Art de la guerre monétaire et économique

Energie : Le golfe du Mexique, Far West pétrolier

Le golfe du Mexique, Far West pétrolier

L’exploitation «offshore» s’est développée plus vite que la loi, révèle le naufrage de «Deepwater Horizon»

Deepwater/BP : La marée noire est bien pire qu’annoncé (cliquez sur le lien)

PLUS DE DEEPWATER EN SUIVANT :

Sept années sans le moindre accident sérieux, cela se fête. Ce 20 avril au soir, le capitaine Curt Kuchta célèbre la bonne fortune de son vaisseau, la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, (cliquez sur le lien)avec deux dirigeants de la British Petroleum (BP).(cliquez sur le lien) La mer est calme. Un souffle rafraîchissant caresse timidement l’installation. Tout paraît aller pour le mieux. Après quatre-vingts jours de travail acharné, la foreuse a atteint le gisement très prometteur de Macondo(cliquez sur le lien) à 5500 mètres de profondeur, dont 1500 mètres d’eau, dans le golfe du Mexique. Encore un peu, et la production pourra commencer.

On dansait bien à bord du Titanic… Le calme qui règne alors sur la Deepwater Horizon est de ceux qui précèdent la tempête. Une tempête qui ne viendra ni du ciel, ni de l’océan mais des entrailles de la terre. Sur le célèbre paquebot, c’est un veilleur qui, le premier, a perçu le danger. A bord de la plateforme, c’est l’équipe nocturne de forage, perchée au troisième étage du bâtiment, qui découvre soudainement la menace: des mouvements inhabituels au fond du puits.

Tout va alors très vite. A 21 h 47, un sifflement puissant déchire la nuit. Le bruit annonce une remontée de méthane comme il en survient de temps à autre sur les forages. Mais, cette fois, la pression venue de la croûte terrestre monte à folle allure. Les forces contraires censées la maintenir sous contrôle ont cédé. Et, deux minutes plus tard, une grosse bulle de gaz surgit du derrick avec violence. La plateforme est secouée dans tous les sens, le courant électrique est coupé, et l’un des six moteurs chargés de stabiliser le bâtiment s’emballe.

La Terre a commencé à vomir ses entrailles, boues et gaz mêlés. Il ne reste que quelques minutes, au mieux, pour éviter la catastrophe. Ordre est donné à un navire arrimé à la plateforme, le Damon B. Bankston,(cliquez sur le lien) de s’éloigner de toute urgence. Le chef de l’équipe de forage, Jason Anderson, tente d’actionner le mécanisme d’obturation du puits. Mais en vain. Le mécanisme prévu à cet effet ne fonctionne pas.

Trop tard. Encore quelques secondes et le méthane s’enflamme, sans doute au contact du moteur déficient. Il s’ensuit une gigantesque explosion, qui transforme la plateforme en brasier. Des corps, dont celui de Jason Anderson, jonchent le sol. Les survivants courent dans tous les sens. Un ou deux employés tentent encore bien de maîtriser le feu, mais l’écrasante majorité ne pense plus qu’à se sauver.

Une embarcation de secours, d’une capacité de 75 personnes, est rapidement mise à l’eau. Une deuxième s’attarde un peu à hauteur du pont avant de descendre à son tour, à moitié remplie, vers des flots désormais envahis de flammes. Les plus paniqués, suivis par quelques «oubliés» dont le capitaine Curt Kuchta, sautent directement de la plateforme dans la mer, plus de 20 mètres en contrebas. Resté dans les parages, le Damon B. Bankston vient récupérer les rescapés, 115 en tout, dont certains en piteux état. Onze personnes manquent à l’appel. Le destin de la Deepwater Horizon, sept ans de bons et loyaux services, a basculé en un instant.

Du pétrole a commencé à couler dans la mer. Il ne s’agit encore que de faibles quantités, en provenance de la plateforme. Mais la colonne de forage, 1500 mètres plus bas, est en sursis. Deux jours plus tard, Deepwater Horizon disparaît dans les flots, où elle croise d’importantes nappes d’hydrocarbures. Au drame humain succède sans transition une catastrophe environnementale. La plus grande marée noire de l’histoire des Etats-Unis.

***

Difficile. Le puits numéro 60-817-44169 de l’Institut américain du pétrole (API) (cliquez sur le lien) s’est révélé un cas difficile depuis le début de son forage. Dans les semaines qui suivent l’établissement d’une première plateforme sur les lieux en octobre 2009, son exploitant, BP, connaît deux sérieux problèmes: un sursaut de pression, puis un ouragan qui endommage gravement l’installation, au point d’imposer son rapatriement dans un port. La compagnie britannique en a vu d’autres, cependant. Elle loue à la société Transocean (cliquez sur le lien)une nouvelle plateforme, Deepwater Horizon, qui prend le relais en janvier 2010.

