Douce France

Trappe à dettes : La France sous l’empire des taux par Jean Marc Vittori

 

Dans la tempête, l’horizon disparaît. Et ce n’est pas très grave, car le capitaine cherche d’abord à éviter la prochaine vague et à sauver son navire. Cette absence d’horizon se retrouve sur des marchés financiers souvent accusés de myopie. Par beau temps comme dans un grain, les investisseurs ne chercheraient qu’à maximiser le court terme. L’Etat serait donc nécessaire pour fixer un cap à long terme. C’est par exemple ce que fait la France en lançant un grand emprunt pour financer les priorités de l’avenir. Sauf que dans la tempête, l’Etat a aussi un horizon rabougri. Il suffit de regarder… sa politique d’emprunt. Pas celle du grand emprunt exceptionnel, mais celle des très grands emprunts courants. L’Etat lève de plus en plus d’argent à très court terme. Ce faisant, il prend un formidable risque financier.

PLUS DE DETTES EN SUIVANT :

Pour le constater, il suffit de regarder les chiffres de l’Agence France Trésor, chargée non de gérer le trésor de l’Etat mais au contraire de pomper l’argent frais sans lequel il étoufferait. L’opération est simple, même si le site Internet de l’AFT requiert de la patience pour cliquer les bons onglets.

De la fin 2007 à la fin 2009 (novembre, pour être précis), les emprunts à court terme de l’Etat, à moins d’un an, ont augmenté de 140 milliards d’euros, soit une hausse de 278 % – un quasi-triplement. Le poids de ce que les techniciens appellent les BTF (bons du Trésor à taux fixe) dans la dette négociable de l’Etat a doublé, passant de 9 % à 19 % du total. Dans le même temps, les emprunts à long terme, de sept à cinquante ans, ont progressé de « seulement » 80 milliards, soit une hausse limitée à 11 % pour ces OAT (obligations assimilables du Trésor). Ce n’est pas une particularité française. Dans tous les grands pays, les Etats ont financé la relance à court terme.

Ils avaient bien sûr d’excellentes raisons de raccourcir leur horizon financier. D’abord, c’est plus facile d’emprunter à court terme (les prêteurs ont moins de réticences à prêter à six mois qu’à trente ans, fut-ce à un Etat). Ensuite et surtout, c’est beaucoup, beaucoup moins cher. Aujourd’hui, le papier émis par l’Etat dégage un rendement de 0,3 % à un mois et de 3,6 % à dix ans. L’écart dépasse donc largement 3 % alors que ce « spread », comme disent les financiers, n’a été que de 0,8 % en moyenne ces vingt dernières années. En empruntant à court terme, l’Etat paie bien moins cher.

Le problème, c’est qu’il prend un formidable « risque de taux ».

Aujourd’hui, le loyer de l’argent à court terme est inférieur de 4,5 % à sa moyenne des deux dernières décennies. Si jamais il devait remonter, la charge de la dette publique s’envolerait, car l’Etat n’aurait d’autre choix que d’emprunter à nouveau. Les experts de la Cour des comptes (saluons au passage la mémoire de Philippe Séguin, qui fut bien meilleur dans le rôle de grand commis de l’Etat que dans celui d’homme politique) ont calculé que le retour des « spreads » au niveau habituel alourdirait la charge de la dette… de 20 milliards d’euros par an. Si le gouvernement compensait cette flambée par la seule suppression de postes de fonctionnaires, il devrait réduire ses effectifs de plus de 600.000 !

Le problème, c’est que la hausse des taux d’intérêt à court terme n’est pas qu’une éventualité. C’est une certitude. La seule interrogation porte sur le calendrier. Il est dans les mains de banquiers centraux jaloux de leurs prérogatives. S’ils ont clairement annoncé que le resserrement monétaire n’était pas pour tout de suite, ils disent tout aussi clairement que le sujet viendra fatalement à l’ordre du jour. Le bras de fer avec les gouvernements s’annonce homérique. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, la Réserve fédérale et la Bank of England pourraient bien y perdre leur indépendance. Dans la zone euro où le statut de la Banque centrale européenne est verrouillé par un traité trop compliqué à changer, son président Jean-Claude Trichet va essuyer une tempête de critiques comme il n’en a jamais vu – et Dieu sait s’il en a vu. Il aura ainsi l’occasion de prouver une nouvelle fois qu’un gouverneur indépendant voit davantage à long terme que des gouvernants fatalement pris dans le court terme des calendriers électoraux.

source les échos janv2010

EN COMPLEMENT :

Bercy table sur un déficit budgétaire de 140 milliards d’euros en 2009.

JDF | 12.01.2010 |

Le déficit budgétaire a atteint 143,3 milliards d’euros au 30 novembre, selon les derniers chiffres du ministère du Budget. C’est 76,8 milliards de plus qu’un an auparavant.

Baisse des recettes fiscales et hausse des dépenses: le budget de l’Etat n’en finit pas, en 2009, de souffrir de ce redoutable effet ciseaux. Le déficit budgétaire s’est creusé à 143,3 milliards d’euros au 30 novembre, contre -66,6 milliards un an auparavant, a annoncé le ministère du Budget ce mardi.

L’écart, sur un an, s’élève à 76,8 milliards d’euros. Il «s’explique essentiellement par l’incidence de la conjoncture économique sur l’évolution des recettes et, à hauteur de 34 milliards d’euros, par l’effet des mesures du plan de relance», note le ministère dans un communiqué.

A fin novembre, les dépenses totales s’élevaient à 329,7 milliards d’euros, soit 13,9 milliards de plus qu’un an auparavant. Une différence s’expliquant par le coût du plan de relance, avance Bercy. «Hors plan de relance, les dépenses (budget général et prélèvements sur recettes) progressent de 850 millions d’euros d’une année sur l’autre», précise-t-il.

A la fin 2009, le déficit budgétaire devrait cependant s’inscrire sous les 140 milliards d’euros, soit un milliard de moins qu’initialement prévu, estime le ministère du Budget. Ce dernier table, pour limiter le déficit, sur des rentrées fiscales en décembre «légèrement moins dégradées» ainsi que sur «la bonne tenue des dépenses».

Conséquence directe de ce creusement du déficit, la dette de l’Etat au sens de Maastricht devrait représenter 77,9% du produit intérieur brut à fin 2009 et 84% du PIB en 2010. Pour combler ce gouffre, l’Etat empruntera cette année sur les marchés un montant record de 188 milliards d’euros…


 

4 réponses »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s