Etats-Unis

Jean Pierre Petit : Retour sur les stress tests des Banques US

Directeur de la recherche économique et de la stratégie d’ Exane-BNP Paribas jusque fin 2008, Il a été auparavant (1995-1999) adjoint au directeur des études économiques de la BNP, adjoint de direction à la Banque de France et consultant pour le Fonds monétaire international (1986-1994). Il est diplômé de Sciences Po Paris, détient une maîtrise en droit et est titulaire d’un DEA d’économie internationale. Jean Pierre Petit est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, La finance, autrement (en collaboration, Dalloz, 2005).Aujourd’hui devenu stratégiste de marché indépendant il continue de collaborer  de manière régulière à divers revues et journaux économiques et financiers. Voici le 1er billet d’une série qui lui sera consacrée.

 

Six questions sur les stress tests
Les rumeurs sur le fait que les banques aient négocié jusqu’au dernier moment les chiffres des résultats sont d’une importance négligeable.

PLUS D’INFOS EN SUIVANT :

Mai 2009 Agefi

On se propose ici de répondre à six questions sur les tests de résistance effectués par les autorités de supervision sur les 19 grandes banques américaines.

1)Quel était l’objectif principal?

Ce test consiste à évaluer les pertes potentielles, les revenus et les besoins en fonds propres des banques pour les années 2009 et 2010 sous deux scénarios macro-économiques différents, dont un plus pessimiste qu’anticipé. Si cette évaluation révèle un besoin pour la banque de lever du capital ou d’en améliorer la qualité pour mieux supporter des pertes potentielles qui pourraient émerger lors d’un scénario négatif, les superviseurs imposeront à la banque d’augmenter son capital. Même si de nombreux officiels ont refusé de qualifier ce test de «test de solvabilité», il s’agit bien d’une
évaluation inter temporelle de la capacité de l’établissement à faire face à ses obligations.

2) En quoi ce stress test  diffèret-il  de ceux que réalisent les banques dans le cadre normal de leur actvité?

Si les banques ont effectué, dans un premier temps, leurs évaluations propres, celles-ci sont réalisées ici dans un cadre clair et homogène avec des hypothèses définies en amont par le régulateur. Des fourchettes de taux de défaut sont notamment proposées par ligne d’actifs et les banques affichant des données plus favorables doivent expliquer en détail, à l’aide de données précises, les raisons pour lesquelles elles attendaient des niveaux de pertes plus bas. Ce cadre d’analyse permet
une évaluation cohérente et systématique des évaluations de pertes et de revenus entre les  différentes banques. Par ailleurs, le superviseur a développé ses propres modèles d’évaluation (de manière indépendante sur la base des données fournies par les banques), ce qui lui permet de comparer et d’ajuster, le cas échéant, les évaluations proposées par les banques.

3) Les hypothèses générales sont-elles suffisamment sévères?

Les hypothèses macro-économiques (PIB de -3,3% en 2009 et +0,5% en 2010, prix immobiliers en baisse de 28% sur deux ans et chômage à 10,3% en 2010) sont raisonnablement sévères. Si la situation économique s’est dégradée depuis la publication des hypothèses du Trésor, ce qui s’est traduit par une révision à la baisse par le consensus des prévisions pour 2009-2010, ces hypothèses paraissent aujourd’hui pessimistes. L’objectif n’est pas de réaliser un stress test sur la base d’un
«worst case scenario» mais bien sur celui d’un scénario adverse plausible. En outre, les portefeuilles de trading ont été soumis à un choc semblable à celui qui s’est produit lors de la faillite de Lehman en septembre dernier, ce qui paraît largement suffisant. Si l’on ajoute à cela les ajustements comptables qui sont défavorables aux banques, on peut conclure que les hypothèses du Trésor sont largement suffisantes dans le cadre de cette analyse.

4) Quelles sont les mesures utilisées pour évaluer la solvabilité des banques et quelles en seront
les implications?

