Retraite, Démographie et Vieillissement

André Gosselin : Le gouffre démographique

Le Québec, comme les pays occidentaux, va connaître un choc des générations sans précédent. À côté de cela, la crise des accommodements raisonnables aura l’air d’un fait divers.

« La quasi-totalité du monde développé se trouve au bord d’un gouffre démographique sans précédent « , écrit Alan Greenspan en ouverture du chapitre de ses mémoires (Le temps des turbulences) qui porte sur le vieillissement de la population.

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L’économie de la retraite est une affaire assez simple en apparence, rappelle celui qui a été le président de la Réserve fédérale américaine de 1987 à 2006. Il faut que l’individu ait amassé suffisamment de ressources pendant sa vie active pour pouvoir vivre décemment durant sa retraite. Toutefois, quand le vieillissement de la population est tel qu’il y a trop peu de jeunes travailleurs pour prendre la relève des plus âgés, nous sommes en droit de nous demander si nos aînés auront accès aux biens et services qu’on leur promet. Qui peut garantir qu’il y aura suffisamment d’hôpitaux, de compagnies pharmaceutiques, de médecins et d’infirmières pour offrir les services médicaux promis ? Les baby-boomers auront beau épargner, s’il n’y a pas assez de professionnels pour répondre à leurs besoins futurs, ils ne seront pas très avancés.

Alan Greenspan craint que ce gouffre démographique n’inflige un choc profond à l’équilibre économique mondial. À moins que l’on ne se décide à retarder l’âge de la retraite. Les Canadiens, les Américains et les Européens vivent non seulement plus longtemps qu’avant, mais ils sont en meilleure santé. Pourquoi se priver de cette force de travail qui possède à la fois les compétences et les facultés pour travailler de plus en plus tard dans la vie ? Plus du tiers de nos emplois sont de nature strictement intellectuelle, et cette proportion ne cesse de croître avec les progrès de l’économie de l’information. Les baby-boomers sont bien capables d’occuper ces emplois, qu’ils aient 65, 70 ou 75 ans.

Beaucoup rêvent encore au concept absurde de Liberté 55. Cinquante-cinq ans, c’est pourtant l’âge où les Québécois commencent à se sentir assez à l’aise pour contribuer de façon significative à leur REER.

L’âge moyen de la population des pays riches est passé de 29 ans en 1950 à 37,3 ans en 2000. Il s’élèvera à 45,5 ans en 2050. C’est un phénomène irréversible qu’aucun gouvernement ne peut contrôler, parce qu’il repose sur deux tendances lourdes : le prolongement de l’espérance de vie et le déclin des naissances. Et plus une population vieillit, plus elle coûte cher.

L’économiste américain Gary Burtless a calculé que pour chaque dollar de services publics donné à une personne en âge de travailler, une personne de 65 ans et plus reçoit huit dollars, et un enfant, à peine 35 cents. Comment les gouvernements peuvent-ils sortir de cette quadrature du cercle, quand le vieillissement de la population leur coûte de plus en plus cher, tout en leur rapportant de moins en moins de revenus d’impôt ?

Le Québec consacre déjà 45 % de son budget à la santé et aux services sociaux, et dans 10 ans, la moitié du budget de la province sera engloutie dans ce secteur. Pour l’heure, tout se passe comme si les Québécois s’étaient résignés à une hausse astronomique des coûts de notre régime de soins de santé.  » Nous n’aurons pas d’autre choix que de passer la facture aux plus jeunes « , se disent-ils, fatalistes. Une attitude odieuse, qui risque de transformer le gouffre démographique en choc des générations.

La solution la plus moralement acceptable serait-elle de permettre au secteur privé d’offrir des soins à ceux qui ont les moyens de les payer ? Le recours au privé assurerait-il le  » bien commun  » et l’équité entre les générations ? Plusieurs le pensent.

On croyait avoir tout vu avec le débat sur les accommodements raisonnables et les Néo-Québécois. Attendez de voir le conflit des générations qui émergera du gouffre démographique. Nous n’aurons pas assez de deux commissions Bouchard-Taylor pour nous sortir du trou.

André Gosselin, analyste financier et chercheur canadien  Affaires Plus

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : La nouvelle bombe démographique (cliquez sur le lien)

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