BP approuve une dépense de 96,2 millions de dollars, qui correspond à septante-huit jours d’utilisation de la plateforme. Mais la société entend bien terminer dans des délais sensiblement plus brefs, soit en quelque cinquante et un jours, assure le Wall Street Journal. (cliquez sur le lien)Un espoir rapidement déçu.

Le 8 mars, des ouvriers découvrent des infiltrations inattendues de gaz. Pour estimer précisément l’importance de l’affaire, ils descendent un instrument de mesures au fond du puits où ils rencontrent un nouveau problème: l’appareil s’est coincé. Impossible de le remonter! Les ingénieurs de service ordonnent de reboucher le trou sur plusieurs centaines de mètres et de diriger la foreuse dans une autre direction. Des jours sont perdus dans l’aventure. Et ce n’est pas fini. Le rocher sous-marin s’avère si friable que le mélange d’eau et d’argile utilisé pour éliminer les débris du chantier le craquelle et s’échappe. Encore du temps perdu. Encore des sommes imprévues dépensées.

Malgré cette série de déboires, le puits passe toujours à la mi-avril pour un succès. D’autant que BP a la conviction qu’il conduit à une grosse quantité de pétrole. En une opération habituelle à ce stade du forage, les ouvriers de la plateforme entreprennent de boucher le fond du trou, pour donner aux ingénieurs de la société, basés à Houston, le temps d’établir leur stratégie d’exploitation. Afin de prévenir toute fuite de gaz, une autre société, Halliburton, (cliquez sur le lien) est chargée de couler du ciment entre le tuyau d’acier destiné à pénétrer bientôt la nappe et la roche avoisinante.

Une des difficultés de la manœuvre est de centrer la conduite de manière très précise. Pour ce faire, les ingénieurs de Halliburton souhaitent s’aider de nombreux instruments de mesures, mais ceux de BP estiment leur requête exagérée, selon des documents transmis depuis aux enquêteurs du Congrès américain. Dans un rapport daté du 18 avril, raconte le Wall Street Journal, «Halliburton a averti que si BP n’utilisait pas davantage de dispositifs de centrage, le puits connaîtrait probablement «un problème SÉVÈRE de flux de gaz». BP n’en a pas moins décidé d’installer moins d’instruments que ne le prévoyaient les recommandations de Halliburton – 6 au lieu de 21.» Ce qui correspond aux standards mais pas aux meilleures pratiques de la profession. Or, BP n’a utilisé qu’une colonne de tuyaux au lieu des deux colonnes habituelles, encastrées l’une dans l’autre, explique le quotidien financier, ce qui le prive déjà d’une mesure de sécurité.

Avant de cimenter le fond du puits, il est de règle de faire circuler la boue de forage afin d’en récupérer sur la plateforme et d’en analyser le contenu à la recherche de gaz. L’opération est importante puisqu’elle permet de s’assurer qu’aucune fuite n’est en cours dans le trou. Mais elle prend du temps, de six à douze heures. Or, le 19 avril, veille de l’accident, elle est menée en trente minutes sur Deepwater Horizon.

Le lendemain, le 20 avril, peu après 17 heures – soit à moins de cinq heures de l’accident – des ouvriers sondent le puits au moyen d’un test dit «de pression négative» qui révèle des fuites. Ils répètent alors l’exercice pour en avoir le cœur net. Et ils l’ont. Le second examen confirme leur appréhension: là-bas, dans les entrailles de la Terre, il se passe quelque chose d’anormal. Pour des raisons mystérieuses, cependant, les ingénieurs de BP jugent à 20 heures la situation sous contrôle.

***

Seule une enquête approfondie permettra de distinguer clairement les fautes commises. Mais il apparaît d’ores et déjà que l’accident a été favorisé par un climat général de laxisme. Laxisme dû à une réglementation insuffisamment contraignante dans le domaine de l’exploitation pétrolière offshore. Une activité en développement extrêmement rapide depuis les années 1990. Trop rapide, à l’évidence, pour le législateur.

