Commentaire de Marché

Commentaire / Banques Européennes : Pas encore très solides !!!!

Pas mal d’actions du secteur bancaire ont rebondi en Bourse. Le secteur bancaire européen est-il dès lors totalement sorti de l’ornière ?

Pas sûr du tout. Car l’incertitude persiste à bien des égards.

Quelle place prennent encore les actifs toxiques dans le bilan des banques ? Comment va évoluer la régulation, qui s’annonce de toute façon plus contraignante ? Dans quelle mesure les institutions financières sont-elles maintenant capables de croître encore ?

Même si la confiance se réinstalle peu à peu, même si les profits sont de retour, le secteur est donc toujours risqué !

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Récents résultats

• Pour la plupart des banques, les résultats du troisième trimestre sont à première vue dans le haut des attentes ou dépassent même les prévisions, et ont permis de renforcer la solidité des bilans (si on en exclut les éléments non récurrents, ils sont néanmoins conformes aux attentes).

• C’est au sein de la banque d’investissement qu’on trouve l’essentiel des bonnes surprises.

Grâce aux facilités de refinancement accordées par les banques centrales et grâce à la hausse des Bourses, les activités liées aux marchés (conseils, émissions d’obligations, activités sur les taux d’intérêt…) ont connu un rebond au troisième trimestre. Les banques d’investissement de BNP Paribas, du CS Groupe, de la Deutsche Bank ou de KBC ont vu ainsi leurs profits rebondir.

• En banque de détail, la situation se révèle bonne, même si la conjoncture économique réduit les commissions perçues et accroît substantiellement les défauts de remboursements de crédits. La situation est particulièrement tendue au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Elle l’est moins en Europe occidentale : les résultats récurrents y suffisent pour compenser la hausse des provisions et les revenus y sont plus stables.

Les banques de détail de BNP Paribas, du Crédit Agricole, de Dexia et d’ING ont ainsi dégagé de bons résultats. C’est un peu moins le cas à la Société Générale, qui semble handicapée par sa plus forte exposition à l’Europe centrale, tout comme KBC.

Pour les banques de détail, certains estiment que le pic des provisions pour défauts de remboursement est déjà dépassé (c’est ce qu’en disent Lloyds Banking et Commerzbank).

Les conséquences de la crise se feront encore sentir ces prochains mois, que la situation devrait se stabiliser mi-2010 et commencer à s’améliorer en 2011.

Bombe toxique à retardement ?

La modification des règles comptables en début d’année a soulagé les banques d’une partie de l’impact des actifs toxiques. De la sorte, des résultats récurrents ont permis de compenser de nouvelles provisions enregistrées (c’est le cas à la Société Générale qui a inscrit au troisième trimestre de nouvelles provisions pour 334 millions d’euros, ou de ING, qui a inscrit 882 millions).

• Revers de la médaille : comment distinguer maintenant les actifs dépréciés de manière conservatrice (et peu susceptibles de nouvelles provisions) de ceux qui ont profité du changement des règles (et risquant de faire l’objet de nouvelles provisions) ?

Certes, certaines banques ont notablement réduit leur exposition à ces actifs (CS Groupe, Barclays). Mais d’autres tergiversent, préférant spéculer sur une reprise économique qui les dispenserait de nouvelles provisions (c’est le cas de la Société Générale, du Crédit Agricole, ou encore de Dexia).

Par ailleurs, l’Europe tarde à déterminer la manière dont devront être comptabilisés certains instruments financiers, comme les produits dérivés. Une attitude qui pourrait freiner à terme la croissance du secteur.

Plus de rigueur

Face à la crise, il semblait évident qu’une réforme de l’architecture de la finance mondiale s’imposait. Mais jusqu’ici, le poids des groupes de pression et des intérêts nationaux ont empêché de déboucher sur de grands changements. Néanmoins, face aux profits importants publiés récemment par les banques d’investissement, le monde politique durcit le ton. Le risque de mesures plus restrictives à l’égard des banques est donc accru.

Même si des engagements fermes font encore défaut, il semble acquis que les banques devront avoir plus de réserves pour amortir les coups durs et « garantir » les activités les plus risquées (qui sont également les plus rentables !). Il faut donc prévoir , d’ici quelques années, une diminution globale de la rentabilité des banques, si aucun changement n’est apporté dans le périmètre de leurs activités.

 Les banques, très réactives, ont déjà pris les devants en réduisant progressivement leurs activités dites « pour comptes propres » (celles qu’elles exercent pour leur propre bénéfice et non au profit des clients), qui sont les plus risquées.

Ces derniers mois l’ont confirmé : la crise économique force les banques à modifier leur profil.

• Sous la pression des autorités européennes, de nombreuses banques, qui ont reçu l’aide de leur Etat, doivent se délester d’actifs, parfois importants, pour ne pas fausser la concurrence.

ING, Lloyds Banking, Royal Bank of Scotland et KBC viennent d’annoncer des cessions. Elles sont mises à profit par des groupes en meilleure santé pour se renforcer : Barclays a racheté 2 filiales d’ABN Amro, Deutsche Bank s’est porté acquéreur du gestionnaire de patrimoine Sal. Oppenheim, BNP Paribas s’est offert Fortis Banque Belgique/Luxembourg, et l’espagnol Santander semble intéressé par des actifs de la banque de détail de Royal Bank of Scotland.

• La chasse aux coûts conduit aussi les banques à vendre ou rapprocher des activités (p. ex. : Société Générale et Crédit Agricole rapprochent leurs activités de gestion d’actifs).

Profits et Dividendes

• Dans la plupart des banques de détail, les revenus progressent, en dépit de la crise, grâce notamment au relèvement de certains tarifs et à de nouveaux services.

 Mais pour 2010, dans la zone euro, il faut plutôt tabler sur une baisse (-0,1%) du PIB (ensemble des biens et services produits). Et pour 2011, on ne peut attendre qu’une hausse (+0,8%).

Une amélioration conjoncturelle qui réduira le risque de défaut de remboursement des crédits et les coûts qui y sont liés. Par contre, la demande de crédit ne devrait pas rebondir, compte tenu de la remontée du chômage, de la plus faible tendance des ménages à s’endetter et du relèvement attendu des taux d’intérêt.

• Dans les banques d’investissement, les profits actuels ne semblent par pérennes (sauf si lesBourses grimpent encore,). Car une remontée des taux à court terme, attendue ces 12 prochains mois, entraînera un recul des revenus sur les activités liées aux taux.

L’activité conseils (émissions obligataires, fusions, introductions en Bourse…) restera bien orientée et prendra de plus en plus de poids dans le résultat, aux dépens de celles liées aux (volatiles) activités de marché.

• Pour 2010 et 2011, des profits attendus pour les banques permettront notamment de renforcer leur solidité financière, mais aussi de revenir à un dividende plus généreux. On peut tabler sur un taux de distribution de 20 à 30% pour 2010 (ce qui reste toujours en deçà des 30 à 50% de 2007).

• Face à la faiblesse de l’économie, les banques centrales maintiennent une politique monétaire accommodante. Une fois que ce ne sera plus le cas, les établissements bancaires devront se passer de cette source de financement bon marché, ce qui ne sera pas facile à gérer.

• A moyen terme, on peut douter de la capacité des banques à retrouver le niveau de rentabilité d’avant la crise, ou encore un rendement sur fonds propres nettement supérieur à celui de l’économie.

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Une majorité des 45 plus grandes Banques mondiales reste sous capitalisées  (cliquez sur le lien)

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