de la route, on se plaît aux situations modestes, on met tout son sérieux à accomplir des tâches qui se trouvent de l’autre côté de la tâche propre. Ainsi se manifeste une grande sagesse et même la suprême sagesse : là où nosce te ipsum serait le sûr moyen de se perdre, s’oublier, se méconnaître, se rapetisser, se rendre plus étroit et plus médiocre devient la raison même. Pour m’exprimer au point de vue moral : l’amour du prochain,la vie au service des autres et d’une autre cause peuvent devenir des mesures de sûreté pour conserver le plus dur amour de soi. C’est là le cas exceptionnel, où, contre ma règle et ma conviction, je prends parti pour les instincts « désintéressés » : ils travaillent ici au service de l’égoïsme et de la discipline personnelle. – Ecce Homo

Deviens celui que tu es : voilà une exhortation qui n’est jamais permise que pour quelques rares êtres, mais superflue pour les plus rares d’entre eux  – Fragments posthumes, U II 5c, octobre-décembre 1876).

Fragments posthumes, été-automne 1881 : « Deviens, ne cesse de devenir qui tu es, le maître et le formateur de toi-même », fragment 11 (106), Œuvres philosophiques complètes, tome V, Le Gai Savoir, p. 338.

Ce fragment posthume est sans doute l’ébauche de l’aphorisme 270 qu’on trouve à la fin du troisième livre du Gai Savoir :

« Que dit ta conscience [Was sagt dein Gewissen] ? Tu dois devenir celui que tu es : Du sollst der werden, der du bist ».

1 réponse »

  1. Cher Lupus,

    A quand le changement du patronyme d’Arnold ? Car Schwarzenegger deviendrait dur à porter… ;o)

    ____________________

    Patrik Willot

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