«Le développement de la technologie a définitivement distancé celui du droit», s’est plaint au cours d’une récente audition le capitaine de corvette Michael Odom, du corps des garde-côtes américains, un habitué de l’inspection des plateformes. «La production de pétrole en eau profonde dans le golfe [du Mexique] est autant gouvernée par des exceptions aux règles que par des règles, a dénoncé pour sa part le New York Times. […](cliquez sur le lien) Et plus les eaux sont profondes, plus s’étendent les exceptions non seulement aux lignes directrices fédérales mais aussi, bien souvent, à la politique même de l’entreprise.»

L’administration responsable du forage en mer, le Minerals Management Service,(cliquez sur le lien) s’est fait une spécialité de l’octroi de régimes spéciaux. Un effet probable de sa double casquette de contrôleur et de promoteur de l’exploitation pétrolière. Tirant les leçons de la crise, le secrétaire américain aux Affaires intérieures, Ken Salazar,(cliquez sur le lien) a promis début juin une profonde réorganisation de cette instance, qu’il entend diviser en plusieurs entités. Dans l’espoir que le sheriff prendra enfin ses distances avec le rancher. Et que la loi finira par se renforcer sur la frontière des grandes profondeurs marines.

Par Etienne Dubuis le temps juin10

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Marée noire: la défaite d’un lobby

Par Par Pierre Veya le temps juin10

La marée noire qui submerge peu à peu les côtes de Louisiane est bien plus qu’un accident écologique. L’exploitant responsable de la plate-forme Deepwater Horizon, BP, y joue probablement sa survie, et l’industrie pétrolière comprend déjà que de nouvelles règles sont inévitables

 Le forage en eaux profondes fut la réponse des grandes majors à leur exclusion des champs pétroliers traditionnels. Les progrès technologiques des dix dernières années leur ont permis de reprendre pied dans la course aux nouveaux gisements et réserves, le trésor de guerre des compagnies pétrolières. Mais trop d’indices montrent que les règles de sécurité élémentaires ont été systématiquement violées ou détournées dans le golfe du Mexique. Les standards en vigueur en mer du Nord, en particulier ceux développés par les Norvégiens, n’ont pas été appliqués par le gouvernement américain, qui fut pourtant le premier à exiger des contrôles très stricts et à interdire l’accès à certaines zones sensibles, au lendemain d’une autre grande catastrophe qui toucha les côtes californiennes. Le laisser-faire coupable des autorités était un secret de Polichinelle. Le président Barack Obama l’a reconnu explicitement, en parlant de relations incestueuses entre le surveillant et les compagnies pétrolières. La catastrophe de Deepwater Horizon provoque en toute logique le gel de nombreux projets. Il en découlera un durcissement de la législation et une augmentation des coûts d’extraction et d’assurances.

L’exploitation des hydrocarbures a toujours bénéficié de passe-droits, justifiés par les intérêts stratégiques et vitaux des grands pays industrialisés, soucieux d’éviter une trop forte dépendance à l’égard du cartel des pays producteurs. Jusqu’ici, la nécessité l’a emporté sur la sécurité et les préoccupations environnementales liées au réchauffement climatique. Aux Etats-Unis, l’indépendance énergé­tique est à nouveau un thème majeur. Le lobby pétrolier, qui en fut l’artisan acharné dans les travées du Congrès et bénéficia de subventions massives, a sans doute définitivement perdu son honneur et sa crédibilité. Il avait promis de maintenir un prix du baril bas: il n’y parvient pas. Il a toujours minimisé les risques écologiques: le voilà pris au piège du mensonge. L’accident de Deepwater Horizon est bien plus qu’une faute. Il marque la première défaite politique majeure d’un lobby, trop puissant et aveuglé par ses certitudes.

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Malgré la marée noire, la Louisiane s’accroche au pétrole

 «Nettoyez les plages, mais ne touchez pas à nos forages»: c’est en substance ce que réclament les habitants des zones sinistrées par la marée noire dans le sud des États-Unis, alarmés par le moratoire sur la prospection en mer décrété par le président Obama.

Dans cet État qui tire environ 16% de sa richesse du pétrole, la décision annoncée fin mai par Barack Obama passe mal, même à Grand Isle, une station balnéaire dont la plage est fermée pour cause de marée noire et d’où l’on peut voir les plateformes pétrolières au large.

«Six mois de moratoire: ça va tuer cette région», s’alarme Edmond Camardelle, un monsieur de 84 ans venu constater les dégâts dans la ville où il a passé la moitié de sa vie. «Toutes ces plateformes et ces emplois vont partir vers d’autres pays», prévoit-il.

Comme beaucoup de Louisianais, M. Camardelle estime que la marée noire ne justifie pas le moratoire sur les forages en eau profonde, qui condamne au chômage technique 33 plateformes du golfe du Mexique.

