Le moment âMargin Callâ du shadow banking
La sĂ©quence sâaccĂ©lĂšre brutalement.
AprĂšs :
- les rachats records du fonds géant Blackstone BCRED,
- la radiation instantanĂ©e dâun prĂȘt par BlackRock (100 â 0 en trois mois),
le systÚme vient de franchir une nouvelle étape.
Le plus grand gestionnaire dâactifs du monde vient de limiter les retraits dans lâun de ses principaux fonds de crĂ©dit privĂ©.

đ Le signal critique
Le fonds HPS Corporate Lending Fund (HLEND) â environ 26 milliards de dollars dâactifs â vient dâenregistrer :
9,3 % de demandes de rachat.
Mais la direction a plafonné les retraits à 5 %.
Autrement dit :
les investisseurs veulent sortir,
mais le fonds ne peut pas rembourser tout le monde.
La raison est simple.
Les prĂȘts dĂ©tenus par ces fonds sont illiquides.
Si tout le monde sort,
il faut vendre.
Et vendre signifie décote massive.
𧚠Le mécanisme de contagion
Le crédit privé repose sur un équilibre fragile :
- peu de transactions secondaires
- valorisations internes
- flux entrants constants dâinvestisseurs
Quand les sorties dépassent les entrées :
la mécanique se retourne.
Rachats â ventes â dĂ©cotes â nouvelles pertes â nouveaux rachats.
Câest exactement ce qui commence Ă apparaĂźtre.
đŹ Le moment âMargin Callâ
Il y a trois semaines, Blue Owl Capital a vendu 1,4 milliard de prĂȘts pour restituer du capital Ă ses investisseurs.
Ă lâĂ©poque, cela ressemblait Ă une gestion tactique.
Avec le recul, cela ressemble Ă quelque chose dâautre :
le premier acteur qui essaie de sortir avant les autres.
La fameuse rĂšgle du film Margin Call :
« Be first.
Be smarter.
Or cheat. »
Dans un marché secondaire peu liquide,
le premier vendeur sâen sort.
Les suivants subissent la décote.
đŠ Les fissures sâaccumulent
La liste des signaux dâalerte sâallonge :
- rachats record chez Blackstone
- retraits limités chez BlackRock
- dĂ©prĂ©ciations brutales de prĂȘts
- ventes forcées chez Blue Owl
- faillites dans le financement immobilier
Pendant ce temps, les investisseurs découvrent une vérité inconfortable :
la stabilitĂ© du crĂ©dit privĂ© reposait en grande partie sur lâabsence de prix de marchĂ© permanent.
â ïž Le piĂšge des fonds âsemi-liquidesâ
Ces véhicules promettent :
liquidité trimestrielle.
Mais leurs actifs sont :
- prĂȘts directs
- financements LBO
- crédits immobiliers spécialisés
- dettes privées non négociées
En clair :
liquidité promise
sur actifs verrouillés.
Quand la confiance disparaĂźt,
le modÚle se révÚle.
đ§ Le systĂšme tient encore
Pour lâinstant, le marchĂ© de 1 800 milliards de dollars ne sâeffondre pas.
Mais il commence à ressembler à une digue fissurée.
Une fissure nâest jamais dramatique.
Le problĂšme arrive quand les fissures apparaissent partout en mĂȘme temps.
đ„ Conclusion Lupus
Le crĂ©dit privĂ© nâexplose pas en une journĂ©e.
Il sâĂ©rode.
Un rachat aprĂšs lâautre.
Une dĂ©prĂ©ciation aprĂšs lâautre.
Une vente aprĂšs lâautre.
Puis un jour, le discours de stabilité cesse de fonctionner.
Et tout le monde comprend en mĂȘme temps que les actifs Ă©taient liquidesâŠ
jusquâau moment oĂč ils ont cessĂ© de lâĂȘtre.
Le canari était gelé.
