Analyse Technique

André Gosselin : Stratégie de gestion de portefeuille boursier /Trend is your friend

Nous devons au philosophe chinois Lao-tseu, qui a vécu 600 ans avant Jésus-Christ, la célèbre maxime :  » Ceux qui savent ne font pas de prédictions, et ceux qui font des prédictions ne savent pas.  »

Ce credo est partagé par une vingtaine de traders américains bien connus des initiés, et qu’on associe à l’approche dite du  » trend following  » (suivi de tendance). Tous ces traders affichent des rendements remarquables, nettement supérieurs pour la plupart à la performance d’un Warren Buffett ou d’un Peter Lynch, sur 10, 15 ou 25 ans. Et pourtant, on les connaît très peu. Ils font rarement la page couverture des grands magazines financiers. Et ils n’attirent pas les foules quand ils prononcent des discours. Ils s’appellent Ed Seykota, John Henry, Bill Dunn, Jerry Parker, Mark Rosenberg, Richard Dennis, Craig Pauley, Keith Campbell et Salem Abraham, pour n’en nommer que quelques-uns.

PLUS DE TREND FOLLOWING EN SUIVANT :

 Ils n’ont évidemment pas tous la même approche. Certains se concentrent sur le marché des matières premières, alors que d’autres préfèrent celui des actions, des devises ou des taux d’intérêt. Certains n’hésitent pas à prendre des risques importants, alors que d’autres ne misent jamais plus de 1 % de leur capital sur une position. On en trouve qui peuvent faire des centaines de transactions dans une même année, tandis que d’autres bougeront beaucoup moins.

Mais tous ont en commun de penser que pour réussir en matière de placement, il faut savoir profiter des tendances, à défaut de pouvoir les anticiper. Il est impossible, et même inutile disent-ils, de prévoir ce que fera le marché boursier américain en 2008, où s’en iront les cours du pétrole en 2009, à quel prix sera le cuivre dans trois mois, le maïs dans six mois ou l’or dans 12 mois. Il en va de même pour la valeur du dollar canadien, le rendement des obligations ou le niveau des taux d’intérêt. Tout ce qu’on sait, c’est que certains actifs financiers auront une tendance à la hausse, d’autres une tendance à la baisse, et d’autres encore pas de tendance du tout (une évolution de côté).

Un  » trend follower  » n’essaie pas de prévoir ce qui se passera sur un marché. Il se contente de réagir à ce qui se passe  » ici et maintenant « . Il se donne des outils et des règles pour réagir à ce qu’il voit. Il prend ses décisions en fonction de ce que tout le monde peut observer objectivement. Comme le dit si bien l’adage :  » Le marché a toujours raison « . Il ne sert à rien d’essayer d’avoir raison contre celui-ci. La pire attitude qu’un investisseur puisse avoir est de penser que le marché, un jour ou l’autre, ira dans la bonne direction. Et qu’en attendant, il faut être patient.

La règle d’or des  » trend followers  » est de réduire les pertes aussi souvent que nécessaire, et de laisser courir les gagnants aussi longtemps qu’il le faut (tant et aussi longtemps qu’il n’y a pas de retournement significatif). Cette règle a une conséquence importante : la majorité des positions que prennent les  » suiveurs de tendance  » sont perdantes, et à peine 35 à 40 % des positions engagées seront gagnantes. Ce qui compte finalement, c’est que la somme des positions gagnantes présente des gains nettement plus élevés que les déficits enregistrés par la somme des positions perdantes.

Buy and Hope !

L’approche  » buy and hold  » (acheter et conserver) a peut-être fait le succès d’un Warren Buffett. Mais force est de constater que pour la très grande majorité des investisseurs, c’est une approche très peu lucrative. La raison est simple : ces investisseurs ont pris leur rêve pour la réalité. Ils se sont dit qu’il suffisait d’être patient, et qu’un jour ou l’autre le marché reconnaîtrait la valeur des sociétés qu’ils ont dans leur portefeuille.

 » Buy and hope  » n’est pas le genre de philosophie qui attire les  » trend followers « . Ce n’est pas avec ce type d’approche que l’on parvient à générer des rendements de 40 % et plus par an. Bien au contraire.