L’administration Obama a décrété ce moratoire pour une période de six mois, le temps d’établir les causes de l’explosion suivie du naufrage de la plateforme de BP Deepwater Horizon qui forait par 1.500 mètres de fond avant l’accident du 20 avril.

L’industrie pétrolière a pompé du pétrole sans incident au large de la Louisiane pendant des décennies, relève M. Camardelle. Selon lui, «il ne faut pas se plaindre. Il faut continuer les forages, continuer à travailler tout en renforçant la sécurité» des plateformes.

La classe politique locale relaye les inquiétudes de la population, effrayée par la crainte du chômage.

«On ne cloue pas tous les avions au sol à chaque fois qu’un avion s’écrase tant que l’on n’a pas établi les raisons de l’accident», plaide Billy Nungesser, président de la «paroisse» (équivalent d’un département français) de Plaquemines, l’une des plus touchées par la catastrophe écologique.

Au moment où la pêche et le tourisme sont sinistrés, il ne faut pas en plus mettre des bâtons dans les roues à l’industrie pétrolière, estime le gouverneur de l’État, Bobby Jindal, qui a écrit le 2 juin au président Obama pour lui demander de revenir sur sa décision.

Au moment où la Louisiane traverse «l’une des périodes économiques les plus difficiles depuis des décennies (…) la dernière chose dont nous avons besoin est une politique qui ne peut que détruire des milliers d’emplois existants et empêcher la création de milliers d’autres», a-t-il plaidé.

M. Jindal est revenu à la charge jeudi, demandant à l’État fédéral d’accélérer l’enquête sur les causes de la catastrophe ainsi que l’examen des mesures de sécurité en place sur les plateformes existantes.

«Les forages doivent être faits en toute sécurité mais l’État fédéral n’a aucune raison de perdre des mois en réunions de comités. Ce n’est pas parce qu’il est incapable de faire son travail que des milliers de Louisianais doivent perdre le leur», a-t-il martelé.

Chris Santini, qui a travaillé pendant 23 ans comme soudeur pour l’industrie pétrolière, se désole devant les maisons à pilotis vides le long de la plage déserte et en veut à M. Obama.

«S’il ferme le gisement pendant six mois, nous sommes finis», estime-t-il. «Les gens se mettront à cambrioler les maisons».

Publié le 11 juin 2010 Mira Oberman Agence France-Presse

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Marée noire et énergie du futur, par Philippe Chalmin

Le pétrole coule dans le golfe du Mexique, et l’Amérique effarée découvre – un peu tard – que l’American way of life, avec ses immenses voitures sillonnant les routes grâce à de l’essence bon marché, a un coût tant économique qu’écologique. En pleine crise politique, le président américain, Barack Obama, a réagi à l’unisson de l’opinion publique : les forages pétroliers en eau profonde sont donc gelés au moins pour les semaines à venir et peut-être même jusqu’aux échéances électorales de novembre.

Mais cette catastrophe a eu un impact plus large: on a parlé de problèmes sur une plate-forme de Statoil au large de la Norvège ; d’autres puits ont fermé dans le golfe, et certains petits opérateurs ont dû déclarer forfait pour cas de « force majeure ». On a découvert la rupture d’un oléoduc d’Exxon Mobil au Nigeria qui a répandu 100 000 barils par jour pendant une semaine dans les eaux du delta du Niger. Au Canada, les autorités ont décidé de renforcer les règles de sécurité pour les forages de Chevron à Terre-Neuve. En Norvège, le débat autour des forages aux limites de l’Arctique et de la mer de Barents a été relancé et, en Russie, Vladimir Poutine a reçu le président de Lukoil pour lui faire part de son inquiétude.

Au Brésil, en revanche, personne ne remet en cause l’énorme projet de forage de Petrobras au large de Rio, par plus de 7 000 mètres de profondeur. Une chose est claire, le monde commence à prendre conscience des risques inévitables que représentent des forages extrêmes, toujours plus au large et toujours plus profonds.

Mais pourquoi vouloir pomper à tout prix ces pétroles si aléatoires, tant du point de vue économique qu’environnemental ?

Parce que c’est là la seule chance pour le monde occidental d’échapper à la contrainte de l’Organisation des pays producteurs et exportateurs de pétrole (OPEP), et surtout des grands gisements du golfe Arabo-Persique. Le golfe du Mexique pèse quelque 30 % de la production américaine. Un peu partout, les productions terrestres diminuent au profit de l’offshore. Restreindre sévèrement la production offshore profonde, comme certains le souhaitent pour d’évidentes raisons environnementales, revient à renforcer la main des grands producteurs assis sur l’essentiel des réserves mondiales.