Le stress test privilégie le Tangible common equity (TCE) par rapport au Tier 1. Le tangible common equity est une mesure plus restrictive que le Tier 1 car elle ne prend en compte que les actions ordinaires alors que le Tier 1 inclut, entre autres, les actions préférentielles. De ce fait, les banques seront fortement incitées à transformer leurs actions préférentielles en actions ordinaires. Cela a l’avantage de ne pas utiliser de ressources supplémentaires des fonds TARP pour le Trésor, mais cela entraînera une montée du gouvernement au capital des banques. L’intérêt pour les banques est bien évidemment d’améliorer leur ratio de «core» capital et de réduire nettement leur coût de financement. En effet, les actions préférentielles, si elles se comportent plus comme des actions quant aux risques encourus en cas de faillite de l’entreprise, ont une rémunération comparable à celle d’une obligation (dividende obligatoire).Cela entraînerait, en revanche, une dilution des actionnaires existants.

5) Quels moyens les banques auront-elles pour améliorer leur solvabilité?

Une banque peut améliorer sa solvabilité par deux moyens: ou en augmentant le capital ou en réduisant les actifs pondérés du risque. L’accent a été essentiellement mis sur les recapitalisations. Celles- ci peuvent prendre deux formes: augmentation de capital sur le marché et augmentation de capital via le Trésor dans le cadre du «Capital Assistance Program» sous la forme d’actions préférentielles convertibles en actions ordinaires à la discrétion de la banque. On peut ajouter à cela la transformation,par la banque, des actions préférentielles détenues par le Trésor en actions ordinaires. Cela améliore le ratio Tier 1 et réduit le coût de financement mais ne change pas réellement la donne du point de vue du créditeur. On peut imaginer également, si la situation se dégradait davantage, une renégociation de la dette sous la forme, par exemple, d’une
transformation de la dette en actions (debt-to-equity swap). Les banques ont également la possibilité de vendre leurs actifs aux structures de défaisance dans le cadre de la PPIF. Rappelons que la crainte majeure sur la PPIF venait du fait que les banques auraient pu être peu enclin à vendre leurs actifs à des prix décotés après la modification (le 2 avril dernier) par le FASB des règles comptables concernant le mark-to-market. Or, le maintien du mark-tomarket des actifs toxiques dans le cadre du stress test fait conserver tout son intérêt au PPIF.

6) Que penser des résultats du stress test?

Les résultats du stress test font ressortir un besoin en capital de 75 milliards de dollars alors que le Trésor dispose encore de 110 milliards de fonds disponibles dans le cadre de la TARP. Si les besoins en capital à fin 2008 étaient de 185 milliards selon le Trésor, les résultats du premier trimestre meilleurs que prévu ainsi que les actions pour améliorer le ratio de capital (cessions d’actifs, conversion d’actions préférentielles en actions ordinaires,…) ont permis de réduire ce besoin de
110 milliards. Les pertes estimées au niveau des 19 banques dans le cadre du scénario adverse seraient de presque 600 milliards de dollars selon le Trésor. La majeure partie (455 milliards de dollars) serait le fait du portefeuille de prêts, notamment en raison de pertes importantes sur les crédits immobiliers et les crédits à la consommation. Les pertes sur les titres portés en portefeuille (notamment les actifs toxiques) ne seraient que de 135 milliards de dollars. Au total, le taux de perte cumulé, tous actifs confondus, atteindrait le niveau de 9,1%, soit un niveau plus élevé que celui observé dans les années 30. Les résultats des pertes potentielles sont très proches de ceux du FMI (600 milliards contre 550 pour le FMI). En revanche, les besoins en capital sont nettement moindres (75 contre 275 avec le ratio de 4%) en raison de différences
de périmètre (19 grandes banques selon le Trésor contre l’ensemble du système bancaire selon le FMI) et de prise en compte du T1 (résultats, augmentations de capital, cessions d’actifs, …). Jusque là, les pertes sur les actifs aux Etats-Unis sont principalement venues des actifs toxiques valorisées en mark-to-market. Lorsque l’on regarde les prévisions de la FED et du FMI, on comprend bien que le gros de ces pertes est maintenant derrière nous. Le fait que les pertes soient désormais orientées sur les portefeuilles de crédits classiques les rend plus prévisibles car beaucoup plus caractéristiques d’un cycle de crédit habituel. Les rumeurs sur le fait que les banques aient négocié jusqu’au dernier moment les chiffres du stress test sont, selon nous, d’une importance négligeable. Le fait que les banques défendent leurs arguments auprès du régulateur concernant leurs besoins en capital est tout à fait légitime. En particulier, il était important de bien prendre en compte les actions entreprises au cours du premier trimestre pour améliorer la situation capitalistique.

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :

https://lupus1.wordpress.com/2009/05/11/stress-tests-detail-des-resultats/

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