Behaviorisme et Finance Comportementale

André Gosselin : Le trend following ou la chasse aux tendances sur les Marchés boursiers

Les gourous de l’investissement comme Benjamin GrahamouWarren Buffett nous ont familiarisés avec l’expression  » chasseur d’aubaines « . L’idée est simple : pour faire de l’argent en Bourse, il faut constamment traquer les titres qui se vendent moins cher que leur valeur intrinsèque.

Les marchés financiers voient défiler toutes sortes de chasseurs. Il y a les chasseurs d’aubaines, mais il y a également ceux que j’appelle les  » chasseurs de tendances « . Si l’expression ne fait pas encore partie du jargon financier, je parie que cela pourrait bien changer un jour, quand on con-naîtra mieux les investisseurs qui sont devenus des maîtres de la traque aux tendances et de ce qu’on appelle aux États-Unis le Trend Following.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Les investisseurs sur les marchés des actions et des obligations ne connaissent pas bien les approches de type Trend Following, car celles-ci ont d’abord été développées par des spéculateurs spécialisés dans les marchés des matières premières, des devises et des contrats à terme en général. Toutefois, les succès de cette approche sur ces marchés sont si impressionnants qu’on comprend pourquoi les spécialistes des actions et des obligations s’y intéressent peu à peu.

Tous les Trend Followers vous diront qu’ils ont commencé à connaître du succès en investissement le jour où ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas prévoir mieux que quiconque ce que feront les marchés dans les jours, les semaines ou les mois à venir. Ils n’ont aucune expertise particulière sur les 20, 30 ou 40 marchés sur lesquels ils négocient. Les  » fondamentaux  » ou la conjoncture macro-économique ne les intéressent pas, ou si peu. Ce qui les obsède, par contre, c’est de savoir quand entrer et sortir d’un marché selon la courbe des prix.

Comme ils ne savent pas d’avance quel sera le marché qui décollera avec force et constance, ou quel sera celui qui chute- ra comme une pierre lancée du 12e étage, ils préfèrent aligner leurs pions sur un grand nombre de marchés, d’où l’importance de la diversification du portefeuille.

Plutôt que de prédire ce que feront les marchés, les Trend Followers aiment mieux réagir à ce que font les marchés.

Et la meil-leure réaction que puisse avoir un investisseur est de couper ses pertes, vite et bien. Comme le disait Jim Rogers, le bras droit de Georges Soros, qui a fait des millions à négocier les tendances des marchés, le secret, en investissement, c’est de ne pas perdre son argent. C’est la magie des intérêts composés qui permet de bâtir une fortune, dit-il. Or, perdre de l’argent vous em-pêche de profiter de cette magie.

Pas d’objectif

Dans une approche de suivi de tendance, l’investisseur ne se fixe pas d’objectif de gain sur un titre. Jamais il ne se dira qu’il doit encaisser ses gains dès que le titre enregistre 10, 20 ou 30 % de profit. Personne ne peut s’enrichir en suivant une telle règle, car pour cela, il faut laisser courir ses gains tant qu’ils sont là. L’examen de la tendance du marché ou du titre doit dicter les décisions de l’investisseur. Si personne ne peut pré-dire quand la tendance s’arrêtera, pourquoi alors fixer un prix plafond ? Éliminer ses pertes et laisser courir ses gains : voilà le credo des chasseurs de tendances.

À cela s’ajoutent quelques autres règles de base, comme celle qui consiste à  » pyramider  » sa position : on commence à acheter un titre avec, parfois, aussi peu que 1 % de son portefeuille. Et si la tendance se confirme, on ajoute un autre 1 %. Et ainsi de suite à chaque gain de 10 % (par exemple) que réalise le titre. La plupart des chasseurs de tendances s’arrêteront toutefois quand leur position occupera 5 % de l’ensemble du portefeuille.

Mais pourquoi commencer avec aussi peu que 1 ou 2 % du portefeuille ? Pourquoi pas 10 % ? La réponse est simple : quand vous n’avez aucune idée de ce que fera le titre le lendemain, il ne sert à rien de commencer en loup. Mieux vaut risquer moins et bâtir progressivement sa position si la tendance se confirme.

Pister les tendances efficacement est surtout une question d’attitude. Imaginons un titre X, qui passe de 10 à 100 $ en 24 mois. Quand il était à 10 $, personne n’imaginait qu’il grimperait aussi vite et aussi haut. En fait, lorsqu’il a atteint la barre des 20 $, la plupart des investisseurs se sont dit qu’il aurait fallu l’acheter à 10 $. Et quand il est monté à 50 $, ils auraient souhaité l’avoir acheté à 25 $ et ainsi de suite, jusqu’au moment où l’action de X a fracassé les 100 $, sans jamais qu’ils l’aient acheté autrement que dans leurs rêves.