Maintenant la mine commence Ă vibrer.

đ§šEN COMPLEMENT ; FLASH LUPUS
Quand 100 devient 0 â anatomie dâune illusion comptable
Encore un.
AprĂšs les rachats records qui frappent le fonds gĂ©ant de Blackstone, câest maintenant la machine de crĂ©dit privĂ© de BlackRock qui dĂ©voile une autre facette du problĂšme.
Un prĂȘt de 25 millions de dollars accordĂ© Ă Infinite Commerce Holdings vient dâĂȘtre radiĂ© totalement.
Trois mois plus tĂŽt :
valorisation 100 cents pour un dollar.
Aujourdâhui :
zéro.
Il existe, effectivement, une différence notable entre 25 000 000 $ et 0 $.
đ Le problĂšme nâest pas le prĂȘt
25 millions de dollars, pour un gĂ©ant qui gĂšre plus de 10 000 milliards dâactifs, câest une poussiĂšre.
Mais les crises financiĂšres ne commencent jamais par des milliards.
Elles commencent par un changement de comportement dans la formation des prix.
Et câest prĂ©cisĂ©ment ce qui se produit.
đ§ Le secret du crĂ©dit privĂ©
La stabilité apparente du crédit privé repose sur une caractéristique simple :
lâabsence de prix de marchĂ© permanent.
Contrairement aux obligations cotées :
- les prĂȘts privĂ©s ne sâĂ©changent presque jamais
- les valorisations sont internes
- les modĂšles remplacent les transactions
Résultat :
un actif peut rester valorisĂ© au pair pendant des moisâŠ
mĂȘme si lâentreprise se dĂ©grade.
Puis, soudainement :
la comptabilité rattrape la réalité.
Et la valeur tombe.
Pas de 100 Ă 90.
De 100 Ă 0.
đŠ Le modĂšle pandĂ©mique qui sâeffondre
Infinite Commerce appartient Ă une catĂ©gorie dâentreprises typiques de lâĂšre Covid :
les agrégateurs Amazon FBA.
Le modÚle était simple :
- racheter des petites boutiques Amazon
- les consolider
- financer lâopĂ©ration par la dette
- miser sur la croissance infinie du e-commerce
Puis sont arrivés :
- la hausse des taux
- la hausse des coûts logistiques
- la normalisation de la demande
- lâĂ©rosion des marges
Le levier a fait le reste.
â ïž Le vrai problĂšme : la vitesse
Ce qui inquiĂšte les marchĂ©s nâest pas la faillite dâun agrĂ©gateur Amazon.
Câest la vitesse de la réévaluation.
Quand un actif passe de parfaitement sain à totalement nul en un trimestre, cela signifie généralement une chose :
la valorisation précédente était déjà fictive.
đ§š Une fissure de plus dans un mur de 1 800 milliards
Pris isolément :
- un prĂȘt radiĂ©
- un agrégateur en faillite
- une dépréciation marginale
Tout cela paraĂźt anodin.
Mais mis bout Ă bout avec :
- les rachats chez Blackstone
- les dépréciations chez KKR et Apollo
- les avertissements dâUBS sur des dĂ©fauts Ă 15 %
cela dessine une autre image.
Celle dâun marchĂ© oĂč la stabilitĂ© reposait davantage sur lâabsence de prix que sur la soliditĂ© rĂ©elle des actifs.
đ§ Conclusion Lupus
Les marchés du crédit public ajustent leurs prix tous les jours.
Le crĂ©dit privĂ© ajuste ses prix⊠quand il nâa plus le choix.
Et lorsque lâajustement arrive,
il nâest pas progressif.
Il est brutal.
Aujourdâhui :
25 millions deviennent zéro.
Demain :
la question ne sera plus la valeur dâun prĂȘt.
La question sera la crédibilité de tout le systÚme de valorisation.
Le canari ne chante toujours pas.
Mais la glace commence Ă craquer.