Paradoxalement, le marché du pétrole, accaparé par d’autres problèmes économiques, et notamment par la remontée du dollar, n’a pas réagi et demeure à l’intérieur de sa plus récente fourchette de fluctuation (60 à 80 dollars le baril). Mais, à terme, l’accident de BP se retrouvera, d’une manière ou d’une autre, dans les prix. Les coûts liés à la catastrophe de BP se compteront en dizaines de milliards de dollars, qui se retrouveront demain dans les primes d’assurance de telles opérations, et donc dans les coûts d’extraction.

Et c’est là une bonne chose ! L’humanité a besoin d’un pétrole cher pour préparer l’avenir et surtout pour ouvrir la voie à des révolutions technologiques tant au niveau de l’offre que de la demande. L’exemple du gaz naturel, avec le développement des shale gas (gaz de schiste), montre bien que les techniques ne sont pas figées, pour autant que l’incitation par les prix fonctionne.

Plaignons les pêcheurs de crevettes de Louisiane, mais profitons du choc que cette catastrophe provoque dans la société américaine pour réfléchir à ce que sera le « cocktail énergétique » que nous préparons pour nos enfants.

Philippe Chalmin, université Paris-Dauphine. LE MONDE juin10

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 Le moratoire sur le forage se heurte à la réalité  par James Herron, The Wall Street Journal 

La décision du gouvernement américain d’imposer un moratoire de six mois sur les nouveaux forages pétroliers en mer est compréhensible, compte tenu de l’ampleur du désastre provoqué par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon de BP dans le golfe du Mexique. Elle était cependant vouée dès le départ à se heurter à la réalité économique. 

Comme on pouvait s’y attendre, cette décision a suscité de vives protestations de la part des salariés du secteur pétrolier, de leurs familles, et des responsables politiques des Etats américains de la côte du golfe, soucieux de plaire à leurs électeurs. Le moratoire risque selon eux d’entraîner des milliers de suppressions d’emplois et d’énormes pertes pour les entreprises de la région. 

C’est un dilemme majeur pour la Maison-Blanche. Le moratoire a de nombreux partisans, mais le secteur pétrolier est gigantesque, et l’arrêt pendant six mois de ses activités pourrait s’avérer encore plus néfaste pour l’économie que l’impact de la marée noire sur d’autres secteurs comme la pêche ou le tourisme. 

Le gouvernement américain a heureusement trouvé une solution bien pratique à ce problème: faire payer à BP les salaires de tous ceux dont l’activité est suspendue à cause du moratoire. 

Cette idée – qui a été en grande partie à l’origine de l’effondrement temporaire du cours de Bourse de BP la semaine dernière – peut sembler doublement parfaite d’un point de vue politique. BP est le groupe le plus détesté aux Etats-Unis, pourquoi ne pas le châtier un peu plus? 

Il est néanmoins peu probable qu’elle aboutisse. BP est dans une position très faible, et s’est jusqu’à présent montré disposé à couvrir tous les coûts de la marée noire. Il faudrait cependant que le groupe soit suicidaire pour accepter cette nouvelle demande du gouvernement. Que lui demanderait-on ensuite, surtout en année électorale? La loi forçant BP à couvrir ces coûts pourrait certes être adoptée par le Congrès, mais risque au bout du compte d’être déclarée inconstitutionnelle. 

Si BP refuse la nouvelle demande du gouvernement, qu’adviendra-t-il du moratoire sur les forages?

 Bloquer l’activité de l’un des secteurs les plus importants des Etats-Unis pendant six mois, c’est très long. En particulier si ce secteur produit une matière première aussi importante stratégiquement. 

L’Agence internationale de l’énergie a estimé la semaine dernière que le moratoire pourrait amputer de 300.000 barils par jour la production de pétrole américaine en 2015. Si le prix du baril de pétrole remonte d’ici là vers 100 dollars, comme le prévoient de nombreux analystes, un tel déficit de production ne sera pas négligeable. 

On peut louer la volonté du gouvernement de Barack Obama de donner la priorité à la sécurité dans le dossier des forages offshore.

 Mais de même que lors de l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll, l’interdiction totale de vol décrétée en Europe à cause du nuage de cendres a commencé à être levée lorsque l’on s’est rendu compte qu’elle risquait de conduire de nombreuses compagnies aériennes à la faillite, les impératifs économiques pourraient aujourd’hui remettre les foreuses en activité plus tôt qu’on ne le pense.

 
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