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Panique chez les algo traders

 Panique chez les algo traders

Le Dow Jones a chuté jusqu’à 9.873 points, alors qu’il était à 10.880 points en début de séance.   Le Dow Jones a chuté le 6 mai jusqu’à 9.873 points, alors qu’il était à 10.880 points en début de séance.

Bloomberg rapportait vendredi que la Commission européenne se penche sur le cas des traders à haute fréquence (ou algo traders). Celle-ci a indiqué qu’elle enquête auprès des hedge funds et des banques pour comprendre cette pratique. L’intervention de la Commission survient alors que le comité des régulateurs européens de valeurs mobilière (CESR) a clôturé vendredi dernier son call for evidence sur les pratiques des marchés. Lors d’une interview que L’Echo a conduite avec Eddy Wymeersch, le président du CESR, celui-ci avait reconnu que le trading à haute fréquence s’avère beaucoup plus difficile à contrôler pour les régulateurs.

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 On le comprend. Derrière ce trading se cache un ordinateur qui envoie les ordres en moins de temps qu’il ne faut pour dire ouf. Des Hedge funds  comme Citadel Investments, Getco (deux acteurs importants sur les marchés européens) et Renaissance Technologies l’utilisent. Le trading pour compte propre des banques aussi. La vitesse compte avant tout pour ceux-ci, et les régulateurs doivent s’adapter tant bien que mal.

Outre-Atlantique, les régulateurs tentent de déterminer si ces pratiques bénéficient à Wall Street plus qu’aux investisseurs particuliers.

Certaines stratégies utilisées par le trading à haute fréquence posent en effet quelques questions. La première, c’est le Flash trading. Ici, un trader peut voir avant tout le monde les ordres sur une valeur.

Une autre, c’est le Liquidity rebate trading, où le programme analyse tous les ordres entrant sur un marché pour essayer de repérer celui d’un gros institutionnel.

Certains hedge funds ont développé des programmes pour scanner les ordres sur les dark pools (ces plateformes où les ordres sont exécutés de manière anonyme). Ceci s’appelle le Gaming. Et ce terme fait bondir Eddy Wymeersch.

Aux Etats-Unis, la Securities Exchange Commission (SEC) s’est aussi penchée sur le cas des stratégies dites d’arbitrage de latence. Avec la tendance à la colocation des ordres (où le serveur de la Bourse ou d’un MTF abrite les propres serveurs informatiques des banques et hedge funds), celles-ci sont apparues. Les traders vont tout simplement détecter les ordres de leurs concurrents sur le serveur de la Bourse ou du MTF.

La liste peut encore s’allonger. Irène Aldrige en a même fait tout un livre. (cliquez sur le lien) Attention, il ne s’adresse qu’à un public assez calé dans cette matière. 

Jeudi, Wall Street s’est fait quelques grosses frayeurs. Le Dow Jones a brutalement décroché  jusqu’à perdre 998,50 points en séance, pour finalement terminer sur un recul de 347,80 points.

Sur les blogs spécialisés, l’évènemènent est déjà abondamment commenté. Zero hedge, ce blog très bien renseigné sur le petit monde de Wall Street, a simplement qualifié la journée d’hier de « jour où le marché a failli mourir« (cliquez sur le lien). Rien que ça. Le blog du Financial Times, Alphaville, blame les algo traders (cliquez sur le lien) Car il semble bien que derrière la panique générale sur le Dow Jones se cachent nos nouveaux meilleurs amis: les ordinateurs.

Tout est parti d’une rumeur selon laquelle un trader aurait confondu milliard et millions en passant un ordre sur Procter &Gamble. Les coupe-circuits, qui suspendent la cotation des titres pendant 30 à 90 secondes, ont bien fonctionné, selon NYSE Euronext. Ceux-ci n’ont pas suffit à contenir le délestage massif des positions.

Qui dit rumeur, dit hausse de la volatilité. Et ça, nos meilleurs amis les algo traders, ils n’aiment pas trop. D’après le Wall Street Journal, plusieurs d’entre eux, dont Tradebot, ont décidé d’arrêter leurs programmes.

En clair Il semble que ce sont les «boîtes noires», des programmes automatiques d’achat et de vente des grands fonds spéculatifs et des institutions financières qui ont engendré une telle chute violente. Probablement, il y avait un grand nombre de stop-loss sur un certain niveau du support calculé par ces institutions ce qui a déclenché un tel mouvement. Ainsi, telle que la planète finance se présente, ces ordres passés à vitesse grand V représentent 60 à 70% de la totalité des transactions dans le monde. Les traders utilisent une stratégie qui consiste à tirer parti des différences dans la vitesse de cotation des cours sur les marchés

Des problèmes de ce genre ont déjà été observés dans le passé. Le dernier remonte à avril 2009, soit un an. Le plus grave s’est manifesté en août 2007, quelques semaines après la faillite de deux hedge funds de Bear Stearns. Les difficultés de ces fonds se sont répercutées sur d’autres investis dans les mêmes actifs, qui ont dû eux-mêmes liquider leurs positions. La liquidité des marchés s’est brutalement assechée.

Cette corrélation est due aux programmes de trading algorithmique. Basés sur des corrélations entre différentes classes d’actifs (et surtout, sur la stabilité de celles-ci), ces programmes détestent les chocs structurels ou les grosses dislocations de marché. Les faibles volumes de transactions ont, en outre, amplifié le phénomène.

La bourse court-circuitée

Le plongeon aurait également été exacerbé par le fonctionnement du NYSE. Ce dernier dispose certes de «coupe-circuit»: si la baisse va trop loin, les ordres sont suspendus. Tout ne s’arrête pas pour autant. Jeudi, en dépit du coup de sifflet de l’arbitre, une partie de l’avalanche d’ordres de vente a été renvoyée sur d’autres plates-formes d’échange électroniques. Les transactions y ont été débouclées. A prix massacré.

Hier le Nasdaq – l’autre grand marché boursier américain – a promis que tous les échanges conclus jeudi chez lui à moins de 60% de la valeur initiale seraient annulés. Cette décision n’empêche cependant pas de relancer le débat sur les effets pervers qu’a eus la dispersion des transactions boursières américaines sur une multitude de platesformes électroniques, ces dix dernières années. Pour rappel, sur les 30 milliards de titres ayant changé de mains durant ce jeudi noir, seuls 2,6 milliards ont été négociés sur la bourse de New York.

Jennifer Nille echo mai2010

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