â ïž ENCADRĂ LUPUS
Le mensonge central du crédit privé : la liquidité imaginaire
Le crédit privé repose sur une contradiction fondamentale.
Les fonds promettent aux investisseurs :
- des rendements élevés
- une liquidité réguliÚre
- une volatilité faible
Mais les actifs quâils dĂ©tiennent sont tout lâinverse :
- prĂȘts illiquides
- transactions rares
- valorisations internes
Contrairement aux obligations cotĂ©es, ces prĂȘts ne sont presque jamais Ă©changĂ©s.
Leur valeur nâest donc pas dĂ©terminĂ©e par le marchĂ©.
Elle est estimée.
Autrement dit :
tant que personne ne vend, tout vaut 100.
Mais dÚs que les investisseurs veulent récupérer leur argent, une question surgit :
Ă quel prix peut-on rĂ©ellement vendre ces prĂȘts ?
Câest lĂ que le modĂšle se fissure.
Car si les ventes deviennent nécessaires :
- la liquidité disparaßt
- les prix chutent
- les pertes apparaissent brutalement
Ce que le crédit privé vendait comme une stabilité était souvent simplement une absence de prix de marché.
La volatilitĂ© nâavait pas disparu.
Elle était cachée.
đŁ ENCADRĂ LUPUS
Le moment Madoff du crédit privé ?
La grande illusion du crédit privé tient en une phrase :
ce qui ne se négocie pas ne fluctue pas.
Contrairement aux obligations cotĂ©es, les prĂȘts du crĂ©dit privĂ© ne disposent pas dâun prix de marchĂ© quotidien.
Ils sont valorisés par :
- des modĂšles internes
- des comparables théoriques
- des hypothÚses de flux de trésorerie
Tant que les investisseurs continuent dâapporter du capital, la fiction tient.
Mais lorsque les retraits commencent :
les modÚles doivent céder la place à la réalité.
Et la réalité est brutale.
Câest exactement ce que montrent les derniĂšres semaines :
- prĂȘts réévaluĂ©s de 100 Ă 0
- fonds contraints de limiter les rachats
- ventes massives sur le marché secondaire
La stabilité apparente du crédit privé ressemblait à celle du fonds de Bernard Madoff :
elle fonctionnait parfaitementâŠ
tant que personne ne demandait trop de retraits en mĂȘme temps.
âïž ENCADRĂ LUPUS
La mécanique de la contagion
Les crises financiĂšres ne se propagent jamais par un seul choc.
Elles suivent une mécanique bien connue.
Phase 1 â les fissures
Quelques prĂȘts deviennent douteux.
Les valorisations commencent Ă baisser.
Phase 2 â la perte de confiance
Les investisseurs demandent des rachats.
Phase 3 â les ventes forcĂ©es
Pour rembourser les investisseurs, les fonds vendent leurs actifs.
Mais le marché secondaire est étroit.
Les prix chutent.
Phase 4 â la réévaluation brutale
Les autres fonds doivent ajuster leurs valorisations.
Les pertes deviennent visibles.
Phase 5 â la panique
De nouveaux investisseurs veulent sortir.
Le cycle recommence.
Ce mécanisme a déjà frappé :
- les subprimes en Financial Crisis of 2008
- les fonds immobiliers britanniques aprĂšs le Brexit Referendum
La seule diffĂ©rence aujourdâhui :
le marché du crédit privé pÚse prÚs de 2 000 milliards de dollars.
đŠ ENCADRĂ LUPUS
Pourquoi la Fed devra intervenir
Le crédit privé est souvent présenté comme une alternative aux banques.
En réalité, il est devenu une extension du systÚme bancaire.
Les grandes banques financent les fonds de crédit privé via :
- des lignes de crédit
- des facilités de repo
- des financements structurés
Les assureurs et les fonds de pension y investissent massivement.