La différence entre un Trend Follower et l’investisseur ordi-naire, c’est que le premier aurait vraisemblablement acheté le titre X à 20 $. Et qu’il en aurait racheté à 30 $, sans doute à 40 $, et peut-être même à 100 $. En somme, il aurait progressivement bâti sa position tant que le titre aurait été en hausse. Imaginons maintenant que le quart de sa position ait été acheté à 100 $ et que le titre ait dégringolé quelque temps après à 80 $. Le trader de tendances aurait probablement liquidé une partie ou la totalité de sa position à 90 $. Il aurait certes perdu de l’argent avec ses achats à 100 $, mais il en aurait fait beaucoup avec les trois quarts de l’argent qu’il aurait placé dans le titre X alors qu’il s’échangeait à 20, 30 et 40 $.

Le temple de la renommée

Des dizaines de chasseurs de tendances peuvent figurer au panthéon des maîtres de cette philosophie de placement. Michael Covel, dans son livre Trend Following (FT Press, 2007), en donne une courte liste, avec les rendements respectifs de chacun de 1993 à 2003.

Bill Dunn, fondateur de Dunn Capital Management, est l’un de ceux-là. En 28 ans (de 1974 à 2003), son portefeuille affiche un rendement annuel de 24 %. Partout où il peut y avoir des tendances à la hausse comme à la baisse, Dunn est présent. Actions, contrats à terme sur les matières premières, devises, obligations : rien ne lui échappe. Certes, il a connu quelques mauvaises années (- 27 % en 1976 et – 32 % en 1981). Mais ces pertes ont été grandement compensées par des gains de plus de 300 % au cours des années suivantes. Toutes les positions qu’il a tenues pendant plus de 45 mois ont été profitables. Sur chacun des 22 marchés où il s’affaire, il peut facilement entrer et sortir trois à cinq fois par an, avec des positions qui peuvent varier entre 2 et 6 % du total de son portefeuille. Il a gardé la plupart de ses positions gagnantes pendant environ 18 mois.

La particularité de Bill Dunn, comme de plusieurs autres Trend Followers, c’est qu’il n’aime pas les marchés volatils : selon lui, les tendances les plus longues et les plus rentables prennent place quand les marchés sont moins volatils que la normale. Plus le marché est volatil, moins il est tenté de prendre des risques ; et moins le marché est volatil, plus il est tenté de prendre des risques, soit avec des positions plus im-portantes, soit en exerçant un effet de levier.

Comme on peut le voir, la grande force des stratégies de Trend Following est de pouvoir traverser les frontières et de se trouver sur tous les marchés. Ainsi, John Henry, fondateur de John W. Henry & Co., négocie sur plus de 70 marchés dans le monde. De septembre 1984 à novembre 2003, le rendement annuel moyen de son fonds s’établissait à 29,53 %. En 2002, il s’établissait à plus de 40 %, pendant que la Nasdaq piquait litté-ralement du nez. La grande majorité de ses positions gagnantes s’étirent sur au moins six semaines, et quelques-unespeuvent être conservées durant plusieurs mois. Quand une position tourne à perte rapidement, les paramètres de gestion du risque recommandent que la position soit liquidée. Dans de tels cas, une position peut durer à peine une journée.

L’équipe de John Henry a étudié les tendances des taux d’intérêt, le cours des devises et le prix des matières premières depuis le début des années 1800 à nos jours. Résultats : les tendances des marchés sont aussi fréquentes aujourd’hui qu’il y a 100 ou 200 ans. Leur durée n’a pas beaucoup changé non plus. En revanche, ces tendances ou ces cycles obéissent aux lois du hasard et sont donc pratiquement impossibles à prévoir. D’où l’importance d’être le mieux diversifié possible, sur un maximum de marchés, et de les jouer autant à la baisse qu’à la hausse.

Ed Seykota est un autre grand investisseur au panthéon des Trend Followers. Spécialiste du marché des matières premières, son fonds a généré un rendement de plus de 60 % entre 1990 et 2000. Ce n’est pas avec une approche d’analyse fondamentale qu’on arrive à réaliser une telle performance en dix ans. Selon lui, le problème de l’analyse fondamentale, c’est sa difficulté à gérer le risque. En effet, dans la perspective d’un  » fondamentaliste « , plus le prix d’un titre détenu dans son portefeuille chute, plus ce titre est intéressant, car il est moins cher que sa valeur intrinsèque. D’où la tentation, dangereuse à souhait, d’en acheter davantage.

Il y a des centaines de façons de faire de l’argent en Bourse, dit-on. Les adeptes du Trend Following en ont trouvé une qui a fait ses preuves et qui repose sur le gros bon sens. Une denrée rare, par les temps qui courent, en matière de gestion de portefeuille.

André Gosselin, chercheur et analyste canadien

EN COMPLEMENT : Finance Comportementale : LE TREND FOLLOWING (cliquez sur le lien)

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