Trop de petits investisseurs et de gestionnaires de fonds de placement et de caisses de retraite pensent que la réussite en matière de placement est proportionnelle à la quantité d’informations asorbée chaque jour. Ils se branchent en permanence sur CNBC, Bloomberg, le Wall Street Journal, sur les déclarations du président de la Fed, les rapports des analystes et des prévisionnistes. Certains se vantent de visiter des centaines de sociétés par an et de rencontrer en tête-à-tête les grands patrons des entreprises qu’ils ont sur le radar. Et quand ils décident d’acheter un titre, c’est, dans 99 % des cas, avec la bonne vieille règle du  » buy and hold « . Car il est indéniable pour eux qu’il suffit de s’accrocher et d’espérer pour faire de l’argent.

Gestion de risque

Mais qu’est-ce que le trend following ? Van K. Tharpe, auteur de Trade Your Way to Financial Freedom (McGraw-Hill, 1998), souligne que les deux mots sont importants et que ce n’est pas un hasard s’ils sont associés.

Le mot  » trend  » signifie que tout investisseur, quel qu’il soit, a besoin que la tendance lui soit favorable pour faire de l’argent ( » Trend is your friend « , comme on dit à Wall Street). Quelle que soit la technique ou la méthode d’investissement que vous employez, si la tendance n’est pas là après que vous avez acheté (ou vendu à découvert), vous ne pourrez jamais clôturer votre position avec un profit.

Quant au mot  » following « , il signifie que l’investisseur a tout intérêt à monter dans le train quand la tendance est là, et à en descendre quand elle se retire. Il faut suivre la tendance du marché, tout en sachant qu’on ne saura qu’une fois à bord du train si la tendance y est toujours. Et si jamais le train fait marche arrière, il conviendra de sauter.

Il ne faut pas confondre trend following avec day trading ou analyse technique. Contrairement au day trading, le trend following est une stratégie d’investissement qui tente de tirer avantage des mouvements à long terme d’un marché (actions, commodités, devises, obligations, etc.), que ce marché soit à la hausse ou à la baisse (dans ce cas, on utilisera la vente à découvert).

Les positions qui rapportent vraiment aux traders de tendance sont celles qui durent plus de six mois. Même si elles ne constituent que moins de 5 % de l’ensemble des positions entreprises, elles peuvent contribuer à la moitié ou aux trois quarts du rendement du portefeuille en un an.

Certes, l’école du suivi de tendance partage avec l’analyse technique un même grand principe : l’essentiel de l’information sur un marché est concentré dans une seule et même donnée : les prix. Toutes les données macroéconomiques sur l’économie mondiale, toutes les informations fondamentales sur les entreprises et toutes les humeurs des investisseurs sont canalisées dans une seule chose : les prix.

La grande différence entre les deux approches est que les champions du trend following utilisent à peine 1 % de toute la panoplie des outils développés par l’analyse technique.  » Keep it simple !  » disent-ils, reste encore la meilleure attitude à adopter (même les volumes de transaction sont une donnée inutile). Les neuf dixièmes des instruments créés en analyse technique se fondent sur la prétention de pouvoir prévoir la direction du marché. Quand on ne croit pas aux boules de cristal, il vaut mieux laisser les devinettes aux amateurs.

Tous les experts du trend following qui ont réussi insistent sur la gestion du risque inhérente à ce type d’approche. En fonction du capital disponible, un ensemble de règles permet de répondre à chacune des questions suivantes : Quand, comment, et sur quel marché faut-il négocier à l’instant X ? Combien de contrats ou d’actions acheter, et à quel moment ? Combien d’argent risquer sur chaque position ? Comment sortir d’une position quand elle n’est pas profitable ? Comment quitter une position quand elle l’est ? C’est en répondant de façon systématique et disciplinée à ce type de questions que l’on arrive à rester dans le jeu. Le succès de l’approche trend following dépend à 90 % de ce genre de considérations que les experts appellent le  » money management « .

Si Lao-tseu était parmi nous, il remarquerait que les traders qui perdent de l’argent essaient de prévoir les marchés, alors que ceux qui en gagnent se contentent de réagir. L’investisseur réactif aura toujours une longueur d’avance sur l’investisseur prévisionniste

EN COMPLEMENTS : André Gosselin : Le trend following ou la chasse aux tendances sur les Marchés boursiers (cliquez sur le lien)

Finance Comportementale : LE TREND FOLLOWING (cliquez sur le lien)

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