Résultat :
si le crédit privé vacille,
ce nâest pas un marchĂ© isolĂ© qui tremble.
Câest toute la chaĂźne financiĂšre.
Et lorsque cette chaĂźne menace de se rompre, une institution intervient toujours :
Federal Reserve.
Elle lâa fait :
- pour les banques en Financial Crisis of 2008
- pour les marchés obligataires en COVID-19 Market Crash
Si la crise du crĂ©dit privĂ© sâintensifie, la question ne sera pas si la Fed interviendra.
La question sera :
qui sera sauvé,
et qui sera sacrifié.

Ice Age de Joy Division fonctionne remarquablement bien pour accompagner le Flash Info sur la crise du crĂ©dit privĂ©. đž
Voici pourquoi il est particuliĂšrement cohĂ©rent avec lâesprit Blog Ă Lupus.
đ§ Pourquoi Ice Age est un choix trĂšs juste
1ïžâŁ La mĂ©taphore du gel
Le titre lui-mĂȘme est presque une allĂ©gorie financiĂšre.
Une crise de crédit commence souvent par :
- gel du marché
- disparition de la liquidité
- blocage des transactions.
Dans le dossier, Credit Privé on parle justement de :
- retraits bloqués
- ventes forcées
- marchĂ© secondaire qui sâassĂšche.
⥠Le systĂšme financier entre littĂ©ralement dans une âIce Ageâ.
2ïžâŁ LâatmosphĂšre froide et mĂ©canique
Le son de Joy Division est :
- minimaliste
- sombre
- tendu.
Il évoque parfaitement :
- lâeffondrement lent dâun systĂšme
- la fin dâune illusion
- un monde qui se refroidit.
Câest exactement lâambiance dâun systĂšme financier qui craque mais refuse encore de lâadmettre.
3ïžâŁ CohĂ©rence avec lâesthĂ©tique Blog Ă Lupus
Nous utilisons souvent une bande-son :
- post-punk
- industrielle
- sombre.
Dans cet univers, Ice Age sâinscrit parfaitement aux cĂŽtĂ©s de morceaux que l’on a dĂ©jĂ utilisĂ©s comme :
- Wardance â Killing Joke
- Shut Up â Savages
- Burning Inside â Ministry
⥠mĂȘme univers crĂ©pusculaire et lucide.
Pendant que les fonds de crĂ©dit privĂ© bloquent les retraits et que les prĂȘts passent de 100 Ă 0, une atmosphĂšre glaciale sâinstalle sur les marchĂ©s.
LâĂąge de glace financier commence.
Bande-son : Ice Age â Joy Division.
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FLASH INFO â LE CRĂDIT PRIVĂ ENTRE EN ZONE DE TURBULENCE
Le systĂšme financier parallĂšle commence Ă craquer.
AprĂšs :
⹠des rachats record dans les fonds de crédit privé
âą des ventes massives dâactifs
âą des prĂȘts réévaluĂ©s de 100 Ă 0 en quelques mois
le plus grand gestionnaire dâactifs du monde vient dĂ©sormais de limiter les retraits dans un fonds de 26 milliards de dollars.
Autrement dit :
les investisseurs veulent sortir,
mais le systĂšme ne peut pas rembourser tout le monde.
Pourquoi ?
Parce que ces fonds promettaient de la liquiditĂ© alors quâils dĂ©tiennent des actifs illiquides.
Lorsque les retraits commencent :
 ventes forcées
 décotes
 contagion.
Ce qui apparaissait comme un pilier discret du capitalisme financier â le crĂ©dit privĂ© â pourrait devenir le prochain point de rupture du systĂšme.
La stabilitĂ© nâĂ©tait peut-ĂȘtre quâune illusion.
Pendant que les marchĂ©s dĂ©couvrent cette rĂ©alitĂ©, une atmosphĂšre glaciale sâinstalle sur la finance mondiale.
 Bande-son du moment :
Ice Age â Joy Division
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