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Banquer sur le FMI par Luigi Zingales

Banquer sur le FMI par Luigi Zingales

Luigi Zingales   Le plus gros cauchemar qui menace l’économie mondiale est l’insolvabilité d’une grande banque internationale. Que se soit du à un défaut souverain ou aux lourdes pertes accumulées grâce à des règles comptables complaisantes, l’insolvabilité d’une grande banque (surtout une banque européenne) est à envisager. Même si une telle probabilité est faible, la crise financière de 2008 est la preuve que certains évènements rares arrivent malgré tout.

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Ce qui fait de cette éventualité un cauchemar financier de choix, pire que l’effondrement de Lehman Brothers en 2008, est la crainte que de nombreux états souverains ont déjà épuisé toutes leurs cartouches et seraient donc incapables d’intervenir. Les dérivés sur évènement de crédit (Credit Default Swaps (CDS) des plus importantes banques d’Europe du sud se négocient légèrement en dessous des CDS de leur état souverain, ce qui indique que les marchés ne croient pas que ces derniers soient capables de soutenir les premiers.

Malheureusement, près de deux ans après la chute de Lehman, rien n’a été véritablement fait pour prévenir un tel risque.

Le Congrès américain finalise un projet de loi qui dotera un nouveau conseil systémique d’une autorité de résolution de crise sur les plus grandes institutions financières américaines. Les procédures pour déclencher cette intervention sont cependant complexes et le financement suffisamment opaque pour que ce projet de loi n’élimine pas les dommages collatéraux induits par la faillite d’un grande banque même pour les institutions américaines, même internationales, dont le bon déroulement nécessiterait une coordination entre plusieurs états, avec des degrés de solvabilité différents.

Il est nécessaire de se mettre d’accord sur un mécanisme de résolution international ayant autorité sur toutes les institutions financières d’envergure afin de minimiser le risque d’un effondrement incontrôlé.

L’objectif ne sera pas de sauver les banques et leurs créanciers, mais de minimiser les effets déstabilisants qu’un défaut incontrôlé pourrait causer.

Cette institution devrait être une version internationale du Chapitre 11 du Code des faillites américain. Mais, alors que l’objectif du Chapitre 11 est de préserver la valeur en cours d’une entreprise, l’objectif d’un mécanisme de résolution international serait de préserver la valeur en cours des contreparties des institutions financières insolvables.

Le premier problème à résoudre pour approuver un tel mécanisme est de définir qui en aurait l’autorité. La réponse évidente est le Fond Monétaire International.

Créé avant la seconde guerre mondiale pour financer les déséquilibres temporaires des membres d’un système de taux de change fixes, le FMI se cherche une nouvelle cause depuis la disparition du système d’inconvertibilité du dollar en 1971. Mais surtout, au travers de ses différents sauvetages d’états souverains, le FMI a acquis une expertise en restructuration de dette tout en développant une réputation d’inflexibilité et d’impartialité, qualités très utiles dans de telles circonstances.

Le FMI possède aussi l’unique avantage d’être le seul dépositaire de réserves internationales. En l’absence d’autorité budgétaire internationale, le FMI est l’organisation qui s’en rapproche le mieux.

Lorsqu’une importante institution financière est insolvable, le FMI devrait en reprendre le contrôle en garantissant ses obligations à court terme mais en ignorant ses actionnaires et en ne remboursant ses créanciers à long terme seulement après que tous les autres créanciers (y compris le FMI) aient été remboursés. Certains crieront à la nationalisation, mais cela ne constituera pas plus une nationalisation que le processus de faillite prévu par le Chapitre 11 américain.

Une reprise par une institution internationale comporte trois avantages par rapport à une solution interne. Tout d’abord, cela permettrait de s’assurer que le coût (si les pertes excèdent la valeur combinée des titres et de la dette à long terme) sera partagé par la communauté internationale et non seulement par le pays d’origine de l’institution, rendant l’intervention crédible même si l’état souverain ne l’est pas.

Ensuite, en retirant le pouvoir décisionnaire des mains du gouvernement national qui abrite une institution insolvable, cette solution minimise les distorsions potentielles créées par le pouvoir de pression des banquiers concernés. Feriez-vous confiance au gouvernement grec pour gérer une banque grecque de façon non corrompue après qu’un gouvernement ait repris le contrôle ? Le FMI serait plus indiqué.

Enfin, grâce à l’intervention du FMI, les pays les moins avancés auraient eux aussi accès à la meilleure expertise internationale pour faire face au problème. Si une marée noire en Haïti devait menacer le Golfe du Mexique, ne souhaiterions-nous pas la meilleure technologie disponible (et non uniquement la technologie disponible en Haïti) pour tenter de résoudre le problème ? Pourquoi cela serait-il si différent sur les marchés financiers ?

Le dernier problème à résoudre est le déclenchement. Dans le cas de l’autorité de résolution américaine, la  question a fait l’objet de profondes controverses. La crainte étant que les banques les plus puissantes exploiteraient l’aide du gouvernement national en requérant son intervention trop prématurément.

Deux garanties peuvent éviter ce problème dans le contexte international. La première est que des règles strictes pour effacer les actionnaires et pénaliser les créanciers à long terme constituent un moyen de dissuasion évident du point de vue des banquiers. Deuxièmement, dans la mesure où l’intervention du FMI affaiblirait l’influence d’initiés locaux prépondérants, une intervention prématurée serait moins intéressante pour eux. Le déclencheur devrait être le gouvernement national lui-même. Refuser l’aide internationale dans de telles circonstances représenterait un suicide électoral pour n’importe quel gouvernement confronté à la chute d’une banque importante.

Il y a peu de domaines dans lesquels l’intervention de l’état est reconnu pour créer de la valeur : réduire les effets dévastateurs de la faillite d’une banque en est un. Seul un gouvernement suffisamment puissant, en terme d’autorité juridique et de solvabilité, peut le faire. Malheureusement, ces deux conditions sont rarement remplies dans l’arène internationale. Donner du pouvoir au FMI pour reprendre le contrôle d’une banque internationale qui a échoué comblerait ce fossé – et chasserait du même coup notre pire cauchemar. 

 Project Syndicate, JUIN 2010.

BILLET PRECEDENT : Luigi Zingales : Finance / il ne faut pas interdire les CDS (cliquez sur le lien)

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